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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Avec le nouveau Parti communiste, la révolution vaincra !
{Le Réveil Prolétarien}, n°8, Mai 1944
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 27 mai 2014

par ArchivesAutonomies
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La faillite du mouvement ouvrier

Dans la cinquième année de guerre impérialiste le mouvement ouvrier se trouve dans un état de décomposition organisationnelle et idéologique jamais atteint dans son histoire. Sans parti, sans programme révolutionnaire, sans conscience de classe, le mouvement ouvrier est devenu la proie et le jouet de l’impérialisme mondial qui l’utilise à ses propres fins. Le mouvement ouvrier dans sa majorité suit encore docilement sa propre bourgeoisie, patauge dans la sanglante marée du social-patriotisme, réformiste ou stalinien. Sous le poids des défaites de 20 années, la conscience révolutionnaire est si profondément ensevelie sous la phraséologie nationaliste que même un rassemblement contre la guerre aussi vague que Zimmerwald en 1915 n’a pu se faire. Seuls des petits groupes révolutionnaires, fidèles à leurs principes, luttent désespérément contre la guerre, pour la révolution communiste internationale, contre le désarmement idéologique du réformisme et du stalinisme, pour la nouvelle organisation révolutionnaire. Avidement ils cherchent leur voie, discutent en petits cercles, éditent leur littérature illégale et prennent souvent, fiers et indomptables, le chemin de la prison ou du poteau d’exécution. Ils ne sont pas nombreux, hués par tout le monde, possédant des moyens techniques insignifiants, mais ils luttent, ne se dégonflent pas, essayent de former les nouveaux cadres, de prévoir les événements et de se préparer pour la grande lutte. Ces petits groupes révolutionnaires illégaux, si insignifiants qu’ils paraissent sont les premiers germes d’un redressement et d’un renouveau du mouvement ouvrier international.
Notre organisation, le G.R.P., fait partie de ce mouvement révolutionnaire. Ses militants sont venus de toutes les parties de l’Europe, de tous les anciens partis ouvriers : vieux militants du P.C., des partis socialistes, anciens anarchistes et syndicalistes. Ils se sont d ‘abord unis pour la lutte contre la guerre impérialiste, ensuite ils ont cherché la voie de la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire. Convaincus que la lutte contre la guerre impérialiste est une illusion sans action révolutionnaire, il fallait savoir comment, avec quelle tactique, quel programme politique engager cette action. Sous le double poids des défaites ouvrières et de la guerre impérialiste, nous étions obligés de rechercher les causes, les origines de cette dégénérescence du mouvement ouvrier et aussi d’en tirer les leçons pour la construction de la nouvelle organisation révolutionnaire. Aujourd’hui, nous, groupe illégal du mouvement révolutionnaire, partie intégrante de la classe ouvrière, nous voulons rendre compte de notre travail. Certes, il est incomplet, plein de lacunes ; des coupeurs de cheveux en quatre, des critiques professionnels y trouveront des erreurs, "déviations", et autres péchés. Qu’importe, nous voulons résumer ici le fruit de nos discussions sur la critique du passé et des anciens partis politiques, exposer notre point de vue, faire nos propositions pour la formation d’un nouveau parti révolutionnaire.
Nous ne nous imposons pas par des méthodes bureaucratiques, nous voulons convaincre par la force des idées ; par un esprit sain mais critique qui n’est plus enceint d’une adoration aveugle des vieux partis et de leurs chefs. Notre critique ne recule devant rien, ni devant la plus belle tradition révolutionnaire, ni devant le plus grand génie. Il n’y a pas de Dieu pour nous. La classe ouvrière seule peut sauver l’humanité devant la barbarie capitaliste qui ensanglante le monde.

Après la première guerre impérialiste

La première guerre impérialiste a fini par un mouvement révolutionnaire de grande envergure. Il a mené en Russie la classe ouvrière au pouvoir, suscité en Allemagne, Hongrie et ailleurs des mouvements révolutionnaires. La victoire de la révolution russe a considérablement renforcé les forces et la position de la classe ouvrière internationale. Cette dernière a montré dans une lutte historique comment on pouvait vaincre les classes possédantes. Elle a fourni de grands exemples, des expériences inépuisables pour la victoire de la révolution prolétarienne.
Au contraire en Europe occidentale, la classe ouvrière a été vaincue. Si elle a pu empêcher l’intervention capitaliste contre la révolution russe et sauver ainsi celle-ci, elle a été incapable de mener sa propre révolution.
L’explication courante qui nous explique cet échec par la trahison des chefs socialistes est insuffisante. Les chefs sociaux-démocrates étaient certes des vendus à leur bourgeoisie, mais ils pouvaient l’être parce que la classe ouvrière les a tolérés. En Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie, le mouvement ouvrier a subi depuis plus de 50 ans le pourrissoir de la démocratie bourgeoise. Une démocratie qui a réussi de corrompre non seulement les chefs, mais une grande partie de la classe ouvrière. De corrompre avec des moyens différents : par le haut niveau technique social et culturel dû au développement du capitalisme ; par le raffinement de la propagande bourgeoise : cinéma, Église, écoles, journaux, littérature, etc., une soi-disant liberté de presse, de coalition, etc. par la division de la classe ouvrière en différentes couches sociales et la formation d’une aristocratie ouvrière. En Europe occidentale le prolétariat avait à lutter contre une bourgeoisie concentrée, maîtresse du pouvoir, ayant une influence considérable sur la conscience prolétarienne. Ensuite la bourgeoisie pouvait compter sur l’aide absolue des couches non prolétariennes, comme les paysans, la petite bourgeoisie, etc. Bref les conditions de lutte étaient bien différentes de celles existantes en Russie. Il faut ajouter que les partis communistes étaient jeunes, nouvellement formés et que l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg porta un coup considérable au mouvement communiste allemand.

Le stalinisme

Dans nos discussions et études nous nous sommes heurtés évidemment à la question russe. Pour nous l’U.R.S.S. n’est plus un État ouvrier. Si la propriété et l’exploitation individuelle sont supprimées, elles ont fait place à l’exploitation collective du prolétariat russe par la bureaucratie stalinienne, devenue une nouvelle classe dirigeante ; appuyée par une dictature et un régime de terreur contre la classe ouvrière.
L’Internationale Communiste, dissoute par Staline, n’était qu’un instrument de la bureaucratie stalinienne. Au mot d’ordre de la révolution internationale elle a substitué le mot d’ordre de la défense de l’U.R.S.S., c’est-à-dire de la bureaucratie à tout prix. En Chine, en Allemagne, en Espagne, l’I.C. a livré le prolétariat à la bourgeoisie. Abandonnant l’internationalisme, elle a forgé la théorie des capitalismes démocratiques ou fascistes et a entraîné les ouvriers communistes dans la guerre actuelle. En ce moment Ercoli est le soutien de Badoglio et les staliniens d’Alger sont les meilleurs soldats du capitalisme franco-américain. Si nous sommes prêts à discuter et à travailler avec les ouvriers communistes, les chefs staliniens, girouettes sans principes, traîtres à la révolution doivent être dénoncés et combattus inlassablement.

Tradition et politique révolutionnaires

Si les staliniens aux gages de Moscou présentent l’U.R.S.S. comme le pays du socialisme, les trotskistes, bien que combattant la dictature de Staline considèrent l’U.R.S.S. toujours comme un État ouvrier. Pour les trotskistes la dégénérescence du parti commence à la mort de Lénine. Ils ne veulent pas mettre en doute l’activité de Lénine pendant ses dernières années.
L’U.R.S.S. n’a pas seulement dégénéré à cause de son économie arriérée et de l’échec de la révolution mondiale. Avant la mort de Lénine, la dictature du prolétariat, c’est-à-dire le pouvoir des soviets, avait fait place à la dictature du parti bolchevik et bientôt à celle de ses chefs. Et Lénine a justifié lui aussi cette dictature sur le prolétariat.
Il y a deux Lénine. Lénine de "L’État et la Révolution", le Lénine d’Octobre 17 qui représente la volonté révolutionnaire des masses et le Lénine au pouvoir qui représente la bureaucratie. Rompre avec Staline, mais ne pas vouloir reconnaître les erreurs de Lénine, c’est préparer de nouvelles défaites, de nouvelles dégénérescences.
Il n’y a pas de chefs infaillibles ni géniaux. Si un Lénine, Luxembourg, Trotski, Liebknecht ont rendu d’immenses services au prolétariat, c’est trahir la classe ouvrière, en acceptant au nom de la tradition, leurs erreurs et leurs faiblesses.

L’Union des Communistes Internationalistes et la révolution prolétarienne

Depuis plus d’un an notre organisation édite et diffuse son matériel. En 1943 nous avons publié un manifeste aux travailleurs exposant en lignes générales notre position sur la guerre impérialiste, sur les anciens partis politiques, envers les problèmes du parti et de la révolution. Depuis 7 mois nous éditons notre journal illégal "Le Réveil Prolétarien" où nous défendons constamment notre politique contre les fossoyeurs réformistes et staliniens, pour un nouveau parti révolutionnaire internationaliste. Après l’élaboration de notre base politique et l’élargissement de notre activité, nous avons décidé de quitter le nom de G.R.P. qui pouvait laisser supposer que nous n’étions qu’un groupe d’études ou de discussions, pour prendre un nom reflétant mieux notre position actuelle. L’organisation s’intitule désormais "L’UNION DES COMMUNISTES INTERNATIONALISTES" (pour la nouvelle Internationale révolutionnaire).
Nous savons parfaitement qu’un redressement du mouvement ouvrier, la construction d’un nouveau parti et d’une nouvelle Internationale ne se fait pas sur le papier mais se fera dans l’action révolutionnaire ! Jugeant que la guerre impérialiste s’approche d’un grand tournant, soit par la montée révolutionnaire ou un débarquement des capitalistes alliés, nous avons proposé un programme d’action commune à tous les groupes révolutionnaires qui prétendent être pour le nouveau parti international révolutionnaire.
Nous avons proposé :

  • 1) Fraternisation révolutionnaire avec les soldats anglais, américains, allemands, français.
  • 2) Renversement des gouvernements capitalistes fascistes ou démocratiques.
  • 3) Formation d’un gouvernement de la classe ouvrière, sur la base des comités d’usine, conseils de soldats et paysans pauvres.
  • 4) Formation d’une milice ouvrière.
  • 5) Collectivisation des entreprises industrielles sous le contrôle des comités d’usine.

    Hélas ! sur ce programme minimum, nous n’avons reçu que refus, silence ou réponses évasives ; la décomposition idéologique et les intérêts fractionnels, les mesquineries de petits groupes empêchent encore un mouvement révolutionnaire d’ensemble. Qu’importe l’U.C.I. poursuivra son œuvre.
    Nous luttons sans relâche pour le rassemblement de tous les éléments sains et révolutionnaires pour la construction du nouveau parti, de la nouvelle Internationale révolutionnaire.
    Notre conception du parti n’est pas basé sur l’infaillibilité de la direction, mais sur la collaboration directe et à tour de rôle de la base ouvrière, nous ne concevons pas de fonctionnaires salariés formant une caste de bureaucrates, mais des responsables élus et révocables à tous moments, payés comme un ouvrier.
    Nous ne voulons pas un parti dépendant d’un seul pays ! nous voulons un parti international ! Un parti qui travaille sur le terrain et les conditions politiques et économiques de l’Europe d’aujourd’hui.
    L’U.C.I. ne veut pas plus une dictature du parti qu’une dictature personnelle. Nous sommes pour la dictature du prolétariat comme classe, sur la base des organes propres des classes laborieuses.
    L’U.C.I. appelle les exploités de tous les pays à retourner leurs armes contre leurs exploiteurs de Berlin, Londres, Moscou, New York ou Alger.
    Pour ces buts, nous nous tournons vers tous les ouvriers et les invitons à lutter avec nous.
    De lutter ensemble avec l’U.C.I. pour la Révolution Communiste qui s’amorce
    Par la Révolution internationale qui sera victorieuse par la volonté des masses laborieuses.

    L’U.C.I. pour la formation d’une nouvelle Internationale Révolutionnaire.

P.S. :

Paru dans (Dis)Continuité n° 16, juillet 2002




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