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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La recherche des causes
{La Vie Naturelle}, n°3, Septembre-Octobre 1909
Article mis en ligne le 5 novembre 2014
dernière modification le 4 novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Après avoir détruit la majeure partie des forêts nourricières qui favorisaient la résistance, les Conquérants s’emparèrent du sol et interdirent aux autres le droit naturel de chasse, pêche et récolte dans les quelques parties épargnées par la hache et l’incendie. Il ne resta donc aux vaincus que la ressource de cultiver pour s’assurer l’alimentation.
Mais après le déboisement survinrent des fléaux inconnus jusqu’alors aux nouveaux asservis : inondations, avalanches, sécheresse. "La colère des dieux est sur vous, clamèrent les prêtres, séides de tous les gouvernements ! O barbares, qui avez résisté à l’introduction des moeurs policées et des bienfaits du négoce, craignez les Divinités qui ne manqueront pas de vous frapper si vous résistez à notre oeuvre de civilisation !" Et, préalablement, les coups de cordes et de rotins tombèrent dru sur l’échine des néophytes malgré eux, et ce pour le parfait enseignement du tracé et dallage des routes, de l’extirpation des pierres aux flancs des collines, de l’édification des cités, de l’exploitation générale du sol et du sous-sol, enfin de tout ce qui pouvait procurer les subsides nécessaires au luxe de leurs bienfaiteurs (?). On leur fit même forger les chaînes et les barreaux des geôles où durent s’apaiser leurs derniers élans d’indépendance, "restes de sauvagerie", déclarent encore les gens bien informés.
Et aussi loin que l’on remonte dans les civilisations, on retrouve, identiques, la méthode et le langage des dirigeants ; et les peuples policés et misérables, éloignés par de longs siècles de servitude de la connaissance de leur milieu originel, ont accordé créance aux fables des asservisseurs et ils répètent avec eux : "l’homme est né désarmé sur la terre ingrate, et depuis sa naissance, il lutte contre les éléments hostiles, contre le feu du soleil et contre la morsure du froid, contre les fléaux de dévastation : la neige qui s’éboule, l’eau qui submerge, la sécheresse qui calcine et suffoque ; contre les épidémies, les infirmités et les mille et une souffrances qui le torturent, contre la pénurie naturelle des vivres, etc."
Et bénévolement, les peuples répètent avec leurs maîtres "Oui, les hommes d’autrefois en furent réduits à se dévorer mutuellement faute de gibier dans la forêt" - grave déclaration, car s’il en fut ainsi aux temps primitifs, et si l’extinction des animaux comestibles détermina l’anthropophagie, d’où diable peuvent bien provenir les mammifères, les volatiles et les poissons... que nous voyons aujourd’hui ?...
Il y a donc ignorance (ou supercherie) d’autant plus grande à émettre de telles assertions, que la surface productive de la terre pourrait actuellement, (même et surtout si elle était demeurée à l’état naturel) nourrir cinq fois ou six fois plus d’habitants qu’elle en possède.

Il est un fait incontestable, c’est que l’homme est aujourd’hui victime de l’ardeur du soleil, de la rigueur des froids, des inondations, avalanches, éboulements, sécheresse, infections de l’air, parce qu’il a détruit les grandes forêts qui le préservaient de ces divers fléaux.
Mais, si l’humanité a abattu les arbres, c’est, disent les économistes officiels ( et avec nombre d’anarchistes) parce qu’il a été nécessaire de remédier par la culture à l’insuffisance des produits alimentaires de la forêt.
Or, examinons ce cas : on a, pour cultiver, anéanti des forêts qui offraient à l’homme et aux animaux comestibles ( dans la région européenne, s’entend ) des châtaignes, noix, merises, noisettes, glands, faines, pommes de pin, sorbes et autres baies, sans compter les nombreuses espèces de plantes fourragères qui croissaient librement, et cela pour cultiver principalement : le blé, les fèves et plus tard la pomme de terre, tous produits de provenance exotique et qui par cela même se débilitent infailliblement dans nos régions.
Un exemple frappant c’est celui du blé (originaire d’Asie, par 20 à 40 degrés), le blé avec lequel on fait le pain, Symbole de l’Alimentation. Le blé est porté au moulin où il est broyé entre des meules ; la mouture a pour effet, comme toute pression, de déterminer la chaleur, et cette chaleur fait adhérer à la meule la seule partie nutritive du grain : le gluten. La poudre blanche ou farine proprement dite tombe avec les débris de son enveloppe et seule passe à travers les mailles du tamis.
C’est avec cette matière qui ne contient que des produits aromatiques, c’est-à-dire digestifs, que l’on fait la pâte (farine additionnée d’eau à quantité égale). Or, cette pâte est soumise à l’action du four pour la cuisson ; la chaleur fait entrer en ébullition l’eau qu’elle contient, et cette ébullition a pour effet de détruire les principes aromatiques de la farine qui doit constituer le pain.
Que reste-t-il après cette opération ? Les fèves et en particulier le haricot qui, consommés crus n’offriraient qu’un aliment désagréable, sont nécessairement soumis aussi à la cuisson par ébullition et cela suffit pour anéantir leurs principes nutritifs et digestifs. Pour la pomme de terre, il est reconnu qu’elle se débilite immédiatement sur notre sol, à ce point qu’à la quatrième génération ses plants ne peuvent plus se reproduire, le cultivateur est dans l’obligation tous les trois ans, de se procurer des plants originaires d’Amérique, s’il veut récolter. Or, un produit qui dégénère sur un sol ne peut offrir d’appréciables qualités alimentaires. Et c’est pour ces piteux résultats que l’homme a détruit des millions d’hectares de forêts qui, en outre de la production fruitière de leurs arbres, laissaient croître sous leur abri d’innombrables plantes qui assuraient l’alimentation d’animaux comestibles divers, en gros et petits mammifères et volatiles de toutes espèces : le tout représentant plus de produits alimentaires que n’en eût donné la culture sur le même espace de terrain.
Si ce n’est pas là de l’erreur, je réclame que l’on me démontre scientifiquement ce que c’est.

Eh oui, l’humanité est sujette à l’erreur, ce qui n’infirme en rien les heureuses conditions de l’état naturel
de la terre, état reconnu satisfaisant par les sciences d’observations, telles : la Géologie, l’Hydrologie, la Météorologie, la Botanique et la Physiologie. Et la preuve qu’il y a erreur, ignorance ou fourberie c’est que ces sciences concluent au maintien des conditions purement naturelles du sol, qu’elles condamnent les sciences d’opération : Minéralogie, Chimie, Génie, Culture ; et qu’elles font considérer pour ce qu’elles valent les sciences Médicale, Chirurgicale, Droguiste et Hygiéniste, c’est-à-dire pour de piètres palliatifs aux maux déterminés par l’Humanité elle-même, par suite de ses erreurs.
Voilà pourquoi les Naturiens ne se bornent pas à combattre les anomalies mentales et poussent surtout leurs attaques contre les anomalies matérielles. Ils ne recherchent pas seulement contrt Qui mais bien plutôt contre Quoi il faut se révolter.

E. GRAVELLE.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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