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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Sur les inondations
{La Vie Naturelle}, n°4, Fructidor-Vendémiaire 1910
Article mis en ligne le 5 novembre 2014
dernière modification le 4 novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Un déluge ayant ravagé la Suède, le Tyrol, les pays du Rhin, la Belgique, la Transylvanie, la Serbie, l’Arménie, pays boisés - ce qui ne veut pas dire pays où ne se font pas des déboisements intensifs, témoins les mesures conservatoires que les gouvernements ont dû prendre, et ce qui veut encore moins dire pays où le sol est encore à l’état naturel - M.Charles Rabot, Membre de la Société de Géographie, en conclut que la forêt aggrave les inondations au lieu de les atténuer. M.Rabot serait-il partisan de la destruction totale des forêts ?
Sa théorie est une aggravation de la remarque faite il y a quelques mois par Emile Gautier, lequel déclarait que la Bretagne, ce bocage sans fin, n’est pas à l’abri des inondations.
Si les diverses parties de notre globe étaient indépendantes les unes des autres, il se pourrait alors que les terrains boisés fussent indemnes des calamités qui frappent les terrains nus et pelés mais il n’en est pas ainsi. "Dans la nature, tous les faits s’enchaînent, tous les êtres sont solidaires, liés les uns aux autres et les éléments eux-mêmes ainsi que les corps bruts s’y rattachent étroitement ; ils sont assujettis à des lois particulières, immuables, dépendant elles-mêmes de l’harmonie générale."(A.Carrière.)
Avant que l’homme ne portât une main sacrilège sur les forêts qui couvraient le globe terrestre, les vapeurs d’eau se condensaient graduellement parce que sur tout le trajet qui s’étend du littoral à la cime des plus hautes montagnes régnait un état de fraîcheur produit par l’évaporation des bois. La distribution de l’eau se faisait donc d’une façon pondérée parce que jamais il n’y avait de grandes quantités d’eau condensées d’un seul coup. Aujourd’hui, les plaines sont nues, les montagnes sont déboisées. Que se produit-il ? Les vapeurs d’eau ne se condensent plus ; elles sont chassées, repoussées par la réverbération puissante, la colonne de chaleur ascendante qui se dégage de ces espaces nus. Ces vapeurs d’eau vont s’accumuler aux sommets des plus hautes montagnes d’où elles sont emportées à travers l’espace par des vents dont l’existence est aussi anormale, aussi ANTI-NATURELLE que celle de ces grandes masses de vapeurs d’eau qui se transforment en orages d’une violence inouïe ou en grandes pluies persistantes. Conséquence : des inondations.
Dans un article précédent, M.Rabot affirmait que "tous les vingt ou trente-cinq ans, il y a une période humide et froide" et il ajoutait qu’à ces influences météorologiques il fallait joindre les conditions géographiques et géologiques des territoires.
Il nous faut toujours revenir à notre point de départ. Les pluies diluviennes persistantes se produiraient-elles si le sol était encore à l’état naturel ? Les phénomènes météorologiques peuvent amener une période pluvieuse, mais pendant laquelle nous n’aurions - à l’état naturel - que des pluies régularisées par le refroidissement graduel de l’atmosphère depuis les plaines jusqu’aux plus hauts sommets.
Les terrains se satureraient peu à peu, les crues subites n’auraient pas lieu ; et de plus il est démontré que le sol des terrains boisés reçoit quatre dixièmes d’eau de moins que le sol des terrains non boisés, ces quatre dixièmes sont retenus par les arbres.
Nous ne nous faisons aucune illusion. Nous aurons beau répéter que par la dévastation des forêts l’homme a attiré sur notre planète toutes sortes de calamités ; nos paroles ne trouveront guère d’échos. Cette créature orgueilleuse qui a la prétention d’en arriver à dompter la nature préférera construire des digues, relever des parapets, approfondir le lit des rivières et des fleuves, creuser des canaux, en un mot courir à de plus terribles désastres que de revenir à l’état naturel qui lui assurait une vie abondante, saine et heureuse.
La nature interviendra encore et par des leçons terribles, des catastrophes soudaines, montrera qu’il faut compter avec elle et ne jamais rompre l’équilibre qu’elle a justement établi.

FOUQUES JEUNE

P.S. :

Texte publié dans Naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français (1895-1938), Supplément au n°9, Série IV, de la revue Invariance, paru en Juillet 1993.




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