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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le minusops Balata
{La Vie Naturelle}, n°3, Septembre-Octobre 1909
Article mis en ligne le 5 novembre 2014
dernière modification le 4 novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Encore un arbre destiné à disparaître !
C’est le Mimusops Balata qui croît dans les forêts des Guyanes et du Vénézuela. Les indigènes se servent de ses feuilles, pilées et broyées avec du gingembre, à l’extérieur, contre les paralysies. Ses fruits acidulés, appelés sapotilles, sont alimentaires. Son latex est blanc, épais, comestible ; sa saveur se rapproche beaucoup de celle du lait de vache ; mélangé avec du café noir, il fournit un breuvage facilement confondu avec le café au lait.
Cet arbre providentiel ne pouvait qu’attirer l’attention fies civilisés ! Ceux-ci se sont aperçus en effet que son bois est dur, qu’il résiste aux attaques des termites, chose importante dans ces régions. Aussitôt les Compagnies de Chemin de fer l’ont employé pour la confection des traverses ; l’ébénisterie et la charpente s’en emparent également.
De plus cet arbre fournit une gutta se prêtant à une foule d’usages. Sa très grande force et sa faible élasticité sous l’influence de la traction la rende particulièrement propre à la fabrication de courroies de transmission, on en fait des courroies, des lanières, l’automobilisme l’emploie et l’on compte même s’en servir pour confectionner une étoffe spéciale pour les dirigeables.
L’hallali a sonné ! Un grand journal écrit : "Pourquoi ne va-t-on pas plus nombreux à sa recherche et condamne-t-on ces géants végétaux, d’une bonne volonté si évidente à nous êtres utiles, à mourir sur place sans profit pour personne, ne laissant que l’humus comme trace de leur passage ?".
Ne discutons pas ces lignes ineptes, contentons-nous seulement de les signaler ! Le conseil sera suivi car l’arbre qui fournissait surtout la gutta, l’isonandra guttan autrefois très commun à Sumatra, est devenu aujourd’hui assez rare par suite d’une exploitation intense. Les Anglais, les Hollandais, les Vénézuéliens ont déjà commencé l’exploitation. Dans son ouvrage, "Les ressources agricoles et forestières des colonies françaises", M.Jumelle, professeur à la Faculté des sciences, nous apprend en effet que la Guyane hollandaise exportait, en 1904, deux cent cinquante cinq mille kilogr. de gutta du balata, que le Vénézuela en exportait un million cinq cent mille kilogr. tandis que la Guyane française n’exporte à peine que douze mille kilogr. annuellement.
Suprême ironie. L’Européen ne pouvant guère donner sous le climat de la Guyane un travail d’une longue durée constante, il faudra s’adresser aux indigènes habitués aux chaleurs humides des milieux où pousse le balata.
Ce sont les indigènes qui créeront eux-mêmes le milieu où ils seront décimés plus tard par toutes sortes de maladies infectieuses.
Destructeurs des oeuvres de la nature, qui vous souciez peu des maux que vous attirez sur l’humanité pourvu que vos coffres-forts s’emplissent, votre malfaisance voit s’ouvrir devant elle un nouveau champ d’action. Le gouvernement français est - paraît-il - tout disposé à vous donner des concessions et des permis d’exploiter sur des étendues variant de cinq mille à vingt-cinq mille hectares, et M. Geoffroy, pharmacien de la marine envoyé en mission pour étudier le balata, n’affirme-t-il pas dans son rapport que les mimusops balatas sont si nombreux à la Guyane qu’il y en avait pour des siècles d’exploitation de gutta à faire ?
Après ces siècles ( ?! ) d’exploitation, le balata aura disparu !
N’avait-il pas raison le journaliste belge (Le soir, du 5 juillet 1909) qui écrivait la phrase suivante : "La plus méchante des vermines qui déshonorent et dégradent la planète, c’est la vermine humaine" ?

FOUQUES Jeune.

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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