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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’accord des radicaux de gauche, pour la proche Conférence Nationale de la "communauté du travail"
{Arbeiterpolitik}, n°8, 24 Février 1917
Article mis en ligne le 22 mai 2014

par ArchivesAutonomies
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Pour la proche Conférence Nationale de la "Communauté du Travail".

Le Comité directeur de la Communauté du Travail Social-démocrate appelle pour la mi-mars à une Conférence qui doit permettre à l’Opposition de "fusionner organisationnellement en vue d’un travail commun pour la guérison du mouvement social-démocrate, pour la mise en œuvre du programme social-démocrate ainsi que des résolutions des congrès du parti et des congrès socialistes internationaux". L’appel invite à la Conférence tous "ceux qui sont disposés à coopérer avec la Fraction de la Communauté du Travail Social-démocrate". Dans un autre passage, l’appel s’adresse à toutes les organisations" qui se sont déjà placées sur le terrain de l’Opposition". Les radicaux de gauche sont donc contraints de prendre position à l’occasion de cette Conférence, ce qui signifie en même temps un accord dans leurs propres rangs.
Nous avons exposé notre position vis-à-vis de la Communauté du Travail et du centre du parti dans l’Arbeiterpolitik depuis les premiers numéros jusqu’aux derniers. Nous avons examiné la conception de principe du centre du parti et critiqué l’attitude de la Communauté du Travail. Ceci nous a amené à la conclusion que de profondes divergences tactiques et de principe nous séparent du centre du parti, de telle sorte qu’il ne peut être question d’une coopération entre les radicaux de gauche et lui, ce qui, cependant, n’exclut pas qu’il puisse se présenter des cas où le centre du parti et les radicaux de gauche doivent agir ensemble.
C’est également la conception de la camarade Zetkin, une représentante éminente du Groupe Internationale. La camarade Zetkin modifie, dans le Gleichheit, le mot d’ordre de la camarade Duncker, selon lequel on devrait, certes, marcher séparément avec la Communauté du Travail mais frapper ensemble avec elle : une coopération avec la Communauté du Travail n’est possible "qu’au cas par cas" ; et d’ailleurs, la camarade Duncker a donné à la Conférence de l’Opposition l’interprétation suivante de son mot d’ordre : il ne peut être question de frapper ensemble que si, en définitive, la Communauté du Travail veut frapper ; eh bien, elle lançait carrément au visage des partisans de la Communauté du Travail ce fait patent : vous n’avez pas du tout l’intention de frapper !
C’est entièrement notre opinion, sauf que de reconnaître cela soulève immédiatement la question suivante : pourquoi la Communauté du Travail ne veut pas frapper, une question qui conduit à reconnaître ce que nous avons démontré dans ce journal à l’aide de nombreux exemples pratiques relatifs à la politique que la Communauté du Travail a mené : la Communauté du Travail ne veut pas frapper parce qu’elle ne le peut pas. Aussi bien sur la question de la défense nationale que de la paix, sur la question de l’organisation que des actions de masse, sur la question de la maturité du capitalisme que de l’impérialisme, sur la question de l’Europe centrale que de l’Internationale, le centre du parti prend une position qui, sur les principes, diverge de la conception des radicaux de gauche. Il était par conséquent tout naturel que les radicaux de gauche engagent la lutte contre le centre du parti dès le début de la guerre. Cette lutte a été menée, sur la base des principes, avec netteté dans le Lichtstrahlen, dans les Lettres de Spartacus, et plus tard dans l’Arbeiterpolitik. Des quotidiens comme le Bremer Berger-Zeitung et le Volksfreund de Brunswick se joignirent à ce combat. Ce ne fut en fait que la continuation de ce qui avait déjà commencé avant la guerre : le débat entre les radicaux de gauche et le centre du parti.
Ce débat n’est pas encore terminé ; il a été seulement poussé de l’avant avec force par la guerre. Mais, à l’heure actuelle, la nécessité de la séparation organisationnelle d’avec le centre du parti apparaît désormais comme évidente aux yeux des éléments dirigeants des radicaux de gauche et de ceux de leurs partisans parmi les travailleurs, d’autant plus que la séparation organisationnelle a déjà suivi, peu après le début de la guerre, la séparation spirituelle que nous avons caractérisée plus haut. Pourquoi le Groupe Internationale s’est-il constitué ? Etait-ce pour créer une unité organisationnelle qui ne serait pas dirigée par Ebert et par Scheidemann, pas plus que par Haase et par Ledebour, mais dont les chefs seraient Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ? Si cela avait été le cas, il aurait pu s’épargner la peine de fonder une organisation distincte, et il n’aurait certainement pas trouvé, en ne proposant pas d’autre raison que l’indépendance organisationnelle, de partisans parmi les travailleurs. Non, c’est parce qu’il a dû, après des efforts prolongés et inutiles, reconnaître qu’aucun combat ne pouvait être mené en commun avec le centre du parti, c’est parce qu’il existe des divergences tactiques et de principe trop profondes qui séparent les deux tendances, qu’il a avancé, et avec succès, vers la fondation d’une organisation distincte.
Mais le fait que les radicaux de gauche aient été obligés de se séparer organisationnellement du centre du parti, démontre qu’aucune coopération avec les gens qui entourent Haase et Ledebour n’est possible à l’avenir. Tous les radicaux de gauche sont d’accord sur ce point. Et ils sont d’accord également sur la question des actions de masse, ce fondement de la lutte de classe à l’époque de l’impérialisme. Il s’agit maintenant de continuer le travail qui a été commencé avec la création du Groupe Internationale et des Socialistes Internationaux d’Allemagne. Le fait de céder la moindre parcelle de cette autonomie organisationnelle représente le plus néfaste des reculs. C’est pourquoi il est tout à fait réjouissant que le Groupe Internationale fasse dépendre sa participation à la Conférence de mars de la Communauté du Travail de la condition que sa pleine autonomie spirituelle et organisationnelle y sera conservée. Il apparaîtra donc à cette Conférence en tant que Groupe Internationale - à supposer que la Communauté du Travail soit disposée à mettre en accord son appel avec cette condition. Si ce n’était pas le cas, et si elle devait tirer les conclusions pratiques de son attitude vis-à-vis du Groupe Internationale il en découlerait la nécessité immédiate, également pour le Groupe Internationale, de constituer le parti des radicaux de gauche.
Il importe donc que les radicaux de gauche se réunissent dans une organisation unitaire. Ils ont à discuter des points de divergence qui les séparent, et à établir la base commune de leur coopération spirituelle et organisationnelle. Nous voulons aider à préparer le nouveau parti des radicaux de gauche dont nous tenons la constitution pour indispensable. Mais, en même temps, nous voulons donner l’occasion à la Communauté du Travail de dire ouvertement ce qu’elle pense et ce qu’elle veut. Le Groupe Internationale a manifesté sa volonté de participer à la Conférence de mars sous la condition ci-dessus mentionnée. Comme contribution à un accord entre les radicaux de gauche et à la discussion dans les organisations du parti qui veulent envoyer des délégations à la Conférence, nous proposons la résolution suivante :

1) L’éclatement de la Social-démocratie Allemande, provoqué par les coups de force des instances social-patriotiques, n’est que le parachèvement, du point de vue de l’organisation, de la scission politique du mouvement ouvrier socialiste, entraînée pax la politique du 4 août. La politique de la paix avec le capital et la politique de la lutte de classe ne pouvaient pas être menées de front par le même parti ; ce même parti, qui aspire à la victoire sur le capitalisme, ne pouvait pas en même temps prendre fait et cause pour son élargissement et son renforcement au travers de l’impérialisme. Le parti est divisé, et toute tentative de revenir sur cette scission, qui est consommée, par une soi-disant lutte pour le droit du parti, est à rejeter comme une illusion pernicieuse et comme un gaspillage de forces. A l’inverse, la tâche de l’Opposition consiste dans la lutte sans aucun ménagement contre le social-patriotisme qui est le complice le plus dangereux de l’impérialisme. Cette lutte, qui est une partie de la lutte de classe générale des ouvriers socialistes, a pour but la défaite et la destruction du social-patriotisme qui sont les conditions préalables à notre victoire sur le capitalisme.
2) En se plaçant sur le terrain de la scission avec les social-patriotes, l’Opposition admet que la lutte contre eux exige le rassemblement des organisations et des groupes oppositionnels dans un nouveau parti prolétarien. La première tâche de ce parti doit consister à faire l’effort de réveiller le sentiment de solidarité internationale dans le prolétariat allemand et de transformer ce sentiment, par des démonstrations de volonté de paix socialiste, par l’utilisation du rôle du prolétariat dans la production, en une force qui soit capable, en agissant en commun avec les classes ouvrières des autres pays qui auraient la même orientation, de conquérir non seulement la paix mais aussi le socialisme. Conformément à ces objectifs, le nouveau parti a pour tâche, en premier lieu, d’éveiller les masses ouvrières, afin qu’elles déploient leur puissance, en utilisant tous les moyens dont il dispose. En particulier, la presse et la tribune parlementaire ne doivent servir que dans ce but. Selon le même point de vue, les revendications social-pacifistes relatives au désarmement et aux cours d’arbitrage doivent être récusées en tant qu’illusions qui paralysent la force de lutte de la classe ouvrière en éveillant chez les travailleurs l’idée qu’un impérialisme pacifique serait possible.
3) La création du parti ne peut avoir lieu qu’après une préparation en profondeur dans l’ensemble des ouvriers de l’Opposition, qu’après une discussion dans le détail de toutes les questions qui sont en rapport avec la situation de la classe ouvrière à l’époque de l’impérialisme. En exprimant sa ferme intention de constituer ce parti la Conférence invite les ouvriers oppositionnels à discuter de toutes les questions et à prendre position sur toutes les directives qui y ont été ou y seront proposées par les groupes oppositionnels sur la politique prolétarienne actuelle, après quoi, si on parvient à un accord dans les questions les plus importantes de la scission d’avec les social-patriotes, de la défense nationale, du parlementarisme et des actions de masse, une nouvelle conférence sera convoquée qui constituera le Parti Socialiste International d’Allemagne.

Cette résolution doit représenter la base sur laquelle sera effectué le choix des délégués à la Conférence. La prise de position de la Conférence sur cette résolution sera la réponse à la question de savoir si les radicaux de gauche peuvent coopérer avec le centre du parti ou bien s’ils doivent faire immédiatement l’effort de constituer un parti indépendant. Mais cette résolution peut, en même temps, offrir la base de ce sur quoi les radicaux de gauche ont à s’entendre. Ils auront l’occasion de s’exprimer lors du choix des délégations à la Conférence. La tâche du Groupe Internationale sera de prendre en charge le travail de préparation du rassemblement de tous les éléments radicaux de gauche pour une pré-discussion. Ce serait aussi la meilleure manière d’effectuer le travail de préparation de la constitution d’un nouveau parti des radicaux de gauche. Pour notre part, nous sommes en tous cas disposés à prendre part aux discussions du Groupe Internationale ; nous pensons rencontrer une entière compréhension pour cette disposition également chez ceux de nos lecteurs qui, comme nous, n’ont pas encore jusqu’à présent rejoint le Groupe Internationale et nous pensons aussi trouver la même disposition chez eux.
Nous considérons naturellement cette résolution que nous proposons seulement comme un projet provisoire qui peut être modifié par une discussion en commun des radicaux de gauche. Nous pensons cependant avoir délimité le seul terrain sur lequel un accord honnête et loyal est possible. Nous sommes certains que, comme il en a été toujours ainsi, notre travail de collaboration à cette œuvre ne fera pas défaut.

P.S. :

Paru pour la première fois en langue française dans la revue (Dis)continuité n°3 - octobre 1998




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