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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Octobre 1917 - Octobre 1943
{Le Réveil Prolétarien}, n°2, Novembre 1943
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 27 mai 2014

par ArchivesAutonomies
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Quel beau souvenir les jours d’Octobre 1917 ! Quel tremblement de terre ! Quel espoir immense pour les prolétaires du monde ! Toute une génération d’ouvriers a été éduquée, formée, trempée par cet événement historique. Combien de luttes héroïques se sont produites sous le signe de la révolution russe. Lénine et Trotski étaient symboles pour les ouvriers du monde entier, le parti bolchevik l’exemple vivant d’une vraie organisation révolutionnaire, pure et ferme, sans défaut, avec une discipline de fer. Spartacus 1919 en Allemagne, la République des Soviets à Munich (Bavière), la République des Soviets en Hongrie, les insurrections armées des Balkans, la Révolution en Chine, tous étaient imprégnés de l’exemple de la Révolution d’Octobre. Des milliers des meilleurs combattants sont tombés dans les combats révolutionnaires, morts dans les prisons, se sont sacrifiés pour ce qui était pour eux la chose la plus sacrée. En 25 ans ils ont construit un nouvel organisme international remplaçant la 2ème Internationale embourgeoisée, l’organisation d’un social-patriotisme pourri.
Sous la direction de Lénine, Trotski et toute l’élite du parti bolchevik, le prolétariat russe a achevé de détruire la société féodale-bourgeoise, de jeter les bases économiques, politiques et sociales d’une société socialiste. Les bolcheviks ont bien réussi de mettre en pièce la bourgeoisie russe, d’exproprier les exploiteurs, ils ont bien réussi de construire une nouvelle société, mais, hélas, pas une société socialiste, sans classes, sans exploitation humaine, avec une culture élevée, des conditions sociales meilleures, des libertés démocratiques pour les masses laborieuses. Hélas, non ! Nous voyons aujourd’hui en Russie un chantier immense de l’esclavage, des conditions sociales pas seulement en contradiction avec les idées socialistes, mais même épouvantables pour des pays capitalistes. Nous voyons une culture basse, retardataire, qui est édifiée sur l’absence de toute liberté démocratique, liberté de pensée, liberté de presse et de réunions, une culture qui a le seul but de glorifier les dirigeants, les grands chefs, les bien-aimés. Nous voyons après 25 ans une masse laborieuse, qui n’a pas le droit de changer de lieu de travail, de s’en aller librement d’une ville à l’autre, d’une usine à l’autre. Nous voyons une différenciation des salaires entre la classe ouvrière qui est inconnue jusqu’alors dans les pays capitalistes. Certes, la Révolution d’Octobre nous a donné des mots d’ordre nouveaux plein d’espoir : Soviets ! Planification ! Collectivisation ! Ah oui, des grands mots nouveaux que tout le monde répète, crie comme des mots sacrés, mystérieux, pleins d’une vie nouvelle. Mais derrière ? Que se cache-t-il ?
Les Soviets ! Quel fétichisme on n’a pas fait avec ce mot ! Les bolcheviks même ont falsifié dès le début cet organisme démocratique découvert par les masses russes. Ils ont falsifié le vrai caractère des soviets en faisant d’eux l’organe représentatif d’une dictature, alors que les soviets étaient et sont des organes représentatifs d’une démocratie. Dans le fond de sa prison Rosa Luxembourg a dévoilé avec une parfaite clarté et une critique aiguë la falsification des bolcheviks. Elle a écrit :

"Lénine et Trotski ont mis à la place des corps représentatifs issus d’élections générales les soviets, comme la seule représentation véritable des masses ouvrières. Mais en étouffant la vie politique dans tout le pays, il est fatal que la vie dans les soviets eux-mêmes soit de plus en plus paralysée. Sans élections générales, sans liberté illimitée de la presse et de réunion, sans lutte libre entre les opinions, la vie se meurt dans toutes les institutions publiques, elle devient une vie apparente où la bureaucratie reste le seul élément actif."

"La vie se meurt" ! Parfaitement ! La vie publique en Russie "soviétique" est morte depuis bien des années. Où est la réunion libre des travailleurs, la liberté de presse ? La liberté de critique ? Étouffées ! Étouffées sous une gigantesque domination bureaucratique qui s’accroît de jour en jour. Les bureaucrates staliniens ont tué les meilleurs éléments de l’élite bolchevik, ils ont mis en prison des milliers de militants socialistes, mis en isolateurs ou en camps de concentration les oppositionnels, les ouvriers qui revendiquaient, qui rouspétaient. Les soviets en Russie sont une farce, vide de sens, devenue un instrument de l’oppression bureaucratique.
La Planification ! Oui, on a construit de gigantesques usines, des bâtiments publics, le métro le plus ornemental du monde à Moscou ; les chiffres de la production ont augmenté considérablement dans tous les secteurs de l’économie soviétique. Avec le monopole du commerce extérieur on a développé avec une croissance rapide l’industrie de guerre. Le but de cette planification était et reste : la construction d’une grandiose machine de guerre pour assurer les privilèges et la position de classe de la bureaucratie. Mais la planification a mis des milliers d’ouvriers dans une misère sans issue, épouvantable. L’augmentation de la production était possible parce que la plus grande majorité de la classe ouvrière vit dans des conditions sociales inhumaines, cependant qu’une petite minorité (stakhanovistes) profite de hauts salaires, et de mille privilèges. À côté des grands bâtiments publics pour les fonctionnaires sont restés les taudis infects des ouvriers. Aujourd’hui, 25 ans après la Révolution, des milliers d’ouvriers sont condamnés de louer un coin dans une chambre habitée par une autre famille. Ah oui, il y a planification, mais au profit des seuls bureaucrates.
Et la collectivisation ! Merveilleux progrès de la technique ! L’industrialisation de l’agriculture ! L’élévation de la paysannerie russe à un niveau culturel inconnu jusqu’à aujourd’hui ! Et le monde ferme volontiers les yeux sur cette extermination d’une population agricole qui jamais n’a existé. La transplantation forcée de trente ou quarante millions d’êtres humains, l’exil en Sibérie, dans des isolateurs, le bagne au travail forcé ! C’est le socialisme décrété ! Encore une fois nous citons la grande révolutionnaire allemande :

"Il est clair que le socialisme, d’après son essence même ne peut être octroyé, introduit par décret. Il suppose toute une série de mesures violentes, contre la propriété, etc. Ce qui est négatif, la destruction, on peut le décrété, ce qui est positif, la construction, on ne le peut pas. Terres vierges. Problèmes par milliers. Seule l’expérience est capable d’apporter les correctifs nécessaires et d’ouvrir des voies nouvelles. Seule une vie bouillonnante absolument libre, s’engage dans mille formes et improvisations nouvelles, reçoit une FORCE CRÉATRICE, corrige elle-même ses propres fautes. Si la vie publique des États à liberté limitée est si pauvre, si schématique, si inféconde, c’est précisément parce qu’en excluant la démocratie elle ferme les sources vives de toutes richesses, et de tout progrès intellectuel. De même que dans le domaine politique, de même dans le domaine économique et social. Le peuple tout entier doit y prendre part. Autrement le socialisme est décrété, octroyé, par une douzaine d’intellectuels réunis autour d’un tapis vert !

Voici une prophétie tout à fait pour la "Collectivisation" de l’agriculture russe, ce "socialisme" décrété, octroyé, qui a chassé des millions de paysans de leur foyer, les a mis par centaines de milliers aux travaux forcés pour la plus grande gloire des chefs bien-aimés.
Nous ne nions pas les grands exemples qu’a donnés la Révolution russe aux prolétaires du monde. Nous savons parfaitement que la Russie révolutionnaire de 1917 restait seule dans le monde capitaliste sur un terrain dévasté par la guerre, la Révolution, la famine, avec une population arriérée ne pouvait pas faire de miracles. Lénine même savait bien que seule la révolution mondiale pouvait sauver la Russie soviétique. Tout de même, il ne s’agit pas seulement de circonstances historiques qui ont forcé les bolcheviks d’agir comme ils ont fait. Il s’agit aussi et surtout de leur propre faute ; des fautes qu’a prédit si clairement Rosa Luxembourg et dont nous avons donné quelques preuves ici. La dégénérescence de la Révolution russe était inhérente à la politique de Lénine et Trotski eux-mêmes. Nous avons bien à apprendre de cette grande expérience russe.
L’année 1919, c’était les délégués ouvriers venus de tous les coins du monde qui se réunissaient dans le Kremlin à Moscou. Ils sont venus pour fonder la nouvelle, la Troisième Internationale communiste. Pleins d’enthousiasme, ils sont retournés dans leurs pays pour fomenter et organiser la Révolution. Aujourd’hui 24 ans après ce sont des représentants de l’impérialisme anglais et américain qui se réunissent dans le même Kremlin ! Pour fixer le but impérialiste de cette guerre, pour ÉTOUFFER LA MONTÉE RÉVOLUTIONNAIRE, qui s’annonce en Europe, dans le monde entier. Rien ne peut mieux montrer la dégénérescence d’une Révolution ! Après 24 ans, la classe ouvrière russe se trouve devant la tâche de faire une nouvelle Révolution prolétarienne : une Révolution qui mettra en pièce la nouvelle classe dominante, la bureaucratie, qui installera les vrais soviets démocratiques, qui donnera aux travailleurs eux-mêmes la possibilité de gérer l’économie planifiée, qui libérera la voie pour la marche vers la société socialiste.
En URSS comme ailleurs, il n’y a pas de défense nationale pour les travailleurs ! Il n’y a que la lutte pour la Révolution socialiste ! Nous ne marchons pas plus pour la défense de l’URSS que pour la libération nationale ou la défense de l’Europe capitaliste.

NOUS ÉTIONS, NOUS SOMMES, ET NOUS RESTONS : INTERNATIONALISTES ! DÉFAITISTES-RÉVOLUTIONNAIRES !

À BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE ! À BAS CHURCHILL ET HITLER ! ROOSEVELT ET STALINE !

SEULE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE SAUVERA LA CLASSE OUVRIÈRE !

P.S. :

Paru dans (Dis)Continuité n° 16, juillet 2002




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