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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Réflexions sur le naturel et l’artificiel
Article mis en ligne le 3 novembre 2014
dernière modification le 26 octobre 2014

par ArchivesAutonomies
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Les fumées des usines, les coups de canons tirés aux cérémonies et dans les guerres, le Déboisement continu, et l’air infecté, vicié par des odeurs nauséabondes provenant des fabriques, voilà les causes des perturbations de l’atmosphère.
Les maladies, infirmités de toutes sortes sont l’oeuvre, des usines, des villes, de l’organisation défectueuse de la Société, la faute en est donc à l’Artificiel, à la vie surchauffée que l’on mène ! A quoi bon connaître le grec, latin, la chimie, les mathématiques, l’astronomie, la biologie, l’éthique, la sociologie, toutes les sciences, en un mot ? Nous n’avons aucunement à nous en soucier, puisqu’il nous est possible de vivre simplement, d’avoir une existence calme et sans recherche de luxe ni de complications gouvernementales. Bornons-nous donc à vivre une vie vraiment naturelle, exclue de tout l’Artificiel qui nous régit, nous ne pourrons que nous en trouver mieux. Les perfectionnements, les raffinements sont inutiles.
Zola, dans son roman "Travail", se montre atteint d’électromanie aiguë ; en effet, la fée Electricité verse la vie à tous par la simple profusion de boutons, et finit par aboutir à ces deux suprêmes aberrations : la suppression de la Nuit (ô pauvres amoureux, ô pauvres poètes !) et à la mise en bouteilles du Soleil ! Ni plus, ni moins ; comme invraisemblable, c’est réussi !
Il y a eu - et il y a peut-être encore - des régions vivant à l’Etat Naturel ou y approchant, dans le monde entier, mais la Civilisation envahissant partout, elles diminuent chaque jour. Nous ne voyons actuellement que le Groënland vivant à l’Etat naturel.
L’Esprit sensé reste profondément stupéfait devant l’oeuvre de l’Artificiel, et pense cependant qu’il n’ y a rien de plus naturel que de vivre naturellement !
A quoi bon le télégraphe, le téléphone, la navigation aérienne, l’électricité ? C’est la vie à la vapeur, cela ! Les civilisés sont des gens très pressés, vivant actuellement à la hâte ! Que de terrains perdus pour la végétation par les hideux et inutiles (je dis inutiles, malheureusement, pour notre époque) Chemins de fer ! A-t-elle été abîmée, cette pauvre Terre nourricière : autrefois, l’humus et les excréments, engrais naturels, suffisaient pour une production spontanée et luxuriante, tandis que maintenant, la terre ne produit plus en grande partie que par les engrais Chimiques ; mais elle est si féconde, cette Terre, qu’on pourrait encore, malgré les ravages faits par les Vandales Civilisés, la reconstituer dans ses éléments primitifs.
C’est très joli, les bicyclettes, les automobiles, (joli pour aller vite, mais pas au point de vue de la beauté, un attelage est mieux) etc, les moyens de locomotion prennent
un développement inouï, et il faut bien penser pourtant qu’un moment arrivera où un individu marchant à pied sera regardé comme un phénomène. On oublie aussi que l’on n’aura plus besoin de faire mouvoir ses membres et l’on sait que les membres qui n’ont pas d’exercice finissent inévitablement par s’atrophier.
A ceux qui nous disent que c’est impossible, nous répondons : pourquoi trouve-t-on qu’une idée est impossible à réaliser, en général ? parce qu’il y a peu de partisans de cette idée, n’est-ce pas ? c’est justement parce qu’il y a peu de partisans qu’il faut que chacun cherche à faire comprendre la Vérité à son voisin, à ses amis, et ainsi, petit à petit, le noyau deviendra mouvement sérieux d’opposition. Le retour à l’état naturel n’est pas un retour en arrière ; ce n’est pas retourner en arrière que de vouloir être heureux avec les seuls moyens naturels.
Il y en a qui s’écrieront en lisant cette brochure : "mais vous voulez, revenir à l’état sauvage ?". Qu’importe, si l’on est heureux ainsi !
N’ayons pas peur des mots.
A propos de la fête des fleurs. - Est-ce assez stupide et cruel que d’écraser, de piétiner, d’abîmer bêtement et inutilement les Fleurs ! On ne devrait même pas les couper pour en faire des bouquets, car c’est leur retirer la vie, ainsi. Simplement en jouir, là où elles se trouvent.
Et ces chasses de fantaisie, des carnages de cerfs et autres animaux inoffensifs, n’est-ce pas encore monstrueusement actes de Civilisés ? Les Cérémonies de l’Artificiel entraînent avec elles et partout la Dévastation !.
Des fleurs dans leurs chevelures et les femmes seraient bien plus gracieuses que de porter le chapeau à la mode dernier genre qui les fait généralement ressembler à un mannequin. Des anarchistes, esprits avancés cependant, parlent après Victor Hugo, de domestiquer l’Océan ! Nous n’aurions plus la beauté des vagues, alors ! Triste !...
On sait ce que valent tous les gouvernements : république, empire, monarchie, l’expérience des dix-huit siècles doit suffire ; or, le Collectivisme, c’est l’Etat Patron, un peu de bien-être, peut-être, mais avec des restrictions, des limites, sans oublier l’Artificiel ; en Anarchie, ce sera beaucoup mieux qu’en République sociale, mais là, on compte trop sur la bonne volonté générale et ici, la Science, l’Artificiel, arrivent à leur paroxysme ; donc, pourquoi ne pas vivre naturellement, simplement, sans chercher des complications inutiles, dangereuses et stupides ? Pourquoi nous créer de faux besoins qui deviennent de nouveaux maux ?

Paris, août 1901.

Henri Ziely

Appel à tous. - Il faut énergiquement réagir contre la mort lente - ou précipitée, suivant le cas - que nous donne la Civilisation ! A bas le faux Progrès ! Vive la Vie Simple dans la Nature ! Que tous ceux qui nous comprennent seulement un peu, fassent circuler nos idées dans tous les milieux. Nous avons encore quelques journaux à disposer : le Naturien, l’Etat Naturel, l’Age d’Or, à 0,10 c. le n° ; 0,15 c. les 2 ; 0,25 c. les 3. Nous avons aussi une brochure que tous comprendront : "Vers l’Etat naturel", à 0,15 c. et 0,25 c. les 2. ; une autre brochure pour les Intellectuels, Voyage en Naturie, à 0,30 c. ainsi que notre "Rapport sur le Mouvement Naturien" distribué gratis. Envoyer demandes et montants (timbres français ou mandats) à Henri Zisly, 14, rue Jean Robert, Paris, 18°. Et maintenant, pour la Régénération des Races, en Avant !

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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