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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Que veulent les syndicalistes ?
Programme, buts et moyens de la F.V.D.G. (Freie Vereinigung deutscher Gewerkschaften- Association Libre des Syndicats Allemands), 1919, Karl Roche
Article mis en ligne le 14 août 2014

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INTRODUCTION

"L’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même".

La social-démocratie a transformé cette phrase du Manifeste Communiste, burinée dans la pierre, en boniment.
Les prolétaires constituent une classe qui n’a aucune part de propriété des moyens de production : c’est la classe des travailleurs salariés. Et c’est pourquoi cette classe n’a également aucun droit de propriété à l’immense valeur qu’elle engendre. Le salariat est l’apanage de l’esclavage moderne.
L’autre classe a les moyens de production comme propriété personnelle. C’est pourquoi elle a la puissance du vol. La puissance de s’approprier les fruits du travail des non-possédants. Les non-possédants sont fondamentalement exclus du droit de disposition des fruits du travail. Des centaines d’années d’esclavage ont fait par habitude de tels crimes sociaux.
Les deux classes sont inconciliables. La révolution se déchaîne continuellement entre elles, est chaque fois réprimée jusqu’au moment où elle assène son coup libératoire et liquide la classe des possédants. Les travailleurs disposent les moyens de production à la disposition de l’ensemble. Tous ceux qui sont capables de travailler deviennent productifs et tous les travailleurs deviennent des hommes à part entière. Le socialisme est une nécessité historique.
Ces deux classes ne peuvent pas être un peuple uni. Elles ne peuvent pas former ensemble une démocratie ni parlementer ensemble pour que la classe des non-possédants ne se fassent pas mener par le bout du nez. La classe ouvrière doit liquider la classe bourgeoise comme telle si elle veut amener le socialisme. La classe ouvrière doit se rendre maître de l’économie et de la politique.
Son pouvoir révolutionnaire ne réside ni dans la démocratie ni dans le parlement : il est de nature économique et provient de la nécessité de produire pour la société. Son arme la plus terrible contre la bourgeoisie est la grève, le retrait de la production de la façon la plus efficace. La classe ouvrière doit s’organiser à cette fin. C’est le rôle des syndicats révolutionnaires. Les partis politiques et les syndicats neutres détournent le prolétariat du socialisme. Seule l’association des salariés voulant la révolution et pensant socialiste est l’organisation de son émancipation. C’est le syndicalisme.
Le syndicalisme c’est la désignation internationale pour le mouvement syndical révolutionnaire, la forge armée du combat pour le socialisme. Il éduque les travailleurs à l’action, il exige de chaque membre autonomie et initiative. Il est le corps organisationnel auquel chaque membre doit être vivant. Le syndicalisme demande aux ouvriers de la personnalité.
Que veulent les syndicalistes ? Nous voulons le syndicalisme. Mais nous combattons le capitalisme d’Etat de la social-démocratie, nommé faussement par elle socialisme. Quant aux promesses de socialisation du gouvernement de Weimar, début mars 1919, une feuille social-démocrate l’exprimait ainsi :

"L’organisation socialiste du travail n’est pas un but en soi mais un moyen pour le but, le but pour les masses travailleuses d’avoir par le travail une plus grande quantité de moyens d’existence et autres articles de consommation et d’élever leur niveau culturel. Ils ne doivent pas seulement être mieux nourris et habillés, mais mieux soignés, mieux logés, avoir plus de temps pour leur formation physique et intellectuelle et celle de leurs enfants."

Voilà la conception de base de la social-démocratie concernant la situation des "masses travailleuses" dans leur futur Etat. Déjà l’expression "masses travailleuses" est tout à fait caractéristique. Le salariat et les classes continueront d’exister. Le principe de ce futur Etat sera capitaliste. La social-démocratie ne peut plus viser et n’est plus capable de mener à bout autre chose qu’être un parti politique à l’idéologie bourgeoise et à la phraséologie socialiste. La nouvelle classe dominante dans cet Etat se composera d’employés et de travailleurs intellectuels. Les travailleurs manuels formeront l’autre classe, la classe opprimée. Ils sont maintenus sous-payés et leur condition sociale sera d’être des esclaves bien tenus.
Le socialisme syndicaliste éliminera la notion de "travailleur". Le socialisme est la joie du travail de tous. Son but est l’égalité de tous dans chaque question sociale et culturelle. Si tous ont les mêmes droits et les mêmes obligations, alors les différences individuelles peuvent être dépassées.
L’éducation socialiste doit faire des adultes à la fois des travailleurs intellectuels et manuels. Le développement harmonieux de toute la personnalité doit être atteint. Une humanité saine n’offre pas d’occasion de spéculer sur la paresse et l’envie. Pédant professionnel, fonctionnaire, bureaucratie sont alors superflus.
Chacun qui est capable de travailler exécutera un travail productif. La plus haute technique possible sera utilisée. Le travail est libéré du supplice et de la malédiction de la spéculation capitaliste.
Si le travail est un devoir allant de soi, alors il n’y a pas lieu de le rémunérer. Ni celui qui excelle ni le faible ne peut exiger ni paiement ou récompense. On ne se vend plus à un profiteur ; on travaille pour la bonne réussite des choses. De la manière dont le travail productif passera de la force générale au bien-être productif, de la même façon naturellement indolente sera exercé le droit à la vie et à la jouissance. Le sens commun et la solidarité dépassent devoir et droit.
Spécialistes de la technique, de la science et de l’art seront dépassés sans exiger une reconnaissance particulière. Le travail le plus réussi donnera la plus grande satisfaction.
Le syndicalisme obtiendra en luttant une société de justice, de morale, d’humanité. Par contre les travailleurs dans le futur Etat social-démocratie ne sera rien d’autre qu’un meilleur être prisonnier.

ETAT

Les syndicalistes sont des adversaires de l’Etat qui est la violence concentrée des classes dominantes sur le prolétariat. Ecoutons ce que Friedrich Engels dit de l’Etat :

"... L’Etat n’est en aucun cas une puissance imposée de l’extérieur à la société, pas plus qu’il n’est la réalité de l’idée morale "l’image et la réalité de la raison" comme le prétend Hegel. Il est beaucoup plus un produit de la société à un niveau déterminé de développement ; il est l’aveu que cette société se débat avec elle-même dans une contradiction insoluble, qu’elle s’est divisée en des oppositions inconciliables, qu’elle est impuissante à bannir. Mais afin que ces oppositions, ces classes avec des intérêts économiques divergents ne se consument elles-mêmes avec la société dans un vain combat, la présence apparente d’une puissance au-dessus de la société est devenue nécessaire, laquelle doit amortir le conflit, le maintenir à l’intérieur des limites de "l’ordre" et cette puissance issue de la société mais qui la coiffe et lui devient de plus en plus étrangère, c’est l’Etat."

Les syndicalistes se reconnaissent dans la justesse de cette analyse historique de l’Etat. L’existence de l’Etat se justifie aussi longtemps qu’il y a des classes, aussi longtemps que dominent ceux qui ne travaillent pas et qui vivent et jouissent aux frais des travailleurs, aussi longtemps que les propriétaires des moyens de production volent ceux qui travaillent, continuent de leur enlever une partie de leur travail productif pour l’accumuler en "capital" et en font de l’usure sociale. Mais à partir du moment où les moyens de production sont la propriété de la société, où ceux qui travaillent sont les maîtres de l’économie et de la politique, où les biens de consommation et culturels sont la propriété impersonnelle mais là pour chacun, alors les classes n’existent plus. La solidarité a chassé l’inconciliabilité. Il n’y a plus d’intérêts de classe à défendre, ni à opprimer. La société est objectivement en accord avec elle-même. Aucun Etat n’est d’utilité pour émousser ou aplanir les oppositions. La réalité de l’idée morale c’est la commune, c’est le socialisme sans Etat.
Nous n’avons pas besoin d’abolir l’Etat. Nous détruisons ses moyens de puissance : l’armée, la bureaucratie, l’église. Nous exproprions les expropriateurs, nous mettons le travail sur le trône, nous contraignons tous ceux qui sont capables de travailler à une activité productrice. L’idée morale est devenue réalité, elle seule domine forcément. La contrainte étatique est réduite en poussière.
Le "socialisme" social-démocrate, lui, a besoin d’un Etat qui doit employer encore d’autres moyens contre la classe ouvrière que celui de l’Etat capitaliste. Car ici la différence de classe est beaucoup plus prononcée. La bureaucratie règnera dans le pire bouillon de culture. Là les travailleurs sont pleinement conscients de leur situation de classe. Ils ne laisseront pas entrer véritablement en fonction le futur Etat. Il émergera, s’administrera lui-même jusqu’à l’absurde et disparaîtra. Il sera le fruit d’une moitié de révolution prolétarienne et la victime de toute une révolution prolétarienne.
Puisque nous avons reconnu le caractère de l’Etat et savons que la domination politique des classes possédantes s’enracine dans sa puissance économique, nous n’aspirons pas à la conquête de l’Etat, mais à sa suppression. Les organisations syndicales doivent prendre possession de la production et la mener à bonne fin. Cela aucun parti qui trafique avec la bourgeoisie ne peut le réaliser. Seuls les syndicats révolutionnaires peuvent accomplir la "socialisation."

DEMOCRATIE

Il s’ensuit sans plus que, lorsque les "camarades du peuple" est divisé en deux classes antagonistes, lorsque l’une des classes domine et exploite et que l’autre est dominée et exploitée, lorsque la lutte de classe est menée précisément pour que la classe des volés élimine celle des voleurs, alors les deux classes ne peuvent gouverner ensemble. Il s’ensuit de plus que, lorsque la classe ouvrière entreprend néanmoins pareille absurdité, elle ne peut qu’être trompée par la bourgeoisie. La démocratie prolétarienne associée à celle de la bourgeoisie conduit à un instrument de domination sur le prolétariat et cela donne logiquement l’effet évident que les représentants ouvriers participent au bâillonnement des ouvriers et de leurs organisations. Pareille démocratie c’est de la prostitution pour les ouvriers. La démocratie n’est pas l’égalité mais l’utilisation démagogique d’une égalité trompeuse. L’égalité démocratique ne peut seulement se développer qu’à partir de la communauté d’intérêts économiques. Les possédants, dans la mesure où ils doivent s’opposer ensemble aux travailleurs, ont toujours des intérêts identiques. Là où la puissance de la classe ouvrière cesse, leurs intérêts se désagrègent. Les travailleurs ont leurs propres intérêts, aucun avec la bourgeoisie. Là la démocratie devient un non-sens général. Le prolétariat n’a pas besoin de la démocratie. Il la remplace par la solidarité, cela crée l’égalité sociale et rend la démocratie politique superflue.
Avec la démocratie bidon, les partis politiques masquent aux travailleurs les intérêts de classe. La démocratie est un de ces dangereux slogans dans la bouche de la démagogie qui compte sur l’indolence et l’ignorance du salariat. Derrière le slogan démocratie les chefs sociaux-démocrates dissimulent aux ouvriers leur réflexion bourgeoise. Avec cette fameuse "démocratie", la social-démocratie parachève la contre-révolution en alliance avec celle de la bourgeoisie.
Rien que le nom du parti prouve déjà que la social-démocratie ne peut réaliser le socialisme. Social et démocratie sont deux notions qui s’excluent mutuellement. Par social on entend égalité sociale. Démocratie c’est la domination de la majorité sur la minorité. La démocratie ne présuppose pas une société des égaux mais une division en classes d’inégaux. Jusqu’à présent l’histoire des peuples fait seulement preuve de démocratie où les classes travailleuses étaient toujours des esclaves. Les anciens Spartiates avaient une démocratie. Ils s’en servaient seulement comme classe dominante. Le travail était exécuté par des esclaves pour lesquels il n’y avait aucune vertu spartiate y compris celle de la démocratie. Aussi la Rome antique avait une constitution démocratique. Patriciens et Plébéiens votaient ensemble. Les esclaves exécutaient pour l’essentiel le travail. Seuls les patriciens disposaient du produit de leur travail. Par la simple satisfaction de leur ambition démocratique les Plébéiens ne purent naturellement pas être rassasiés, ils sombrèrent dans le lumpenprolétariat et la démocratie finit dans le césarisme.
Les démocraties modernes en Suisse, en France, en Amérique sont de l’hypocrisie démocratico-capitaliste de l’espèce la plus perverse. Là on trouve des généraux sociaux-démocrates, des geôliers sociaux-démocrates, des bourreaux sociaux-démocrates.
Tout cela se répétera plus ou moins dans le futur Etat social-démocrate. A présent sévit le César Noske, plus tard fonctionneront les pénitenciers et la guillotine. La démocratie dissimule aux masses chaque crime.

PARTIS POLITIQUES

Le parti politique résulte de l’Etat bourgeois qui cache la dénomination absolue des possédants sur la classe ouvrière à l’aide de la phrase démocratique. La politique de parti est la politique d’un groupe d’intérêts. La politique de parti est la méthode bourgeoise pour marchander le fruit du travail volé aux ouvriers. C’est un vice des voleurs s’ils sont désunis à cause du bien dérobé. La politique est leur art de ménager entre eux un arrangement vivable ; elle est l’art du possible. Mais les volés ne peuvent quand même pas disputer aux voleurs une part du butin ! Quand une commune rurale se fait voler par une troupe de Tziganes qui se dispute ensuite le butin, il est alors naturel que les voleurs cherchent à s’arranger. Mais ce ne serait pas naturel si les paysans s’associaient à la dispute pour une part du butin. Les hommes bruns doivent être vaincus, ce qui a été volé doit leur être repris. Dans la même situation se trouve la politique des travailleurs par rapport à celle de la bourgeoisie. Les capitalistes ou leurs souteneurs : les professionnels de la politique bourgeoise débattent plus ou moins de ce que les classes possédantes ont dérobé aux travailleurs. Laissez les représentants de ces derniers y participer alors ils le feront pour contrecarrer l’action de la classe ouvrière. Peut-être garantissent-ils un peu plus de salaire, quel qu’amélioration des conditions de travail, quel qu’avantage social mais jamais ils ne restitueront tout ce qui ne leur appartient pas. L’amélioration de la position des ouvriers ne leur procurent pas seulement de la quiétude, elle aura aussi comme conséquence la plus grande joie au travail, une plus grande application au travail, plus de possibilité de profit. La classe ouvrière reste objet entre le marteau et l’enclume.
Les partis politiques ne peuvent non plus socialiser sérieusement, ni faire sortir les moyens de production de la propriété privée. Ils ne vont tout de même pas couler le bateau qui les porte. Les partis qui le voudraient seraient simplement balayés par la clique capitaliste. On "socialise" afin de jouir d’une rente sans être dérangé, on "collectivise" tant que le travail des prolos reste rentable. On est "socialiste" à cause de la perpétuation du salariat. Le fin mot de l’affaire c’est que le plus possible tout doit rester comme c’était.
La classe ouvrière doit accomplir elle-même la socialisation car c’est là précisément le but et la cible de sa libération. A cette fin, non seulement elle n’a pas besoin de parti politique mais elle ne peut absolument admettre aucune ingérence de tireurs de ficelles politiques. La classe ouvrière prend simplement possession des moyens de production au nom de ses syndicats révolutionnaires, réorganise la production sur une base socialiste, elle se procure les communautés pour le partage des biens, aussi elle retire des mains des partis aussi la politique qu’elle transfert aux députés des entreprises. La commune est là. Vive la commune ! Les voleurs sont expropriés. Ils peuvent s’activer productivement ou mourir de faim. Le travail honnête organise, fait les lois, administre, pour la 1ère fois dans l’histoire du monde le travail est honneur, noblesse, une chose allant de soi. Nous n’avons pas besoin d’être des prophètes pour dire en toute assurance que jamais la social-démocratie, même si elle avait la majorité au parlement, ne socialiserait de sorte que le salariat soit liquidé. Elle y met obstacle. Les chefs sociaux-démocrates n’en veulent d’ailleurs pas. Syndicat révolutionnaire et social-démocratie doivent être des ennemis mortels comme le sont le capital et le travail.
Les partis politiques et les parlements bourgeois se confondent l’un l’autre, sont tous deux des obstacles à la lutte de classe prolétarienne et créent la confusion.

PARLEMENTARISME

Le parlementarisme allemand est une conquête de la révolution bourgeoise de l’année 1848. Ce furent les révolutionnaires du camp bourgeois qui conseillèrent au prolétariat le parlementage. Lassalle était bourgeois et ne pouvait comme tel penser prolétarien. Son profond esprit scientifique, son caractère révolutionnaire le firent passer de la révolution bourgeoise chez les ouvriers. Aussi possédait-il une bonne partie d’ambition. Il ne pouvait pas se détacher des méthodes révolutionnaires bourgeoises. A propos de l’existence et de la mission de l’Etat il avait des appréciations qui font rire aujourd’hui l’ouvrier révolutionnaire. En cela Marx et Engels lui étaient de loin supérieurs. Lassalle voulait libérer le salariat ouvrier au moyen de communautés de production qui seraient financées par l’Etat. Les ouvriers devraient conquérir l’Etat par le droit de vote direct, secret, égal et généralisé. L’époque dans laquelle vivait Lassalle l’excuse. L’Etat capitaliste était seulement en devenir. Le monde entier attendait des miracles de lui. Pourquoi ne devrait-il pas s’égorger lui-même, tandis qu’il libérerait les salariés ! Des communautés productives qui supprimeraient le capital, l’Etat ne pourrait évidemment pas l’exiger car c’est précisément au capital qui nécessite l’Etat, de pouvoir pleinement déployer sa domination sur les salariés.
Ainsi fut rejeté le jeune mouvement ouvrier allemand dans la fausse voie du parlementage. Il lui manquait toute expérience. Jusqu’ici toutes les révolutions avaient été décidées par la violence des armes. Le salariat ouvrier était trop peu développé comme classe. L’utilisation de la grève générale, le combat économique syndicaliste, les travailleurs devaient l’apprendre seulement à travers d’amères expériences. Seulement l’intelligence de la situation désespérée du parlementage conduisait la Libre Association des Syndicats Allemands à recommander la grève générale et à rejeter les parlements bourgeois.
Durant 50 ans la classe ouvrière allemande avait laissé parler leurs chefs dans les parlements bourgeois. Si le socialisme pouvait être atteint par les discours convaincant, alors August Bebel l’aurait certainement réussi. Mais les travailleurs ont pu faire l’expérience de ce que ce n’étaient pas leurs parlementaires qui faisaient des bourgeois des socialistes mais eux-mêmes qui s’impliquaient dans le monde des idées bourgeoises. C’est ainsi : que l’on fasse venir habiter une femme "convenable" dans un bordel, et sa vertu finit par en prendre un coup. Il en va de même pour les "vieux" de la social-démocratie dans les parlements. La classe ouvrière a couvert le Reichstag allemand de pétitions et de résolutions. Avec pour seul résultat que les "hauts et honorés messieurs" ne prirent pas en considération "l’assaut des masses". La dernière exhibition militaire avant la guerre qui engloutit un plein milliard, fut seulement jugée critique par les sociaux-démocrates. Tous les partis bourgeois ont gardé le silence et approuvé.
Il est évident que dans les parlements on ne fera pas un pas en avant vers le socialisme. Mais les ouvriers dans leur grande majorité y sont indifférents. Un nouvel ordre de Jésuites au chatoiement rouge était né dans le personnel du parti et des syndicats. Ils trouvèrent dans le mouvement ouvrier leur pain. En partie c’étaient même des gens qui ne pouvaient aller de l’avant dans la vie bourgeoise. Ils en eurent assez et étaient publiquement considérés. Ils s’efforcèrent d’élargir numériquement l’organisation, de prouver leur importance à travers un fatras d’enfantillages bureaucratiques et d’étouffer tout emportement consciemment classiste et révolutionnaire.
Les ouvriers furent toujours plus déçus et indifférents à ce que leurs "élus" manigançaient dans les parlements ou négociaient avec les exploiteurs. Ce type de lutte de classe leur fut présenté avec une telle facilité qu’ils n’avaient qu’à voter et à casquer leurs cotisations. Avec le nombre de six chiffres on les flatta comme étant le meilleur mouvement ouvrier du monde. Les parlementaires sociaux-démocrates étaient dans le rôle d’une personne qui était bien constamment giflée mais qui conservait encore toujours du courage pour affirmer son droit. Ainsi leur activité au Reichstag ressemblait à des arlequinades. Principe et fait s’opposaient toujours plus. Le parti rejetait l’Etat mais participait fortement à la discussion sur des positions particulières et en approuvait des parties. Il n’accordait en principe pas un homme pas un sous au militarisme et approuvait des exigences particulières. Cette politique "décisive, claire et de principe" avait causé dans les têtes des ouvriers de la confusion malsaine.
Le parlementarisme vaut ce que vaut la démocratie : la classe ouvrière veut-elle lutter pour le socialisme, alors elle doit éliminer la bourgeoisie comme classe ? Elle ne peut lui laisser une place pour son droit de domination, ni voter ensemble ou négocier avec elle. Les conseils ouvriers sont les parlements de la classe ouvrière. Tout le pouvoir aux ouvriers, toute la violence aux travailleurs, surveillance sociale et neutralisation de ceux qui dominent et veulent jouir sans travailler. Ce ne sont pas les parlements bourgeois qui vont établir le socialisme mais la dictature prolétarienne.

DICTATURE

Slogans et phrases sont dominants dans la politique. C’est avec cela que les masses furent gouvernées jusqu’ici. "Dictature" est un tel slogan qui est reproché comme crime à ceux-là qui ont souffert si longtemps de la plus terrible dictature. Avec cette dernière jonglent ceux qui ont exercé la dictature à la satisfaction de leurs intérêts personnels. Etait ainsi la guerre mondiale ! C’était la plus monstrueuse dictature de l’histoire mondiale. Des millions d’hommes furent simplement obligés de mourir. Tous ceux qui tentèrent de protester contre cette folie barbare furent anéantis. Pendant quatre ans les bouches des canons ont proclamé la dictature des possédants.
La dictature des classes possédantes sur le salariat ouvrier n’est pas possible sans dictature. L’Etat est l’exécuteur de la dictature bourgeoise. Armée, église, police, bureaucratie sont les moyens de sa dictature, sont les chaînes qui enserrent jusqu’ici le bouleversement social. Les voleurs possédants régnaient sur les volés travaillant toujours grâce à leur dictature.
En outre, le parti social-démocrate a même dès son existence employé la dictature du parti vers la gauche. Aussi dans les congrès internationaux. Les vrais socialistes furent déclarés criminels, fous ou mouchards. Les "Jungen", dans les années 90, l’Association Libre des Syndicats Allemands et maintenant à nouveau les "Spartakistes" furent et sont simplement désignés comme le crachat de l’humanité. Là où le parti et les associations centrales le purent, les organisation de gauche furent anéanties, les membres bannis. La Libre Association des Syndicats Allemands a appris à connaître toute la brutale dictature de chaque chef ouvrier. Contre la gauche, la social-démocratie s’est toujours plus fortement fermée mais a ouvert la voie à tous les courants de la droite. Et maintenant le parti crie à la dictature qui, si elle arrive à pleine domination, sera érigée certainement en une dictature de guillotine et de corde.
La révolution réclame des hommes complets et des actes entiers. Si seulement le salariat ouvrier était déjà mûr pour sa dictature ! S’il avait déjà seulement saisi quelles sont les armes de combat à employer.

GREVE

Marx enseigne que toute organisation sociale croît à partir de son mode de production. Ici nous syndicalistes sommes marxistes sans restriction. Une république socialiste ne peut avoir aucun gouvernement bourgeois. De même un gouvernement bourgeois ne peut être éliminé aussi longtemps que l’on craint de détruire le mode de production capitaliste. L’écartement du gouvernement de Weimar sans détruire complètement la production par les grèves est purement une blague bourgeoise. C’est seulement l’usure sociale qui est détruite par les grèves, usure sociale que des capitalistes font avec l’humaine force de travail. Les machines, les matières premières, ceux qui travaillent demeurent. La guerre a prouvé que par une juste répartition des quantités limitées de moyens de production suffisent. La grève c’est précisément une guerre, un morceau de guerre civile, une révolution. Les ouvriers ne peuvent renoncer à la grève pour ménager la possibilité d’exploitation capitaliste. Les ouvriers doivent s’y investir beaucoup plus pour extirper radicalement ce système, ce mode criminel de production.
La guerre mondiale a affaibli le capitalisme allemand, la révolution doit lui donner le coup de grâce. Le moyen cardinal pour ce faire est la grève, l’action directe dans chaque forme : grèves de démonstration qui servent à ce que les masses se souviennent de leur devoir de solidarité et à menacer les possédants. Grèves salariales, grèves de sympathie, grèves politiques, grève générale, grève sociale, toutes sont des actes prolétariens, appellent la classe ouvrière à l’action solidaire. C’est cela l’auto-émancipation de la classe ouvrière, la véritable et invincible révolution.
Avec la production de biens va et vient la société. La production de biens est le cœur duquel lui afflue toujours du sang neuf. Si cette circulation s’arrête, la vie sociale stagne. Toutes les fonctions sont dérangées. Les autorités publiques se désespèrent. Le corps social se désagrège.
Mais les grèves générales n’ont toujours pas conduit au but fixé. La réaction, la domination du parti peuvent encore toujours triompher et ironiser ensuite sur l’idiotie générale de la grève générale. Pareil jugement repose sur un préjugé malveillant ou de faux présupposés. Cela trouve son origine dans la tactique selon laquelle les centrales syndicales dirigent les grèves ; cela provient en somme de l’incompréhension de la grève générale.
Ni les partis politiques ni les directions des syndicats conservateurs ne conviennent pour la conduite de grèves générales. Qu’elles s’en mêlent et l’échec est inévitable. Les politiciens ne peuvent qu’une chose : avec savoir-faire démagogique intercepter la grève générale et trahir les intérêts des grévistes. Qu’on se représente que la grève générale c’est la révolution sociale par laquelle les classes possédantes doivent être évincées de leur position de pouvoir. Qu’on se représente que par cette attaque, même totalement réussie, d’autres attaques doivent suivre. Il n’y a rien à traiter avec l’ennemi si l’on ne veut pas négocier le but poursuivi. Politiciens et parlements y sont au départ les fossoyeurs et le tombeau du succès prolétarien. Si le but fixé est manifestement hors de portée, le combat doit être arrêté sans hésiter. Il sera repris au moment propice. Toute négociation contient en soi le danger de trahir à l’ennemi la tactique à employer. Les politiciens doivent donc retirer du jeu leur gueule affairiste. Mais jusqu’ici les ouvriers ont toujours été assez bêtes de courir dans les panneaux tendus par les politiciens. La politique de parti étouffe la grève générale.
De la même façon, les grandes centrales sont incapables de faire réussir une grève générale alors que c’est aussi la direction qui voudrait ce qui est précisément exclu. La grève générale exige la plus grande vertu ouvrière : la solidarité révolutionnaire. Tout le reste : des caisses pleines, sympathie du public, etc., est accessoire. La grève générale réussira pour autant que l’unité des ouvriers est restaurée et maintenue.
La volonté de déclencher la grève générale ne peut être insufflée à la masse par un appareil central ; cela doit naître d’elle-même, entraîner les chefs ou les écarter. Cela doit être l’expression d’une solidarité ouvrière invincible. Pareille solidarité ouvrière les syndicats conservateurs ne l’ont jamais voulu. Ils sont d’essences contre-révolutionnaires.
Les syndicats centraux collectent la solidarité centime par centime auprès des ouvriers et amassent les sommes dans les coffres ou souscrivent peut-être un emprunt de guerre. Lorsque les salaires bougent l’état de leur fortune est décisif. Une grève générale avec la tactique des centrales doit manger toute la caisse. Le cher argent ne permet à aucune solidarité révolutionnaire de s’implanter.
Le mouvement syndical central avec sa tactique de grève vieillie a complètement fait son temps. Ils bafouent la solidarité révolutionnaire. Par principe chaque grève était limitée à un nombre de participants le plus réduit possible. Et ceux-ci pouvaient alors faire grève pendant des mois, peut-être des années. Naturellement c’étaient les ouvriers qui ne voulaient pas rentrer sans aucun succès. Ils méconnaissaient que chaque grève, qui dépend du soutien financier, doit être perdue pour eux à la longue, car les caisses de l’ennemi sont bien plus richement pourvues. Dans les affaires d’argent, le prolétariat gréviste n’est jamais à la hauteur des entrepreneurs. On peut dire que le vieux mouvement ouvrier n’a contribué en rien à l’élévation du train de vie de la classe ouvrière. Malgré tout l’auto-encensement. Sauf pour peu de couches d’ouvriers, qui soit étaient hautement qualifiés soit vendaient leur force de travail dans des conditions exceptionnelles, le salaire réel a baissé continuellement. Et en comparaison d’une telle augmentation de la productivité du travail, les ouvriers salariés se sont continuellement appauvris. Si néanmoins, en tant que masse, ils ont aujourd’hui élevé leur niveau intellectuel, c’est dû depuis 20 ou 30 ans au développement intellectuel de l’humanité en général. Le mouvement ouvrier était le pur résultat de ce développement. Et que comme tel, il ne pouvait devenir un mouvement de classe ni avoir un contenu révolutionnaire, cela prouve que ce mouvement restait seulement un appendice des libéraux politisés qui tout au plus faisaient de la phraséologie socialiste.
Le temps des grèves de routine est passé. La révolution sociale n’est plus à juguler, et ici la grève est seulement un moyen de lutte. Le mode de production capitaliste ne doit plus reprendre haleine ; au plus elle est secouée par des grèves, au plus tôt elle sera vaincue. Vive la grève "sauvage" !
Et le développement ultérieur de la révolution dépend de la capacité d’utiliser la grève générale par les ouvriers. Le combat armé coûte à la révolution les meilleurs hommes. Contre la violence organisée de l’Etat, nous ne pouvons réussir avec la violence. Alors il ne nous reste que la grève, sous toutes ses formes selon ce que les circonstances exigent. Seule la grève peut sauver la révolution. Le salariat ne dispose pas d’une autre arme meilleure. Seule une solidarité ouvrière illimitée peut apporter une grève propre sans violence, celle que propage le syndicalisme.
L’action directe a besoin pour son succès de deux conditions préalables : des syndicats révolutionnaires et la solidarité révolutionnaire.
Evidemment, nous ne sommes pas assez superstitieux pour croire qu’on réussira à organiser tous les ouvriers dans associations syndicales révolutionnaires. Ce qu’il s’agit de savoir, c’est que de telles organisations sont partout présentes, qu’elles sont le point central où se réunissent les ouvriers qui pensent le plus loin, d’où la révolution fait agir son charme sur la masse. Ces organisations ont à préparer des actions et d’appeler au moment de l’action les masses à agir en commun. La solidarité révolutionnaire doit être l’alpha et l’oméga de toute propagande. Les syndicats chrétiens, nationaux, sociaux-démocrates sont sous l’influence des intérêts bourgeois et sont abusés par des tireurs de ficelles politiques. Les syndicats révolutionnaires unifient la classe ouvrière avec elle-même, la conduisent à sa propre émancipation par la grève.

L’ASSOCIATION LIBRE DES SYNDICATS ALLEMANDS

La FVDG se trouve depuis son existence sur le terrain du socialisme révolutionnaire. Pour cela elle est réduite au silence par social-démocratie ou rejetée. Il en va à présent autrement. Le malheur sans nom de la guerre mondiale a fait disparaître les préjugés de la classe ouvrière à notre encontre. Nous sommes la seule organisation qui à travers les expériences de la guerre mondiale n’a pas besoin de se reconvertir. Cela nous le devons à nos principes socialistes que nous appliquions avant la guerre dans la propagande comme au combat. Les défaites continuelles des centrales, l’inutile discours de la social-démocratie nous prouvèrent déjà aussi avant la guerre que nous étions sur le bon chemin.
La guerre n’était pas seulement un crime de l’impérialisme, du militarisme seulement, c’était aussi un crime de l’internationale social-démocrate et particulièrement de l’allemande. La guerre mondiale aurait pu être évitée par la grève générale internationale. Les chefs nous calomnièrent nous et les fructueuses armes du syndicalisme. Ils se risquent encore à le faire aujourd’hui. Mais les masses ne suivent plus.
La FVDG avait toujours essentiellement une forte orientation communiste. Plus la puissance des possédants grandissait, plus la tactique de la social-démocratie faillissait, d’autant plus claire et décisif était le choix de l’arme prolétarienne fait par l’association. Toujours elle exigeait et propageait l’unité du mouvement ouvrier et depuis 1904 l’action directe, la grève générale.
Ce que nous voulons d’abord encore aujourd’hui, c’est que nous soyons compris. Et celui qui, après mûre réflexion, rejoint notre point de vue, il a le devoir de laisser l’acte suivre la meilleure conclusion.
La FVDG disait avant la guerre au sujet de la lutte de classe et du socialisme dans son programme : partant de la connaissance que, dans la société bourgeoise la domination de classe marque toujours plus brutalement tous les domaines, que par le renforcement violent de la réaction, les combats économiques deviennent toujours plus durs, que les possédants se groupent dans des organisations unifiées pour pouvoir parachever le bâillonnement et l’oppression de la classe ouvrière, il est nécessaire que la lutte des classes prolétariennes soit dirigée dans le sens du socialisme révolutionnaire. Les organisations ouvrières qualifiées pour remporter le socialisme ne peuvent être que les syndicats révolutionnaires, qui dirigent aussi bien le combat pour l’amélioration des salaires et des conditions de travail qu’elles se livrent à la propagande pour les grèves de masse et générales afin d’éliminer le capital et l’Etat. De la façon dont le programme exprime clairement le caractère combatif de notre organisation, de la même façon la structure de notre organisation montre ce qui nous sépare des centrales.

ADHESION

Peuvent appartenir à la FVDG tous les syndicats qui reconnaissent nos principes et se déclarent solidaires dans toutes les luttes, sans égard pour la forme d’organisation ou de nationalité. Ne peuvent y appartenir les syndicats qui nient la lutte de classe et qui, au lieu d’admettre la contradiction entre les entrepreneurs et les ouvriers reconnaissent et aspirent à la communauté d’intérêts.

ORGANISATION

La FVDG se compose de fédérations professionnelles et d’organisations locales indépendantes. Chaque organisation a son complet droit à l’autodétermination et leurs propres statuts correspondants à leurs conditions locales, économiques et professionnelles, sans pouvoir contredire les principes de l’Association.
Dans toutes les circonstances, chaque syndicat est obligé de percevoir de ses membres au moins un demi salaire hebdomadaire comme cotisation annuelle et 5 Pf. par trimestre pour le fond d’agitation, à payer à la commission des activités.
Si dans un endroit il y a plusieurs syndicats affiliés à l’Association, ils doivent s’unifier dans un cartel local dont la mission doit être de représenter les intérêts locaux de toutes les organisations affiliées et de leurs membres.
Chaque fédération implique un certain abandon d’autonomie de ses organisations affiliées et de leurs membres. Mais cette autonomie doit dans toutes les circonstances rester intouchée le plus possible. La fédération ne peut donc être une fédération qu’aux liens lâches. La "direction principale", appelée chez nous commission des activités, n’a à intervenir que pour régler et organiser mais jamais pour dicter. Tous les groupes locaux ont leur droit à l’auto-détermination, administrent leurs finances et décident du début et de l’interruption de leurs mouvements des salaires selon leur propre jugement. Dans tous les cas les cartels locaux doivent être consultés lors de l’introduction de grèves ne concernant qu’une profession isolée.
Comme dans les états capitalistes, dans les centrales syndicales vaut le principe : qui a l’argent a aussi le pouvoir. En conséquence les directions centrales y ont le pouvoir. Une pratique syndicale de plusieurs années ont prouvé que là-bas la volonté des membres est foulée aux pieds. Plus particulièrement lors des grèves les directions centrales ont seules la décision.
Dans la FVDG le soutien à la grève est réglé comme suit :

GREVE

Le soutien aux grèves repose sur la réciprocité et la libre solidarité. Seules les organisations qui sont affiliées depuis au moins trois mois à l’Association ont droit à la solidarité.
Cependant il est du devoir impérieux de chaque syndicat de s’efforcer à pouvoir soutenir lui-même ses mouvements de salaires. Les syndicats qui, malgré la possibilité financière, ne participent pas au soutien des grèves, n’ont aucun droit pour leurs propres grèves à recourir à la solidarité des autres syndicats.
A ce propos le 9ème et 11ème congrès de l’Association décida ce qui suit.

RESOLUTION CONCERNANT LA GREVE (revue et complétée par le 11ème congrès, mai 1914).

1. Chaque organisation affiliée à la FVDG est tenue, afin d’être préparée pour d’éventuels combats de salaires, de percevoir annuellement de ses membres une cotisation d’au moins un demi salaire hebdomadaire, à calculer d’après ce qui a été gagné lors de la durée régulière du travail et d’après un travail hebdomadaire complet. Le soutien ne peut dépasser normalement le 5ème de la cotisation hebdomadaire par jour et s’ajuste d’après le montant qui fut payé au moins un an avant le début de la grève. Aucune augmentation du soutien journalier ne peut être déduit de la majoration ultérieure de la cotisation.
2. Chaque syndicat, à l’occasion d’une grève offensive ou défensive ou d’un lock-out, doit en informer immédiatement la commission d’activités et lui retourner complété l’un des questionnaires distribués.
3. En principe il est attendu de chaque syndicat qu’il mette tout en action pour pouvoir soutenir lui-même ses luttes. Si les cotisations définies sous 1. ne devaient pas suffire, le syndicat doit au préalable augmenter les cotisations ou percevoir à temps des cotisations extraordinaires et d’en exiger autant de ceux qui sont éventuellement restés au travail pendant la lutte.
4. Dans l’organisation de l’Association libre des syndicats allemands, les phrases de soutien pour les grèves et lock-out ne peuvent pas être stipulées dans le statut mais un règlement particulier de la grève doit être créé par la décision d’une assemblée générale dans lequel est contenu le passage que les phrases de soutien, en cas de force majeure, peuvent aussi être changées. Lors de grandes grèves ou lock-out un délai de carence est par principe à décréter d’au moins trois jours avant l’entrée en vigueur du soutien. Si les délais en cours sont fixés par la généralité des participants à la grève, nos organisations n’ont alors qu’à s’y conformer. Le soutien de grève en provenance des moyens de l’organisation ne peut être payé qu’aux seuls membres qui appartiennent à l’organisation au moins depuis 13 semaines et qui ont remplis leurs obligations. Les phrases de soutien doivent être déterminées de façon échelonnée jusqu’à la limite extrême telle que reprise dans cette résolution.
5. Si les conditions précédentes sont remplies et si le syndicat n’est plus en mesure de poursuivre ses luttes, tandis que tous les moyens pour aider ont été épuisés, alors toutes les autres organisations sont obligées de contribuer au soutien de la lutte. A cette fin la commission des activités n’est qu’un intermédiaire qui doit en appeler à l’éclaircissement de la situation et exhorter les organisations affiliées à confirmer la solidarité. Toutes les finances à affecter à cette fin sont à envoyer au caissier de la commission des activités et à verser par ce dernier à l’organisation qui en a besoin.
Il est fait appel en commun et de façon régulière à toutes les organisations affiliées pour couvrir les frais de solidarité dépensés. Pour la répartition il sera cependant tenu compte des dépenses faites par les organisations pour leurs propres grèves.
6. Chaque syndicat en situation de lutte doit informer chaque semaine la commission des activités sur l’état du mouvement et ceci tenu, donner des explications sur l’évolution des choses aux organisations fournissant le soutien.
7. Les syndicats qui ne participent pas aux soutiens des luttes malgré leur possibilité, n’ont aucun droit à réclamer la solidarité des autres syndicats et peuvent éventuellement être exclus de l’Association par décision du congrès.
8. Pour être en contact plus étroit avec le syndicat en grève et qu’à peu près tout le monde de l’extérieur puisse donner satisfaction à leur appel, la commission des activités ou son représentant doit être invité à l’audience du syndicat en grève. La commission n’a qu’une voix consultative et ne peut-être tenue responsable des décisions de cette audience.

CONGRES

Le congrès est la représentation suprême de la Libre Association des Syndicats Allemands. Sont autorisés à y participer :

1. Les délégués des fédérations affiliées et des organisations locales autonomes. Il leur appartient de déterminer le nombre de délégués au congrès.
2. Les membres de la commission des activités aussi bien que les comptables. Ils n’ont qu’une voix consultative dans toutes les questions concernant la direction des activités de la Libre Association.
Le congrès examine la légitimité des participants, choisit sa direction et détermine son règlement.
Un congrès a lieu tous les deux ans, convoqué par la commission des activités.
La convocation du congrès par l’organe de la Libre Association doit avoir lieu au plus tard huit semaines avant la date de son organisation.
Les demandes des syndicats pour l’ordre du jour du congrès sont à présenter auprès de la commission des activités. Elles doivent être notifiées par l’organe de l’Association au plus tard trois semaines avant l’ouverture du congrès.
Le congrès a pour mission :

1. entendre les rapports de l’activité de la commission et des comptables.
2. élire la commission et les comptables.
3. décider de toutes les questions touchant la vie des syndicats. 4. décider des demandes introduites. Un congrès extraordinaire peut être convoqué : 1. par décision unanime des commissions d’activités 2. à la demande d’au moins 2/3 des organisations affiliées.

LA COMMISSION DES ACTIVITES

Elle a son siège à Berlin, se compose de 5 personnes, un président, un caissier et trois assesseurs. Leur élection se fait par le congrès au moyen du bulletin de vote, en un tour de scrutin et à la majorité absolue. Si un candidat n’obtient pas la majorité absolue des voix, il y a un deuxième tour entre les deux candidats qui ont obtenu la plupart des voix. En cas d’égalité, il y a tirage au sort. La mission de la commission doit être d’établir la liaison avec les organisations isolées et de veiller à une agitation planifiée parmi les ouvriers encore étrangers à la Libre Association, ainsi que de représenter à l’extérieur et par la presse les intérêts des organisations affiliées.
Pour leur activité les fonctionnaires peuvent toucher une solde dont la hauteur est fixée par le congrès.
La commission est une société non enregistrée conformément à la loi sous la dénomination : commission d’activités de la Libre Association des Syndicats Allemands.
La commission doit disposer de ses rentrées financières dans l’intérêt de l’Association ; elle est fondée à faire valoir judiciairement en son propre nom, les demandes qui relèvent de sa compétence. Si un membre de la commission démissionne, c’est l’assemblée des comités des syndicats locaux qui effectuent le remplacement par une nouvelle procédure électorale.

VERIFICATION

Le congrès choisit à la majorité simple trois vérificateurs pour le contrôle de la commission des activités aussi bien que pour la commission de réclamation.
La vérification doit avoir lieu au moins une fois tous les quatre ans. Les communiqués pour les vérificateurs sont à adresser à leur président qui doit faire connaître son adresse dans l’organe officiel de la Libre Association.

L’ORGANE

L’organe de la FVDG c’est Le Syndicaliste.
Tous les avis y sont publiés et portés à la connaissance des syndicats.
L’organe, dont le prix est fixé par le congrès, doit obligatoirement être introduit dans toutes les organisations affiliées.
L’éditeur de l’organe comme la librairie est une entreprise personnelle et indépendante de la commission des activités. Mais elle s’oblige dans l’intérêt de la Libre association à employer d’éventuels excédents venant des entreprises.
Le Syndicaliste paraît une fois par semaine et coûte trimestriellement via la poste 1 mark. L’envoi sous bande coûte 1,60 mark. Via l’organisation 1 mark par exemplaire et par trimestre sans les frais de port.
Le Syndicaliste apporte à côté des avis syndicaux des articles populaires sur toutes les questions politiques, économiques et intellectuelles intéressant le prolétariat. C’est le seul organe des syndicats en langue allemande qui représente par principe les idées de grèves générales et solidaires et d’antimilitarisme.
La Libre Association se distingue dans son organisation et son édification des centrales par trois éléments :

1. Elle laisse aux unions la totale autonomie : les unions disposent de leur propre caisse et sont complètement indépendantes de la commission des activités dans leurs luttes salariales.
2. Elle soutient les luttes salariales non pas avec une caisse centrale mais sur base d’une solidarité qui doit être suivie aussi par le dernier membre.
3. Elle ne paie ni les chômeurs ni d’ordinaire quelque aide aux membres en cas de besoin et ne conclut aucune convention collective avec le patronat.

L’autonomie des unions est une absolue nécessité pour la lutte salariale. Les membres doivent exécuter tout ce qu’ils décident sous leur propre responsabilité et en supporter les conséquences. Seulement ainsi la volonté des organisés peut clairement se valoriser. Seulement ainsi les ouvriers font leur éducation en pensant de façon autonome et en agissant de façon libre. Cela c’est le droit à l’autodétermination.
Dans les centrales ce sont les fonctionnaires syndicaux qui imposent leur volonté aux ouvriers. Ils ont besoin de calme. Car pour eux la question sociale est pour ainsi dire résolue. Ils veillent bien sûr à ce que l’organisation s’élargisse car elle est le champ sur lequel ils se nourrissent. Mais l’organisation est leur fin en soi. Rien ne peut la mettre en danger. D’abord leur importe l’organisation et ensuite seulement la lutte salariale. Là doit toujours régner la paix du cimetière. Là personne ne peut avoir des emportements révolutionnaires. Là il en va paisiblement comme dans les affaires d’une banque. Les gérants de banque ont conscience de leur dignité et de leur importance. Personne ne peut s’en mêler.
Les centrales syndicales sont à l’image de l’Etat central ; les fonctionnaires ne font qu’un avec l’Etat.
Ils deviennent les ennemis de la révolution, de chaque agitation hostile à l’Etat. C’est ainsi qu’ils deviennent les ennemis d’un mouvement ouvrier révolutionnaire qui a pour but d’éliminer l’Etat. Les fonctionnaires sont étrangers au but du mouvement ouvrier. Ils ont sombré dans un mandarinat nuisible.

LES INSTITUTIONS DE SOUTIEN

Dans les syndicats elles servent seulement les intérêts de la bureaucratie syndicale. Elles les prémunissent de toute tentative révolutionnaire d’éliminer capital et Etat.
Les membres sont enchaînés matériellement au syndicat avec ces institutions de soutien. Tout idéal est mal vu. Le syndicat comme société d’assurance fait de membres une simple question mathématique. Les ouvriers appartiennent à leur organisation en raison de leurs petites souffrances personnelles. Chacun essaie de retirer plus du syndicat qu’il n’en apporte. C’est tout sauf de la solidarité. Ces institutions éduquent les ouvriers à l’égoïsme et à considérer l’organisation ouvrière comme une vache à lait.
Toute autonomie personnelle est retirée à l’ouvrier. Il compte totalement sur "son" organisation. Il en dépend avec tous ses petits soucis. Elle est son médecin contre les dommages du salariat. Mais c’est un médecin qui ne fait que panser mais ne guérit jamais parce que la cause de la maladie, le salariat ne peut être touchée.
De tels membres le syndicalisme ne peut tout simplement pas utiliser. Seuls des ouvriers profondément autonomes sont capables de pouvoir conduire la lutte de classe. Ce n’est qu’un type complètement vidé, une personne économiquement tout à fait incapable celui qui doit donner les quelques sous, qu’il a pu éventuellement s’épargner, pour l’administration d’autres gens. Les ouvriers ne s’assurent pas, avec le peu qui leur reste, contre la maladie ou le chômage mais ils s’assurent contre leur incapacité personnelle à pouvoir devenir maître de leur situation économique. Car dans le besoin, les sous du soutien ne sont qu’un moyen de ralentir le mal. Chômage et maladie doivent être à la charge de la société qui les cause. Si les organisations ouvrières n’ont pas d’institutions de soutien, alors l’Etat doit bien ou mal couvrir la perte.
Ces institutions de soutien ne sont pas non plus conciliables avec le caractère combatif d’une organisation. Elles alourdissent l’appareil organisationnel et le rendent financièrement extrêmement fragile. Elles empêchent l’organisation de pouvoir déployer toute sa force matérielle dans le combat contre le patronat ; elles empêchent les ouvriers, dans leurs luttes salariales de jouer leur va tout. L’organisation avec ses institutions de soutien doit faillir quand le combat salarial devient sérieux. Que les centrales syndicales faillissent dans tous les combats salariaux, l’histoire des combats syndicaux de ces 20 dernières années le prouve. Les centrales syndicales marchent de défaite en défaite.

CONVENTIONS COLLECTIVES

Celles qui sont conclues par les syndicats avec le patronat sont le plus sûr moyen pour empêcher les combats salariaux. On les appelle à juste titre documents de paix. L’existence de la révolution sociale se manifeste seulement dans les grèves, dans les arrêts de travail de toute sorte. Là où cela cesse, on s’éloigne du socialisme car alors la révolution dort. Chaque temps sans grève c’est la réaction, c’est le renoncement des ouvriers à la révolution, au socialisme. Les ouvriers en grève tantôt ici, tantôt là, tantôt dans une lutte salariale partielle, tantôt en une grève générale, doivent les places fortes du capital, de l’Etat.
Dans les conventions collectives les ouvriers s’entendent avec les patrons. Le syndicat est reconnu par eux. La convention collective c’est déforcer la révolution. Les patrons obtiennent la paix de la part des ouvriers.
Si nous syndicalistes refusons ces conventions, cela ne veut pas dire que nous renonçons au tarif des salaires. Nous nous en chargeons sans la participation des représentants patronaux. Les patrons peuvent refuser ou accepter nos tarifs. Dans le 1er cas nous luttons pour leur reconnaissance, dans le 2ème cas, ils nous servent de tremplin pour de nouvelles revendications. Les tarifs salariaux sont nos vis sans fin qui en fin de compte éliminent le salariat.
Si nous ne pouvons pas forcer la reconnaissance de nos tarifs, alors nous allons dans les entreprises et nous y entravons le profit patronal.
Le syndicalisme avec sa tactique syndicale pousse au conflit, pousse à la révolution sociale, pousse au socialisme. Il exige des ouvriers une solidarité sans réserve et une politique autonome. Le syndicalisme comme forge d’armes du mouvement ouvrier ne peut être vaincu si les ouvriers agissent solidairement et de façon autonome.

SALAIRE UNIQUE

Nous nous efforçons d’atteindre le salaire unique aussi longtemps que le salariat n’est pas éliminé. Le salaire unique mène au socialisme. Le socialisme ne connaîtra pas une rémunération pour service rendu à la communauté.
Dans la société socialiste les travaux nécessaires comme la consommation raisonnable et la jouissance sont des évidences. Personne n’a à s’attendre à un salaire pour l’un et pour l’autre personne ne voudra l’empêcher.
Mais aussi longtemps que le système de rémunération existe, doit en être éliminé tout ce qui empêche l’unité et la détermination des ouvriers vis à vis des patrons. En font partie en 1er lieu les salaires de classe.
En réalité le patron ne récompense pas du tout l’ouvrier. Il lui donne seulement ce qu’il doit lui donner, il l’emploie seulement par intérêt personnel. D’autant plus facilement qu’il peut obtenir suffisamment de "mains", il abaisse toujours les taux de salaire.
Le patron paie de préférence des salaires de classe afin d’étouffer dans l’œuf la solidarité ouvrière, de jouer les travailleurs d’une entreprise, d’une profession les uns contre les autres. Au plus diversifiée est la hauteur de salaire, au plus large est le sol sur lequel la jalousie des ouvriers peut croître. Que le "compétent" doit gagner plus que le "paresseux" est une invention de l’exploitation. La performance moyenne est élevée à partir de l’un et abaissée à partir d’un autre. La solidarité ouvrière exige que l’un se porte garant des manques de l’autre. Qu’avec le salaire unique les ouvriers deviennent tous pareillement paresseux, c’est tant mieux, alors le patron peut s’en aller et transmettre la production aux ouvriers. Le travail est un besoin naturel, joie de vivre et objet de la vie. Mais un esclavage de plusieurs milliers d’années a privé le travail de la joie, lui a imposé la malédiction de la contrainte. Maintenant, pendant la révolution, là où les ouvriers commencent à s’affranchir des vieilles chaînes, ils n’ont bien sûr aucune loi pour le salariat. Il devient non rentable pour l’exploiteur. Et cela devra le devenir. L’ennui, l’aversion des ouvriers doivent dégoûter le patron de sa domination. Là où nous obtenons le salaire unique, là la révolution est au 3/4 gagnée.
Aussi la différence entre travail qualifié, spécialisé et non qualifié est artificielle. A l’époque de la machine, de l’outil mécanique, il n’a plus de travail non qualifié. Regardez un champ en friche et voyez comment le laboureur a tracé sillon après sillon, comment mottes sur mottes sont déposées avec un goût presqu’artistique et prétendez que c’est du travail non qualifié ! Les colonnes de transport d’une grande sidérurgie se compose d’ouvriers "non qualifiés". Mais chaque geste que font les gens sur les lourdes parties de fer en mouvement, exige réflexion, calcul, expérience. Ils ont de loin une plus grande responsabilité que le mécanicien "qualifié" ou que le commerçant. Les "ouvriers de cour" qui améliorent la voie ferrée sont des travailleurs "non qualifiés". Mais quel mécanicien "qualifié" pourrait bloquer une traverse correctement, ou poser correctement un aiguillage ! Envoyez un professeur qualifié dans un bâtiment en construction pour préparer la chaux. Il la laisse certainement brûler. Et là où le travail est simple, il est alors lourd ou particulièrement sale ou rebutant.
Considérons le travail sans préjugé, alors nous découvrons facilement ce qui est extorqué dans les salaires de classe.
Chacun doit avoir une part identique dans les biens culturels. Pour cela chacun doit aussi avoir les mêmes moyens.
De quel droit les chômeurs reçoivent-ils moins de moyens de subsistance que ceux qui travaillent ? Le chômage provient toujours des fautes d’organisation sociale du travail. Le chômeur doit expier les pêchés de la société. Nous voulons que ce soient eux, la société et le capital qui prennent sur eux le risque.
Le malade reçoit moins que le valide. Quelle barbarie ! Le malade n’a-t-il pas plus de besoins que le valide ?
Le salaire unique ne peut seulement valoir dans l’industrie et pour les travailleurs industriels, il doit être exigé pour tous les actifs.
La bureaucratie doit-elle avoir une plus grande part des biens existants que les travailleurs qui les produisent ? Le fonctionnariat est un facteur de puissance de l’Etat contre le mouvement ouvrier révolutionnaire. C’est le maquereau du capital et c’est pourquoi il est mieux payé. La classe ouvrière doit prendre cela d’assaut. Aucun privilège ne peut être accordé aux fonctionnaires. Ce ne sont que des ouvriers et ils n’ont aucun droit à une situation de vie plus élevée. Une rémunération plus élevée met la bureaucratie dans une position plus élevée que la classe ouvrière. Qu’elle se trouve au même niveau que les salariés et d’un seul coup elle ne pourra plus regarder les ouvriers de haut.
C’est pourquoi personne ne peut revendiquer un plus haut salaire parce qu’il est qualifié. Ce n’était avant tout pas dû à son propre mérite mais au hasard de la naissance. Chaque jeune personne qui est jetée dans le salariat doit apprendre. Le non qualifié a même l’avantage d’être polyvalent, d’être versé dans plusieurs métiers.
Personne n’a le droit d’exiger qu’il obtienne les moyens de faire éduquer et former ses enfants en particulier. La société doit y veiller et permettre que chacun se développe selon ses facultés.
Les contre-révolutionnaires, les réactionnaires, les exploiteurs diront du salaire unique : il rend tout le monde pareillement paresseux et pareillement pauvre. Nous répondons avec calme que cela nous ne le craignons non seulement pas mais que nous le tenons même pour un bonheur social.
D’autant plus tôt le salariat sera devenu impossible, d’autant mieux deviendra de nouveau plus sain et naturel le penchant pour le travail. Et les travailleurs attendront pareille pauvreté avec beaucoup plus de tranquillité qu’une nouvelle situation de pauvreté et de richesse.
Dans le socialisme il n’y aura plus ni pauvres ni riches. Sera riche celui qui trouve de la joie à la création productive et pure jouissance à œuvrer de ses mains. Restera pauvre celui à qui la solidarité est une notion étrangère, celui qui ne pourra pas se défaire de l’égoïsme.
Celui qui devra s’obliger au socialisme restera la plus pauvre des créatures.
Le salaire unique est un pas puissant sur le chemin du socialisme.

EPILOGUE

Nous écrivons ces lignes au début du printemps de 1919. Le chaud soleil nous éclaire dans l’espace d’un grand chantier naval dont les ouvriers ont eu une remarquable participation à la révolution. Mais à présent la révolution est "morte" à nouveau. Noske l’a noyée dans le sang des prolétaires ; il a fait assassiné les révolutionnaires qui aspiraient à ses prétendus idéaux. Le gouvernement Ebert-Scheidemann fit descendre les socialistes. Il s’est couvert de honte et de malédiction.
Les ouvriers de Berlin, de Brême, à l’ouest, du centre ont accomplit quelque chose de grand. Et s’ils ne peuvent plus gagner, cela est dû au fait qu’il leur manque une éducation syndicale. Sans elle cela ne va pas, sans elle la grève générale ne peut être conduite jusqu’à son plein succès, sans éducation à l’action révolutionnaire pas de révolution couronnée de succès.
Cela durera encore quelque temps avant que la classe ouvrière allemande ne puisse faire sa juste et totale révolution. Elle devra apprendre à comprendre que ni les partis politiques, ni les socialistes de droite, ni de gauche, ni les Spartakistes ne pourront miner la classe ouvrière. Elle devra s’unifier dans des syndicats révolutionnaires. Voilà la condition de succès de toute révolution ultérieure. Alors seulement la classe ouvrière pourra dire d’elle-même avec Goethe :

"N’as-tu pas tout accompli par toi-même, cœur embrasé, inviolable !"

Karl Roche

P.S. :

Pour une biographie de Karl Roche, on peut se connecter avec le site : Archive Karl Roche pour en savoir plus (site exclusivement en allemand). Et sur l’Association Libre des Syndicats Allemands - pour laquelle à défaut d’une source plus conséquente, il faudra vous contenter de Wikipedia




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