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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Contre la valeur du travail et l’idéologie socialiste
Les ouvriers contre l’état, p. 101-102
Article mis en ligne le 13 juin 2013
dernière modification le 12 juin 2013

par ArchivesAutonomies
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Il serait inutile de rappeler ici de façon exhaustive, ce que Marx a développé sur la valeur du travail. Tenons-nous-en aux implications opératoires qui en découlent. Nous soutenons que l’expression : "la valeur du travail" n’a pas de signification cdncrète puisque :
1) dans le système capitaliste, ou la prestation de travail est échangée contre un salaire, le travail ne peut pas être payé à sa valeur.
2) ce que les ouvriers veulent aujourd’hui, ce n’est pas conquérir le paiement de la valeur du travail dans son intégralité, mais la rupture du système qui mesure la valeur des marchandises au tra­vail et le travail à la rentabilité des marchandises.
Aujourd’hui, en fait, le capitalisme réformiste offre comme conquête la plus haute, aux ouvriers, de lier la valeur de la force de travail à la productivité croissante du travail. Mais la lutte ouvrière se dirige précisément contre la capacité du travail de produire de la valeur et donc d’être le moyen de valorisa­tion du capital. Ce que Marx dit quant à l’absence de signification de l’expression : "valeur du travail", nous pouvons l’interpréter comme le refus ouvrier du principe selon lequel on n’aurait droit au salaire que parce qu’il est une rétribution versée contre du travail fourni et consommé par le capital.
"Et que font les ouvriers quand ils luttent contre leur patron ? Ne luttent-ils pas avant tout contre le travail ? Ne disent-ils pas non avant tout à la transformation de la force de travail en travail ? Ne "refusent-ils pas avant tout de recevoir du travail des capitalistes. En fait cesser le travail, ne veut "pas dire refuser de donner au capital l’usage de la force de travail, car cela il l’a déjà reçu lors du "contrat d’achat-vente de cette marchandise particulière. Ce n’est pas non plus le refus de concéder au capital le produit du travail, puisque ce dernier est déjà légalement sa propriété, et que d’autre part, l’ouvrier ne sait qu’en faire. Cesser le travail - la grève en tant que forme classique de la « lutte ouvrière - c’est refuser la domination du capital comme organisateur de la production ; c’est dire non en un point déterminé au travail concret proposé ; c’est bloquer momentanément le procès du travail, comme une menace récurrente qui enlève son contenu au procès de valorisation. La grève générale anarco-syndicaliste qui était censée provoquer l’écroulement de la société capitaliste, est sans doute une naïveté romantique de jeunesse. Au fond elle contenait déjà elle-même la revendication lassallienne, même si elle s’y opposait en apparence, d’un ’juste fruit du travail’, c’est-à-dire d’une juste ’participation’ au profit du capital. Les deux perspectives s’unifièrent en fait quand elles apportèrent à Marx la fausse correction qui a depuis tant de succès dans la pratique du mouvement ouvrier officiel et selon laquelle les véritables ’donneurs de travail’ seraient les ’travailleurs’ à qui il reviendrait de défendre la dignité de leur prestation de travail contre ceux qui veulent l’avilir. Non, dans ce cas, la terminologie courante est la bonne. Le donneur de travail est vraiment le capitaliste. L’ouvrier est donneur de capital. Il est en réalité possesseur de l’unique marchandise particulière qui est la condition de toutes les autres condition de la production. Car toutes les autres conditions de la production sont au départ (...) du capital en soi, du capital mort qui, pour vivre et se déployer comme rapport social de production a besoin de se soumettre la force de travail comme activité et sujet du capital. Mais il n’y a pas de passage au rapport social (...) si l’on n’introduit pas en lui, et comme son contenu, le rapport de classe. Et le rapport de classe nait et s’impose dès que le prolétariat s’est constitué en classe face au capitaliste. Par conséquent l’ouvrier donne du capital, non seulement en tant qu’il vend sa force de travail, mais aussi en tant qu’il porte le rapport de classe. Cela, tout comme le caractère social implicite de la force de travail, c’est encore une chose que le capitaliste ne paie pas, ou plutôt qu’il paie par le prix de la lutte ouvrière, qui secoue périodiquement le terrain de la production, prix qui n’a pas fait l’objet d’un contrat. Ce n’est pas par hasard que c’est ce terrain que les ouvriers choisissent tactiquement pour attaquer le patron, et que sur ce terrain le patron est contraint de répondre par des bouleversements techniques continuels dans l’organisation du travail. Dans ce processus la seule chose qui ne vienne pas des ouvriers c’est le travail proprement dit. Les conditions du travail sont dès le départ entre les mains du capitaliste. Entre les mains de l’ouvrier, il n’y a d’emblée que les conditions du capital. La société capitaliste a eu pour naissance historique ce paradoxe qui est devenu plus tard la “naissance éternelle” de son développement. L’ouvrier ne peut pas être du travail s’il n’a pas contre lui le capitaliste. Le capitaliste ne peut pas être du capital s’il n’a pas contre lui l’ouvrier. Si l’on pose la question : qu’est-ce qu’une classe sociale ? on répondra : ce sont deux classes. Le fait que l’une domine ne comporte pas en soi que l’autre se fasse subalterne, mais cela comporte la lutte à égalité pour briser cette domination, et pour la retourner, d’une nouvelle façon contre celui qui a dominé jusqu’à présent. Il est urgent de remettre en circulation une image du prolétariat qui le représente tel qu’il est : ’orgueilleux et menaçant’. Il est temps d’inaugurer une nouvelle expérience historique entre classe ouvrière et capital, la bataille que Marx voulait entre : ’les gigantesques souliers d’enfant du prolétariat et les souliers de nain usés de la politique bourgeoise !’" [1].

Notes :

[1Mario Tonti, Operai e capitale, Einaudi, 1971, pp. 237-238, traduction française à paraître prochainement chez EDI.




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