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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Autogestion et socialisme n°26-27 (Martin)
La Lanterne Noire, n°2, Décembre 1974-Janvier 1975
Article mis en ligne le 11 avril 2014
dernière modification le 29 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Mouvement ouvriers de gestion et d’action directe en Italie

Dans un court article écrit en 1946, Leonetti (compagnon de Gramsci, dirigeant du P.C. italien, exclu en 1930, puis "réintégré après la guerre") montre comment les vieilles "commissions internes", composées d’ouvriers syndiqués, d’organes de collaboration de classe pendant la Première Guerre Mondiale (empêcher les grèves et maintenir la productivité) se sont transformées en conseils d’usine, c’est-à-dire en instrument fondamental de la lutte de classe.
Cette transformation a été le fruit d’une longue "lutte idéologique" menée par le groupe "Ordine Nuovo" et surtout par Gramsci, nous dit Leonetti.
La démonstration est peu convaincante, car si les Conseils d’usines sont "plus démocratique" (chaque atelier nomme son commissaire et de l’ensemble des commissaires émane un comité exécutif : le Conseil d’usine) leur contenu n’en est pas pour autant obligatoirement révolutionnaire : Leonetti lui-même écrit : "Tous les Conseils d’usine furent ensuite groupés horizontalement et verticalement. Leur efficacité se manifesta dans chaque domaine : le nombre des litiges entre ouvriers et patrons diminua. La production augmenta…" ! L’ouvrier doit trouver qu’il est capable de gérer lui-même le système (le même) aussi bien et même mieux que les patrons !
Le débat est ouvert depuis longtemps sur ce problème et finalement, l’article de Leonetti le réintroduit fort bien. Il est prolongé par un article de P.C. Masini, "Anarchistes et Communistes dans le Mouvement des Conseils à Turin". "Les ordinovistes sous-évaluèrent le problème de l’État dans le sens de son "isolement" ; les "soviétistes" (Bordiga) le surévaluèrent dans le sens de son "occupation" ; les anarchistes le centrèrent correctement dans le sens de sa liquidation, réalisée sur le terrain politique". Pour ces derniers, les Conseils d’usine n’ont d’efficacité qu’en période révolutionnaire ; dans les autres cas, ils risquent de devenir des organes de co-gestion "pour le bon fonctionnement de l’usine, pour l’augmentation de la production…"
Fort bien, mais le problème reste entier, car nous avons vu qu’en 1920 les Conseils d’usine ont été aussi cela. Et pourtant on dit que cette période fut révolutionnaire ; sinon, qu’est-ce qu’une période révolutionnaire ?
Toutes les tendances ont peut-être surévalué les possibilités des Conseils d’usines. Par ailleurs Masini nous présente Gramsci comme un "libertaire" (comme il est d’ailleurs à la mode de le faire, tant pour "blanchir" le Bolchevisme après Staline, d’un côté que pour donner des assises "théoriques" à un mouvement libertaire qui n’en aurait pas (? !) de l’autre).
Pourtant, l’article de Gramsci intitulé "le mouvement Turinois des Conseils d’usines" nous montre le contraire : une ardeur toute "triomphaliste" pour séduire les dirigeants de l’Internationale communiste (l’article est un rapport - donc un acte de soumission - à l’I.C.)

  • anti-anarchiste à souhait pour se montrer plus bolchevique que Lénine lui-même,
  • surévaluant les forces communistes qui auraient obtenu la majorité absolue dans le conseil du Syndicat des Métallurgistes (alors qu’en réalité ce ne furent que les forces de gauche - toutes ensembles - qui furent majoritaires),
  • idéaliste dans l’analyse de l’échec de la grève d’avril 1920 : "après que la trahison des leaders eût amené la défaite de la grève."

    On peut toujours dire que Gramsci ne pensait pas ce qu’il disait - voir l’article cité par Masini ou il défend les anarchistes contre Tasca ; voir les conceptions "culturelles" et "basistes" de Gramsci. Il n’en reste pas moins que Gramsci est un homme de Parti, profondément bolchevique et aristocratique.
    On peut toujours faire des "coupures" dans l’oeuvre, dans la vie de l’homme - cela se fait beaucoup et devient même une science universitaire. Il reste qu’il est aussi comique de parler d’un Gramci libertaire que de parler de "la période anarchiste de Lénine" à l’époque de "Tout le pouvoir aux soviets".
    Cela se nomme tout simplement "stratégie politique intelligente".
    L’autre série de textes qui portent sur la période d’après la Deuxième Guerre Mondiale, montre la permanence, malgré 23 années de fascisme, de l’idée de "conseils de base" dans le mouvement ouvrier italien. Mieux vaut les lire que les résumer.

    Martin


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