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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Opposition aux civilisateurs
{La Nouvelle Humanité}, n°8 et 9, Mars-Avril 1896
Article mis en ligne le 15 octobre 2014
dernière modification le 20 août 2014

par ArchivesAutonomies
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Depuis des milliers d’années les peuples qui se courbent sous le joug des civilisateurs, se laissent berner au nom du Progrès, et croient que leur bonheur en dépend ; odieux mensonge ! Ces accidents de toutes sortes et la misère débordent, tandis que les peuples, sur lesquels, l’abominable Pieuvre civilisatrice, n’a point encore déployé ses suçoirs, visent à l’Etat Naturel et ne se soucient pas de ce progrès que les Gouvernants cherchent à leur ingurgiter à coups de canon. Chez eux, point d’enfants mourant d’inanition aux seins des mères épuisées par des privations et la misère, chez nous, civilisés, cela existe. Voit-on chez eux une quinzaine de malheureux pêle-mêle dans un taudis infect, sans lit, sans feu et souvent sans pain ? Non ! ils ont le grand air, l’espace, la santé. Que les Civilisés brisent les chaînes que leur a rivées la Civilisation, la terre leur fournira pour vivre beaucoup plus qu’il ne leur faut. Pour ne parler que de l’Europe, nous trouvons en France pour chaque individu en étendue commune, 1 hectare 1/2 de terrain fertile ; en Allemagne un peu plus d’un hectare ; en Espagne 2 hectares 1/2 ; en Autriche deux hectares ; en Italie un peu plus d’un hectare ; la Russie, la Suède, la Norvège, peuvent fournir de 3 à 4 hectares je m’arrête ici car l’espace manque, mais nous pouvons dès aujourd’hui affirmer que les cinq parties du Monde, contiennent pour vivre à l’Etat Naturel, beaucoup plus qu’il n’est nécessaire à l’existence de l’espèce humaine.
La Nature n’a point engendré plus qu’elle ne peut entretenir, sinon l’Humanité n’aurait pas sa raison d’être, et l’homme devrait se considérer inférieur aux autres animaux.
Les Civilisateurs barbares ne connaissant plus de bornes, les repus, les filous, les jouisseurs, cette bande d’affameurs, ces microbes civilisés, ne vont-ils pas bientôt être arrêtés dans leur chasse à courre contre l’espèce humaine ? Pour ne citer que les pays que nous habitons, nous trouvons qu’assez de squelettes couvrent les chemins de la campagne, assez de dégoûtés de la Vie choisissent la Seine pour tombeau, assez d’exhibition dans l’île Notre-Dame entre les murailles répugnantes de ce Château des Mystères que l’on nomme la Morgue et dont l’aspect sombre fait frémir d’horreur en pensant aux tortures morales ou physiques qu’ont dûes endurer les victimes qui sont allongées sur ces dalles ; là où s’étale une des plus grandes hontes de la Civilisation :

LE CRIME ; LE SUICIDE ; LA MISÈRE.

Honoré Bigot.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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