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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Malville 1977 : le drame… de la désorganisation
{Le Monde Libertaire}, n°236, Septembre 1977.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013
dernière modification le 15 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
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L’opinion qu’étaient sensés adopter tous ceux qui, absents à Malville, n’ont eu connaissance des faits qu’à travers les mass-media, se résume à la formule utilisée depuis longtemps : les comités organisateurs ont été débordés par des groupes terroristes qui ont provoqué les affrontements. Cette formule permet de dégager toute responsabilité : les terroristes ont bon dos !
Dans ce cas précis, les "provocateurs militairement organisés" étaient les anarchistes et surtout les allemands.
Cette explication a été d’autant mieux accueillie que la manif s’était annoncée comme une "marche écologiste non-violente" et que ceci paraissait donc un point acquis pour tous les participants.
Or, lors des forums qui se sont déroulés le samedi après-midi, une opposition très nette est apparue, fractionnant en deux les participants. Opposition importante, puisqu’il s’agissait de l’objectif de la marche :

  • la position des "non-violents" consistait à abandonner le but initial (l’occupation du site).
    "Le 31, une marche pacifique sera organisée en direction du site. Nous disons bien en direction du site ; car nul ne peut prévoir l’importance et la stratégie des "forces de l’ordre" qui seront en face de nous. Dans une société nucléaire, la liberté est quelque chose de très relatif. Mais surtout, ne dramatisons pas… Certains bruits voudraient déjà faire de cette manifestation un carnage… Soyons lucides : personne ne tient à se faire matraquer et tout sera fait pour éviter l’affrontement. Les Comités, les Élus locaux, feront tout pour que cette manifestation soit une protestation digne et pacifique".
    "Nous espérons que nos élus, comme le 18 juin dernier, prendront la tête de cette marche, avec leurs écharpes et drapeaux tricolores ; et que nous pourrons, derrière eux, en rangs serrés, affirmer notre volonté de résister à cette folie et défendre, pour chaque homme le droit à la vie et à la liberté." (extrait de La Gazette de Malville, organe des Comités Malville).
    Ce qui veut dire en termes plus clairs, que la manifestation s’arrêterait aux limites décidées par le préfet (25 km2 autour du site).
  • les "violents" voulaient au contraire pousser la marche plus en avant des limites pour tenter l’occupation du site, en dépit de l’ordre des autorités.
    Il fallait montrer notre détermination à refuser la construction de Super-Phénix, et pour cela, prouver que nous étions capables de l’empêcher.
    S’arrêter aux limites du préfet c’était reconnaître que nous étions impuissants, face au gouvernement (et à la force armée) et que notre opposition ne le gênerait donc pas outre mesure dans la poursuite du programme nucléaire.

    Cette divergence d’objectifs a donné lieu à quelques débats. Néanmoins, les objectifs des "violents" ont été globalement rejetés et, si certains se sont rangés à leurs arguments, l’ensemble a refusé de revenir sur la décision d’une manifestation légale et pacifique.
    Dimanche matin, au départ de la manifestation, on savait que l’organisation prévue initialement, c’est-à-dire quatre marches (Montalieu, Poleyrieu, Courtenay, Morestel) convergentes vers le site de la centrale, avait été modifiée.
    Mais on n’en savait pas plus. Les mégaphones manquaient et il n’existait aucune liaison entre les marches.
    Ce manque total d’organisation a abouti à un blocage des marches sur la petite route de Faverges (lieu des affrontements) où les manifestants sont restés à piétiner pendant près d’une heure, désorientés. Il faut dire que les CRS étaient disposés de façon à attirer les marches dans ce traquenard et, aucun barrage n’ayant été forcé, le déroulement prévu par le préfet s’est très bien réalisé.
    Pour un prochain rassemblement, il faudrait envisager une organisation et une coordination capables de mener à bien la manifestation, mais surtout dépasser le débat violence/non-violence en s’interrogeant sur la forme de lutte susceptible d’être efficace face à un pouvoir qui a clairement prouvé, à Malville, qu’il était prêt à réprimer pour la défense du nucléaire.
    Les comités Malville ont refusé la violence pour s’appuyer sur le nombre des manifestants. Or, on doit reconnaître que celui-ci ne suffit pas, que le gouvernement n’a que faire d’une opposition pacifique qu’il peut manœuvrer à son gré.

    Silvia Avino




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