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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Premier Congrès du Parti Communiste Internationaliste d’Italie
L’Étincelle n°10 - Janvier-Février 1946
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Un congrès d’une organisation prolétarienne est toujours un événement qui nécessite une attention de la part de militants parce qu’il exprime un moment de l’effort du prolétariat se hissant à la conscience de ses tâches historiques.
Un examen cent fois plus attentif doit être prêté à un congrès constitutif d’une nouvelle organisation, et surtout quand il s’agit de l’organisation politique du prolétariat. Le nouveau Parti Communiste du prolétariat italien acquiert une importance historique décisive parce que c’est le premier Parti reconstruit depuis la dégénérescence et la trahison des anciens partis de la III° Internationale passés au service du capitalisme.
On ne peut prendre sérieusement en considération la série des Partis proclamés un peu partout, entre 1933 et 1945 par les trotskistes et autres centristes comme le P.O.U.M., le P.S.O.P. Tous ces partis ne sont pas l’expression de dépassement programmatique de l’ancien Parti Communiste, mais se situent en général en deçà de l’acquis historique de la lutte du prolétariat.
Ces partis sont donc dans leur essence réactionnaires. En outre le caractère réactionnaire des partis trotskystes apparaît encore par la méthode qui a présidé à leur constitution et le moment dans lequel ils furent constitués. En effet, ces partis ont été proclamés dans la période du plus grand recul du prolétariat pendant le cours qui allait de la victoire d’Hitler en Allemagne à la guerre impérialiste mondiale. C’est-à-dire que l’affirmation offensive du prolétariat s’engageant dans la voie de la révolution (qui est le moment de la construction du parti) fut donnée au moment où le cours objectif de la situation évoluait dans un sens diamétralement opposé vers la guerre impérialiste. Aussi ces partis ne pouvaient être que le produit d’un volontarisme aventuriste, basé sur l’impatience capricieuse des individus, ou bien le reflet idéologique de la marche victorieuse du capitalisme sur le prolétariat. Effectivement les partis trotskystes sont l’expression du volontarisme subjectif lié à des positions politiques bourgeoises. Ils n’expriment donc pas un moment de l’effort du prolétariat à fonder son Parti de Classe, c’est-à-dire une orientation vers la révolution, mais sont l’ultime et extrême canal de pénétration de l’idéologie bourgeoise dans le prolétariat.

1943 : COURS NOUVEAU

Le premier enseignement qu’on doit tirer de la constitution du Parti Communiste Internationaliste en Italie est la confirmation historique d’une thèse fondamentale de notre fraction de la Gauche Communiste Internationale, à savoir : qu’il ne suffit pas que l’ancien Parti ait trahi pour pouvoir proclamer le nouveau Parti. La constitution du nouveau Parti révolutionnaire du Prolétariat ne peut se faire que dans la période de reprise du cours ascendant de la révolution, et est l’expression de ce cours objectif.
De ce fait, la constitution du Parti en Italie est la confirmation décisive de l’analyse que nous avons soutenue dans la Gauche Communiste Internationale contre le courant révisionniste et opportuniste connu sous le nom de son leader et théoricien Vercesi. Contre ce courant qui niait l’apparition du Prolétariat sur l’arène politique, qui ne voyait dans les événements de juillet 1943 en Italie qu’un épisode d’une "révolution de palais" ; qui niait la possibilité de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, et en conséquence condamnait notre activité révolutionnaire, et toute activité révolutionnaire dans la période présente comme de "l’activisme aventuriste", nous avons soutenu que 1943 marquait une rupture du cours de la guerre impérialiste et l’apparition du prolétariat s’engageant dans une lutte de classe offensive. Cette analyse nous a menés à donner la conclusion politique dans la formule : "l’ère de la construction du Parti de Classe est ouverte".
La constitution du Parti en Italie est la condamnation catégorique, non seulement de la fausse analyse sur les événements de 1943, du courant Vercesi, mais elle condamne toute sa théorie fantaisiste de "l’économie de guerre" et de "l’inexistence sociale du prolétariat" durant cette période, qui a servi de base à cette analyse.
Elle condamne surtout toutes les conclusions politiques auxquelles aboutissait le courant Vercesi, et qui faisaient de lui un courant liquidationniste et antiprolétarien comme nous l’avons affirmé ensemble avec la fraction italienne, dans la déclaration politique lors de la conférence de celle-ci en mai 1944.

LA FRACTION CONDITION DU PARTI

Le Parti Communiste Internationaliste se réclame de la fraction de Gauche qui a existé et lutté durant 20 années à l’étranger. C’est là une confirmation de la thèse centrale de la G.C.I. que la continuité historique, entre l’ancien et le nouveau parti de la classe, ne peut s’effectuer qu’au travers du canal de la fraction dont la fonction historique consiste à faire le bilan politique de l’expérience, de passer au crible de la critique marxiste les erreurs et l’insuffisance du programme d’hier, de dégager de l’expérience les principes politiques qui complètent l’ancien programme et sont la condition d’une position progressive du nouveau programme indispensable pour la formation du nouveau Parti. En même temps que la fraction est un lieu de fermentation idéologique, le laboratoire du programme de la révolution dans la période de recul, elle est aussi le camp où se forgent les cadres, où se forment le matériel humain, les militants du futur Parti.
Nous voyons ainsi comment se concrétise dans la réalité la formule de la G.C.I. de la "transformation de la fraction en Parti".

UNITÉ INTERNATIONALE DE LA LUTTE DE CLASSE

Notre fraction française de la Gauche Communiste a toujours violemment combattu la conception qui voit dans la lutte du Prolétariat, une somme, une addition des luttes séparées et particulières aux différents prolétariats nationaux. À cette conception antimarxiste et nationale bornée dont nous avons rencontré des échos jusque dans les rangs de la G.C.I., nous avons opposé celle qui voit dans les luttes, dans les divers secteurs nationaux, une expression d’une lutte générale, d’une situation générale d’un cours général.
Les divers secteurs ne sont pas des éléments constitutifs indépendants, mais une subdivision fractionnelle d’un tout. Dans l’insistance sur le "décalage" entre les divers secteurs, nous voyons une forme atténuée de la "loi du développement inégal" qui a servi au stalinisme de justification de la théorie du "socialisme en un seul pays".
De deux choses l’une, ou les événements de 1943 en Italie qui ont posé objectivement la nécessité de la construction du Parti ne sont que la plus haute manifestation d’un cours général international de rupture de la guerre, et tous les problèmes doivent être examinés sous l’angle de cette nouvelle situation internationale ou bien il n’y a pas de situation nouvelle en Italie et la construction d’un Parti en Italie est une "fantaisie".

CRITIQUE CONSTRUCTIVE OU PANÉGYRIQUE

D’aucune façon nous ne pouvons admettre la tendance à considérer la construction du Parti en Italie comme un produit d’une situation spécifique d’Italie et, partant, une « affaire » regardant le prolétariat et les militants italiens. Aussi, nous ne pouvons que nous élever publiquement contre la tendance des militants qui bornent la tâche des révolutionnaires des autres pays à des manifestations de solidarité envers le prolétariat italien et se contentent de salutations enthousiastes à l’adresse du nouveau Parti. Nous exprimons publiquement notre méfiance envers ces exaltations démesurées sur le travail "merveilleux" (comme s’est exprimé récemment dans une conférence le représentant du groupe "Contre le Courant") du P.C.I. d’Italie. Disons-le nettement : les panégyriques et les louanges, faits par ces Gauches Communistes de la onzième heure, ne sont pas de nature à aider ni le Parti en Italie, ni à contribuer à l’oeuvre difficile des révolutionnaires dans les autres pays. Bien au contraire. Ces pratiques introduisent une tendance à l’adoration béate, à l’idolâtrie qui corrompt les esprits et pourrit le mouvement. Une des armes qui a servi efficacement au stalinisme contre les révolutionnaires et contre la révolution, était l’exploitation adroite de l’attachement des masses à la Révolution russe et à transformé en idolâtrie fétichiste. Cette arme a toujours servi et servira encore aux éléments conservateurs et réactionnaires du mouvement ouvrier. Le prolétariat a besoin de la compréhension consciente. Les révolutionnaires doivent se garder d’un enthousiasme de commande et superficiel. Ils ne peuvent s’acquitter de leur tâche qu’en aiguisant en toute circonstance l’arme de la critique, la conscience critique.
La formation du parti de classe en Italie est un problème touchant le prolétariat international, et appartient aux révolutionnaires du monde.

INSUFFISANCE DE LA PLATE FORME

Nous avons salué l’avènement de ce Parti. Nous avons souligné la signification historique de sa fondation, ses bases positives. La plate-forme politique qu’il a publié contient un ensemble de positions fondamentales révolutionnaires, et présente un progrès, un pas en avant. Mais il serait extrêmement grave de fermer les yeux sur les insuffisances, les lacunes et disons-le brutalement ses côtés négatifs. Il ne peut être question d’aborder ici une étude détaillée que nous nous retenons de faire dans nos publications théoriques ultérieures. Nous citerons ici, à titre d’exemple, le fait que l’axe des débats du Congrès était la situation intérieure de l’Italie, et que la situation générale internationale a été pour le moins négligée. Cela est symptomatique. N’est-ce pas là la manifestation de la tendance qui conçoit pour l’Italie une évolution indépendante du rapport de forces internationales entre les classes, ou tout au moins une dépendance lointaine de cet esprit national borné dont nous avons parlé plus haut ?
Nous trouvons d’autre part dans la plate-forme politique une série d’affirmations qui se rattachent à la théorie dite de "l’économie de guerre", de la tendance Vercesi et qui a conduit cette tendance à participer à la coalition antifasciste, avec la bourgeoisie en Belgique. Ainsi il se révèle que toutes les divergences qui ont été à la base de la crise qui a surgi au sein de la fraction italienne et de la gauche communiste internationale n’ont non seulement pas été théoriquement dépassées, mais même pas abordées. Cette crise dans la gauche communiste internationale n’était pas un phénomène éphémère secondaire. Elle a mis aux prises pendant des années deux tendances : la tendance révolutionnaire et la tendance révisionniste opportuniste, sur les questions théoriques et politiques de la plus haute importance. Elle a abouti à la participation active de la tendance Vercesi dans le Comité de coalition antifasciste bourgeois, et à l’exclusion de cette tendance, de la fraction italienne. Elle a eu comme conséquence la scission dans la fraction française de la G.C. Or, nous trouvons aujourd’hui, quelques mois après, tout le monde réuni dans le même Parti en Italie. Il est impossible de ne pas éprouver la pénible impression, que pour réunir le plus de monde possible, on a jeté consciemment un voile sur des divergences politiques profondes et incompatibles dans la même organisation.

ERREURS QUI ÉTAIENT À ÉVITER

Le fait d’avoir voilé les divergences au lieu de déterminer leur manifestation en plein jour, en pleine clarté, - ce qui est la condition fondamentale de leur solution, et du renforcement politique de l’organisation ­aboutit à l’étouffement de la discussion et de la clarification politique.
Cela porte un nom dans le vocabulaire politique : opportunisme.
L’étouffement de la discussion, le camouflage des divergences, de crainte de retarder la formation du Parti, ou d’ébranler la fragilité de la jeune organisation par de trop fortes secousses que les discussions ne manqueront pas de provoquer, est une politique d’autruche. Le danger, s’il existe, ne provient pas de la discussion, ni de la confrontation d’idées opposées, mais de l’existence même de ces oppositions. Et c’est justement la discussion ouverte, loyale qui offre la seule voie de leur élimination consciente.
La plate-forme politique se prononce contre toute politique de Comité de coalition antifasciste. Elle condamne donc implicitement, la politique et la pratique de la tendance Vercesi à l’étranger. Cette condamnation a dû être obtenue non sans quelques luttes politiques. Mais elles sont restées circonvenues dans les hautes sphères de la direction centrale. La masse des militants du Parti, le prolétariat italien dans son ensemble, le mouvement révolutionnaire international, ont été laissés dans l’ignorance.
Voilà pourquoi cette condamnation implicite, gardée secrètement, est sans valeur.
Seule, une condamnation explicite à travers un débat publique au Congrès, mettant à nu devant le Prolétariat italien et international, les racines profondes de cette politique de coalition qui est une politique de trahison aurait pu servir d’armement politique au prolétariat.
Mais le Parti ne l’a pas fait et comble de malice ou d’ironie, il a laissé à Vercesi le plaisir de prononcer au Congrès une violente diatribe contre l’antifascisme. Ainsi, le Parti n’a fait que couper l’herbe apparente et en même temps il a laissé subsister intactes les racines de l’opportunisme. La condamnation implicite mais non explicite n’a pas éliminé le chancre opportuniste, au contraire elle lui sert de paravent, de bouclier, à l’abri duquel l’opportunisme persiste et contamine.
Nous sommes irréductiblement opposés à la construction de nouveau Parti par l’amalgame des révolutionnaires, avec des tendances opportunistes. Mais mieux valait le faire ouvertement que de le faire en sous-main.

LUTTE CONTRE L’OPPORTUNISME

Le P.C.I. d’Italie porte à sa constitution une tare originelle. Il contient en son sein les germes de l’opportunisme. Que cela ait été camouflé ne l’immunise pas, mais le rend encore plus vulnérable à leur
développement. La maladie opportuniste ne s’élimine pas d’elle-même. L’intervention vigilante des révolutionnaires est indispensable pour le déraciner. Mais cela aussi ne peut être l’oeuvre indépendante du prolétariat italien, isolément. L’action, l’influence, l’attention constante du prolétariat et des révolutionnaires du monde seront les facteurs dominants et déterminants dans le secteur italien.
L’alternative est posée : ou les révolutionnaires d’Italie, en communauté et avec l’aide de ceux du monde entier, parviendront à éliminer à temps l’opportunisme dans le P.C.I. et faire de ce Parti une arme efficace de la victoire fmale ou à la première difficulté, au premier tournant défavorable du prolétariat dans le déroulement des situations, l’opportunisme, aujourd’hui camouflé, relèvera la tête et entraînera le Parti à sa suite dans le giron de la bourgeoisie.

MARCO.




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