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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Aux savants, aux dirigeants (suite et fin)
{La Nouvelle Humanité}, n°13, Février 1897
Article mis en ligne le 17 octobre 2014
dernière modification le 15 juillet 2014

par ArchivesAutonomies
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(Suite et fin)

Pourquoi ces carnages sanglants, ces multitudes armées ? A quoi bon avoir été Hannibal, Bonaparte ou Gallifet, la gloire n’est-elle pas une vaine apparence, et si la Terre doit aussi mourir, pourquoi avoir un nom fameux si tout doit un jour être ignoré ?
Pourquoi tant d’efforts en Pyrotechnie, Mécanique, Astronomie ? Pourquoi tant de fatigues et d’heures passées à pencher son front pâli sur des livres pour y puiser une éducation dénaturée, si un jour, la Terre doit être glacée comme une tombe et roulée dans le Gouffre de l’oubli ?
Pourquoi ces mines profondes tombeaux sinistres, rôtisseries de chair humaine, ces machines monstres, ces grandes usines, véritables abattoirs, affreux bagnes dont chaque maille des chaînes sont autant de pointes de feu pour les forçats qui y peinent ? Pourquoi ces cathédrales, ces prisons, ces palais, ces casernes, ces monastères, lieux dégoûtants ou s’étalent des crimes honteux et des moeurs de nature bestiale, production morale des Loyola, ainsi que les églises et tous ces édifices dont chaque assise est marquée de la mort d’un prolétaire ? De même que ce répugnant appareil de Rigault, dissolvant le minerai d’or et autres corps, qui décomposés forment des toxiques, pourquoi cet or, filament de la corruption, fouet brutal cinglant la misère ? Pourquoi ces parures, ces bijoux, ces pierreries, pièges toujours tendus pour l’avillissement des consciences, tout ce luxe inutile forgé de tant de douleurs et de misères, si un jour la fournaise que notre planète renferme dans ses flancs réduit la Terre en cendres et laissant ses cendres dans un tourbillon impétueux en toutes les directions à travers l’espace et qu’il ne reste plus une seule voix pour dire : "Ici était Paris, là était Alexandrie Partout la mort, la mort qui
aura étendu son linceul venant d’ensevelir un monde dans ce vaste infini ? Répondez savants ! Répondez dirigeants ! Répondez tyrans assassins !
D’aujourd’hui à l’époque où l’humanité poussera son dernier râle, cette race humaine ne doit pas continuer à former une aussi terrible hécatombe ; tout est à recommencer sur de nouveaux aspects, qu’elle s’élance sur le chemin qui conduit a une existence naturelle et dans les conditions d’affinités où la force des temps a fait l’homme de nos jours, et là sera la planche de salut.
Quand un membre est gangréné, on l’ampute, la civilisation est pourrie comme un vieux fumier, qu’on ne l’enterre pas, elle empoisonnerait la Terre ; il vaudrait mieux.

Honoré Bigot.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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