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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Élaborer un programme
La Flamme, 1re série, n°1, Janvier 1945
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Cette revue n’a pour aspiration que d’être l’outil moderne qui doit permettre au courant révolutionnaire que nous pensons incarner de participer d’abord à la lutte idéologique d’aujourd’hui afin d’élaborer un programme qui ne soit ni un catéchisme ancien, ni un de ces succédanés qui ne serait qu’un bréviaire nouveau ; de travailler par là-même, inlassablement, au regroupement indispensable des forces et individualités révolutionnaires éparses, isolées ou noyées sous la gangue épaisse de l’opportunisme plat, du stalinisme, du trotskisme et aussi de celle moins voyante du léninisme déifié, de l’anarchisme ; de préparer ainsi, pour les luttes de demain, une assise idéologique et organisationnelle qui a précisément fait défaut constamment en France en 1848, 1871, 1921, 1936 ; d’apporter ainsi à l’Internationale nouvelle nécessaire une contribution réelle c’est-à-dire une véritable force double, intellectuelle et matérielle.
Réaliser cette grande tâche est notre premier but stratégique et sa solution positive est la condition "sine qua non" qui permettra d’atteindre un horizon nouveau, plus large. Nous entendons être des artisans du programme et du parti à construire mais nous ne nous prenons aucunement pour les seuls détenteurs de la vérité comme nous ne pensons pas être les "élus" seuls capables de le réaliser. Nous croyons fermement qu’avant de se décerner le brevet de "chef" prolétarien, il faut "apprendre, toujours apprendre, inlassablement apprendre" comme le disait Lénine et que, pour ce faire, l’école des discussions ne peut dispenser de sa nécessaire adjonction qui est celle plus complexe, plus forte et plus vivante de la vie tout court. Nous sommes convaincus que le dernier mot, qui tranchera en définitive les divergences entre les différentes tendances, sera à ceux qui auront mis le maximum d’intelligence, de savoir, de volonté dans l’analyse et la synthèse des problèmes du jour qu’il faut solutionner non pas avec des recettes d’hier mais avec des études sans cesse renouvelées. Il faut rénover l’arsenal révolutionnaire : voilà ce que la vie imposera et que les gâte-sauce ne comprennent point.
Cette tâche qui est celle à laquelle doit participer tout militant, tout être pensant, pour laquelle personne n’a de monopole, ne peut être assurée que par deux moyens :
En premier lieu par le bilan du passé. - Tirer les leçons de la révolution de 1917, de la révolution allemande, du bolchevisme, du spartakisme. Tirer les leçons de l’I.C. et des oppositions communistes diverses qui ont toutes, sans exception, fait faillite parce qu’elles s’attachaient au redressement d’une I.C. centriste, rivée à la défense d’une Russie devenue anti-soviétique dont elle ne constituait qu’un moyen de défense et de pression sur les autres pays impérialistes. Puiser dans l’expérience espagnole récente les enseignements positifs ; en dégager toutes les insuffisances avec plus de netteté.
Nous n’avons pas peur d’utiliser tout ce qu’il y a de sain dans le bolchevisme, le luxembourgisme ou l’anarcho-syndicalisme ainsi que d’en rejeter ce qui nous paraît dépassé ou erroné. Il ne s’agit pas d’opérer un dosage savant mais d’élaborer une solution dynamique.
Cette synthèse ne doit pas se faire dans des cénacles mais dans le cadre du laboratoire industriel qu’est le monde moderne avec son économie malade et ses classes en mouvement. Le catalyseur de la vie, si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est l’évolution et la transformation du système capitaliste qui, dans ses secteurs avancés et même retardataires, accuse une tendance indubitable au capitalisme d’État.
D’un autre côté la guerre, la rationalisation, l’accentuation du monopolisme ont ébranlé la structure du système social ; la société est en mouvement perpétuel et nous sommes dans une phase ou précisément la mue est cause et effet de la crise révolutionnaire. L’impuissance prolétarienne et le désarroi de la bourgeoisie, avec l’évolution économique, ont accouché d’un système oppressif nouveau : le fascisme.
Enfin la bourgeoisie a tiré les leçons de 1917 ; l’évolution de la technique a changé les formes de la guerre. Il y a des aspects nouveaux dans cette guerre mondiale dont il faut tenir compte.
Ainsi toute étude, toute Internationale qui ne se base pas : 1/ sur une analyse sérieuse du capitalisme actuel, du capitalisme d’État incarné au plus haut degré et avec une forme particulière en Russie 2/ sur l’aspect politique du retard révolutionnaire et de la crise économique qu’incarne le fascisme 3/ sur la guerre qui devient plus que jamais une nécessité indispensable au maintien économique du régime, toute construction d’un programme sans ces éléments est vouée à l’impuissance et à l’échec.
Le deuxième moyen pour réaliser cette tâche c’est la restauration d’une morale et d’un climat dignes de la société que nous voulons. La faculté révolutionnaire doit délaisser ces mauvaises espiègleries empruntées ou héritées à l’arsenal stalinien. Il faut asphyxier le tréponème de la "syphilis du mouvement ouvrier" d’abord dans l’avant-garde ; Tout comme la crise de la bourgeoisie se traduit par un désarroi moral et une désorientation générale, la crise de l’avant-garde est aussi une crise des méthodes qui se ramène à une morale, à une psychologie, à un état d’esprit en voie de dégénérescence grave. Lumière et vérité sont nos meilleurs outils.
En finir avec le bluff, avec le mysticisme, avec les procédés acceptables avec l’ennemi de classe parce que ce sont les seuls dont on puisse se servir mais déplorables et inacceptables dans la confrérie révolutionnaire. Nous y reviendrons.
Tout comme il faut élaborer un programme et construire un parti moderne, il faut régénérer l’éthique révolutionnaire. L’un ne va pas sans l’autre, ils constituent un tout : le pas qui nous sépare de la victoire.
Aucune revue dans l’avant-garde ne s’est assignée cette tâche. Aucune ne compense la seule revue "marxiste" qui existe et qui est celle de la soi-disant "4ème" que nous ne classons pas dans le camp révolutionnaire, quoique nombre de ses militants soient des meilleurs. Le courage d’une Spiridonova n’empêchait pas que les socialistes-révolutionnaires ne soient pas des révolutionnaires. Pour prendre un exemple plus outré, Otto Strasser, le rival d’Hitler, qui vit et dont les troupes vécurent dans l’illégalité hitlérienne, était un contre-révolutionnaire avéré. Ce qui est un tout et détermine le tout c’est le programme, dont l’attitude devant la guerre n’est qu’une manifestation patente.
R.C.R. est un essai de revue sans en être une. Les bordiguistes en annoncent une qui ne vient pas plus que leur journal ou leur programme. Nous essaierons de compenser cette insuffisance. Aidez-nous et soyez animés du même esprit que nous. N’oublions pas que la révolution, comme le disait Albert Thierry, c’est aussi "le travail passionné".




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