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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Appel : Projet de colonie naturienne en France
{L’État Naturel}, n°3, Février 1898
Article mis en ligne le 23 octobre 2014
dernière modification le 20 août 2014

par ArchivesAutonomies
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En mettant en pratique la théorie du retour à la Nature, notre intention n’est pas de tracer un système d’existence, ni de créer la "Cité Future" ; nous voulons simplement démontrer que "la Terre à l’état naturel" peut donner en abondance à l’homme tout ce qui est nécessaire à la satisfaction de ses besoins matériels :
"Que pour l’alimentation, elle donne des produits animaux et végétaux plus sainement constitués, plus normalement développés que ceux de l’élevage et de la culture artificiels.
Pour abri naturel, elle donne la caverne, à température constante, condition hygiénique qui lui est particulière. Pour l’édification artificielle de l’abri, elle fournit : la pierre, le bois et le sable.
Pour le vêtement : les peaux d’animaux, les laines et le lin pour la confection du linge."

Ayant à sa disposition ces divers éléments, l’homme peut, selon ses goûts, sa fantaisie et par son ingéniosité, les préparer à son usage, par tels procédés qu’il lui plait.
Il nous faudrait donc, pour faire cette expérimentation, un terrain boisé, de préférence sur roches et pourvu d’eau. Selon sa nature, sa topographie et son exposition, nous y propagerions les arbres et arbustes fruitiers qui pourraient s’y développer, et une fois pour toutes nous l’ensemencerions des plantes originaires auxquelles il conviendrait.
Ce terrain, enclos par nos soins, serait repeuplé d’autant d’animaux : gros et petit bétail, gibier, volailles diverses, etc. qu’il en pourrait nourrir. Des abris artificiels seraient construits à leur usage, en attendant que ces animaux, ayant repris leurs allures naturelles, s’en soient constitués eux-mêmes selon leur instinct. L’accès leur en serait laissé libre, afin qu’ils puissent y pénétrer et en sortir à leur gré.
Notre intention est de nous adonner aussi à l’apiculture sur grande échelle, afin de nous pourvoir, abondamment et sans frais, d’un précieux produit naturel. Si l’eau dont nous disposons nous en facilite le moyen, nous donnerons à la pisciculture toute l’extension possible (reproduction de poissons, écrevisses, etc.)
Dans la partie de terrain consacrée à l’élevage (et ce sera nécessairement la plus vaste), les animaux trouveront toutes les plantes fourragères et mêmes légumineuses originaires, qu’il conviendra d’y faire croître, afin qu’ils puissent s’alimenter des végétaux de leurs choix.
Enfin, sur une partié moindre, mais la mieux exposée, nous établirons notre région d’habitation (enclose également),
nous réservant d’édifier nous-mêmes nos abris avec les matériaux pris sur place : constructions massives ou légères, maisons ou chalets, au gré de chacun ; et nous ne négligerons rien pour agrémenter notre séjour, le rendre pittoresque et attrayant, en y amassant bosquets et buissons fleuris, frondaisons, parterres, etc.
Nous ferons nos vêtements des éléments à notre disposition : le lin et la laine, filés, tricotes ou tissés ; les peaux mégissées ou tannées. Rien ne s’opposera à ce que nous soyons confortablement vêtus, tout en faisant la part de l’originalité et du goût.
L’existence matérielle ainsi parfaitement assurée, chacun sera à même d’exercer ses facultés intellectuelles et d’agrémenter sa vie selon ses aspirations personnelles et ses aptitudes.
Pour réaliser cette situation, il nous faut un champ d’opération. Notre expérience présente cet avantage qu’elle peut avoir lieu dans une région montagneuse quelconque, sur un endroit irrégulier comme sol, très accidenté même et le plus possible en friche.
Dans ces conditions, la valeur foncière du terrain est minime, et vu la baisse actuelle des prix, il serait facile d’en acquérir un assez grand espace à très bon compte.
Une somme de 12.000 francs suffirait donc pour entreprendre une première démonstration faite par 10 personnes (5 hommes et 5 femmes).
2.000 francs pour l’acquisition du terrain ;
4.000 francs pour l’achat d’animaux destinés à repeupler l’endroit ;
6.000 francs pour les frais d’installation et besoins journaliers, en attendant les résultats.
En commençant l’expérience au printemps, la colonie bénéficierait déjà en novembre de produits animaux ( veaux, agneaux, poussins divers ), ce qui permettrait de disposer de sujets producteurs.
Nous avons prévu les efforts que nous devons donner, mais ils ne sont pas au-dessus de nos moyens et nous aurons, du reste, la collaboration puissante de la terre. Nous nous attacherons immédiatement à la reconstitution du sol d’humus naturel, à faciliter et activer partout la végétation, Afin d’assurer l’alimentation des animaux et la nôtre. Des abris sommaires seront établis rapidement pour eux et pour nous ; et c’est alors, qu’ayant paré au plus urgent, nous pourrons entreprendre avant l’hiver, l’édification et l’aménagement de demeures plus confortables.
Pour débuter promptement et valider bientôt notre théorie, nous rie formerons qu’une colonie de dix personnes. Comme nous tablons sur le chiffre de 12.500 mètres carrés productif par individu (part moyenne attribuée dans tous les pays civilisés), il nous faudrait donc 12.500 mètres carrés (12 hectares 1/2) ;
La production de cet espace devant dépasser la somme de nos besoins, le surplus nous permettra de rembourser en produits naturels, et au prorata de la somme versée, les partisans qui nous auront aidés de leur cotisation.
Ceux d’entr’eux, hommes et femmes, qui disposeraient d’une somme de mille francs et seraient désireux de participer personnellement à l’expérience, sont priés de se faire inscrire au plus tôt. Leur coopération permettrait d’accéder la mise
en pratique du projet.

LES NATURIENS.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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