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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Keynes et la remise à jour de l’Etat : de l’arbitrage de l’Etat gendarme à la planification de l’Etat du capital social
Les ouvriers contre l’état, p. 27-35.
Article mis en ligne le 7 juin 2013
dernière modification le 11 juin 2013

par ArchivesAutonomies
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1917 et Keynes : La réflexion théorique de Keynes part en grande partie de la révolution bolchévique.
L’auteur des Conséquences Économiques de la Paix reprocha nettement à Churchill et aux poli­ticiens de son temps de n’avoir pas compris la signification de la révolution de 17. Il écrit en parlant de Churchill :
"Il n’a pas réussi à voir l’importance des événements dans leur corrélation nécessaire, non plus qu’à isoler l’essentiel de ce qui s’était produit... Pour lui les bolchéviques, mis à part le tribut versé au génie personnel de Lénine, ne sont que les vecteurs d’une folie imbécile".
Aussi l’itinéraire de Keynes, des Conséquences..., à la Théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie, le conduit-il à accepter le terrain imposé par les luttes ouvrières. Mais quelles ont été les conséquences de cette vague de luttes qui part de 17 ?
Depuis 1917 et les Conseils, la réponse capitaliste a toujours été une offensive visant à détruire la cohérence atteinte par la classe ouvrière c’est-à-dire son niveau d’expression et d’organisation politique. Le moyen de cette contre-offensive, c’est la généralisation de l’innovation technologique, qui bouleverse toutes les données du problème. Nous voilà loin d’une "rationalisation" de la production, fruit d’une abstraite "organisation scientifique du travail" : la dynamique de cette science, il faut la chercher dans les luttes ouvrières, et dans le défi qu’elles lancent au capital : "se moderniser", ou périr !
Ainsi la taylorisation, dont l’un des aspects essentiels est le travail à la chaîne, fut introduite dans la production pour en finir avec l’ouvrier qualifié, qui par son "métier", la compétence acquise dans une opération de production, jouissait d’une autonomie professionnelle et pouvait prétendre gérer la pro­duction elle-même, et l’État lui-même.
L’ouvrier nouveau issu de la taylorisation devient interchangeable, et perd le pouvoir d’organiser son travail : en 1940, 43% des ouvriers des usines Ford peuvent apprendre leur métier en moins d’une journée ! ! !
Toutefois, la période qui va de 1919 à la Grande Crise est marquée par une dualité très caractéris­tique des transformations en cours : contre-offensive technologique certes, mais aussi politique classique de déflation, ou réaction politico-militaire pure et simple (Allemagne et Italie). Le capital attaque les formes d’organisation qui correspondaient à la composition de classe acquise : les syndicats, organismes de défense économiques et instruments de la capacité ouvrière de transformer les rapports sociaux en gé­rant l’économie (1917, Allemagne, Hongrie). Aussi les effectifs syndicaux sont-ils partout en recul, et se créent les syndicats d’entreprise. Cela est dû à la force des patrons mais aussi au fait que le saut technologique, qui est l’autre arme des capitalistes, à côté de la riposte militaire, coupe l’herbe sous le pied aux syndicats : plus d’ouvriers de métier.
C’est un premier point commun entre ces deux politiques menées simultanément. L’autre aspect de la politique du capital, est l’offensive contre le salaire.
Celui-ci, représentant le "coût du travail" dans la production, est responsable de la hausse des prix des produits fabriqués, donc du ralentissement des ventes... Ainsi la loi classique de l’offre et de la demande a-t-elle pour conséquence et en réalité pour fondement, l’attaque que lance le capital contre le salaire, contre le "coût du travail". Par exemple aux États-Unis, pendant la période de 1923 à 1929, la part des salaires dans le coût total de production baisse de 26% (et de 52% pour l’automobile). Autant pour le "Welfare State" : le salaire moyen peut bien augmenter (et encore, ce n’est le cas que pour les secteurs porteurs de l’économie : automobile, équipement électrique etc...), cela ne suit pas l’augmenta­tion de volume de l’économie, et surtout, la revendication de gestion de la société par les travailleurs étant devenue chimérique pour les ouvriers de la chaîne, le capital peut battre les organisations ou­vrières issues de la précédente étape de l’organisation du travail, sur le terrain du salaire : sur ce dernier refuge, et puisque le lien entre un travail donnée et un produit donné a pratiquement disparu, le capital a tout loisir de pratiquer le chantage au chômage et à la déqualification.
Ainsi, en 1929 la classe ouvrière des années 20 est déjà vaincue ; elle a même disparue, remplacée par l’ouvrier à la chaîne dans les secteurs porteurs de l’industrie, lui-même guetté par les chômeurs des régions rurales, par les travailleurs des secteurs traditionnels et de la sous-traitance. Ce schéma vaut encore pour la politique massive de l’immigration de la main-d’oeuvre... Samuel Insull fondateur de la Continental Edison, disait :
"Mon expérience est que le facteur d’efficacité maximum dans le travail, est une file de chômeurs attendant à la porte".
Aussi la crise est-elle une séquelle de cette politique des forces productives, la fin d’une transition. Elle marque la fin d’une époque et certainement pas "le commencement de la fin", elle marque plutôt une étape décisive, car le capital restructuré ne pratiquera plus seulement une réponse technologique à l’intérieur de l’usine, mais une réponse globale, encerclant la lutte ouvrière par la société toute entière. La crise de 29 n’est que l’expression indirecte de la lutte ouvrière : faible combattivité, luttes intra-capitalistes ; elle marque un développement du capitalisme.
En termes keynésiens, la crise de 29 manifeste l’inadéquation des rapports de production au saut technologique effectué vers les années 25. La grande crise s’était déclenchée quand on avait assisté à un excès de l’offre dans une situation politique de compression de la demande (attaque contre le niveau du salaire réel) et donc de la tendance à consommer. De telle sorte qu’il en était résulté un déséquilibre de grande ampleur qui avait affecté l’investissement net. Le diagnostic keynésien comporte une thérapeuti­que : relever la propension à la consommation, le volume de la demande, donc l’ensemble des investis­sements, notamment le plus important d’entre eux : la masse salariale. L’équilibre sera atteint quand l’emploi (coût du travail) atteint un niveau où la propension à consommer correspondante (c’est-à-dire "la demande effectivement réalisée") est égale au coût agrégé de production (coût du travail + profit acceptable). Il faut dire qu’exprimée en ces termes l’interdépendance quasi-circulaire des éléments inter­nes du système dont Keynes essaie de codifier le jeu, rend assez difficile la pleine compréhension de l’élément politique de l’analyse keynésienne. Et les interprètes "orthodoxes" de Keynes mettent tou­jours en avant cette étroite corrélation (cf. R.F. Harrod, Le système Keynésien). Mais c’est principale­ment cette ambiguïté dans la formulation, qui exprime la révolution qu’il introduit dans la pensée éco­nomique : désormais on ne peut plus dire que le salaire détermine le coût de production, donc le prix de vente, et donc si ceux-ci sont trop élevés, l’emploi.
Le salaire détermine certes, le coût de production, mais il détermine aussi la propension à con­sommer : autrement dit, il figure dans les deux entrées du tableau classique, dans l’offre et la demande, la question étant de savoir de quel côté il pèse le plus. Désormais le salaire est un investissement.
Cette découverte "économique" permet à Keynes (ou bien ne faut-il pas ici, renverser l’ordre lo­gique ?) d’accepter une réalité cette fois-ci toute politique : la rigidité des salaires vers le bas. Tout le réseau d’inter-relations du système keynésien repose sur ce postulat (cf. Habeler, Le système Keynésien). "L’unité de salaire, telle qu’elle est déterminée par des négociations conclues entre employeurs et travailleurs" constitue en fait la variable définitivement indépendante. Et c’est sur ce terrain que se situera l’enjeu privilégié des luttes.
Ford, dès 1923, avait reconnu en cette variable indépendante, un facteur d’élargissement du mar­ché : "Au cours de ces dernières années, j’ai appris beaucoup de chose sur les salaires. Je crois avant tout que, mise à part toute autre considération, nos ventes elles-mêmes dépendent dans une certaine mesure, des salaires que nous versons" (H. Ford, My life and my work).
Le salaire est donc compris comme facteur d’élargissement du marché, mais aussi comme facteur de saut qualitatif du capital : la hausse des salaires conduisant le capital à modifier le rapport entre capital fixe et capital variable et, par conséquent le salaire aussi était un facteur d’élargissement des économies d’échelle (unité de production minime économiquement viable) et entraine une subordination des capitalistes individuels à la nouvelle loi du capital : pour compenser la baisse tendancielle des taux de profit, il devient nécessaire d’augmenter la productivité donc le volume des investissements. A ce stade le salaire commence à prendre un aspect qui nous permet d’en mesurer les effets directement politiques : il devient salaire- revenu, ou salaire-consommation.
Après 1917, la réduction des salaires avait toujours constitué l’unique politique par laquelle le capital cherchait à restaurer un équilibre économique. En Angleterre, lors de la grève générale de 26, les mineurs avaient poursuivi la lutte huit mois après la signature des accords syndicaux. Devant ce fait, Key­nes se demande pour quelle raison les mineurs auraient dû accepter une réduction salariale. Sa réponse est que les ouvriers n’avaient aucun intérêt à accepter ces réductions, et que même si on avait pu leur fournir toutes sortes de bonnes raisons, ils ne l’auraient jamais accepté.
Derrière ces considérations, apparaît clairement l’acceptation du caractère exclusif et spécifique des intérêts ouvriers et de son inéluctabilité. Dialectisé par le principe de la demande effective, l’inter­ventionnisme keynésien dévoile sa véritable dimension politique : il devient capacité de contrôle con­scient des mouvements de classe, qui existent de toute façon comme des données obligées et des par­tenaires véritables du mécanisme. Keynes notait : "Les syndicats sont désormais suffisamment forts pour pouvoir interférer dans le libre jeu de l’offre et de la demande".
L’histoire du salaire, de ses formes successives, de sa place dans la théorie économique n’est en définitive, rien d’autre que l’histoire de la classe ouvrière et de sa dynamique.
Keynes s’est fait l’interprète de l’exigence capitaliste d’une réforme de l’État, afin d’atténuer et même de briser si possible la tension dramatique qui pesait sur le futur capitaliste. On connaît son mot fameux : "Sur une longue période, nous sommes fichus !".
Avec lui le capital découvre qu’il peut y avoir un usage capitaliste de la lutte ouvrière. La lutte de classe finit par imposer le réformisme au capital. Mais comment réapparaît-elle à ce niveau nouveau de restructuration plus élevée ? Quelle est la nature et la qualité du rapport qui, à l’intérieur du capital, s’établit entre la classe ouvrière et le capital ?
Le formidable pas en avant accompli par la science du capital avec Keynes tient à ce que la classe ouvrière se voit reconnue, identifiée, et traitée comme moment autonome à l’intérieur du ca­pital.
Avec la théorie de la demande réelle, Keynes parvient à insérer dans l’économie politique, l’af­firmation politique du rapport de force entre les classes en lutte. Le thème du rapport de force par­court de part en part tout le système conceptuel keynésien. L’impératif stratégique de la politique éco­nomique sera d’imposer un bouleversement continuel des revenus et par l’intermédiaire d’une modifi­cation de la propension à la consommation, de stimuler la production dans son ensemble, les investis­sements et par là même la seule politique possible : celle du développement.
Pour que ce mécanisme puisse fonctionner pleinement, il faut que soit accepté par l’État, le risque inhérent à un rapport de force nécessairement précaire et ouvert. Avec la Théorie Générale le capita­lisme trouve sa nouvelle dimension stratégique : la dynamique de la classe ouvrière est intégrée au développement, tandis que l’État est désormais conçu comme plan. Non plus "arbitre" des rapports de classe (l’État gendarme) ou garde-fou occasionnel (l’interventionnisme sous sa forme classique, doua­nière ou celle moins connue mais érigée en institution avant 29 aux États-Unis, de sauveteur lors des crises cycliques, par l’intermédiaire du maniement du taux d’escompte et des titres publics), mais initiateur du cycle de l’activité économique (expansion-dépression) et promoteur du développement, agent non pas des capitalistes individuels, qu’il écrase parfois sur sa route, mais du capital social.
Ainsi la classe ouvrière est considérée, de l’intérieur, comme problème du développement lui-même : Keynes identifie nettement l’aspect ambivalent de la classe ouvrière qui est d’un côté, négation du sys­tème capitaliste, et de l’autre, l’élément moteur du développement du capital. En partant de ce postulat qu’est la rigidité des salaires vers le bas, Keynes montre aux "vieux partis" que leur attaque continuelle pratiquée contre le niveau de salaire "... n’est pas capable de maintenir constamment un état de plein- emploi".
Mais au-delà de cette critique des théories classiques du chômage, il nous semble important d’ar­river aux conclusions politiques de la thèse keynésienne. En 36 il n’est plus possible d’attaquer directe­ment les organisations syndicales (sinon par des mesures militaires toujours empiriques). Reproposer une réduction de salaire comme point central des mesures déflationnistes signifie, explique Keynes, "pro­voquer des variations progressives et irrégulières, qui ne sont justifiables selon aucun critère ni de justice sociale, ni de convenance économique, et qui ne prennent fin qu’après des luttes désastreuses et destruc­trices".
Au concept de classe ouvrière toute en dehors du système et uniquement opposée à lui, succède l’intuition d’une classe ouvrière dans et pour le développement. La politique de salaires stables est conçue comme la seule politique capable, à long terme, d’offrir un certain nombre de garanties. Mais attention : le tournant opéré par Keynes dans la compréhension capitaliste du salaire ne doit pas être compris au sens étroit d’une réforme qui naît avec le salaire et meurt avec lui.
On ne manipule pas gratuitement la politique salariale globale, sans avoir fondé des prémisses plus générales au niveau de l’État et surtout sans avoir compris dans toute sa richesse la dualité : la classe ouvrière comme négation du système et en même temps comme moteur du développement.
Le Traité d’Économie Politique de Say et tous les théoriciens classiques sont désormais inutilisa­bles par le capitalisme.
Avec le "Jeudi noir" de Wall Street, le capital élabore un nouveau système stratégique. La dyna­mique salariale constitue désormais la mesure des luttes ouvrières et une nouvelle méthode pour le capital d’utiliser la pression ouvrière pour le développement. Ici rien de définitif : l’arme du salaire utilisée par les ouvriers avec une détermination lucide, crée des moments de graves déséquilibres à l’intérieur du développement lui-même. Le capital est alors contraint à une restructuration continuelle. Ces sauts, cette dynamique d’équilibre se cherchant toujours, se trouvent également inévitables. Il fallait leur don­ner une systématisation stratégique et les comprendre. C’est la théorie moderne du cycle économique.
1917 avait démontré un fait : seule la classe ouvrière possède totalement la capacité de promouvoir le développement. C’est cela la synthèse d’Octobre, que l’intelligence capitaliste a su recueillir. On a là la volonté délibérée de faire jouer cette capacité exclusivement ouvrière dans le nouveau modèle capi­taliste. Avec la Théorie Générale, le capitalisme en finit pour toujours avec la peur de la crise qui le tenaillait. Mais cela ne suffisait pas ; il fallait non seulement exorciser la crise, mais surtout pouvoir l’utiliser afin que la pression ouvrière remplisse toujours le but qui lui était assigné par Keynes dans le développement. Avec la définition du développement capitaliste comme développement par sauts (tirée de Schumpeter) la Théorie Générale se trouve complétée, et la crise elle-même devient une com­posante logique de la dynamique du développement. Il faut utiliser les conflits inévitables, et les faire jouer entièrement à l’intérieur de sa propre dynamique, mais il prend conscience en plus, que la consé­quence de ces luttes sera toujours la rupture de l’équilibre précédent, ce qui se traduira par une restruc­turation nécessaire, et une recomposition à un niveau plus élevé. Le cycle devient alors de toute ma­nière, cycle du développement. La crise cesse d’être comprise comme la négation du développement pour être assumée comme moment du bouleversement du développement lui-même. Elle sera conçue comme inévitable puisqu’élément inhérent au développement lui-même. L’ancienne peur de la crise, de la dé­pression, se transforme désormais en usage conscient de la crise, pour recomposer l’ensemble du système à un niveau plus élevé. La théorie du cycle économique, comme complément stratégique, est le signe le plus clair de l’utilisation capitaliste des luttes ouvrières. Le capital crée des rendez-vous planifiés des capitalistes avec la classe ouvrière, et de la classe ouvrière avec la crise. Le problème étant pour le capital, de garder l’initiative, en contrôlant la périodicisation du cycle. Ce souci de contrôler la pério­dicité du cycle, on le retrouve dans les recommandations que fait l’OCDE dans son Rapport sur l’In­flation (Dec. 70) : "Il peut être nécessaire et souhaitable de prévoir, sous une forme ou sous une autre, une garantie des revenus réels dans une négociation d’ensemble, à condition que son application ne soit pas trop stricte et que son action ne soit pas trop rapide" (p. 36).
Voilà les rendez-vous planifiés du capital avec les syndicats. Le décalage étant conçu pour permettre dans la restructuration technologique rapide de l’Europe des années 60, un maintien du taux de profit. Mais l’OCDE dit par ailleurs que si le retard de la concertation est trop important, les grèves sauvages (ex. Allemagne 1969) rétablissent l’"équilibre". Ainsi il devient même possible pour le capital d’ouvrir une crise contre la classe ouvrière.
"Il est probable que, pendant les années 30, les chefs d’entreprises qui ont fait faillite ou les travailleurs qui ont perdu leur emploi, n’ont pas réagi comme ils le feraient maintenant parce qu’ils pou­vaient penser que c’était là, la conséquence d’un cataclysme naturel. De nos jours, une récession grave serait considérée sans nul doute comme le résultat d’une politique délibérée suivie par le gouverne­ment" (p. 33 du texte précité).
Pour garder l’initiative dans le contrôle des cycles économiques, il devient indispensable pour le capital, de disposer d’un côté d’un outil de contrôle politique sur ses "troupes", c’est-à-dire sur ces fameux capitaines d’entreprises, ces capitalistes individuels, et de l’autre, de la planification du déve­loppement, donc du contrôle des mouvements de classe pour les maintenir à l’intérieur du système.
C’est ce qu’exprime encore nettement l’OCDE dans le texte déjà cité : l’Inflation :
"Pour être efficace, une politique des prix et des revenus, implique, presque par définition, que l’intérêt commun entre en ligne de compte dans les décisions individuelles relatives aux salaires et aux prix ; ou pour parler plus net, que les employeurs et les syndicats prennent des décisions différentes de celles qu’ils prendraient s’ils étaient laissés à eux-mêmes".
Cet outil de planification, c’est l’État du capital social et ses articulations de plan. Le pas théorique franchi par Keynes impliquait la destruction de l’idéologie séculaire du "laissez-faire" de Say.
Marx évoque le caractère inévitable d’une telle destruction lorsqu’il remarque :
"Les défenseurs enthousiastes du capital manufacturier, lorsqu’ils refusent toute organisation géné­rale du travail social, ne peuvent rien dire de pire que : une telle transformation, transformerait en usine l’ensemble de la société !" (Capital, I, ch. 2).
Et Keynes explique en effet :
"Je suis sceptique quant à la possibilité de succès d’une politique exclusivement monétaire, visant à influer sur le taux d’intérêt. Je souhaiterais voir l’État assumer une responsabilité toujours croissante dans l’organisation directe des investissements...".
Autrement dit, la forme juridique et indirecte de l’intervention de l’État, ne suffit plus. L’État ne peut plus avoir pour seul rôle de garantir le contrat économique fondamental qui lie le présent au futur. Il doit devenir lui-même structure économique, agent direct de la production et donc centre de l’im­pulsion de l’ensemble de l’activité économique.
"Dans la mesure où le capital industriel s’empare de toute la sphère de la production sociale, la technique et l’organisation du procès de travail se trouvent bouleversées et avec elles le caractère éco­nomique et historique de la société" (Marx, Capital, II, I).
Quand il se portait simplement garant de l’exécution du contrat économique, l’État se trouvait encore au service des capitalistes. Mais quand il se met à assumer le rôle de capital productif, et qu’il veut réabsorber les déséquilibres structurels que l’économie de marché et les rapport indirects avec les capitalistes peuvent engendrer, alors il prend un nouveau visage : celui de l’État du capital social.
Le capital est contraint de passer du stade où il existait un antagonisme entre le despotisme à l’intérieur de l’usine et l’anarchie dans la société - et l’État était l’organisation de ce rapport contradic­toire et se bornait à définir les droits et les limites respectives des deux terrains - à un stade nouveau. On peut le caractériser comme le stade de la diffusion sociale de l’organisation de l’exploitation, c’est- à-dire de l’organisation sociale du despotisme du capital. La nouvelle figure de l’État planificateur, re­produit les traits de l’usine dans le mode spécifique d’une articulation sociale de l’organisation de l’ex­ploitation et de la répression.
On aura une idée plus concrète de la façon dont s’est organisé ce passage à l’État du capital social, en examinant par exemple, le New Deal aux USA : avec la politique du New Deal, commença malgré les difficultés d’application, l’imposition de décisions capitalistes unitaires, et la tradition de la libre concurrence fut dans les faits, éliminée (Codes NIRA). Un début de politique d’horaires et de salaires unifiés à l’échelle nationale obligera le réseau productif à s’uniformiser. L’effet direct de ce phénomène fut une homogénéisation, et une massification de la force de travail sans pré­cédent. Du coup l’appropriation immédiate, par la classe ouvrière, des conditions créées par le New Deal, qui se traduisit par les grandes grèves de 34-36 c’est-à-dire par des luttes essentiellement spontanées, sur le mot d’ordre : "syndicat unique pour tous les travailleurs des États-Unis", im­posa au capital un stade supérieur de croissance. Avec le "Wagner Act" de 1935, outre la re­connaissance du syndicat comme articulation de l’Etat capitaliste, apparaissent les normes des con­trats collectifs sur le salaire et des horaires nationaux. Les marges de manoeuvre du capital privé se trouvent limitées, puisque celui-ci se voit imposer des limites précises dans ses initiatives. Ajoutons-y la série de mesures visant à lutter contre une subordination trop étroite du développement aux intérêts privés : création de la SEC sorte de commission de "moralisation" de la bourse pouvant éventuellement dissoudre des sociétés financières, les impôts sur les titres d’actions (Welt tax Act), contrôle indirect de l’État sur le système bancaire.
Le fait vraiment spécifique du New Deal, et dont on ne trouve aucun équivalent auparavant sauf peut-être le War Industries Board pendant la guerre de 14-18, tient à ce simple chiffre : en moins d’un an plus de 600 codes approuvés par Roosevelt, concernant les prix, les quantités de production, les conditions salariales etc..., recouvrent 95% des employeurs américains ! ! !
L’aspect directement keynésien du New Deal, on peut le saisir à ce trait : l’"industrial réorganisa­tion", qui partit d’une initiative capitaliste, et pas du tout d’une initiative ouvrière (songeons à la faiblesse des syndicats de métier gompersiens, 3 millions) eut pour objectif conscient une syndicalisation de masse de la force de travail. Le Wagner Act vise ainsi essentiellement à dégager un rapport fonda­mental et direct entre État et travail, entre le développement capitaliste et les luttes ouvrières.
En attendant, aux États-Unis, la crise de 29, avait fait éclater les structures précédentes de l’en­semble du système, libérant des quantités énormes d’un certain type de force de travail, qu’on pouvait encore identifier à un certain type de professionalité, et les avait rendues ainsi disponibles à n’importe quel travail.
Et c’était ce but qui était recherché en profondeur par le capital, qui n’avait pu liquider définiti­vement l’ouvrier de métier par Taylor et le Fordisme. La signification politique, du point de vue capitaliste, d’un chômage massif, avait été de venir à bout de la composition traditionnelle de la force de travail, et de toutes ses stratifications précédentes.
Du côté capitaliste, cela signifie aussi que l’État capitaliste a changé non seulement dans l’extension sociale de sa capacité d’intervention, mais aussi dans sa structure, qu’il a dû absorber et utiliser la poussée ouvrière. C’est ce dernier objectif qui a donné à l’Etat sa forme actuelle : celle de la planification du développement, bref de l’État du capital social, de ses institutions et de ses articulations qui repo­sent toutes sur la mystification de l’intérêt général.
Comme nous l’avons déjà dit, le capital avec Keynes, accepte de considérer les intérêts ouvriers com­me des intérêts exclusifs et spécifiques, bref le caractère inévitable et nécessaire de la lutte de classe, mais en même temps, il assigne à cette lutte la fonction motrice du développement. C’est dire qu’on re­connaît stratégiquement à la classe ouvrière, le droit d’affirmer ses propres intérêts ; le problème étant pour le capital, de garder le contrôle tactique de cette poussée par laquelle la classe menace à chaque instant de sortir du plan et du développement, c’est-à-dire de la reconduire d’échéances différées en échéances différées à l’intérieur du système. Pour ce faire, l’État keynésien doit recourir à fond à la mystification de l’intérêt général, et celle-ci n’est pas séparable de la mystification de la valeur du travail.
C’est ainsi que curieusement, la loi de la valeur-travail, constitue le nerf même du projet key­nésien. Il s’agit d’éliminer tous les éléments contraires au plein fonctionnement de la loi de la valeur. Le nouveau système de l’État se justifie pour Keynes dans la mesure où il permet précisément la réalisation optimale de la loi de la valeur-travail, et de sa dictature plus efficace sur l’ensemble de la société, Keynes écrit lui-même :
"Un des buts des chapitres précédents (de la Théorie Générale) a été de conduire une analyse globale de la théorie des prix en étroite corrélation avec la théorie de la valeur. Je retiens que la divi­sion de l’économie entre la théorie de la valeur et la distribution d’un côté, et la théorie de la mon­naie de l’autre est une erreur".
Il expliquait un peu plus haut : "Je suis proche de la théorie pré-classique pour laquelle toute chose est produite par le travail".
Nous pouvons dire qu’avec Keynes, l’équation : "l’Etat Social = l’Etat du travail », commence vrai­ment à être posée par le capital lui-même. L’Etat apparaît comme l’incarnation de l’intérêt général, au­quel Keynes réussit à donner un contenu très précis : celui de la réalisation optimale de la loi de la valeur. A travers la réduction de la théorie monétaire à la théorie de la production, à travers l’analyse de la nécessité politique d’une telle réduction et de la forme contrôlée qu’elle doit prendre ; Keynes cherche en fait à représenter une situation limite qui pourrait être atteinte "sans révolution", où le profit et l’intérêt seraient réduits à zéro, et où le rapport monétaire qui constitue la sphère du pou­voir capitaliste disparaîtrait. L’argent étant alors réduit à la simple unité de compte, et donc au symbole simple de l’équivalent général entre les marchandises produites. L’intérêt social sans éléments subsi­diaires ou parasitaires ferait ainsi que la loi de la valeur gouvernerait tout le développement. C’est ce que Marx appelait « le communisme du capital ». Et c’est là qu’il faut remarquer comment Keynes, devant l’insuffisance des penseurs classiques de l’économie politique (Say etc...) revient à la loi de la valeur-travail.
Mais cette utopie du communisme du capital, oublie que s’attacher à la pleine réalisation de la loi capitaliste de la valeur, c’est s’attacher en fait à la pleine réalisation de la loi capitaliste d’extraction de la plus-value. Profits et intérêts réduits à zéro, n’est rien d’autre en réalité que la détermination que prend le taux moyen de plus-value de la production sociale du capital. Ce qui disparaît ainsi, ce n’est pas l’exploitation mais sa figure anarchique et concurrentielle. Ce ne sont pas les profits et l’intérêt qui disparaissent, mais seulement leur excès par rapport au taux moyen de profit du capital social. Nous comprenons ici pourquoi Keynes est contraint d’employer dans sa détermination du niveau moyen de l’emploi, la notion si vague de taux de profit "acceptable" (cf. plus haut) : préciser ce terme, ce serait contredire la loi de la valeur. C’est là qu’on saisit le mieux la mystification de la nouvelle économie politique keynésienne.
Donc, intérêt général et valeur du travail ont pour signification :

  • d’une part la subordination politique des capitalistes individuels, leur transformation en fonction­naires du capital social, et
  • d’autre part, le plan, c’est-à-dire le rendez-vous planifié avec la classe ouvrière.

Autrement dit, sans classe ouvrière pouvant à tous moments sortir du capital et bloquer l’accumulation, il n’y a pas de développement, de progrès tout court et donc pas d’équilibre politique.
Cette découverte de Keynes, du moins dans sa formulation théorique, est parallèle à celle faite par le Lénine de la NEP, lorsque les bolchéviques s’aperçurent que toute la dynamique du développement reposait nécessairement sur l’affrontement antagoniste entre classe ouvrière et capital, que pour restaurer ce mécanisme de développement, il fallait reconstituer la force de travail en classe ouvrière, et donc restau­rer le capital sans lequel il n’y a pas non plus de classe ouvrière.
A partir de 29, et de la nouvelle organisation capitaliste de l’État, on voit se dessiner un nouveau rapport État-Syndicats. Avant la grande crise, le capitalisme attaquait le niveau du salaire et le syndicat, et il y avait encore un usage ouvrier du syndicat. Mais avec le nouvel État, l’État du capital social, le syndicat change de mains. Les organisations ouvrières traditionnelles étaient liées à la composition de la classe ouvrière, qui en 17, et à travers les Conseils s’était reconnue comme l’État possible, comme la force capable de s’emparer du système pour le plier à ses propres fins. Mais une fois bouleversées cette composition de classe et les structures du rapport de classe qui y correspondaient, les organisations ne subsistent plus que comme des échafaudages formels. La classe ouvrière, la poussée constante qu’elle manifeste contre le capital et le développement, s’en est retirée. Mais les syndicats, en tant qu’institutions qui continuent d’avoir une existence propre, deviennent du coup, utilisables par le capital. Et utilisables, ils le sont d’autant plus qu’ils sont nés sur des objectifs qui sont devenus désormais ceux du capital restructuré : ceux de la défense de la valeur du travail sur lesquels se fige le syndicat. Autrement dit avec l’institution syndicale, le capital se voit offert ce qu’il recherche : la lutte, une classe ouvrière reconnue, acceptée, et en même temps à l’intérieur du plan, du développement, bref le versant capitaliste de la lutte ouvrière : le moteur de toute la société. Le syndicat devient articulation et fonction de l’État-Plan. Dans les conventions collectives, la planification en général, il sera l’image juridique et institutionnelle d’une classe à laquelle on reconnaît des intérêts particuliers et spécifiques, et qu’il faut faire agir librement et totalement dans le développement.
Mais ne présentons pas ici des conclusions, schématiques et forcées, et ne considérons pas ce saut en nous plaçant sur un terrain idéologique. L’opération réalisée ne peut être assimilée à la "mise en place d’une politique réformiste, un point c’est tout !!!".
Certes, l’objectif visé par Keynes c’est de toujours réduire les luttes "désastreuses et destructrices", mais la fin dernière du nouvel Etat capitaliste en formation, ce ne sera plus la paix sociale en soi. Nous avons vu qu’au contraire, il recherchera un certain type de conflictualité. Une telle politique est due à "l’abandon des positions qui niaient la réalité" de la lutte de classe et qui voyaient les conflits comme de simples anomalies. C’est parce qu’il accepte la lutte comme un des éléments problématiques et internes au développement, que le capital se met à accepter le syndicat et à l’utiliser. A travers la gestion syndicale des luttes, la menace stratégique que fait peser la classe ouvrière, contrôlée tactique­ment, joue le rôle régulateur suivant : éliminer les phénomènes d’anarchie concurrentiels quand ils compro­mettent le développement ou quand ils le mettent en péril mortel ; obliger le capital à se réformer sans cesse, à liquider ses déséquilibres internes (secteurs attardés), à progresser c’est-à-dire à modifier l’équi­libre existant entre capital fixe et capital variable pour récupérer une position dominante dans le rapport de force politique.
Le capital n’assume donc pas simplement, la force de travail et son coût, "pour avoir la paix" mais il accepte et introduit le conflit à l’intérieur de son développement, et rétablit non pas l’équilibre antérieur, mais un nouveau type d’équilibre dont personne ne peut plus prétendre désormais qu’il soit stable et statique. Le nouvel équilibre capitaliste est mobile et problématique : c’est un déséquilibre en équilibre sur le futur. Et du coup le syndicat se cristallise dans les mains de ceux qui l’avaient habité et devient cet instrument de régulation délicate de la conflictualité sociale reconnue comme inéluctable. C’est à lui qu’est dévolu, dans le souci de l’intérêt social, "l’intérêt de tous", le rôle de maintenir tactiquement, donc à l’intérieur du cycle déterminé par le plan, la classe ouvrière ; et cela dans les limites acceptables pour ne pas détruire l’équilibre limité. La planification veut donc finalement dire que, dans un cycle déterminé, la programmation des luttes, la détermination des échéances, donc le choix du ter­rain, restent aux mains du capital.
Nous avons vu que le postulat fondamental du système kéynésien, était la rigidité du salaire vers le bas. Bref l’acceptation de la lutte de classe. Mais il faut compléter ce postulat par un autre. Il ne faut pas dire que la solution capitaliste à la crise de 29 soit purement superficielle, c’est-à-dire que le capital consentirait des augmentations de salaires monétaires, mais en détruirait complètement l’effet par l’in­flation. Tenant compte de la formidable pression ouvrière qui va s’exercer sur le salaire, et traduire le pouvoir ouvrier sur la société du capital, en termes de richesse sociale arrachée à ce dernier, l’Etat du capital social va consentir à des augmentations de salaire réelles. Mais il faudra qu’elles soient conte­nues à l’intérieur des limites qui ne compromettent pas l’équilibre du cycle. Autrement dit, le capital s’aperçoit que ce qui est dangereux, ce n’est pas l’opération de négociations entre employés et emplo­yeurs, de l’augmentation des salaires. Au contraire, celle-ci et la lutte qui doit l’accompagner se révèlent indispensables, si l’on veut un plein fonctionnement de la loi de la valeur. Ce qui comporte pour le ca­pital, un extraordinaire pouvoir subversif, c’est l’exigence ouvrière de s’approprier une part croissante de la richesse sociale produite. Si celle-ci devient aussi tactique, et non plus seulement stratégie dont la tactique appartient au capital, la classe ouvrière risque de se développer politiquement, et de sortir du capital. Et dans ce cas c’est tout le pari capitaliste d’utilisation de la lutte ouvrière qui s’écroule. Dès lors, le rapport entre lutte et organisation bascule et change de camp : la conflictualité ouvrière ne veut plus dire : réorganisation capitaliste, organisation croissante du capital, mais organisation ouvrière autonome, contre le plan, le développement, l’état du capital social et du travail.
Voilà pourquoi du point de vue capitaliste même, le syndicat devient un instrument indispensable : c’est à lui qu’incombe la tâche délicate d’assurer la rigidité des salaires vers le haut, pendant le temps d’un cycle, bref de désamorcer chaque fois ce que recèle comme pouvoir politique d’organisation, la lutte ouvrière dans chaque occasion.
Voilà pourquoi ceux qui cherchent à construire l’organisation politique de la classe, à partir de la gestion syndicale des luttes, peuvent attendre encore longtemps, puisque la fonction du syndicat, à niveau global, est depuis 29 celle d’empêcher toute autonomie ouvrière face à l’État-Plan-Entreprise du travail.
Citons pour finir un extrait du livre de Tiano, Action Syndicale et Théories du Salaire (p. 393).
"Le professeur Goetz-Giry, nous rappelle que : Keynes a souligné en 1940, dans ’How to pay the war’, l’importance des ’retards’, et montré que pendant la guerre de 14-18, c’est un retard des salaires d’environ 12 mois sur le coût de la vie, qui a rendu l’inflation ’tolerable’.
D’un côté, l’action syndicale renforce le décalage spontané entre l’accroissement des prix et celui des salaires. Les conventions collectives ont une durée déterminée et créent une certaine rigidité des salaires dans le sens de la hausse. Leur action bien connue pour une rigidité dans le sens de la baisse, encourage la résistance des employeurs aux revendications de salaires accrues dont ils savent qu’ils seront incapables de les réduire en cas de dépression. Enfin dans certaines économies sensibilisées à l’inflation, les conventions collectives constituant un procédé visible de hausse des salaires, modéreront plutôt leur mouvement ascendant par rapport à ce qu’il serait sans elles ou à ce qu’il est dans les industries inorganisées. C’est ce qui se produit en Suède de 1939 à 1952, sans que cette expérience paraisse exceptionnelle, puisque Boulding sans s’y référer, remarque dans un article théorique :
Les syndicats, assez paradoxalement deviennent dans une période inflationniste, des moyens pour empêcher les salaires nominaux de s’élever aussi vite qu’ils l’auraient fait autrement... Il se peut très bien que le sens le plus important d’une négociation collective ne réside pas dans le fait qu’elle soit collective, mais dans son caractère de négociation".

Bibliographie sur Keynes et la remise à jour de l’État du Capital Social.
L’article fondamental est de A. Negri : "La teoria capitalistica dello Stato nel ’29 : John M. Keynes, Contropiano, Anno III, n. 1, 1968 réédité dans Opérai e Stato, Feltrinelli, Milan 1972.
Consulter aussi : Negri : Marx sul ciclo e la crisi, Contropiano n. 2, ’68, réédité dans Opérai e stato, idem ; Tronti : Il piano del capitale in Opérai e Capital, Einaudi, ’71 ; Mattik : Marx et Keynes (à paraître en français).




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