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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Homosexualité ? Connais pas ...
{Marge}, n°11, Octobre-Novembre 1976, p. 9.
Article mis en ligne le 11 mars 2013
dernière modification le 17 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Parler spécialement (dans un numéro spécial) de l’homosexualité, c’est faire le jeu de la pensée bourgeoise dominante dans celui du classement dichotomique en homos et hétéros. Pédaler verbalement sur ce tandem homos-hétéros, c’est approuver implicitement la non-normalité de la sexualité homo.

Il ne viendrait à personne l’idée de faire un numéro spécial sur l’hétérosexualité. Le vrai progrès, c’est la suppression du couple homo-hétéro. Le divisionnisme, le pluralisme, c’est, malgré des apparences libératrices, la marche à la mort. Il n’y a qu’une sexualité, laquelle se caractérise par la recherche de la procréation (à zéro virgule zéro un pour cent) et le reste (à plus de nonante neuf pour cent) par la recherche de l’orgasme, de la volupté.

Le hasard biologique fait que ce plaisir s’obtient essentiellement par le frottement d’organes érectiles et l’introduction d’un membre dans un orifice de chair. Pour la sexualité, dans son exercice physique, il n’y a qu’une vérité de base : un trou, c’est un trou. Le reste n’est que complications psychologiques épiphénoménales. D’ailleurs la sodomie homosexuelle se pratique couramment chez le couple hétéro, ce qui montre bien que l’hétérosexualité est une forme d’homosexualité, et vice-versa.

Qu’on le veuille ou non, du fait de l’universalité de l’existence de l’orifice anal (zone érogène), nous sommes tous homos ou hétéros par quelque côté. Si la verge d’un homme en train de forniquer pouvait parler, elle dirait qu’il faut être bien byzantin et casse-couilles pour trouver une différence entre un homme et une femme qui se font sodomiser.

La dichotomie homo-hétéro est aussi mesquine et blâmable que peuvent l’être les homos exclusifs et même les hétéros exclusifs. Je déclare considérer comme sous-développés, voire infirmes, les homos impuissants avec la femme et même les hétéros impuissants avec les hommes, les garçons, certains du moins et qui n’ont pas eu la révélation de leur érogénéité anale. Cela fait beaucoup donc de sousdéveloppés sur cette planète où l’on parle tant de sexe, sans doute parce que sa pratique fait si peur.

Le mâle humain est bissexuel ou alors il est infirme. Quant à la femme, qui n’a pas de membre, il lui est toujours permis de cultiver cette virilité supérieure qu’est la maîtrise du savoir, l’exercice des responsabilités. Le cerveau, ça bande, ça pénètre, ça éjacule, et les femmes le savent de plus en plus.

Il n’est pas de mon propos de parler ici de la sexualité homo ou hétéro cérébrale. Nous entrerions dans le maquis sans fin des psy et il y aura’it trop à dire. Cela permettrait toutefois d’étayer la thèse suivante que je vais défendre :

La sexualité, cela n’existe pas en soi, sui generis. L’instinct sexuel, de même qu’il est investi et récupéré par le cerveau, de même Il n’existe en action qu’en empruntant à deux autres instincts ou pulsions, l’amour et la mort. Faire l’amour, c’est faire, c’est jouer tour à tour, peu ou prou, les gestes de l’amour pur et ceux de la possession destructrice. La sexualité, sans le désir et la mimique d’aimer ou bien sans le désir et la mimique de possession destructrice, ça n’exiiste pas. Un acte sexuel complet ne peut se réaliser sans qu’il s’exprime par le jeu ou la singerie des gestes, donc des pulsions de l’amour pur ou de la possession destructrice. La possession destructrice, c’est une modalité de la mort et son antichambre.

Tout coït est la recherche simulée ou avortée du coeur ou de la chair, donc du sang de l’autre. Pulsion vers l’ange, l’immortalité, le haut : le coeur. Pulsion vers le démon, la mort, le bas : le sang.

La sexualité non procréatrice, donc la satisfaction des sens, de la chair, est la grande illusion de la nature, non seulement dans le sens des philosophes spiritualistes ou des mystiques qui ont compris et dénoncé la vanité de toute chair, mais parce qu’elle est un piège créé par la nature, une carotte tendue aux êtres pour qu’elle puisse réaliser, en échange de ce plaisir tyrannique mais illusoire, son grand projet de perpétuation de l’espèce.

La sexualité marginale, ce n’est pas l’homosexualité, qui n’est pas normale que parce que notr,e opinion publique ne l’est pas (encore), mais la sexualité démasquée dans don double jeu d’amour et de mort. Allez au bout de vous-même dans l’acte sexuel et de votre conscience libérée, et vous aboutirez bien plus loin que l’amour romantique avec votre partenaire (pulsion du cœur, idéaliste) ou que le sadisme (pulsion de la mort, matérialiste) ; vous atteindrez l’aspiration à l’amour mystique (à partir de la pulsion amoureuse) et à l’assassinat, au vampirisme, au cannibalisme (à partir de la possessIon destructrice). La sexualité normale, je dis bien normale, qu’elle soit hétéro ou homo, c’est cela, ce frein, ce masque, cette impuissance à aller au bout, soit au ciel, soit en efer, soit au mysticisme, soit au cannibalisme.

L’homosexualité n’est marginalité que pour les naïfs ou les timorés qui le veulent bien. Mais le jour où deux amants, en baisant, auront découvert Dieu ou plutôt l’Absolu, ou bien se seront bu leur propre sang auront mâché leur propre chair jusqu’à ce que mort s’ensuive, alors nous pourrons commencer à parler de marginalité.

L’homosexualité n’existe qu’en empruntant à l’hétérosexualité. Ou l’homosexuel recherche la femme dans l’homme, il est alors hétéro refoulé, sublimé. Ou il recherche l’homme dans l’homme, il est alors une variété d’onaniste. D’ailleurs il serait facile de montrer que l’hétérosexuel aussi n’est qu’un ona· niste à deux. Quel jeu de reflets, d’équivoques, la sexualité ! Il est vrai qu’avec tout ce qui est au· l’essence de notre être. Le cœur est au-dessus et le dessous de la ceinture, on aurait tort de chercher cerveau au-dessus du cœur et le sang est bien plus profond que l’épiderme.

Ce que j’aurais voulu dire surtout, c’est que la dichotomie sexuelle traditionnelle mâle-femelle n’existe pas pour moi, mise à part la nécessité procréatrice. Je ne vois fondamentalement que deux sexes : l’adolescent(e) (mais il y a aussi des ados qui sont déjà adultes et des adultes restés ados) et les adultes. Tous les adultes sont du même sexe, comme le sont tous les adolescent (e)s.

Ado, à toi l’infini, le monde vécu frais, unique, révoltant, matinal. Adu(lte), à toi le fini, la répétitivité, la conformité, l’usé. Ces deux séries sont plus opposées, complémentaires et fécondes que celles du mâle et de la femelle que ne différencie qu’une ponctuelle, locale anatomie.

Adu(lte), à toi la procréation. Ado, à toi la création. Mais oui ! L’ado, sans être artiste, sans en avoir l’oeuvre, en a les formes, les gestes : il vit la vie de cette planète avec la spontanéité, la candeur du poète. L’artiste, l’homme, trouvent dans l’adolescence un miroir de leur sensibilité ou de leur propre adolescence. Si l’on admet que l’homosexuel suit la démarche créatrice de l’art, la pédérastie est la forme parfaite de l’amour (j’entends adulte + adolescent), la seule qui ne soit pas homosexuelle. Car deux adultes qui s’aiment (mâle-femelle ou mâle-mâle) c’est que l’homosexualité, comme d’ailleurs l’amour de deux non-adultes. J’écrivais il y a bien longtemps : "Préférer, pour un homme mûr, une belle femme mûre à un bel adolescent, c’est un signe de dégénérescence."

"L’homosexuel suit la démarche créatrice de l’art" ? La nature, c’est l’amour du sexe opposé, lequel a son modèle cosmique : le soleil aime, plante et féconde la terre, d’où la sublime et infaillible comparaison, par les penseurs à travers les siècles, du fallus avec le soleil et du vagin avec la terre. Et comme le soleil est spatialement supérieur à la terre, le mâle l’est positionnellement et gestuellement à la femelle. L’hétéro suit la nature, lui obéit, la copie. Il est grégaire, discipliné. Tout amour hétéro est une chute solaire sur la terre, un sillon vaginal et est inséparable de la finalité procréatrice ... L’homo s’écarte, lui, de la masse, de la majorité ; il se révolte contre la nature, il feint de s’en servir, il la parodie et la rejette pour faire les gestes du créateur, sinon créer. L’amour homo est un duel de deux soleils, stérile volontairement quant à la procréation, mais inventeur de formes qui ne sont pas dans la loi procréatrice de la nature. L’amour homo détourne et transcende la nature, semblable à l’œuvre, picturale, littéraire, etc. accomplissant, dans l’ordre périssable de la chair, la même démarche, par exemple, que Léonard ayant créé la Joconde à partir de la Mona Lisa vivante mais bien pourrie ou que Balzac la " Comédie Humaine". à partir d’une société grouillante.

L’hétéro, parce qu’il a l’alibi de la procréation, est du côté de la vie. L’homo est du côté de la forme. La densité des homos est côté des artistes, allez chercher pourquoi. L’artiste a une sensibilité épicène. Pourquoi n’aurait-il pas une sensibilité picène ?

Pourquoi borner la différence des sexes à celle de la glande, intérieure chez la femme, extérieure chez l’homme, glandes qui sont des machines à procréer ? Je trouve bien plus de différence entre un adulte et un adolescent, plus exactement entre un vieux et un jeune, qu’entre un garçon et une fille, un homme et une femme. Quand les individus seront libérés des tabous sexuels, de la morale sociale conservatrice, ils comprendront que leur attirance sexue !le est plus axée sur l’âge que sur le sexe. Les femmes auront un jour conquis leur identité, leur territoire, au risque d’une nouvelle barrière entre les sexes conçus classiquement. Lorsque justice aura été faite pour le sexe dit faible, on s’apercevra que les différences des deux sexes sont subalternes, que la querelle des sexes n’était qu’une querelle de famille séculaire, interne à l’humanité. Le vrai conflit de l’humanité est avec l’ennemi du dehors, le métaphysique : le temps qui différencie bien plus les sexes que leur glande.

HOMOS-HETEROS. - ... Au-delà des mots et des savoirs berceurs, sous le projecteur du grand fallus solaire et justicer qui féconde et sodomise l’humanité par tous ses pores, après l’avoir engendre, les quelque milliards de bipèdes de cette planète se divisent en enconnées (féminin obligatoire) et en enculés. La lutte des sexes, occultée par la marxiste lutte des classes, est plus importante que celle-ci, parce que son enjeu, le sort de l’espèce, est plus grave que celui de la lutte des classes : le sort des sociétés. Honneur éternel aux enconnées utilitaires plus connues sous le nom de mères. Les pouvoirs, ces enculés devenus enculeurs, les convoitent, les flattent, les comblent.

Aux enculés le mépris, la haine viscérale et populaire (viscères et peuple, couple assorti), parce qu’ils rejettent l’ordre de la chair, de la procréation, de l’uniformité de la masse. Ces démons, ces artistes, ces réprouvés, avides de formes (pouvoir spirituel) ou de pouvoir temporel, prolifèrent dans les sphères du pouvoir, semblables aux Juifs qui, ·réprouvés par les peuples à travers l’Histoire, sont devenus banquiers, hommes d’affaires, etc. Le peuple, moins baratineur que Marx, ce fils d’un peuple réprouvé, sait de quoi il parle, quand il mitraille son prochain de l’inusable juron d’enculé. Le prolétaire est un enculé. La sociologie est à refaire, à la lumière (la lumière est un sperme) du jeu réel et surtout symbolique de la pénétration et de la possession physiques, individuelles ou sociales.

Je voulais écrire ce texte dans la vibration d’une expérience vécue. Qu’on lise mon Inde des grands chemins (réédité en 1976 par Gallimard) : on verra ce que c’est que d’avoir sodomisé une jeune népalaise, mais, l’acte accompli, de découvrir qu’elle était un garçon. Ou bien mon Bible d’Amérique (Grasset, 1974) : on verra ce que c’est que l’amour poussé jusqu’au mysticisme et au cannibalisme (homophagie). Ou bien ma Geste de l’employé (Hallier, 1976). et alors vous pratiquerez l’émophagie comme moi, à la santé. L’émophagie. mais oui, mes gentils minets, vous y viendrez et vous en pourlècherez !

Ceci dit, moi qui suis pédélâtre, cannibale, vampire, spermatofage et surtout mystique, repris de justice et saint de la littérature (n’oubliez pas d’adhérer à mon Comité de soutien, car je vais passer bientôt aux Assises pour crimes au pluriel de pyromanie), j’aimerais bien enculer Louis XV et manger une brochette des roustons (s’il en a) de son prince à la télévision.

Jack THIEULOY.




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