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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Honnêteté et mauvaise foi politique
L’Étincelle n°12 - Mai 1946
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Réponse à Lucain

"Dans la question des discussions au sein de la gauche italienne, la fraction française prend position sur la base de la Déclaration Politique issue de la conférence italienne de mai 1944, condamne le courant de Vercesi comme courant révisionniste et appelle avec le groupe de la FI. en France, la G.C.I. à se délimiter et à rompre avec ce courant." (Internationalisme n° 1).
Résolution de la Conférence constitutive de la Fraction française, de janvier 1945, votée à l’unanimité, Y COMPRIS la tendance FR et Al. en présence des délégués de la Fraction italienne.
Nous nous sommes toujours élevés contre tout opportunisme se cachant derrière une phraséologie révolutionnaire, nous avons combattu avec acharnement toute diplomatie secrète, dans les discussions de l’avant-garde, nous nous sommes refusés de répondre par des épithètes à des arguments politiques mais surtout nous n’avons jamais cru que les balourdises de certains courants de l’avant-garde cachaient une mauvaise foi ignoble. Et pourtant, il faut reconnaître que sur ce dernier point la fraction belge de la G.C.I. dans un article signé "Lucain" paru dans l’Internationaliste du 15 mars (article "la formation du parti est-elle prématurée ?") nous a donné une leçon. Les bêtises, les lieux communs, les contradictions que contient cet article ne cachent pas une faiblesse théorique mais l’opportunisme qui oublie ses échecs pour les recommencer ; et ce qui est pire, une mauvaise foi lamentable vient couronner toute cette improvisation pseudo-théorique.
Pour commencer, l’article s’en prend à un groupe de dissidents qui dans leur "bulletin intérieur" n° 10 parlent déjà de l’opportunisme naissant dans le parti P.C.I. Le groupe de dissidents c’est nous, le bulletin intérieur s’appelle l’Étincelle. Pourquoi nous appellent-ils dissidents ? Parce que nous nous sommes opposés au traficotage politique de Vercesi, représentant de la G.C.I. dans le Comité de coalition antifasciste de Bruxelles, sans qu’aucune acceptation ou mandat ne lui ait été donné par la G.C.I. qui, d’ailleurs, l’a exclu.
Ce traficotage conduisit le renégat Vercesi à faire dans le plus pur style de la III° Internationale dégénérée, le commis-voyageur créant en France par simple influence personnelle et sans aucune base idéologique, une nouvelle fraction française de la G.C.I. qui n’est qu’un amalgame de plusieurs tendances contradictoires.
Cette fraction couramment appelée la "claque de Vercesi" pousse la mauvaise foi jusqu’à prendre le titre de notre journal et de notre revue théorique oeuvrant en ceci pour une confusion dans les rangs de l’avant-garde. Notre minorité dont toutes les perspectives et tactiques avaient été contredites par les événements (reconstruction et stabilisation capitalistes, reprise des luttes syndicales, la fraction doit se maintenir en cercle d’étude, jusqu’à ce que le prolétariat devienne révolutionnaire) a rompu avec nous sous le prétexte que nous, la majorité, nous nous écartions de nos principes.
Ils sont rentrés dans cet amalgame politique "mode Vercesi" en abandonnant la déclaration de principe de formation d’un noyau français de la G.C.I.
Le camarade Lucain nous appelle dissidents parce qu’il croit, sans rien savoir (comme il nous l’écrit), que le patrimoine de la famille c’est "la claque Vercesi" qui l’hérite.
Et le camarade Lucain nous parle de la nécessité d’un travail théorique en profondeur pour la formation de cadres ! Qui est le véritable Lucain ? Pourquoi parlions-nous, dans notre Étincelle n° 10, d’opportunisme naissant dans le P.C.I. d’Italie.
À la conférence de ce parti on classe sans discussion ce qu’on veut appeler "l’incident de Bruxelles" où le renégat Vercesi poursuivant sa politique de rejet du marxisme, créa une fumeuse théorie de "l’économie de guerre", où il est écrit dans ses points essentiels :

  • 1° que la production capitaliste en guerre s’échange non contre une marchandise de même valeur, mais uniquement par la destruction de maisons, d’usines et de soldats.
  • 2° que le prolétariat n’existe plus socialement, non seulement en tant que classe indépendante politique mais aussi en tant que classe exploitée socialement.
  • 3° que toute expression de l’avant-garde en temps de guerre est une expression de la bourgeoisie - condamnant par là toute action révolutionnaire de lutte contre la guerre de quelque bord impérialiste qu’on se trouve.
  • 4° que l’entrée dans un comité antifasciste de poursuite de la guerre, et d’encensement des traîtres du mouvement ouvrier, tel Broukère, est un acte de la plus haute révolutionnarité (Pour la vérification de ces points lire De la III° à la IV Internationale de Vercesi et le journal l’Italia di Domani, paru à Bruxelles en 1944-1945. Nous comptons publier des extraits pour obliger le renégat Vercesi à répondre une bonne fois). Voilà de l’ignorance et de l’opportunisme à profusion.
    Que répond Lucain à ces quatre points essentiels :
    "Sur quoi est basée cette appréciation ? Uniquement sur le fait de la présence du camarade Vercesi (rapporteur à la conférence de la thèse contre la politique fasciste et antifasciste, membre du C.0 ; chargé des relations internationales. Comme garantie d’honnêteté politique on ne fait pas mieux).
    "Sur quoi est basée l’appréciation de ces camarades sur Vercesi ? Sur des sottises, sur des fantaisies tellement outrancières qu’elles ne devraient même pas trouver de place ici."
    Alors il fallait dire que les articles de Vercesi sur l’économie de guerre, que le journal Italia di Domani sont des sottises et des fantaisies outrancières que la F.B.G.C. a parrainées. Nous avons donc raison de réclamer la discussion franche et ouverte. Est-ce cela que Lucain propose ? "Peut-être un jour les démolirons-nous". Les événements se sont chargés de les démolir avant vous camarades Lucain. Il ne manque plus que votre auto­critique et le rejet du renégat Vercesi de la G.C.I.
    Mais que Lucain se calme. Par simple ironie des faits réels et objectifs il semblait que les sottises et les fantaisies se rapportaient à la politique contre-révolutionnaire de Vercesi.
    Non : ces épithètes qui remplacent les arguments aux quatre points énoncés et combattus par nous, nous sont destinées.
    Ou bien Lucain tend vers l’incohérence démente ou bien il est de mauvais foi.
    Poursuivons, Lucain définit notre position par le postulat suivant : "Il y a en Italie une situation révolutionnaire".
    Pour Lucain la lutte de classe s’est réveillée il y a quelques mois en Italie, justifiant la formation du parti "qui est un organisme qui dirige la lutte de classe". (Voir Internationalisme, 15 mars 1946). D’autre part il reconnaît que le P.C.I. n’est pas encore capable d’influencer la situation et la lutte de classe.
    Et il conclut : "Si une autre guerre éclate, il se vérifiera que le nom de "parti" aura été prématuré". Cette imprécision théorique ne fait que cacher l’absolution que la F.B.C. entend donner a priori à toutes les improvisations et erreurs du P.C.I. Et voilà un chemin qui conduit en droite ligne au stalinisme.
    Que le camarade Bordiga considère que la perspective est vers une nouvelle guerre avant l’éclosion de mouvements révolutionnaires - position que nous partageons - cette position claire et nette se tient et se comprend. Tandis que la position de Lucain ressemble fort à celle de Zinoviev en 1924. En 1943 la crise de la bourgeoisie italienne fait sauter l’édifice fasciste, voit jaillir les forces ouvrières qui dès le début, malgré la grande confusion de la conscience de la lutte SE POSENT SUR UNE POSITION CONTRE LA GUERRE.
    Cette expression du prolétariat italien, pour les Vercesi et Lucain, n’exprime pas le premier pas vers une crise révolutionnaire, c’est-à-dire l’ouverture d’un cours révolutionnaire.
    Le prolétariat n’avait pas encore été embrigadé dans les partis traîtres P.S. et staliniens.
    La rupture de la guerre impérialiste avait été si brusque qu’elle a surpris tout le monde, la bourgeoisie et l’avant-garde surtout. Dès septembre 1943 nous disions qu’il fallait être en Italie, que la F.I.G.C. devait se trouver dans le prolétariat italien pour empêcher que l’explosion contre la guerre impérialiste, du prolétariat, ne soit détournée vers le maquis et les mouvements de libération nationale.
    Nous n’avons pas été écoutés. La situation en Italie a régressé, s’est enlisée dans le marais stalinien et nationaliste, donne encore lieu à des soubresauts de lutte de classe mais finira par se transformer en une situation allant vers une nouvelle guerre impérialiste.
    Lucain voit dans les soubresauts de la période présente un prélude à la crise révolutionnaire au lieu d’en voir une fin.
    Ce qui ne l’empêche pas de dire innocemment : "Si une guerre éclate le nom de parti est prématuré". Ce n’est pas le nom de "parti" qui est prématuré, c’est au contraire votre perspective incohérente qui vous fait prendre une fin pitoyable pour un prélude glorieux.
    Notre appréciation de la situation en Italie n’est pas un postulat puisque l’Histoire nous a donné les matériaux pour la démontrer (un postulat est un principe que l’on demande d’admettre sans démonstration).
    Ce qui est un postulat c’est quand la F.B.G.C. déclare, sans le démontrer, notre appréciation fausse.
    Voilà la méthode d’analyse d’un Lucain. L’honnêteté politique de la F.B.G., le désir d’approfondissement théorique d’un groupe qui prétend faire partie de l’avant-garde. La faillite théorique des trotskystes a fait des ravages dans la gauche communiste. Le groupe Fr. très justement surnommé "la claque Vercesi" en est un vivant exemple ; formé dans des circonstances et sous un parrainage politiquement marécageux, sa meilleure tactique est le silence, de sorte qu’il n’y a pas besoin de se justifier de nos attaques et de nos critiques.
    Quant à la F.B.G.C., nos attaques iront en augmentant tant qu’elle n’aura pas le courage de rejeter l’influence néfaste du renégat Vercesi, et accepter LA DISCUSSION POLITIQUE LOYALE, PUBLIQUE ET HONNÊTE pour en fait et non en parole faire un travail théorique en profondeur et former de véritables cadres capables.
    Et maintenant que le P.C.I. d’Italie sorte de sa réserve et de son isolement idéologique pour participer efficacement à la discussion internationale de l’avant-garde avant de songer à créer facticement un Bureau International de la G.C.I.

    SADI




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