Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
La capitulation en Allemagne
L’Étincelle n°3 - Mars 1945
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Devant l’imminence de la fin de la guerre, due essentiellement aux craquements de plus en plus sinistres pour le capitalisme international du front intérieur allemand, la bourgeoisie essaye vainement de détourner l’attention du monde de ce fait capital de la situation en ralentissant sa marche sur Berlin de quelque côté que ce soit.
Ceci n’empêchant nullement l’aviation alliée de redoubler d’action dans la destruction systématique de l’Allemagne non en fonction de l’affaiblissement de la puissance militaire du Reich - cette puissance étant depuis le débarquement en France une quantité presque négligeable - mais de plus en plus en vue de réduire par le chaos tout début d’organisation même spontanée de la classe ouvrière de ce pays.
La presse alliée, tous les congrès de partis officiels, tous les interviews de personnalités importantes répètent certaines rengaines avec une opiniâtreté qui ne peut être comprise qu’en raison du danger que court le régime en Allemagne.
C’est tantôt l’épuration, tantôt le maquis brun, tantôt l’Indochine ; les procès des Vichyssois occupent des journées entières les colonnes des journaux, et le seul événement du mois de mars, l’armistice proposé par Von Rundstedt, est mentionné une seule fois.
La même politique de silence continue aux sujets des troubles en Allemagne, seulement cette fois-ci l’armistice semble directement influé par la volonté des soldats du Reich de ne plus se battre, et le fait n’en est que plus grave pour le capitalisme.
Les Alliés réclamaient une capitulation sans conditions, le châtiment de Hitler et consorts, l’occupation intégrale de l’Allemagne, Von Rundstedt acquiesce à toutes ces demandes. Fin diplomate, il essaye de contenter la Russie en acceptant le comité Von Paulus ce qui pourrait présager une politique russophile, et d’un autre côté il rétablit l’équilibre en désarmant les troupes de l’ouest pour permettre aux anglo-américains de se porter jusqu’à une ligne Breslau-Stettin en accordant d’avance le droit aux Russes une fois la paix d’occuper les territoires qui leur seront remis en administration.
Ne chercher dans cet armistice qu’une ruse de l’esprit teuton, c’est ignorer la puissance des armes. Y voir uniquement un essai de briser l’unité des Alliés, c’est croire que le partage du monde est affaire de coeur et non d’intérêt. Mais c’est surtout oublier qu’à l’heure présente l’unité, et surtout des alliés, ne s’exprime que face au danger prolétarien, laissant toujours libre champ aux antagonismes impérialistes.
La réalité de cette proposition est tout autre. Elle repose en premier lieu sur la poussée de plus en plus généralisée que les soldats allemands exercent sur le haut commandement et sur toute la machine politique.
Quand les soldats refusent de se battre, frisent en plusieurs endroits la guerre civile, quand les marins manifestent les armes à la main contre la guerre, quand les ménagères, la Volksturm, les réfugiés viennent augmenter la nervosité de la situation allemande, la plus formidable machine militaire et policière se casse et la révolte est en perspective immédiate.
Von Rundstedt reprend la politique de Ebert en 1918, il espère par la paix éviter la guerre civile.
Les Alliés eux ont compris la menace révolutionnaire des événements italiens commencés en juillet 1943. La paix maintenant c’est se trouver face à la crise qui sévit en Europe le plus intensément, sans armes pour masquer les contradictions qui vont solutionner par la guerre de classe.
L’effort de guerre, la peste brune, la caserne ne pourront plus servir de prétexte soit pour alimenter les industries hypertrophiées, soit pour continuer à tenir la classe ouvrière dans l’état d’esclavage et de famine actuel.
Mais fait encore plus grave, c’est la perspective du retour des soldats allemands dans leurs foyers détruits et la répétition de la révolution de 18 inévitable.
L’armistice n’a été proposé qu’en fonction des mouvements ouvriers allemands et en vue de prévenir l’orage, l’acceptation de l’armistice même avec l’occupation militaire des Alliés ne prévient pas l’orage.
Alors on a recours aux méthodes de violence, d’anéantissement, de désorganisation. Il faut éviter la rentrée des soldats allemands dans leurs foyers détruits, il faut donc les faire prisonniers sur le front.
Les villes seront détruites systématiquement pour éliminer le terrain d’expression de la lutte de classe. Par le bombardement on va essayer de tuer le plus possible de civils allemands et travailleurs étrangers (bombardement de Dresde, 70 000 morts).
Le tour est joué, aucune démagogie capitaliste n’a de place en Allemagne ; en ce moment Rundstedt n’est pas à même de remplacer le gendarme nazi dans le maintien de l’ordre capitaliste.
Aux grands maux, les moyens héroïques : détruire, tuer, affamer anéantir la classe ouvrière allemande. Nous sommes loin de la peste brune et de son châtiment, nous sommes très loin des promesses des capitalistes.
La démocratie a prouvé qu’elle était plus apte à défendre les intérêts bourgeois que la dictature fasciste. Sur l’hécatombe du prolétariat d’outre-Rhin on compte prolonger la vie du capitalisme. Les travailleurs allemands et étrangers en Allemagne s’agitent, se révoltent pour briser d’avec le capitalisme fauteur de guerre, père de la famine ; cette lutte représente la lutte du prolétariat mondial pour sa révolution. La bourgeoisie par la tuerie collective : aujourd’hui la classe ouvrière allemande, demain la classe ouvrière mondiale.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53