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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Bibliographie
{Le Flambeau}, n°2, 15 septembre 1901
Article mis en ligne le 4 novembre 2014

par ArchivesAutonomies
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Rapport sur le mouvement naturien. Réflexions sur le naturel et l’artificiel par H.Zisly. Chez l’auteur, 14, rue Jean Robert, Paris (distribution gratuite).

Moins extrême que le sauvagiste, le naturien veut vivre libre des produits de la nature, travaillant le moins possible, évitant de se servir du machinisme, dans lequel il voit une des principales causes de la misère des hommes.
"Mais, n’oublions pas que cette science est inutile pour vivre et qu’elle est le résultat du labeur de millions d’individus esclaves. Si l’esclavage n’existait pas, on ne verrait certainement pas cet énorme développement scientifique", dit l’auteur.
Cela n’est pas, je crois, tout à fait exact. Si les millions d’esclaves travaillent trop, c’est à cause de l’accaparemment du machinisme par quelques exploiteurs. Une fois la propriété individuelle supprimée, ce même machinisme, qui cause leur misère, aidera les producteurs.
Ensuite, il me semble que le développement scientifique et industriel actuel s’est produit non point grâce à l’esclavage, mais plutôt malgré cet esclavage et grâce à ce besoin d’activité et de recherche, qui est semé chez tout individu, à moins qu’il ne soit malade.
Le machinisme n’est pas la cause de la mauvaise qualité des produits - c’est la spéculation des capitalistes qui fournissent la matière première mauvaise, qui fait qu’on produit de la camelote.
A part ces quelques points, la tendance des naturiens vers une vie simple ne peut qu’être utile pour combattre le penchant vers le luxe, qui, chez l’ouvrier, l’empêche d’évoluer, de militer, absorbant ses derniers sous, qu’il pourrait utiliser pour la propagande des idées menant vers son affranchissement.

***

Nous avons reçu deux livraisons des Matériaux pour servir à l’histoire des sectes russes, éditées par la revue Parole libre, en langue russe, rédigées et annotées par V.BONTCH-BRUEVICH, 49 Onex, Genève (Suisse).
C’est le récit des persécutions, des violences accomplies par le gouvernement russe en 1897-98 sur les Doukhobors, violences non motivées par une provocation ou révolte quelconque de ces paisibles paysans, qui ne demandaient qu’à vivre selon leur conscience et d’après l’enseignement du Christ.
Considérant la propriété individuelle, comme cause de tout le mal existant, ils vivaient et travaillaient en commun, sans partage de biens la fortune commune, assez considérable, était régie par une personne de confiance, élue parmi eux.
Tout d’abord, ils se bornaient à lutter contre la hiérarchie de l’Eglise d’Etat, croyant que le gouvernement était nécessaire pour les protéger, ils ne voyaient pas que ces deux institutions de l’Eglise et de l’Etat sont intimement liées ensemble, et n’ont pour but que d’opprimer l’individu conscient. Aussi, ils payaient les impôts et -quoique chrétiens,ne voulant pas tuer - ils se faisaient un devoir d’être soldats et, hommes et femmes, nettoyaient les armes, soignaient les blessés en temps de guerre.
Mais vint le temps où les Doukhobors s’aperçurent de ce que peut valoir la protection de l’Etat. C’est vers 1887, à la suite des intrigues de quelques individus rapaces, qui se trouvaient dans le sein de leur communauté, qu’ils se virent dépouillés de leur bien communal, réduits à la misère, trouvant, comme réponse à toutes leurs pétitions, le knout des cosaques, la déportation et la prison.
C’est alors que commence la résistance passive des Doukhobors contre le gouvernement. Ne voulant plus soutenir ce dernier d’aucune façon, ils refusent de contribuer, en quoi que ce soit, à l’assassinat et décident de refuser carrément d’aller sous les drapeaux. Ils refusent également d’accepter tout emploi comportant un commandement quelconque.
Le 29 juin, le jour où ils ont coutume de réunir et chanter les psaumes en commun, dans les dép. D’Akhalkalak, d’Elisavetpol, de Karsk, les armes ont été mises en tas et brûlées. Ce fut là le prétexte d’un massacre épouvantable ; hommes, femmes, enfants, vieillards, tous furent fouettés d’une manière atroce, plusieurs en moururent. Pendant quelques jours, les cosaques envahissaient les maisons, fouettaient les hommes, violaient et massacraient les femmes et les enfants.

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Il y a là dans les écrits des Doukhobors quelques pensées qui pourraient donner à réfléchir à beaucoup de gens avancés de l’Europe civilisée. Ces barbares, ces simples paysans russes ne connaissant que la Bible, ne sachant probablement pas bien à fond les règles de la grammaire et de la syntaxe, ont cependant n’en déplaise au distingué polémiste M.Gohier - des idées bien plus profondes, bien plus logiques, que celles de nos socialistes, libre-penseurs, pseudo-révolutionnaires, qui prétendent que lorsqu’à la place des officiers nobles on mettra des épiciers ou des ouvriers, la situation sera changée.
Je traduis textuellement :
Nous refusons absolument tout service militaire, d’après le commandement : "Tu ne tueras pas"
Chef, empereur - c’est tout un pour nous nous ; pouvons nous passer de l’un, comme de l’autre.
Fonctionnaires et paysans - sont frères que tous se mettent à la charrue.
Le commandement est semblable au brigandage - c’est le même "métier".
Le Christ a dit aux hommes : "Vous avez été rachetés cher, ne vous faites pas esclaves des hommes".
La terre est à Dieu ; elle est créée pour tous également. La propriété est un vol. Les princes et les nobles ont volé le peuple en s’emparant de tant de terre... la terre ne doit pas être partagée, que chacun en ait la quantité qui lui est indispensable.
Nous ne connaissons pas de patrie, nos compatriotes sont tous les humains.
Que Dieu lui-même juge les criminels et non les hommes, qui ne sont pas eux-mêmes sans faute. Il ne faut pas de prisons. Nous nous reJouissons pour ceux qui sont emprisonnés, et plaignons ceux qui emprisonnent.
Nous ne pouvons ni commander, ni juger, car il n’est permis à personne de "violer" une créature de Dieu.

Zofija ZAIKOWSKA.




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