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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pédophilie - Notes de lecture
{Marge}, n°11, Octobre-Novembre 1976, p. 4-5.
Article mis en ligne le 11 mars 2013
dernière modification le 17 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Je lis dans le dernier numéro de la revue Don sous le titre : "Seize ans et pédophile", en réponse à un jeune homme qui se dit attiré par les petits garçons : "Vous n’avez que 16 ans et il me semble qu’il est encore un peu tôt pour vous identifier comme pédophile. Non que je veuille douter de la sincérité de votre orientation, mais il reste à savoir si, lorsque vous serez plus âgé, le rapport d’âge entre vous et les êtres qui vous attirent ne sera pas le même qu’à présent, ce qui vous amènera à aimer, éventuellement, des êtres qui, tout en étant plus jeunes que vous, n’en seront pas moins des adultes pour cela."
Un problème à soumettre aux écoliers : si, à 16 ans vous aimez ceux de 10, à 40, devrez vous aimer ceux de 40 - 6 = 34, ou ceux qui resteront dans le rapport de 16 à 10, c’est-à-dire de (40*10)/16 = 25 ?
Naguère, il fallait attendre 33 ans pour avoir ceux de 21, juste majeurs ; mais aujourd’hui, c’est à 28 ans qu’on peut se payer ceux de 18. Faites le calcul. Ou, selon une autre méthode, mais qui ne respecte pas les rapports d’âge, à 24 ans déjà le jeune correspondant de Don pourra forniquer légalement avec ses anciens petits garçons (10+8 = 18 et 16 + 8 = 24). De toute façon, une brève patience de 8 ans n’a jamais fait de mal à personne. Au besoin, pour plus de tranquillité, certains les passeront en taule.
Merci les homophiles et homoérastes. L’arithmétique a changé ma vie !
Allons, ne leur jetons pas trop la pierre. Arcadie, a récemment ouvert ses colonnes à Edward Brongersma qui, avec toute la bonhomie et le sérieux hollandais, père de famille par surcroît, a frayé la voie à une meilleure compréhension de la pédophilie. Je lis dans son livre Pedofilie qui date de 1961, traduit en allemand sous le titre Das verfemte Geschlecht (Le sexe tabou) Lichtenberg, Munich, 1975 : "Le jugement sévère de beaucoup d’homosexuels contre les contacts pédophiliques, si, dans la plupart des cas il repose sur une conviction dont on ne peut mettre en doute la sincérité, s’appuye souvent sur des arguments peu convaincants. Par exemple quand on veut, aux yeux des hétérosexuels, décharger les homosexuels d’être pédophiles en soutenant idée extravagante que toutes les difficultés que rencontrent les homosexuels dans notre société s’évanouiraient s’il n’y avait pas des criminels qui s’en prennent aux enfants."
En fait, la répugnance des homosexuels à l’égard des pédophiles n’est qu’une des modalités de l’attitude de défense universellement répandue contre les minorité déviantes. Elle est d’aussi bonne foi que la répugnance envers les nègres ou les juifs ou que celle des hétérosexuels envers les homosexuels. Elle trouve tout autant à s’étayer de justifications et d’arguments plus ou moins intelligemment agencés, mais ce ne sont pas ces arguments qui sont en jeu. Ce dont il s’agit, c’est du fait qu’un homme ne peut admettre en toute sérénité d’autres formes de paraître, de juger, de sentir, de désirer que si, à une capacité assez rare de tolérance s’ajoute celle, encore plus rare, d’opérer la critique de ses propres motivations.
Les homosexuels expérimentent presque quotidiennement dans leur corps avec quelle injustice et quelle hypocrisie les traite une société qui ne comprend pas leurs sentiments et les rejette comme déviants. Il serait très beau pour les pédophiles que cette expérience amère conduise les homosexuels à s’ouvrir avec compréhension à la misère de leur minorité, au lieu de rejeter leurs sentiments parce qu’ils s’écartent des leurs propres. Mais ce serait supposer l’homosexuel bien au-dessus de la moyenne par l’honnêteté, le sens critique, la tolérance et l’humanité, toutes propriétés qu’on ne peut guère attendre d’un groupe qui lui-même est socialement opprimé ".
J’ai tenu à citer en entier cette homélie humaniste parce que Brongersma (en 1961) met tout de même les choses à leur place et balance dans la mare des associations homosexuelles un sacré pavé. Il faut lire Brongersma sans trop se formaliser de ses prudences et de ce que sa constante recherche d’un alibi pédagogique a d’insupportable. On ne doit pas oublier qu’il a été (ou est encore) membre du parlement et a su en tant que tel défendre le point de vue pédérastique et pédophilique. Il faut le faire ! A supposer cela en France, on nage en plein rêve.
Dans une revue allemande consacrée à la pédophilie (Das aktuelle padagogische Magazin, Betrifft : Erziehung, n° 4, 1973), je lis encore cet extrait d’un autre Hollandais (toujours !). Fritz Bernard : "Les actes sexuels avec les enfants jusqu’à 14 ans sont chez nous très sévèrement punis - bien entendu à condition qu’on les découvre, ce qui n’arrive que rarement, c’est incontestable, car, d’après des enquêtes sociologiques 20 à 30 % des jeunes ont eu des expériences avec des adultes. Le paradoxe de la législation apparaît clairement quand on compare le sort de deux individus : l’un a tripoté tendrement le sexe d’un enfant, il est condamné à plusieurs années de prison. L’autre a rossé un enfant jusqu’à le blesser gravement. Il écopera tout au plus de 3 mois, la plupart du temps avec sursis parce qu’il n’a fait qu’exercer son "droit paternel de correction". Quand il y a châtiment, on devrait tout au moins pouvoir prouver un dommage, car il n’y a pas de crime sans victime. Les dommages subis par les enfants victimes de viol sont incontestables ; il est légitime que l’on en condamne les auteurs pour protéger d’autres victimes éventuelles. Mais il en est tout autrement des "délits de mœurs" dans lesquels les prétendues victimes ont joué en fait le rôle de partenaires et, avant que la justice les ait manipulés, retiraient une satisfaction partagée du rapport sexuel" (tiré de Sexualpadagogik, 1972).
Banalité ? Peut-être ; dont la formulation, en tout cas (ce désir de se laver les mains du "viol", de se démarquer encore par rapport à d’autres réprouvés, l’expression désagréablement sexologique de "partenaire") sent un peu trop son libéral bon teint et serait à reprendre. Qu’il y ait "viol" ou pas viol, quel est le moment où l’on peut dire que l’enfant a été forcé ou non, cela c’est la bouteille à encre. Ce qui compte, c’est le complet décalage entre ce qui se passe et le discours sur le sexuel, qu’il soit policier, juridique, médical, ou simplement celui de tout le monde. Mais banalité ou évidence qu’il n’est pas inutile d’enfoncer dans les têtes. D’autant plus que je ne vois pas chez nous de médecin, de psychologue, de juriste (ces Hollandais sont tout cela) qui oseraient la soutenir. Et puis, je cite ce texte au moment où Bernard Dejager, après avoir fait 3 ans et demi de préventive, attendre d’être jugé devant les Assises de Versailles pour ces "tendres contacts". Non, pour moins encore, pour avoir fixé en photo ceux d’enfants entre eux.
Etant aujourd’hui en veine de libéralisme et réformiste à tous crins, pour ne pas tout de même attrister l’atmosphère, je termine sur un trait un peu fort de Goethe (il n’a pas été emprisonné pour cela !) piqué dans le Greek Love d’Eglinton (NewYork, 1964) :

"J’aime bien les petits garçons encore mieux les petites filles Quand j’ai assez d’y voir la fille elles me servent de garçons."

On trouve donc tout, chez les classiques ?

René Schérer.

« Et sur ces cuisses charmantes,
Sur ces cuisses incendiaires
Peins un membre délicat
qui aspire déjà à l’amour."
Anacréon (fragments)




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