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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les premiers actes à accomplir
{La Vie Naturelle}, n°2, Juillet-Août 1908
Article mis en ligne le 5 novembre 2014
dernière modification le 4 novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Vous posez les deux questions suivantes :
Quels seront les premiers actes à accomplir pour s’acheminer vers la réalisation de l’idée naturienne ?
Serons-nous forcés d’accepter un peu de culture, et cette culture ne nous amènera-t-elle point à conserver un certain machinisme même rudimentaire ?
Ma réponse à la première question est bien simple.
Le premier acte à accomplir pour s’acheminer vers la réalisation de l’idée naturienne est de vouloir vivre selon les lois de la nature. Si vous voulez, vous trouverez chaque jour un acte à accomplir. Savez-vous par combien de chaînes vous êtes rivé à la société civilisée ? Pouvez-vous nombrer la quantité d’attraits que vous trouvez encore à la vie civilisée, malgré votre horreur de la civilisation ?
On ne peut point tracer une ligne de conduite générale, la volonté n’ayant pas la même force chez tous les individus mais chacun d’eux peut se rapprocher le plus possible de la vie naturelle en se débarrassant particulièrement des vices qu’il doit à la civilisation, des erreurs dont son cerveau est obstrué, en cherchant le plus possible à vivre de la vie naturelle.
Il y a actuellement des individus isolés - peu nombreux, il est vrai - qui mettent en pratique la ligne de conduite que nous venons d’indiquer ; ils prêchent d’exemple. Il est à souhaiter qu’ils fassent des adeptes ; ceux-ci devenant de plus en plus nombreux, la société s’acheminera insensiblement vers la vie naturelle.
Notre raisonnement est en opposition complète avec celui des civilisés. Ceux-ci prétendent en effet que le milieu influe sur l’individu, tandis que nous soutenons que l’individu crée lui-même le milieu dans lequel il veut vivre.
Les socialistes et les anarchistes comptant sur une majorité législative ou sur l’émeute triomphante pour mettre en pratique leurs théories, sont obligés de prévoir à l’avance la façon dont ils commenceront l’application ; ils conserveront ceci, supprimeront cela, parce qu’ ils sentent qu’il leur faudra créer le milieu dans lequel l’humanité devra se débattre. L’arrivée au pouvoir des socialistes, par exemple, ressemblerait à l’arrivée au pouvoir des républicains. Depuis 1870 les républicains cherchent à créer le milieu républicain ; plus les citoyens se moulent dans ce milieu, moins les partis adverses ont d’adhérents.
Vous voyez donc bien que pour répondre à la seconde question il faudrait que les naturiens veuillent - eux aussi- faire marcher l’humanité.
Pour que l’humanité revienne à la vie naturelle, il ne suffit pas seulement de supprimer le machinisme, il faut surtout que l’homme ait progressé mentalement, qu’il soit devenu meilleur, qu’il ait refréné ses vices, sinon la vie naturelle sera impossible. Cette vie a déjà existé sur notre planète ; elle en est disparue parce que l’homme, au lieu de développer en lui ce sentiment - la raison - qui l’élève au-dessus des autres animaux, a fait appel à tous les bas instincts qui le sollicitaient. L’homme, tel qu’il existe de nos jours - la bête humaine policée - est impuissante à vivre la vie heureuse créée par la nature ; seul l’homme-raison, le sur-homme - si cette expression peut mieux définir ma pensée - pourra jouir de cette vie.
Ne compter que sur la raison pour transformer la société semble la pire des utopies ; ne nous décourageons pas, car la nature, pour laquelle l’homme - dans son fol orgueil - veut forger des chaînes, sait à propos le rejeter dans le néant et lui prouver qu’elle est toujours le chef d’esclaves vainement révoltés contre sa puissance souveraine.
Les catastrophes de plus en plus grandes qui frappent l’humanité, la perversion morale grandissante, les terribles bouleversements sociaux qui se succèdent sont autant de leçons données à l’humanité, dont nous devons, par notre propagande, lui faire comprendre les enseignements ; mais pour qu’ils portent le plus de fruits possible, il nous faut surtout prêcher d’exemple, vivre le plus possible en dehors de la vie civilisée, montrer aux efféminés, aux viciés de la civilisation, que nous savons vouloir.

FOUQUES Jeune.

Conclusion - Je crois aussi utile de nous mêler au mouvement libertaire et d’y propagander, car la société que nous rêvons d’instaurer ne pourra l’être, vraisemblablement, qu’après une révolution violente, peut-être par la Raison ; je préférerais cette dernière solution.
Les quelques exemples de vie naturelle que l’on peut produire en société civilisée ne me semblent pas suffisants comme moyens de propagande ; il faut aussi employer les conférences, groupements, brochures, journaux, feuillets, et, par la suite, une propagande par le fait antiscientifique. Tous ces efforts combinés donneront certainement des résultats sérieux. Il est nécessaire que des individus sympathiques aux idées de Vie Naturelle vivent dans la civilisation (tempéraments sédentaires) pour être en mesure d’y exercer leur propagande, et il est non moins utile que d’autres individus (tempéraments nomades) vivent la vie naturelle même. Les deux propagandes - théorie et pratique - ainsi se complètent.

H.Z.

***

Nous déclarons que la "Vie Naturelle" englobe, comme manifestations antiscientifiques, le végétarisme, le naturisme libertaire et le sauvagisme en leurs formes diverses, sans s’arrêter à ne vulgariser qu’un seul de ces mouvements. Ne tombons pas dans l’absolu, ni dans le Puritanisme, ce serait contraire à nos sentiments anti-religieux, et n’établissons pas sur les idoles tombées un nouveau dogme naturien.

A bas la déesse Nature !

La Vie Naturelle

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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