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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rapport sur le mouvement naturien
Article mis en ligne le 1er novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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"Nous convenons que la Science, en ses formes multiples, a fait faire de merveilleuses découvertes, des inventions étonnantes. Mais n’oublions pas que cette Science est inutile pour vivre et qu’elle est le résultat du labeur de millions d’individus esclaves. Si l’esclavage n’existait pas, on
ne verrait certainement pas cet énorme développement scientifique."

H.Z.

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APPEL AU BON SENS

De tous côtés, les Vandales Gouvernementaux, dédaigneux des beautés naturelles et ntles comprennant pas, du reste, n’ayant en vue que de vils intérêts des capitalistes, détruisent nos forêts et nos bois par le Déboisement. Par leur faute, nous vivons dans la Chimie, dans l’Artificiel, nous menons une vie de dégénérés, de détraqués, de nombreux maux s’abattent sur nous, causés par leur Science mauvaise et imbécile !
Il faut réagir contre cela, contre la Mort lente que nous donne la Civilisation . A bas le faux Progrès ! Vive la Vie simple dans la belle Nature !
Que tous ceux qui nous comprennent seulement un peu, fassent circuler nos idées partout, dans tous les milieux. Nous avons encore quelques journaux : Le Naturien, l’Etat Naturel (n° 3 et 4) et l’Age d’Or, à 0,10 c. le n° , 0,15 c. les deux et 0,25 c. les trois, prix de propagande.
Nous avons aussi une brochure que tout le monde comprendra, Vers l’Etat Naturel, à 0,14 c. franco, et 0,25 c. les deux. Nous avons encore une autre brochure, intéressante pour les Intellectuels, Voyage en Naturie, à 0,30 c. franco.
Envoyer demandes et montant, en mandats ou timbres français, à Henri Zisly, 14 rue Jean-Robert, Paris 18°.
Et maintenant, pour le relèvement des races en avant.

Février-Mars 1901. H.Z.

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RAPPORT SUR LE MOUVEMENT NATURIEN

L’action anti-scientifique

En même temps que l’apparition du journal l’Etat Naturel en juillet 1894, un projet fut élaboré en vue de faire une démonstration pratique de l’idée naturienne, et l’on devait établir une colonie en ce sens dans le Cantal, mais le projet échoua pour cette raison plausible entre toutes que l’on ne possédait aucun terrain propice à la dite manifestation anti-scientifique, ni aucun moyen pécuniaire de se le procurer. Ce projet avait été conçu sur la générosité d’un propriétaire assez conscient à l’époque, mais qui, par la suite, se désintéressa du dit projet.
Le journal l’Etat Naturel avait créé un mouvement de sympathie, de curiosité aussi. Pendant deux à trois années, il y eut des réunions, et soirées familiales organisées par les Naturiens ou Libertaires anti-scientifiques, qui furent assez suivies, pour vulgariser l’idée, réunions tenues en différents endroits, mais notamment à Montmartre. Il y eut en même temps un groupe semi-féminin qui s’intitula Les Naturiennes du Quartier Latin, mais qui fut dissous avant même sa constitution définitive par ses adhérents comme pouvant prêter à l’équivoque, de par son titre et passer pour une société de purs fantaisistes. Emile Gravelle, dessinateur qui avait publié l’Etat Naturel parvint, non sans mal à faire paraître quatre numéros de son journal, de 1894 à 1898, et deux numéros d’une feuille satirique, intitulée Le Sauvage, en fin 1898 ; dans le courant de 1898, parut Le Naturien, excellente feuille de lutte, fondée par le courageux camarade Honoré Bigot, qui eut aussi quatre numéros et entre t’emps, de 1895 à 1898, Zisly et Beaulieu publièrent la Nouvelle Humanité qui eut vingt numéros et imprimée à 1’autographie. Par la propagande de ces diverses publications, l’idée naturienne faisait naître des controverses, et aussi des adeptes, particulièrement chez les anarchistes. Il y eut - et il y a encore, heureusement - des partisans du naturisme, non seulement à Paris, mais également à l’étranger. Depuis fin 1898, la propagande s’est un peu relâchée, certains adhérents se trouvant être disséminés par suite de circonstances individuelles, et, il faut le dire, par lassitude, du moins pour quelques-uns .
Dans le courant de 1898, un naturien, Alfred Marne, créa en quelque sorte une branche soeur du naturisme, c’est-à-dire le Sauvagisme, donna quelques réunions d’un caractère amical et privé pour y faire la diffusion de ce naturisme outrancier et publia un journal L’Age d’Or, qui en resta à son premier numéro. Qu’est-ce que le sauvagisme ? A bien dire, c’est un naturisme violent : accepter la Nature telle qu’elle est, ne rien modifier, en vivre sans rien créer qui rappelle notre funeste civilisation. Tout cela est très discutable, évidemment, mais, personnellement, je ne vois pas une énorme différence entre le naturisme, et le sauvagisme, quoique le naturisme ait tendance à admettre un certain degré de civilisation individuelle, si toutefois on peut se servir de ce mot ici, mais de civilisation considérablement épurée bien entendu.
En septembre 1899, Zisly publia une brochure de propagande En conquête vers l’Etat Naturel et en mai 1900, une seconde de genre littéraire, intitulée Voyage au beau pays de Naturie, et enfin, en 1901, la présente brochure. D’autres brochures sont en chantier : Le Naturisme Libertaire devant la civilisation par le camarade Weis-Aloïse, actuellement au Tonkin, et " Exposé du Naturisme " par Henri Beylie et Zisly. Un détail à noter, c’est que la plupart des naturiens sont des anarchistes désabusés des beautés féeriques du machinisme grandiose préconisé par les anarchistes scientifiques. Un autre fait à signaler, c’est le sectarisme de la presse anarchiste française vis-à-vis du naturisme, qui ne consentit jamais - à part "l’Homme libre" qui m’inséra dans son dernier numéro un article sur le Déboisement - à publier la moindre prose naturienne, quelques publications socialistes et littéraires ont inséré des études naturiennes. Seule la presse libertaire étrangère y fit bon accueil et maintes fois, discuta. Je cite : "Débâcle Sociale", "Réveil des Travailleurs" de Belgique ; "Tribune Libre" et "Germinal" Etats-Unis ; "La Anarquia", Argentine ; "An-Archie" de Hollande, et des notes dans d’autres gazettes anarchistes d’Angleterre, Danemark , Grèce, Espagne, Italie

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Nous avons à déplorer la mort du camarade Georges Guillemard, le 16 octobre 1896, à l’Hôtel-Dieu.

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"Le Libertaire" et "Le Père Peinard" ont seuls accepté de nos communications. Les "Temps Nouveaux" pensent que l’opinion naturienne est Ridicule (Temps Nouveaux, n°12, 3° page 1896). Or, combattre les préjugés bourgeois et admettre le Ridicule, qui en est un, n’est pas précisément logique.
Les Naturiens n’ont absolument rien de commun avec les Naturistes, école littéraire, partisans du luxe, ni avec les végétariens qui ne sont que des farceurs.
Citons quelques anciens et actuels propagandistes : Paris : Bigot, Henri Beylie, Alf.Marné, Spirus-Gay, Em.Gravelle, Moris, Paul Paillette, Dutheil, Dufour. - Nîmes : E.J.Villemejane, Raynaud. - Limoges : Barian. - Toulon : Fouques Jeune. - Toulouse : L.Bioulet. D’autres encore : Devigne, etc... En août 1899, le camarade Weiss-Aloïse (Tchandala) a versé la somme de trois cent francs à M.Ach. Le Roy, éditeur, ( Voir l’Aurore, quatrième page, Librairie Internationale ) pour la publication de son ouvrage "Le naturisme devant la civilisation" mais cet éditeur, n’a pu, d’après ses dires, publier, par suite d’incidents fâcheux, cette oeuvre intéressante sur le naturisme à travers les âges : nous attendons toujours.

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Au premier abord, le naturisme se confond aisément avec l’anarchisme mais après un examen sérieux, il en est tout autre, car la Science acceptée par les anarchistes et niée par les naturiens sépare catégoriquement ces deux idées.

RÉFLEXIONS SUR LE NATUREL ET L’ARTIFICIEL

Tout travail exécuté à la main est bien mieux fait et plus résistant que tout ce qui se fait par des machines quelconques. Aujourd’hui, on connait le faux, la camelote ; on est toujours pressé, on fait tout à la hâte, et par conséquent, mal.
Les naturiens veulent l’abandon de la Civilisation et le retour à une vie plus naturelle. Retourner à l’état naturel, n’est pas aller en arrière, au contraire, c’est aller en avant, puisque c’est la marche vers le Bonheur.
N’oublions jamais de penser que ceux que nous appelons avec mépris et dédain, des Sauvages, sont heureux et libres et ne sont pas astreints à travailler dans les plus mauvaises conditions, jour et nuit, des douze et quinze heures de suite. Là où il y a des anthropophages, c’est que la Civilisation (Armée et Clergé, qui, par la Colonisation, amènent l’Esclavage, l’alcoolisme, la syphilis, le vol et le meurtre ) a pénétré, car, tuer, voler ou manger son semblable sont des actes tout à fait CIVILISÉS.
On signale toujours de nombreuses catastrophes de chemins de fer ainsi que des sinistres en mer : la faute en est seule à la Civilisation, car on peut vivre très bien sans luxe, sans voies ferrées ni commerce.
Aujourd’hui presque tous les aliments et boissons sont frelatés. Nous possédons par exemple le bouillon en tubes (pour ne parler que de cela). Comme si cela pouvait être fortifiant, du bouillon chimique et sans gôut aussi. Partout, dans tout, la Nature triomphe !.
Le stupide Berthelot, ex-ministre de Publique, dans un discours ultra-scientifique, n’a-t-il pas prétendu qu’avec les progrès constants de la Science, il arriverait un moment où tout individu pourrait se procurer sa nourriture quotidienne sous la forme d’une tablette Chimique !!!... Si ce malheur arrivait (et il n’en faut pas douter, hélas !) alors, adieu le goût, la saveur, adieu la nourriture fortifiante naturelle et variée !
On ne souffre du froid, de la faim, de la chaleur, de la sécheresse, de l’inondation et des épidémies que dans les Sociétés Civilisées. A l’état naturel, ces maux n’existent pas !
Tout individu ne se trouve vraiment bien que dans son pays où il est habitué et constitué pour vivre d’après son propre Climat : donc s’il veut voyager, il est naturel qu’il ait à souffrir des diverses températures, et il n’a pas, par conséquent à traiter la Nature de marâtre, comme beaucoup d’inconscients le font.
Tous les produits de la Terre qui sont exportés, le sont toujours avant leur maturité ; ils perdent non seulement leur goût mais aussi leurs propriétés nutritives, ou tout au moins elles sont considérablement amoindries.
La Civilisation qui pousse à un Progrès meurtrier sans avoir les moyens d’y remédier efficacement, se met par là, bien au-dessous de la Nature qui, à tout poison, a son ant idote.
Les journaux politiques et même anarchistes ont la très mauvaise habitude de traiter certains actes de banditisme, du nom de Sauvagerie. Le terme est inexact, car ces actes sont absolument Civilisés.

DOCUMENTS SUR LA NATURE

Toutes les misères qui affligent l’homme, c’est lui-même qui en est l’artisan ; les jouissances qu’il s’élabore ne valent pas le quart de la peine qu’il se donne pour les acquérir. Il ressemble à un chasseur qui bat toute la journée une campagne pour un lièvre étique ou pour une carcasse de perdrix. Nous nous vantons de la supériorité de notre intelligence, mais qu’importe que nous mesurions le cours des astres, que nous puissions dire, à une seconde près, à quelle heure la lune se trouvera entre la Terre et le Soleil, que nous parcourions les solitudes de l’Océan avec des nageoires de bois ou des ailes de chanvre, si nous ne savons pas jouir des biens que Dieu ( ici l’auteur se trompe, Dieu n’existe pas, il n’y a que la Nature ) a mis dans notre existence ? Les animaux, que nous insultons du nom de brutes, en savent bien autrement long que nous sur les choses de la vie. L’âne se vautre dans l’herbe et la broute, sans s’occuper si elle repoussera ;
ne va pas garder les troupeaux d’un fermier afin et un bonnet fourré pour son hiver ; le lièvre ne se fait pas tambour d’un régiment dans l’espoir de gagner du son pour ses vieux jours ; le vautour ne se fait pas facteur de la poste pour avoir, autour de son cou chauve, un beau collier d’or ; tous sont contents de ce que la Nature leur a donne , du lit qu’elle leur â fait avec les étoiles et l’azur du firmament.
Aussitôt qu’un rayon luit sur la plaine, l’oiseau se met à gazouiller sur sa branche, l’insecte bourdonne autour du buisson, le poisson se joue à la surface de son étang, le lézard flâne sur les pierres chaudes de sa masure ; si quelque ondée tombe du nuage, chacun se réfugie dans son asile et s’y endort paisiblement, en attendant le soleil du lendemain.

Pourquoi l’homme n’en fait-il pas autant ?

(CLAUDE TELLIER , "Mon Oncle Benjamin").

Dans un article, le camarade Zisly exhorte tout individu à vivre selon la Nature, pour être sain physiquement et moralement. Dès à présent, dit-il, mettons-nous le plus directement possible en rapport constant avec elle. Que ceux
qui sont froissés par les préjugés s’en débarassent, s’ils l’osent. Notamment, il dit à la femme : Jetez votre corset meurtrissant vos seins ! laissez flotter sur vos épaules, vos longs cheveux - qu’ils soient ondulés ou droits, souples ou raides, qu’importe ! pourvu qu’ils soient portés naturellement : ce qui embellit toujours, car c’est un cadre, le cadre naturel du visage. Aux hommes il dit : Laissez croître vos cheveux, portez la barbe orgueilleuse, et, à tous les deux, l’homme et la femme : Rejetez les oripaux dont vous êtes affublés.
Nous ajoutons : Que ceux qui sont plus ou moins indépendants prêchent par l’exemple.
Il dit encore : La Science doit être naturelle, autant que possible, les primitifs n’avaient pas recours à Elle- n’en ayant pas besoin car ils ne luttaient pas contre Nature. L’Art doit être conforme à la Nature. Les Villes doivent disparaître pour faire place aux champs, à la forêt : car, étant le lieu de la centralisation du commerce, lequel disparaîtra par suite de la mise en commun des moyens de production et parce que chaque être trouvera, en abondance, ce qui est nécessaire à l’économie animale, elles sont inutiles, nuisibles plutôt, à tout point de vue. D’autre part, l’échange étant inutile, les moyens de transport seront quasi supprimés. Tout cela permettra de vivre la Vie plus bellement, plus amplement : car nos besoins sont très restreints.
Par là, nous pourrons vivre harmonieusement et anarchiquement.
Comme Zisly, notre frère en Anarchie, nous crions : A bas la Civilisation actuelle ! qui est faussée ; Vive la Civilisation spontanée ! émanant de l’évolution des affinités issues des bons rapports entre les Individus.
Vive la nature !

Jules PIGEON

(Dans "L’An-Archiste" de Belgique, n°13, 22 janvier 1899).

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Les premiers hommes, exempts de passions désordonnées, menaient une vie pure, innocente et libre, par là, sans châtiments ni contrainte.
Les récompenses non plus n’étaient pas nécessaires, puisqu’on pratiquait la vertu par instinct.
Et, comme on ne désirait rien de contraire au bon ordre, rien n’était interdit par la crainte.
Quand l’égalité disparut et qu’à la place de la modération et de l’harmonie régnèrent l’ambition et la force, des monarchies s’établirent et chez beaucoup de peuples elles se sont perpétuées...

(Dans le "Paradis Trouvé" par Prométhée, page 120).

L’idéal de Demain ? - Le retour à l’âge de pierre, l’anéantissement des civilisations décevantes - que l’homme, dans ses souffrances dernières doit fatalement détruire, pour en revenir à l’Etat naturel primitif.
Pour l’homme moderne, aspirer à l’inintelligence et à 1’en-dehors social de la bête, n’avoir plus à penser, tel paraît être l’idéal de demain ? c’est trop tôt peut-être, d’après-demain en tout cas. Et c’est là un idéal logique puisqu’il faut une fin à toutes les sociétés et que rien ne ressemble à une fin autant que le commencement.

(Henri Rainaldy, dans la "Coopération des Idées", n°5, juin 1896)

Le moyen le plus simple de propagande pour répandre ce petit placard est le suivant : En parcourant les routes, les hameaux, les villages, en répandre le plus possible par-dessus les jardins, dans les maisons, sous les portes, puis en accrocher aux arbres des routes. Tous ces moyens attirent l’oeil du paysan et de l’ouvrier, et les forcent à lire. J’ai été par moi-même souvent content du résultat.
Il y a donc, camarade, une action à faire, simple, peu chère, et donnant des résultats qui, petit à petit, seront des succès et renforceront les rangs des Homme qui veulent être libres.

Henri Beylie.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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