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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La résistance
L’Internationaliste n°1 - Mars 1946
Article mis en ligne le 6 juin 2014
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Le fascisme et la démocratie bourgeoise sont deux formes de la dictature de classe exercée par la bourgeoisie sur le prolétariat. Que ce soit l’une ou l’autre, qu’il y ait un parti bourgeois ou qu’il y en ait plusieurs, la discipline de classe que la bourgeoisie nous impose devient de plus en plus grande. Au plus la décadence du capitalisme s’approfondit, au plus aussi il doit imposer une discipline rigide, une suppression de plus en plus violente de toutes les libertés, une organisation de plus en plus rigide de l’économie dirigée.
C’est là un postulat qui ne fait que se confirmer tous les jours. "Produire plus et consommer moins", voilà la base sur laquelle nous oblige à vivre désormais un système condamné par l’histoire.
La sarabande des différentes formes de la dictature de classe du capital, la substitution de l’une à l’autre, le changement de démocratie en fascisme et vice-versa, ne change absolument rien à cela. Ainsi la "libération" a provoqué dans la plupart des pays une misère encore plus grande que la guerre.
La présence du fascisme ou de la démocratie ne trouvent pas par conséquent leur base dans des systèmes de production différents.
La période d’intervention du corporatisme italien comme organisation de l’économie date de 1930-35. Au même moment le capital recourt au même système dans tous les pays : New-Deal en Amérique, nazisme en Allemagne, S.N.C.I. et pleins pouvoirs en Belgique, etc.
Le fascisme et la démocratie trouvent leur base dans le domaine politique, dans les rapports entre les classes. Le fascisme apparaît quand les partis bourgeois et "ouvriers" ne peuvent plus maintenir les ouvriers dans la légalité. Il est donc un mouvement politique visant à écraser la classe ouvrière, à supprimer ses organisations et à enrôler brutalement les ouvriers dans des organismes d’État. Les "démocrates" essayent de juger le fascisme au travers de la folie des grandeurs et autres imbécillités.
En réalité, l’acte de naissance du fascisme remonte à octobre 1914 quand le social-démocrate Mussolini abandonne l’internationalisme et se rallie à la guerre impérialiste.
Et nous voilà en plein dans la "Résistance".

*

Quelle attitude devions-nous prendre dans cette guerre ?
Était-ce une guerre "juste" ? Qu’est-ce qui s’opposait l’un à l’autre dans cette guerre ? Le droit et la barbarie ? La justice et l’injustice ? La libération et l’oppression ?
Pour le comprendre, il suffit de voir les résultats de la guerre. QU’EST-CE QUI ÉTAIT DU CÔTÉ DES VAINQUEURS ? La liberté ? Aujourd’hui comme hier, on déporte des millions de gens ! L’aspiration à une meilleure vie ? La famine règne dans le monde entier ! La libération ? La dictature du capital est devenue plus forte que jamais ! Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Regardez les colonies ! La défense de la révolution de 1917 ? L’U.R.S.S. est devenue un État non prolétarien, qui écrase le prolétariat et poursuit une politique impérialiste !
Il y avait d’un côté comme de l’autre : L’IMPÉRIALISME. Mais pas seulement une lutte d’intérêt entre l’impérialisme allemand, russe et anglo-saxon. L’histoire du monde n’a pas débuté en 1939.
Comment le capitalisme allemand a-t-il pu s’armer et mener la guerre pendant six ans ? À part le charbon, l’aluminium et la main-d’oeuvre, l’Allemagne ne possède rien.
En réalité, avant 1939 il y a eu une collaboration entre tous les impérialistes du monde entier pour armer l’Allemagne. Celle-ci était le point faible du capitalisme mondial. Après la crise de 1929, ou bien le capitalisme devait armer l’Allemagne ou bien c’était la révolution. Et nous avons alors assisté à la Sainte-Alliance des démocrates et des fascistes, à la collaboration de la Gestapo et des polices démocratiques dans la traque aux révolutionnaires.
Une fois que la guerre a été rendue possible par l’action des partis ouvriers staliniens et social-démocrates (qui ont enfermé les ouvriers dans l’Union Sacrée), les intérêts historiques de notre classe n’étaient représentées ni par les fascistes ni par les démocrates. La victoire de l’un ou de l’autre signifiait l’écrasement de la classe prolétarienne. La plupart des ouvriers ont marché dans la résistance patriotique parce que l’U.R.S.S. était engagée dans la guerre. Nous n’avons pas marché parce que l’U.R.S.S. n’est plus un État prolétarien : LA CLASSE prolétarienne ne dirige pas en U.R.S.S., mais bien une bureaucratie (à peu près semblable à nos bureaucraties syndicales) et à l’abri de laquelle la bourgeoisie se reconstitue.
Dans cette guerre, le prolétariat n’avait qu’une attitude à prendre : le défaitisme révolutionnaire.
Pour la plupart des ouvriers , la Résistance a marié une aspiration confuse à un mieux-être social et la fièvre patriotique. En luttant contre "l’envahisseur allemand" ils aspiraient à une transformation de la société dans un sens socialiste. Une politique se juge à ses résultats : dans toutes les circonstances où on a lié le socialisme et la patrie, cette politique s’est soldée par des défaites effroyables du prolétariat. Le "socialisme en un seul pays" de Staline, le national-socialisme d’Hitler et de Mussolini, le "socialisme" de la Résistance patriotique ont toujours davantage lié les ouvriers à leur propre esclavage. Et cela parce que le socialisme est international, la classe prolétarienne est une classe internationaliste née en même temps que l’économie mondiale. Quand les prolétaires abandonnent l’internationalisme, ils ne peuvent prendre qu’un seul chemin : le chemin emprunté par Mussolini en octobre 1914. Tout mouvement politique placé sur le terrain nationaliste aboutit à l’exacerbation du nationalisme, au racisme et au fascisme. Voyez les croix de Feu après l’autre guerre ! Tous les mouvements fascistes victorieux ont trouvé leur base dans les organisations d’anciens combattants.
Le résultat de la politique de Résistance patriotique c’est que les forces politiques s’agençaient de telle façon que la base politique du fascisme : le nationalisme, se trouvait renforcée. Pense-t-on changer les ouvriers allemands, les amener au socialisme en allant les écraser, les déporter, les affamer au nom d’un nationalisme opposé ? Une telle politique ne peut que renforcer le nationalisme allemand et le fascisme.
Voyez donc la différence avec 1917 ! Le seul fait d’opposer au nationalisme allemand l’internationalisme a placé le prolétariat allemand dans des conditions politiques qui lui permettaient de dépasser son propre nationalisme, après l’autre guerre, et d’emprunter la voie révolutionnaire.
Les seules possibilités ouvertes aux mouvements de Résistance patriotiques étaient : ou leur évolution en mouvement de caractère nettement fasciste ou leur disparition de la vie politique.
C’est, en Belgique, la deuxième issue. Le seul parti qui ait misé à fond sur la Résistance aux élections était l’U.D.B., qui présentait 70 à 80 p.c. de ses candidats sous l’étiquette de la Résistance. Les chiffres ont parlé.
Aujourd’hui on peut signer l’acte de décès politique des organisations de Résistance. Elles sont absolument absentes de la vie politique.

*

Pendant la guerre nous sommes restés sur une position de défaitisme révolutionnaire. Et nous revendiquons avec fierté le fait de ne pas nous être livrés à un travail extérieur de propagande. Faire ce travail dans les conditions politiques existantes était se livrer INUTILEMENT à la répression.
Si en 1917 la classe a pu opposer l’internationalisme au nationalisme en Russie, ce n’est pas parce que le parti bolchevik a fait de la propagande dans ce sens, mais parce que des conditions politiques déterminées ont permis au prolétariat de bouger. Dans cette guerre-ci ce n’était pas possible parce que les masses étaient d’accord avec la guerre, parce qu’elles espéraient et revendiquaient la victoire de l’un ou l’autre impérialiste.
Si demain une nouvelle guerre éclate, si le prolétariat - la classe - se présente dans cette guerre avec une vision plus nette des choses, si l’avant-garde est renforcée, alors nous nous livrerons à ce travail. Pendant cette guerre ce n’était pas possible : avec le rapport des forces existant entre les classes et entre les organisations des classes, il n’y avait qu’une attitude possible. Hier, comme aujourd’hui, nous devions et nous devons toujours bander tous nos efforts pour bâtir le nouveau parti de classe et la nouvelle Internationale.
Dans la guerre, hier comme aujourd’hui et comme demain, le prolétariat doit revendiquer et lutter pour que tous les soldats luttent pour la défaite de leur propre bourgeoisie, pour tourner leurs armes contre les exploiteurs, pour opérer l’union entre les travailleurs allemands, russes, belges et de tous les pays dans le but de détruire toutes les frontières et de bâtir le socialisme.

LUCAIN.




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