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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Sauvagisme
{Le Naturien}, n°1, 1er Mars 1898
Article mis en ligne le 26 octobre 2014
dernière modification le 14 septembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Principe primordial, apologétique, régénérateur du naturel ; principe de vie tout d’axiomes par la matérialité, l’ensemble des choses de la nature.
Libre développement des hommes, des animaux, des végétaux en pleine sauvagerie.
L’homme, depuis le Simien son précurseur, le bon, l’homme de l’augerie, le mongoloïde, l’Arya, le Gaulois, ainsi que le moderne, l’homme est le produit de la Nature.
Les premiers ont vécu en état de sauvagerie.
Les modernes sont des sauvages dénaturés.
Ils le sont à ce point que leur infériorité sur les animaux est manifeste.
Les non-civilisés possèdent : la sûreté de l’instinct, l’impressionnabilité des sens, la force, la santé, la beauté, la bonté, la douceur.
L’homme sauvage est si bon qu’il ne frappe jamais les enfants ; la femme est son égale ; ils sont unis par l’amour libre.

"Loin de professer le mépris de la vie humaine, les primitifs avaient horreur du sang et du meurtre".

P.Kropotkine.

Vacher, produit néotérique de la civilisation, en est la véritable expression. Déséquilibré, corrompu, exaspéré et halluciné, il accomplit le mal.
Dans l’humanité vivant en sauvagerie, point de tueurs de bergers, point de bergers même.
C’était l’âge d’or, d’harmonie. Chacun mangeait à sa faim, avait son abri, ses vêtements gratuitement, sans travail imposé, avec la liberté in-extenso.
Dans cette nature sauvage pleine de vigueur, l’eau, l’air étaient purs, la végétation luxuriante, la vie bruissait partout.
Tout y était sain : l’atmosphère, la plante et l’animal, sain comme tout ce qui est sauvage.
La sauvagesse enfantait sans le concours du médecin, allaitait ses enfants ; instinctivement les comblait de soin, de caresses. L’avortement lui était inconnu.
La femme civilisée chétive et souffrante est esclave ; pour manger elle se prostitue dans le mariage ou dans la rue. Le forceps l’accouche ; débile, elle ne peut allaiter son enfant ; bientôt ne pourra procréer malgré l’appétition.

"De là vient cette race informe, abâtardie, d’avortons qu’attend l’orthopédie ; de là ces jeunes gens au teint cadavéreux, à la poitrine étroite, au front pâli, à l’oeil creux."

(Barthélémy)

L’amour pour les civilisés, c’est la dépravation ; aristocratie, clergé, bourgeoisie, pratiquent la sodomie, la bestialité, les aberrations les plus monstrueuses.
La religion arbore comme principe que pour plaire à la divinité, il faut s’abstenir du coït, l’onanisme est érigé en principe. Le confessionnal est la principale école de ces vices ; moines et béguines s’y livrent avec béatitude et exultation.
En l’an 1534, Ignace de Loyola et ses acolytes du haut de la butte Montmartre consacraient leur immonde compagnie par ces vices honteux avant de partir à la conquête du monde.
Et frocards et mondains, barbares-vampires, s’arrogent le droit de diriger le troupeau humain et de siphyliser les sauvages.
Eglise, Etat, famille, sont trois institutions anti-naturelles ainsi que tout ce qui est artificiel.
Bien des contradicteurs, fanatiques d’artificiel, de science, d’agronomie, font cette critique en déclarant que la terre effritée, livrée à elle-même sans culture, ne produirait que des ronces. Ils ne voient la possibilité de l’exploiter que par l’emploi des engrais chimiques, acides phosphoriques, potasses, nitrates de soude, etc., etc. ; par le chauffage du sol par l’électricité, en un mot que par l’application du " progrès scientifique et surtout machinisme qui semble devenu leur Dieu ".
Selon eux, point de salut en dehors de ces conditions et ils considèrent le "sauvagisme" comme insensé et rétrograde.
Le sauvagisme pour eux serait la stagnation de la vie huamine le désoeuvrement total, une sorte de farniente, vie sylvatique de gymnosophistes.
Les uns craignent la disette et la famine ; lorsqu’il s’en trouve qui veulent bien reconnaître l’état d’abondance en pleine nature, ils observent alors que les ripailles forcées conduiraient à l’obésité, à la procréation exagérée qui amènerait l’obstruction.
Ils ignorent probablement que l’individu ne peut indéfiniment d’alimenter plus que son organisme ne l’exige, et que la faculté de procréer a des limites.
Ils raillent à propos des vêtements en peaux de bêtes, sans se douter que les pelisses en renard, les culottes de daim et les bonnets et bottes fourrés de nos riches civilisés ne sont autre chose que des peaux de bêtes.
Ils blaguent les cavernes et les huttes agrestes, dont nous serions propriétaires à vie, comme s’ils ignoraient les turnes infectes, les mansardes sinistres, les asiles de nuit, les ponts et la "comète".
Le Sauvagisme, c’est pour eux, la négation des lois de la physiologie, de la perfectibilité de l’homme, de sa vitalité cérébrale.
Tandis que leur "Progrès" comporte la locomotive, la bicyclette, l’automobile, on ne marche plus ; le télégraphe, le téléphone, le pneumatique, plus besoin de se voir ; à leurs aliments, ils ajoutent du fer, de la chaux, du plâtre, de l’arsenic, du soufre ; leur atmosphère n’est plus que d’acide carbonique chargé des émanations de toutes les maisons-laboratoires que sont leurs demeures, et elle est saturée des atomes de toutes leurs déjections pulvérisées.
Et, par la vertu de leur chimie et de leur mécanique s’ils deviennent scrofuleux, anémiques, épileptiques, phtisiques, syphilitiques, cancéreux, nécroses, rachitiques, paralytiques, culs-de-jatte, bancroches, manchots, aveugles et sourds, mais peu leur importe, ils se déclarent en "Progrès".
Beaucoup ne voient pas la possibilité de faire l’ensaisi n.ement de la terre ; cependant aucun des vautours terriens ne possède un contrat de possession du sol signé par la nature, et dans ce cas il faut bien croire que la propriété individuelle n’est pas indéfectible, et vu dans quelle putréfaction se trouve la société actuelle, une transformation est inévitable, nécessaire, quand les peuples
auront brisé leurs chaînes, que toute la ploutocratie aura disparu, oh ! alors, populace, prolétaires, plébéiens, ceux de la glèbe, vagabonds ou parias, quand vous sortirez de vos basses-fosses, de vos géhennes, de vos tombeaux, abandonnez les villes aux chauves-souris et aux lézards, les machines à la rouille, les mines à l’éboulement.
Laissez l’herbe envahir les routes, les lignes de chemins de fer, les rues, les boulevards, et la vie reparaîtra de toute part, les collines reverdiront, les monts seront reboisés, la terre refleurie, et à l’ombre des grands arbres, hommes et femmes, vieillards et enfants, nous irons danser en rond.
Aux temps "sauvages", on ignorait la souffrance, on ignorait aussi la haine.

Alfred Marné.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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