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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Présentation du journal l’Egalité (1877-1883)
Article mis en ligne le 25 avril 2015
dernière modification le 12 juin 2018

par ArchivesAutonomies
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Le premier journal marxiste français : L’Egalité de Jules Guesde (1877-1883)  [1]

Etudier l’Egalité, c’est évoquer l’histoire du mouvement ouvrier dans les années 1877-1883, période de renaissance syndicale et surtout de formation des partis socialistes. C’est aborder un problème important : celui de l’introduction du marxisme en France. Acteur de premier plan, ce journal constitue, tant pour les événements que pour l’idéologie, une source fondamentale et, d’ailleurs, difficile d’accès. Le morcellement des séries, lié à une existence syncopée, et l’extrême dispersion des collections rendent la consultation peu aisée. De 1877 à 1883, l’Egalité a eu trois séries hebdomadaires totalisant 113 numéros et deux séries quotidiennes (56 numéros). On trouvera à la fin de cet article la fiche bibliographique du journal, dont on se propose d’esquisser l’histoire, la composition et l’évolution interne.

I) ORIGINE ET HISTOIRE SOMMAIRE DE L’ÉGALITE

L’histoire de l’Egalité est intimement mêlée à celle du socialisme et du Parti ouvrier. Aussi ne peut-on ici en retracer tous les épisodes. On insistera surtout sur les origines du journal et sa vie matérielle.

Quelle est la situation de la "presse avancée" au moment où paraît l’Égalité ? Le flot de publications socialistes libéré par la Commune a été brutalement arrêté. De 1871 à 1877, aucun journal socialiste ne paraît à Paris. Le Corsaire, considéré comme révolutionnaire, a dû suspendre sa publication à la suite d’une condamnation en 1873. Dans le Midi, il y a quelques tentatives, par exemple l’Egalité de Marseille (1872-73) où Guesde publie ses Lettres d’un irrégulier [2]. Dans cette région et dans la vallée du Rhône circulent des exemplaires de journaux diffusés par les Internationaux réfugiés en Suisse ou en Espagne. Dans le Nord, il en arrive de Belgique. Mais cette presse clandestine a une faible diffusion. Par ailleurs, elle est jacobine ou anarchisante, protestataire, révo¬lutionnaire, mais ni théorique ni scientifique.

La presse avancée à l’air libre, c’est la presse radicale. Républicaine et sociale, elle a une large clientèle ouvrière. De 1871 à 1875, les ouvriers de Paris lisent Le Rappel, de Charles Vacquerie, comme à la fin du Second Empire où ce quotidien tirait environ à cinquante mille exemplaires [3]. Barberet y rédige quotidiennement le Bulletin du travail qui donne des nouvelles des grèves, des associations, des réunions ouvrières. La situation est identique en province. Ainsi à Lyon, les éléments les plus dynamiques du mouvement ouvrier se regroupent autour du Petit Lyonnais, républicain radical, où le métallurgiste Lœnger écrit sous le nom de Jacques Pilon. Ces journaux n’ont rien de socialiste au sens doctrinal du terme. Ils ne sont pas non plus ouvriers. Les travailleurs les lisent parce qu’ils y trouvent l’écho de leurs problèmes et par attachement à la république. Ils sont d’ailleurs peu soucieux de théorie. Ils se veulent surtout pratiques, coopérateurs et réformistes. Le congrès de Paris (1876) illustre ces tendances. Il est dominé par les artisans : le cordonnier Castaing de Bordeaux, le graveur Chabert, l’horloger Prost de Dijon. La répartition géographique des délégués parisiens montre la prépondérance des vieux quartiers du centre rue du Temple, rue Saint-Denis, et l’absence presque totale de représentation des faubourgs et de la banlieue. Le programme de revendications est à peu près celui des radicaux : libertés démocratiques, laïcité de l’enseignement. Somme toute, l’ensemble de la classe ouvrière parisienne s’accommode assez bien de la presse radicale. Cependant les plus militants supportent malaisément l’emprise du Rappel et de Barberet [4]. Un désir d’autonomie se manifeste dès l’exposition de Vienne (1873) et en 1874 on parle d’un journal purement ouvrier, Le Syndical. Le projet est soutenu en particulier par la corporation des mécaniciens, mais il n’aboutit pas [5]. Après bien des vicissitudes, des rivalités de coteries, naîtra Le Prolétaire (premier numéro 7 décembre 1878), qui refuse de se faire l’apôtre d’une doctrine exclusivement.

A cette date, l’Egalité avait connu sa première série. Mais les considérations précédentes permettent de comprendre dans quelles conditions elle a paru. L’Egalité ne vient pas d’une initiative ni même d’une aspiration ouvrière, laquelle vise au contraire à rejeter la tutelle de tous les politiciens et les théoriciens bourgeois pour ne faire crédit qu’au "manuel". Ce journal est l’œuvre d’un petit groupe d’intellectuels, étudiants, professeurs et journalistes et surtout de Guesde. Celui-ci, dès son retour en France en 1876, avait collaboré aux Droits de l’homme d’Yves Guyot et Sigismond Lacroix, puis au Radical qui avait suivi. Les écrits de Guesde sont alors plus radicaux-socialistes que collectivistes. Cependant il dénonce déjà la propriété individuelle [6]. Autour de Guesde gravitent des étudiants comme Gabriel Deville, Darrieux, Emile Massard, Victor Marrouck, Crié et Emile Gautier, futurs anarchistes, Oudin, rédacteur à La Tribune, le professeur de droit Girard (Gerbier, sous son pseudonyme). Ils animent des campagnes démocratiques (la candidature du professeur Accolas dans le quartier des Écoles en 1876, l’organisation du congrès international étudiant la même année sont les principales) ; ils se retrouvent dans les cafés du Quartier latin, au Soufflet. Ils connaissent déjà les théories de Marx : le premier livre du Capital, traduction de Joseph Roy revue par Marx, est publié en livraisons de 1872 à 1876. Guesde a, par ailleurs, des contacts personnels avec certains ouvriers, lecteurs des Droits de l’homme et du Radical, comme le tailleur Julien Dupire, un des orateurs les plus évolués du congrès de Paris et qui soutiendra à celui de Lyon la première motion collectiviste. Dans le comité fondateur du journal, on trouve trois ouvriers et trois employés, mais aucun ne sera rédacteur [7].

Ce groupe se propose de lancer un journal. La question du financement est résolue par la formation d’une société anonyme à capital variable, La presse socialiste [8]. Le capital est de 25.000 francs en cinq cents actions de 50 francs. Pour devenir actionnaire, il suffit de souscrire une ou plusieurs actions, dont seul le dixième est payable immédiatement, le reste pouvant être acquitté par versements trimestriels. Les actions ne portent aucun intérêt. Mais l’essentiel des fonds est fourni par les socialistes allemands, ainsi que l’établit Léo Valiani dans son ouvrage Questioni di Storia del Socialismo [9]. Karl Hirsch, en relations intimes avec le groupe collectiviste et avec Guesde, leur transmet 4.000 francs de la part d’un intellectuel allemand, Karl Hochberg, disciple du philosophe F.A. Lange. Pour réduire les frais de cautionnement, plus élevés à Paris qu’en province [10], le journal est imprimé à Meaux.

Le premier numéro paraît le 18 novembre 1877. Il est distribué presque clandestinement. Les difficultés commencent immédiatement ; sous la pression de visites domiciliaires, l’imprimeur refuse de continuer la publication. Le siège est transféré à Lagny. En mars 1878, de nouvelles perquisitions ont lieu dans le cadre de poursuites engagées contre plusieurs socialistes étrangers dont certains avaient collaboré à l’Egalité. En juin, un procès est intenté pour plusieurs articles : une lettre de Dupire sur les trafics d’argent auxquels avait donné lieu l’emprunt pour la libération du territoire, un article d’Elisée Reclus, et surtout une adresse à la Démocratie socialiste allemande. L’Egalité est condamnée le 12 juillet en la personne de son gérant Darrieux, à un an de prison et mille francs d’amende [11]. Le numéro 33 (14 juillet) annonce la disparition du journal : "Mais que l’oligarchie bourgeoise, ses rabatteurs de tout ordre ne se hâte pas de chanter victoire. Nous ne sommes ni vaincus, ni découragés... Au revoir et à bientôt."

Les mois qui suivent sont riches d’événements. Le Congrès international socialiste, prévu à Paris est interdit. Guesde et les principaux organisateurs qui avaient voulu passer outre sont arrêtés.. A la prison de Mazas, Guesde écrit le Programme et adresse des Socialistes révolutionnaires français qui recueille cinq cents signatures [12], En octobre 1879, le Congrès de Marseille décide l’organisation de la classe ouvrière en parti distinct et soixante délégués sur cent trente se prononcent pour le collectivisme. Enfin Guesde a pris contact avec Marx et son gendre Lafargue. Les conditions sont favorables à une nouvelle parution de l’Egalité. Dès l’été 1879, plusieurs réunions ont lieu à Paris. Un appel est lancé, qui déclare que l’Egalité n’aspirant qu’à compléter le Prolétaire, du samedi, paraîtra le mercredi soir. Dix mille actions à un franc sont émises. Guesde fait une tournée en province pour trouver des correspondants [13]. Plus qu’en 1877, on songe à, s’appuyer sur la province qui semble plus révolutionnaire que Paris. La seconde Egalité reparaît le 21 janvier 1880. Elle ne s’intitule plus Journal républicain Socialiste, mais Organe collectiviste révolutionnaire. La liste des collaborateurs s’est élargie. A côté de Guesde, Deville, Massard, on trouve Labusquière, Brugnot de Lyon, le docteur Ferroul de Narbonne ; Paul Brousse, le futur chef des possibilistes, collabore épisodiquement. Paul Lafargue, surtout, va jouer un rôle de premier plan dans la rédaction et établir la liaison directe avec Marx. Cette seconde série n’est pas plus longue que la première. Le numéro 32 (25 août 1880) annonce le remplacernent de l’Egalité par l’Emancipation, quotidien, à Lyon, tandis que du point de vue doctrinal, on renvoie les lecteurs à La revue socialiste de Benoît Malon. Les raisons profondes de cette transformation ne sont pas données : "C’est volontairement que nous quittons le champ de bataille... il s’agit en un mot d’une transformation victorieuse" [14]. En fait, Marx écrit à Sorge : "l’Egalité a cessé de paraître, faute de trois mille francs" [15].

En se transportant à Lyon, les socialistes comptent sur le dynamisme plus grand de cette région. Peut-être espèrent-ils capter les énergies de nombreux militants lyonnais, tentés par l’anarchie. De plus, des appuis financiers leur avaient été promis. Mais en novembre 1880, l’Emancipation s’interrompt à son tour. Guesde, puis Lafargue, entrent au Citoyen de Secondigné [16]. Mais les conditions de financement du Citoyen par le propriétaire, un certain Blommestein, dit Audigé, ne laissent pas une totale liberté à la rédaction. Aussi Guesde pense-t-il toujours à reconstituer son hebdomadaire. Le problème des fonds demeure l’obstacle majeur. Guesde vit dans l’espoir du mécène généreux. Lafargue lui écrit à ce sujet : "C’est très beau d’avoir une promesse de 2.500 francs. Est-ce un mirage ? En matière d’argent, vous êtes un naïf... vous êtes l’homme d’une société communiste et non d’une société capitaliste" [17] et il suggère de renflouer la société par actions par le recours à la publicité, ce que les deux premières séries de l’Egalité s’étaient refusées à faire. Cette dernière solution est adoptée. L’Egalité comporte désormais publicité et revue financière. La troisième série va du numéro 1 (11 décembre 1881) au numéro 47, 5 novembre 1882. Cependant le numéro 46 annonce qu’une série quotidienne créée par fusion avec Le Citoyen va doubler la série hebdomadaire. En réalité, le propriétaire du Citoyen avait remplacé Guesde et ses amis qu’il estimait trop marqués, par l’équipe de rédaction d’un autre journal intransigeant, La Bataille, de Lissagaray. C’est pour se survivre que la rédaction évincée publia l’Egalité quotidienne (du 29 octobre au 28 décembre 1882) [18].

L’histoire chaotique des séries successives de l’Egalité illustre les difficultés classiques de la presse socialiste et son caractère éphémère. La question vitale est évidemment celle du financement. L’Egalité l’a résolue de trois façons différentes. Tout d’abord, par le soutien des militants, qui constituent administrateurs, rédacteurs bénévoles et actionnaires sans illusion des sociétés anonymes. Il serait intéressait de connaître la liste et le nom des souscripteurs. Nous n’avons trouvé aucune indication à ce sujet [19]. On fit encore appel aux sympathisants sous d’autres formes : collectes lors des conférences, souscriptions ouvertes à l’état permanent dans la deuxième série du journal. Mais tous ces moyens étaient insuffisants. D’où le recours à la publicité et aux annonces. L’intransigeance de Guesde qui voulait les socialistes purs de toute attache avec les capitalistes y répugnait. La première série (1877-78) comporte quelques placards publicitaires mais insignifiants. Ils disparaissent complètement dans la seconde. Au contraire, ]a publicité est systématique dans la troisième série. Le numéro 1 (11 décembre 1881) explique : "l’Egalité qui veut vivre et qui vivra aura des annonces commerciales et financières comme tous les journaux. Il ne s’agit pas de nier la société capitaliste que l’on sait et que l’on veut démolir : il s’agit de la faire servir à sa propre démolition". La publicité consiste surtout en annonces de grandes compagnies ou sociétés par actions : par exemple, le numéro (22 janvier 1882) insère sur une colonne entière un placard de la Compagnie maritime du Pacifique qui vend douze mille actions entièrement libérées. Même chose dans le numéro 12 pour la Compagnie auxiliaire des Chemins de fer et travaux publics du gaz de Maubeuge et des Chemins de fer roumains. Plus rares sont les publicités pour un produit ; on lit : "Plus de têtes chauves ! Hautes récompenses. Traitement spécial du cuir chevelu". La troisième série comporte également une Revue financière où sont conseillés des placements ainsi à chaque numéro sont vantés les mérites de la Compagnie de Panama. L’apparition de la publicité dans l’Egalité a été accueillie par des sarcasmes contre lesquels la rédaction dut se défendre. Pourtant la place consacrée était modeste : jamais plus de deux colonnes de la dernière page, soit un douzième de la surface dans un numéro à huit pages, un sixième des numéros à quatre pages. La partie publicitaire et financière n’était pas l’œuvre de la rédaction du journal. Elle était confiée à une agence, Ewig, 9, rue d’Amboise, qui louait une portion du journal.

Un dernier moyen de financement était le recours à des bailleurs de fonds qui pouvaient espérer réaliser des bénéfices de la vente du journal. Certains journaux socialistes ont usé de ce procédé :Le Citoyen, on l’a vu, était soutenu par Blommestein, Le Cri du Peuple sera financé par le mari de Séverine dans des conditions, il est vrai, bien différentes. Mais il s’agit de journaux à tirage respectable. L’Egalité n’était guère rentable. Aussi Guesde passait-il son temps en démarches toujours vouées à l’échec. Les lettres de Lafargue à Engels font de fréquentes allusions à ses déceptions : "Notre vie se passe à espérer et à désespérer et il fait état d’un marché passé avec la banque populaire "qui s’engageait à prendre à ses frais l’administration du journal, à payer, l’imprimerie, le papier, la rédaction cent francs par jour pourvu qu’on leur abandonnât deux colonnes sur la troisième page pour annonces financières... Le comité de la banque avait déjà voté, quand la crise provoquée par les Rothschild et la haute banque est arrivée" [20].

Bien entendu, ces difficultés proviennent de l’insuffisance du tirage et des ventes. Nous n’avons pas de chiffres pour l’Egalité première série. Le numéro 5 de la seconde (18 février 1880) donne les chiffres suivants : 600 abonnés, 1.200 numéros vendus à Paris, 2.000 en province, 400 numéros distribués, soit un total de 4.200. Un document des Archives Nationales indique un tirage de 5.320 numéros au premier mai 1880 [21]. Enfin, dans une lettre à Engels, Lafargue indique également ce chiffre de 5.000. C’est peu. Le Forçat, organe guesdiste, créé dans le Nord en 1882, tire jusqu’à 18.000 exemplaires. La faiblesse de la vente de l’Egalité provient en partie d’une mauvaise organisation de la diffusion : très défectueuse pour la première série, celle-ci s’améliore ensuite avec les voyages de Guesde en province et la formation du parti ouvrier. Mais y a des causes beaucoup plus profondes : l’austérité du journal, son contenu doctrinal très insolite étaient peu faits pour lui conquérir rapidement une large clientèle.

II. — PRESENTATION ET COMPOSITION

Les remarques qui suivent s’appliquent aux trois séries hebdomadaires, seules comparables. Elles présentent une grande unité formelle, la typographie et l’allure générale étant demeurées identiques de 1877 à 82. Le journal, de petit format (25x37 cm.) a huit pages de trois colonnes chacune ; toutefois, à partir du numéro 18 de la troisième série (9 avril 1882), il ne comporte que quatre pages. L’aspect est sévère. Seule fantaisie, le journal paraît en rouge pour les anniversaires socialistes. La deuxième série instaure pourtant l’usage du dessin, deux fois par mois ; "considérant que le dessin est un puissant moyen de propagande dont il serait absurde de laisser le monopole à la presse bourgeoise" [22]. Les dessins, souvent l’œuvre de Lafargue, occupent la totalité de la huitième page ; ils commémorent des épisodes de la lutte ouvrière (la Commune) ou illustrent, généralement sur le mode tragique, la critique sociale du journal (numéro du 11 février 1880, Les uns et les autres, juxtaposition de quatre caricatures représentant un aristocrate, un prélat, un bourgeois, tous fainéants, et un forgeron qui seul travaille).

L’anonymat, qui évite les personnalités, est de règle pour les deux premières séries. La signature apparaît avec la troisième, mais, déclare l’Egalité : "Aujourd’hui, comme au temps de l’anonymat qui n’a pas été également compris par tous, la rédaction est, solidairement responsable" [23]. Pas non plus de feuilleton au sens traditionnel du terme. Sous ce titre, l’Egalité publie des récits historiques, éducatifs : Les paysans et la révolution française, La conjuration des Egaux, Juin 1848 , dans la première série. Dans la seconde, Les guerres sociales comprennent des études sur Les paysans allemands au XVI° siècle, L’insurrection de Lyon en 1831. Ce pseudo feuilleton n’existe même plus dans la troisième série. Il y a là un fort contraste avec la presse populaire, même d’extrême gauche, qui raffole du feuilleton. Des journaux socialistes comme La bataille ou Le Citoyen en donnent au moins deux par numéro. l’Egalité quotidienne de 1883 publie conjointement L’amour terrible par A. Saulière et La comtesse dynamite par F. Enne et F. Delisle. Il est vrai qu’il s’agit de quotidiens. Mais les hebdomadaires en ont aussi. Parmi les favoris, on note Le Coq rouge de Louise Michel, Germinal de Zola, les œuvres d’Eugène Sue et de ses imitateurs, ou les romans anticléricaux. L’Egalité a pour sa part inauguré un type de feuilleton historique souvent copié ou imité. Les grandes dates du Socialisme comme Les guerres sociales seront reprises dans toute la presse socialiste, en particulier dans celle du Nord.

Il est intéressant de voir quelles sont les différentes rubriques, quelle place respective elles occupent. Y a-t-il eu évolution d’une série à l’autre ? Lorsque le journal n’a plus que quatre pages, que sacrifie-t-il ? Nul doute que le choix des articles et leur disposition ne soient le reflet de préoccupations plus profondes. Pour faire cette étude, nous avons mesuré, dans une dizaine de numéros de chaque série, la place des divers rubriques ou articles, en colonnes ou fraction de colonnes ; méthode qui, pour être plus approximative que celle dite des surfaces (mesure en centimètres carrés), a le mérite d’être plus rapide et néanmoins suffisamment sûre.

On peut distinguer, dans l’Egalité, une partie constante et une autre variable. La première comprend : l’article de tête (éditorial), les articles doctrinaux, les rubriques "étrangers" et "mouvement social". L’article de tête occupe très généralement deux colonnes à deux colonnes et demi à la une, soit un douzième des séries de huit pages, un sixième, parfois un quart des numéros de quatre pages. Presque toujours de Guesde, qui y déploie ses talents de polémiste, l’éditorial traite, du point de vue socialiste, de l’actualité politique ou ouvrière, ou de l’organisation du Parti. La liste des éditoriaux donne une idée des préoccupations du moment : en 1880, la plupart sont consacrés à la critique du gouvernement républicain, et surtout à celle des radicaux [24]. En 1881-82, ces thèmes sont supplantés par les problèmes propres au parti ouvrier : congrès de Saint-Etienne et de Roanne, scission Possibiliste. Plusieurs éditoriaux (7 sur 47) se rapportent à la grande grève du textile à Roanne. La vie politique et parlementaire passe tout à fait au second plan.

Les articles doctrinaux (généralement en page deux et trois), sous des formes diverses : textes de Marx ou Engels, exposés théoriques, polémiques, analyses bibliographiques, etc... tiennent une place également constante rarement inférieure au huitième, atteignant parfois la moitié (par exemple numéro deux de la deuxième série), elle se situe plutôt autour du sixième du journal, soit environ quatre colonnes par numéro. Quand le journal n’a plus que quatre pages, la doctrine conserve son rang. En gros, la part de l’exposé doctrinal, toujours importante, s’accroît de la première à la troisième série. L’entrée de Lafargue au journal, en 1880, les contacts plus intimes avec Marx ne sont pas étrangers à ce phénomène. Toutefois, dans certains numéros, de la troisième série surtout, la polémique dépourvue de contenu l’a parfois emporté.

Autre fait frappant : l’imposante surface du journal réservée au mouvement ouvrier étranger. Il y a là une volonté d’internationalisme, qui est dès l’origine la marques des guesdistes. Deux rubriques se partagent les questions étrangères : "mouvement social" et "correspondance étrangère". La première passe la revue des événements marquants de la semaine. La seconde est constituée par des lettres de correspondants du journal, documents remarquables, véritables études sur la situation ouvrière et socialiste dans les divers pays. La valeur des correspondants : militants en vue, parfois chefs de partis, explique cette qualité. Ainsi la première série annonce pour correspondants : Bebel et Liebknecht, députés au Reichstag ; César de Paepe pour la Belgique, Emile Digeon pour l’Espagne ; pour l’Italie, Gnocchi-Viani, rédacteur de La Plebe et Tito Zanardelli, ancien directeur de L’agitatore. La seconde série y ajoute : Jean-Baptiste Clément pour l’Angleterre, Most pour l’Allemagne [25], Eugène Dupont pour les Etats-Unis, et Benoît Malon pour la Suisse. Il y en eut bien d’autres que l’anonymat ne permet pas de toujours identifier. Dans la première série, ces rubriques occupent au moins quatre colonnes (un sixième) et souvent deux pages entières (un quart). Dans la seconde, davantage encore : jusqu’au tiers et en moyenne autour du cinquième. Par contre, dans la troisième, dès le début, les correspondances s’amenuisent, et lorsque le journal n’a plus que quatre pages, elles disparaissent totalement. Dans nombre de numéros, on cherche en vain une information étrangère. C’est de loin le secteur qui a le plus souffert.

D’après un relevé effectué pour les première et troisième sé¬ries, voici les pays qui retiennent le plus l’attention : première série, Angleterre (41 fois citée), Allemagne (34), Italie (34), Russie (28), Etats-Unis (24), Belgique (16), Autriche-Hongrie (15), Suisse (14), Espagne (12), Serbie (3). Viennent ensuite à, égalité (2) : Roumanie, Danemark, Portugal, Egypte. Puis : Chine, Canada, La Plata, Norvège, Inde, Turquie, Grèce, Pologne, Alsace-Lorraine. Dans la troisième, l’Allemagne revient 13 fois, l’Italie 11, l’Espagne et les Etats-Unis 7, l’Angleterre 6, l’Irlande et la Belgique 5, la Russie 4, la Suisse 3, le Portugal et la Hollande 2, la Roumanie, l’Ecosse et la Pologne une fois. Un lecteur de l’Egalité est ainsi parfaitement au courant des faits sociaux européens. Les perspectives du trade-unionisme anglais, les problèmes de l’anarchisme espagnol ou italien, les grèves américaines, les mouvements agraires balkaniques lui sont connus. Il est tenté parfois d’en exagérer le dynamisme et le sens révolutionnaire. Le nihilisme russe le passionne ; Herzen et Tchernichewsky sont ses amis ; il envoie son obole aux "Victimes du despotisme en Russie" dont les procès lui sont rapportés. Mais c’est à l’Allemagne que va le tribut de son admiration. Avec un parti très organisé, des représentants au Reichstag, un nombre considérable de journaux, elle apparaît comme le leader du Socialisme mondial, la terre d’élection du marxisme. Le rôle des socialistes allemands dans l’introduction du marxisme en France est, dans la réalité, notable. Hirsch a été un des initiateurs de Guesde en même temps que le supporter financier de la première Egalité. A Paris, les contacts du groupe collectiviste et des socialistes allemands sont très fréquents. Aussi la plus grande attention est-elle accordée à tous les événements d’Allemagne, en particulier aux victoires électorales. Le parti socialiste allemand est constamment cité en exemple ; on oppose sa solidité doctrinale et sa centralisation aux tendances libertaires, à, la phraséologie française [26]. Une adresse Aux démocrates socialistes réunis en Congrès à Gotha publiée dans le numéro du 9 juin 1878 vaut à l’Egalité son procès et sa condamnation. Maurras parlera de la "germanomanie" des Guesdistes. Ceux-ci se voient déjà reprocher leurs sympathies. A une époque où la sensibilité nationale était anti-allemande, on peut discerner dans leur attitude une des raisons de leur échec ; à Paris surtout, où la concurrence de la main-d’œuvre étrangère contribuait encore à détourner les couches populaires de l’internationalisme [27].
Sous le titre "Mouvement social", figurent des nouvelles des grèves, des syndicats et des groupes socialistes, informations qui présentent pour l’historien beaucoup d’intérêt. Cette rubrique a augmenté d’importance : de un huitième, parfois seulement un douzième dans la première série, elle passe à un cinquième en moyenne dans la seconde, à un quart, voire un tiers dans la troisième. Au fur et a mesure que les Guesdistes s’organisaient, ils avaient évidemment des nouvelles plus nombreuses des dépar-tements.

Il faut citer aussi "La revue de la presse socialiste" (un douzième) sujette à éclipse dans la troisième série.

Tout ceci constitue le fond constant du journal. Le reste est composé de parties variables :
Le feuilleton n’existe que dans les deux premières séries (un huitième, en bas des pages deux et trois). "La semaine politique" ne se trouve que dans la première série. Lafargue souhaitait vivement la réapparition de cette chronique qui faisait de l’Egalité un journal vraiment politique. La rubrique "L’ordre social" (première série) où il est démontré que tous les désordres proviennent de la trilogie religion, famille, propriété est remplacée dans la seconde et la troisième par "le livre d’or de la bourgeoisie" : les méfaits de la bourgeoisie, les preuves de sa dureté et surtout de son immoralité y sont mis au pilori. C’est une espèce de revue des scandales qui se retrouve fréquemment dans la presse socialiste. Dans la première série, une à deux colonnes, sous le titre "Les tribunaux " relatent les procès intentés aux socialistes. Il faut, ajouter les communications et convocations, intéressantes surtout dans la troisième série où l’on peut y rechercher l’esquisse d’une répartition des sympathies guesdistes. Signalons, parce qu’elle est significative des querelles socialistes, l’existence pendant quelques mois (troisième série) d’une rubrique "Proletairana" vouée exclusivement aux polémiques avec Le Prolétaire, organe des Possibilistes. Cette chronique est parfois envahissante ; ainsi elle accapare un tiers du numéro 23. Son extension se faisait toujours au détriment de la doctrine ; les militants ont souvent protesté contre le ton trop personnel de cette querelle.
Dans l’ensemble, l’Egalité est un journal austère, qui ne fait aucune concession au goût du grand public. Jamais la part de la théorie n’est sacrifiée sauf lorsqu’elle est relayée par la pure polémique, ce qui est advenu surtout dans la troisième série. On ne saurait assez insister sur cet aspect doctrinal qui distingue l’Egalité des autres organes socialistes comme il caractérisera, bien qu’à un moindre degré, la presse guesdiste. Ce qui frappe, en second lieu, c’est l’extrême attention à ce qui se passe ailleurs, l’admiration pour l’Allemagne révolutionnaire, la volonté internationaliste. Voyons maintenant si la qualité du fond correspondait à la rigoureuse composition du journal.

III) LE CONTENU DE L’EGALITE ET SON EVOLUTION

L’Egalité présente un double aspect. Journal d’action, il évolue en fonction des circonstances politiques et sociales. Journal doctrinal, il poursuit à travers ses séries, l’exposé du collectivisme qu’il veut faire pénétrer en France.

1) l’Egalité, journal d’action. De 1877 à 1883, les conditions ont changé. Les trois séries ont des tonalités différentes. En octobre 1877, quand sort le premier numéro, la république est encore bien fragile. Les élections législatives d’octobre ont assuré une majorité républicaine, mais Mac-Mahon choisit un ministère de droite. Les radicaux forment l’aile la plus avancée du parlement, ils ont une forte clientèle ouvrière. Aussi l’Egalité s’intitule Journal républicain socialiste et déclare : "l’Egalité sera républicaine parce que la république est le dernier mot de l’évolution politique ou gouvernementale et ne laisse plus .de place qu’à une révolution économique ou sociale substituant à l’égalité nominale des droits, l’égalité réelle des faits" [28]. "Le seul terrain sur lequel puissent dignement et utilement se produire les revendications de la classe ouvrière est celui de la république républicaine". L’Egalité se déclare hostile à l’abstention électorale : "Intimement convaincus qu’un certain milieu préalable de liberté politique est nécessaire à la préparation de la révolution sociale, que cette révolution ne peut s’opérer que lorsque l’évolution gouvernementale est terminée, aux ouvriers nous ne cesserons, de prêcher l’action" [29]. Accusés plus tard de faire le jeu de la droite, les Guesdistes rappelleront souvent leur prise de position républicaine de 1877.

Le souci de ne pas diviser les forces républicaines, les souvenirs d’une collaboration toute récente expliquent sans doute l’aménité des rapports avec les radicaux. La polémique avec le député Talandier, qui occupe les numéros 12, 13 et 16, est fort courtoise. Talandier admet la collectivisation, mais il y voit de gros obstacles du côté des paysans, et d’autre part, il répugne aux moyens violents. L’Egalité, dans sa réponse, ne manque pas de souligner ce qui est commun aux interlocuteurs.

C’est aussi que le journal doit se battre contre les tendances très modérées du mouvement ouvrier. Coopération, hostilité aux grèves, réformisme dominent le Congrès de Lyon, dont l’Egalité traite l’ordre du jour dans ses numéros de janvier et de février. La coopération est la voie "la plus longue que puisse prendre le prolétariat" [30]. l’Egalité exhorte les travailleurs à la lutte et d’abord à la grève : "La grève prudemment et soigneusement engagée sera la seule barrière pouvant être opposée à l’exploitation capitaliste, le seul procédé permettant de la réfréner" [31]. Surtout, elle critique l’ouvriérisme qui déifie le manuel, l’ouvrier en tant que tel, et ferme la porte aux ralliés des autres classes. L’ouvrier connaît bien son mal certes, mais "dès qu’il s’agit de remèdes à appliquer, c’est autre chose : les exploités, en tant qu’exploités, ne sont pas plus aptes à indiquer la façon dont devrait être organisée la société que les malades à découvrir le traitement qui leur convient" [32].
Quand commence la seconde série (1880), la République est affermie au Sénat comme à la Chambre. Avec Grévy, Ferry, Gam¬betta, Freycinet, l’opportunisme règne. L’Egalité s’intitule désormais Organe collectiviste révolutionnaire. [33] Sur le front politique, le journal mène un double combat : contre la république bourgeoise mais surtout contre les radicaux, le grand parti rival dont l’influence sur la classe ouvrière est considérable. Les radi-caux sont présentés comme "les dernières réserves de la bourgeoisie". Lorsque paraît La Justice de Clemenceau, l’Egalité s’écrie la bourgeoisie "use ses derniers hommes, elle brûle ses dernières cartouches" [34]. Sur trente-deux éditoriaux, cinq visent les radicaux. Par un numéro qui ne comporte une attaque contre eux et surtout contre Clemenceau et son quotidien. La guerre se développe d’abord sur le mode mineur des coups d’épingle. Par exemple, l’Egalité reproche à La Justice de s’indigner contre l’esclavage colonial mais d’oublier les "esclaves blancs" [35] Mais après la prise de position officielle de Clemenceau vis-à-vis du collectivisme, lors d’un meeting fameux à Montmartre, la rupture est totale. Désormais, les doctrines et les hommes s’affrontent. L’Egalité ne cesse de dénoncer "l’hypocrisie profonde du radicalisme" [36]. La politique sociale des radicaux est passée au crible : les députés ayant proposé la réduction légale de la journée du travail, ils se voient reprocher de n’avoir pour mobile que l’intérêt des patrons : "L’intérêt... capitaliste, tel est l’alpha et l’oméga de l’argumentation de La Justice" [37]. Les radicaux menant campagne contre les logements insalubres, l’Egalité condamne leur action comme inefficace : "Tant que le régime de la propriété capitaliste et du salariat sera conservé, la population travailleuse sera condamnée à vivre dans des bouges" [38]. Plus largement, le journal condamne tout réformisme au nom de la révolution imminente, attitude qui a contribué à éloigner d’elle le prolétariat désireux de réalisation immédiate. Le ton des polémiques antiradicales est sans cesse plus virulent. La presse radicale est qualifiée de "presse immonde" [39], et les radicaux ne sont plus que "nos bons radicaux" ou encore "les plumitifs de la bourgeoisie".

Quelles sont les perspectives dans lesquelles s’inscrit la troisième série 1881-82 ? Dans le domaine politique, deux faits dominent cette période : à l’intérieur, les luttes antireligieuses et l’organisation de l’enseignement laïque ; à l’extérieur, après l’expé¬dition tunisienne de mai, celle d’Egypte. A ces questions, l’Egalité consacre assez peu de place. Sur l’expédition d’Egypte, on ne relève qu’un petit nombre d’articles. Lafargue dans La politique de la bourgeoisie, la dénonce comme l’effet des spéculations capitalistes. Mais les termes qu’il emploie ressortent davantage à la morale qu’a l’explication scientifique : "Le vol est la passion maîtresse de la bourgeoisie et il faut à tout prix qu’elle satisfasse sa passion" [40]. Il est vrai que dans Le Citoyen, quotidien, certains des rédacteurs menaient une campagne active contre les expéditions coloniales. Par ailleurs, on ne saurait oublier que l’impérialisme est lui-même dans sa jeunesse. Enfin, dans le camp socialiste, il y a bien des incertitudes. Un journal comme La Bataille, qui soutient parfois le parti ouvrier, est un partisan acharné de la colonisation [41]. Les socialistes n’ont pas sur ce point, à cette époque, de doctrine : ils n’ont que des positions.

Sur l’anticléricalisme, peu de choses. Dès 1877, l’Egalité s’était proclamée "athée en religion". En 1880, elle avait précisé son attitude au moment de la discussion au Sénat de l’article 7 : la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’intéresse pas les collectivistes. Ce qu’ils veulent, "c’est la suppression de l’exercice des religions" [42]. "Le cléricalisme n’est qu’un des aspects et une des formes du bourgeoisisme. Il ne disparaîtra qu’avec ce dernier" [43]. Dans la troisième série, Deville et Lafargue exposant le matérialisme historique, confirment l’athéisme fondamental des marxistes : "La source du sentiment religieux est dans les faits avant d’être dans les cerveaux. Le monde religieux n’est que la projection de phénomènes naturels au-dessus et en dehors du monde réel". La société collectiviste devra faire disparaître tous les vestiges des cultes. Elle ne sera pas en sécurité" tant qu’un clocher projettera son ombre malsaine d’éteignoir gigantesque sur le soi du pays ; tant que..., debout, les vieilles cathédrales parle¬ront aux imaginations et pourront faire poindre la guerre morbide de ce sentiment religieux implanté durant des siècles dans le fonds intellectuel de l’humanité" [44]. Dans l’ensemble, la presse collectiviste est, au jour le jour, beaucoup moins anticléricale que la presse radicale. Dans ce qu’il appelait lui-même "une blague" Pie neuf au paradis, Lafargue rejoint davantage le ton de l’époque. On nous présente un portier Saint Pierre "courroucé. Sa trogne rouge flamboyait ; il se promettait de tancer vertement l’intrus (Pie IX) qui, si mal à propos, troublait sa conversation nocturne et quotidienne avec la dive bouteille". Dieu le Père, tout perclus, est assis devant "un pot de tisane de guimauve et un verre ébréché". Et Saint Joseph est l’objet des plaisanteries classiques "Deux cornes gigantesques à nombreuses ramures, ornaient son front..." [45]. Cette pochade, d’un goût douteux, a été une des pièces à succès de l’Egalité, très souvent reproduite dans les autres journaux socialistes.

L’attitude de l’Egalité, tant sur la colonisation que sur le cléricalisme, exprime la conviction des collectivistes : hors la révolution, pas de salut. Par ailleurs, ils sont accaparés, dans ces années 1881-82, par l’organisation du parti ouvrier et surtout par la scission et la lutte avec les possibilistes. On a vu que cette polémique tendait à envahir le journal et à prendre la place de la doctrine elle-même. Près de la moitié des éditoriaux la concerne. L’aspect théorique est souvent distancé par les querelles de personnes. Le Prolétariat est baptisé "l’égout officiel du possibilisme", Brousse, "le docteur en ignorance". Quant à Proudhon., "le maître théorique des autonomistes, des fédéralistes, des possibilistes", il est vilipendé. "Quel affreux petit bourgeois, étroit, poseur, déclamateur... la mémoire de Proudhon doit être maudite par les militants du parti ouvrier" [46].

2) La doctrine. Tout en combattant les courants existants du mouvement ouvrier, l’Egalité s’était donnée pour tâche de faire connaître au public français le socialisme scientifique, la pensée de Marx et de Engels. [47] A vrai dire, cette pensée n’est pas d’abord la préoccupation exclusive des rédacteurs. Il y a, à cet égard, une évolution. La première série est beaucoup plus éclectique que les suivantes. Elle donne en fin de compte plus de textes de Blanqui (sept) que de Marx (quatre) [48]. Il est beaucoup question de Lassalle que Guesde admirait et dont il expose la fameuse loi d’airain des salaires [49]. Enfin, vis-à-vis de l’anarchisme, les incertitudes demeurent grandes. Sans doute on s’en sépare en principe : publiant une lettre d’Andréa Costa, l’anarchiste italien, le journal déclare s’y résoudre dans un but d’information, "Rien n’étant plus fait pour protéger contre une pareille erreur". Mais il accueille dans ses colonnes des écrits anarchistes. Dans le numéro du 2 juin 1878, on trouve cette affirmation libertaire selon laquelle "tous les efforts doivent tendre à faire disparaître le pouvoir central devant la libre fédération des communes affranchies... L’ordre politique est... pour toujours subordonné à la question économique" [50]. Dans celui du 16 juin, Elisée Reclus donne "quelques mots sur la propriété" [51]. Ce numéro symbolise d’ailleurs la volonté d’ouverture de l’Egalité. Y sont réunies les signatures de Reclus, Blanqui, Malon, André Léo, J.-B. Clément, Guesde, etc... Marx devait écrire l’article de tête mais une maladie l’en avait empêché. Un relent d’anarchisme est sensible dans certaines des positions tactiques de l’Egalité. Par exemple, au moment de la candidature de l’ébéniste Chausse, elle met en garde contre les illusions de la représentation des ouvriers au Parlement : les libertés politiques, "nous les obtiendrons aussi bien et aussi vite du radicalisme bourgeois que du parlementarisme ouvrier" [52]. Sans doute ces réticences proviennent-elles en grande partie de l’ambiance de la candidature, et l’Egalité déclarait ailleurs voir "dans l’organisation de la classe ouvrière en parti électoral un moyen de propagande et d’agitation". N’importe. La réserve présente contraste avec la fièvre électorale des années suivantes dont la presse socialiste sera littéralement submergée.

Cependant, le marxisme est déjà l’idéologie dominante. Il le devient davantage dans la seconde série (1880). Lafargue fait partie de la rédaction. Marx et Engels ont une influence directe sur le journal : le Programme électoral des travailleurs socialistes publié dans le numéro du 30 juin, est, on le sait, en grande partie leur œuvre [53]. Marx rédige à l’intention de l’Egalité une note pour présenter sa Misère de la philosophie [54]. On connaît l’appréciation de Marx sur cette deuxième Egalité : "...grâce en première instance à ce que Guesde est passé à nous et aux travaux de mon gendre Lafargue (elle) a fait voir pour la première fois en France un journal ouvrier au plein sens du mot" [55]. L’opposition entre anarchistes et collectivistes est désormais tranchée, sans qu’elle ait encore revêtue l’allure exacerbée des années suivantes. Les collectivistes œuvrent pour la création d’un parti organisé ; ils condamnent l’abstention ; ils affirment la nécessité de l’Etat dans la transformation révolutionnaire. Le numéro du 11 août déclare ; "L’anarchie, c’est la production sociale livrée aux désordres des appétits et des intérêts individuels... Etre anarchiste, c’est être bourgeois". Toutefois, certain texte sur la grève générale pourrait être revendiqué par les anarchistes [56].

Avec la troisième série, la vocation marxiste de l’Egalité s’affirme. Dans l’éditorial du premier numéro, elle se définit "franchement et scientifiquement centralisatrice". La rédaction est maintenant réduite aux seuls marxistes : Guesde, Lafargue, Deville, Massard et épisodiquement Letailleur. Lafargue réside en France, sa participation à l’Egalité est importante.

La doctrine revêt deux formes : des textes de Marx et de Engels ; des études dues aux rédacteurs du journal. Comme textes, la, première série donne : plusieurs extraits du Capital tirés de la traduction Roy [57]. La seconde série commence la publication de La misère de la philosophie qui est interrompue après trois numéros. Le 16 juin, on déclare qu’elle paraîtra en brochure distribuée en prime aux abonnés, ce qui ne fut jamais exécuté [58]. Peu de textes d’Engels. Un article, Le socialisme de M. Bismarck, paraît anonymement les trois et vingt-quatre mars 1880 [59]. Outre ces textes, en très petit nombre, on relève de fréquentes citations et références sur lesquelles les rédacteurs. étayent leurs exposés. Ceux-ci ont souvent été publiés ensuite en brochure [60].

Quels sont les principaux sujets traités ? Dans la première série, on présente avant tout la critique de la propriété individuelle et la solution collectiviste. Le collectivisme est défini comme l’appropriation collective des moyens de production, non pas par les corporations ouvrières, mais soit par la commune, soit par "une organisation sociale plus centrale". Une série de textes traite de la formation du capital et des "bases conventionnelles, de la propriété". Une autre s’attache à démontrer les avantages du collectivisme. Il assure la liberté pour tous [61] ; il stimule la production agricole. Trois articles sur ce sujet montrent la préoccupation de répondre à la fameuse objection : la société paysanne est incompatible avec le collectivisme [62]. On insiste sur l’existence du prolétariat agricole, sur le malthusianisme de la grande propriété. Enfin plusieurs articles, moins cohérents, traitent de l’exploitation ouvrière en régime capitaliste [63]. C’est surtout aux analyses économiques du marxisme que l’Egalité s’intéresse dans cette première série.
La seconde aborde les thèmes fondamentaux. Evolution et Révolution, une série des trois articles [64] expose le matérialisme historique : le développement des forces productives détermine le mouvement de l’Histoire [65]. Dans l’industrie [66], comme dans l’agriculture [67], l’évolution des techniques, le développement du machinisme, de la vapeur modifient la propriété, et par elle, le rapport des forces sociales. Le numéro 9 (18 mars 1880) décrit la constitution du prolétariat. De masse amorphe, il devient force disciplinée, au fur et à mesure que s’organisent les grandes entreprises et, des "capacités scientifiques et administratives" surgissent. Les ouvriers spécialisés, comme les mécaniciens, forment une élite, d’où sortiront les "chefs naturels du prolétariat dans les luttes révolutionnaires". Pendant ce temps, le capitalisme perd son rôle initial "la fonction sociale du capitalisme se limite à palper les revenus, à les gaspiller en faisant sauter des filles et des bouchons de champagne". Du jeu des forces antago¬nistes doit fatalement sortir la Révolution : "une crise industrielle, une crise politique, une guerre nationale, une révolution en Russie peuvent d’un moment à l’autre apporter l’étincelle électrique". La lutte des classes devient un des thèmes du journal qui définit, en même temps, les moyens d’action du prolétariat [68].

Dans la troisième série, Guesde reprend ses développements favorables sur les avantages du collectivisme dans le Collectivisme au Collège de France [69]. La meilleure contribution vient de Lafargue. Dans une suite d’études sur Le Parti ouvrier [70], il s’attache à souligner ce que le marxisme doit au progrès des sciences et singulièrement au transformisme. Ses exposés sur la théorie marxiste de la valeur, l’échange capitaliste, prouvent le souci de faire comprendre des notions fondamentales d’économie politique. En même temps, les rédacteurs s’efforcent d’illustrer les thèses marxistes par des exemples concrets. Massard étudie "l’accumulation capitaliste aux U.S.A. et en Russie" [71]. G. Deville, dans Une évolution, cherche à expliquer la grève de Roanne et l’attitude favorable des petits commerçants par la concentration industrielle, etc... [72].

La participation doctrinale de chacun des rédacteurs est très inégale. Bon polémiste, Guesde est un médiocre économiste ; du marxisme, il retient surtout des thèmes qu’il transforme en leitmotivs. Deville avait sérieusement étudié Le Capital dont, en 1883, il publie une adaptation sur laquelle Engels a d’ailleurs exprimé bien des réserves. Le théoricien le plus solide est certainement Lafargue, qui a réfléchi au marxisme et s’est préoccupé d’en faire un exposé cohérent, de fonder scientifiquement la politique du Parti ouvrier. La part qui lui revient dans l’Egalité est considérable. Mais ni les uns ni les autres ne sont des créateurs, simplement des vulgarisateurs.

Leur vulgarisation du marxisme appelle plusieurs remarques. Quant à la forme, on peut noter la tendance aux abus de vocabulaire, à l’invective, à ce que Marx appelait, parlant de Lafargue, sa "phraséologie ultra-révolutionnaire" [73]. Les exemples abondent. Il est souvent question de "l’imbécilité bourgeoise", des "âneries bourgeoises". On lit : "Il est indifférent pour la prospérité des chemins de fer du Nord et des usines du Creusot que les Rothschild et les Schneider soient des crétins et des fainéants" [74]. Parlant d’un discours d’Albert de Mun qu’il intitule "le discours du pompier", Lafargue écrit : "Le socialisme chrétien de 1882 ne peut être qu’idiot et ridicule : il ne mérite que le mépris des socialistes modernes..." [75]. Or, qualifier n’est pas expliquer.

Surtout, les rédacteurs ne semblent pas concevoir le marxisme comme une méthode d’analyse. Ils n’en perçoivent pas encore, non plus, le contenu dialectique. Une des seules allusions à ce sujet est peu claire : "L’Humanité ne marche pas en ligne droite... A de certaines périodes du mouvement, l’Humanité arrive à, des points correspondants, où l’on voit reparaître les formes antérieures que l’on croyait éteintes à tout jamais, mais elles ne reparaissent que profondément modifiées par la succession inin¬terrompue des phénomènes économiques qui se sont produits dans l’intervalle [76]. La notion des superstructures, si importante, n’apparaît nulle part. La lutte des classes est envisagée de façon "mécaniste", l’un des deux adversaires, la Bourgeoisie, restant immobile devant les assauts sans cesse plus furieux du Prolétariat. D’où les idées sur la Révolution, que le seul jeu des forces économiques déclenchera. La Révolution est automatique, inévitable et fatale. "Elle ne sera pas le produit raisonné d’une volonté claire et précise, Mais s’imposera à tout le monde comme toutes les révolutions précédentes... ; on ne peut donc déterminer d’avance les conditions dans lesquelles se lèvera le jour du prolétariat" [77]. Le messianisme révolutionnaire des socialistes de cette- époque est frappant. La Révolution va venir, elle est imminente comme le tonnerre, elle peut éclater "d’un moment à l’autre" [78]. On lui assigne une date. Lafargue déclare que "dans cinq ans, l’Europe traversera une période révolutionnaire pendant laquelle on pourra pratiquer l’expropriation de la classe bourgeoise et établir la justice ouvrière sur la terre". Guesde parle de "cette Révolution... que les fantaisistes renvoient en l’an 2000, alors qu’elle sera, si nous le voulons, l’affaire de quelques années à peine... La Révolution est proche... Il suffira du choc de deux nuages pour déterminer l’explosion au bout de laquelle il y a l’émancipation humaine" [79].

Les conséquences de cette attitude sont importantes sur le plan tactique ; il en découle intransigeance et refus de tout réformisme, En dehors de la Révolution, le Prolétariat ne peut rien faire pour améliorer sa situation. D’où la condamnation des projets de lois sociales soutenus à la Chambre par les radicaux [80]. Au moment de l’organisation de l’enseignement primaire, l’Egalité écrit : "Nous redoutons autant les générations abruties par la pédagogie bourgeoise que celles polluées par l’instruction congréganiste" et elle ajoute que "la criminalité augmente en raison directe de l’instruction" [81]. Toutefois, dans le courant de 1882, on enregistre une évolution vers une position plus souple. La campagne sur les loyers à Paris a joué un rôle décisif. Le désir de ne pas être coupée des masses populaires a conduit l’Egalité à prendre fait et cause pour une réforme des loyers [82], et plus généralement pour l’amélioration immédiate de la condition ouvrière. "Le Parti ouvrier... doit réclamer et travailler à obtenir toutes les réformes qui pourraient momentanément alléger les fardeaux qui pèsent sur la classe ouvrière" [83]

Il reste à apprécier l’influence de l’Egalité. La faiblesse du tirage, les difficultés d’existence traduisent une audience limitée. Une minorité seulement était touchée. Il importerait de connaître la composition professionnelle et sociale de ce premier public de l’Egalité. En l’absence de liste d’abonnés, deux rubriques du journal peuvent donner des indications : celle des communications et celle de la correspondance. Ainsi, dans la première série, on relève 14 communications émanant de chambres syndicales parisiennes ; dans la seconde série, il y en a 21 et 41 dans la troisième. La progression est nette. Viennent en tête les mécaniciens (5, 3 et 19), puis les tailleurs (0, 4 et 4). Mais dans l’ensemble, les groupes corporatifs préféraient s’exprimer ailleurs. Régionalement, surtout dans la troisième série, une géographie du guesdisme se dessine déjà : Roanne, Reims, Troyes, l’Allier et le Nord sont parmi les régions qui expriment leur fidélité au moment de la scission possibiliste.

L’influence lointaine de l’Egalité a été, par contre, considérable. Prototype du journal socialiste marxiste, elle a fourni un modèle que la plupart des organes guesdistes ont par la suite imité. Ils en ont repris la présentation, parfois jusqu’au format, la composition et certains traits caractéristiques comme l’anonymat des articles, l’absence de publicité, le style du feuilleton et surtout la place faite à la doctrine et au mouvement socialiste international. La comparaison avec Le Socialiste, autre grand organe guesdiste, et la série des journaux du Nord de 1882 à 1893 par exemple, serait assez démonstrative [84].

Sur le plan idéologique, l’importance de l’Egalité est plus notable encore. Les articles de Guesde, Lafargue, Deville, que les militants pouvaient se procurer en brochures ou dans les nombreuses collections du journal mises en vente ultérieurement, ont été reproduits maintes fois dans les organes du Parti ou ont servi de base aux exposés des dirigeants locaux [85]. Ils ont ainsi formé un fonds doctrinal commun. Au moins jusqu’en 1893, on se réfère beaucoup plus à Guesde et à Lafargue qu’à Marx et à Engels. L’Egalité, est donc responsable de la première physionomie du marxisme en France ; les thèmes qu’elle a retenus, les termes qu’elle a employés ont constitué comme le catéchisme élémentaire du collectiviste. Le rôle de ce petit journal dans l’histoire du socialisme français est donc capital.

Notes :

[1NAA - A ce titre, nous précisons qu’avec la deuxième série - janvier 1880 - Paul Lafargue s’associera avec Jules Guesde aux efforts pour la parution - malgré toutes sortes d’entraves - de ce journal. Ces deux noms restent indissociables de L’Egalité.

[2Du 19 oct. 1872 au 12 avril 1873. A ce sujet, cf. Compère-Morel Jules Guesde. Paris, 1937. 505 p., pages 95-96.

[3Arch. nat. F 18. 343.

[4Par exemple, au moment d’une grève de corroyeurs (1875), Barberet avait mis de la lenteur à insérer le communiqué ouvrier. Arch. de la Préf. de police, B a/ 167. "Les grévistes se montrent très mécontents du refus à peine déguisé par lequel il a accueilli leur demande", déclare un rapport.

[5Les associations professionnelles ouvrières, tome III, 1903, p. 266. Ces projets d’émancipation rencontraient évidemment l’hostilité du Rappel, qui craignait de perdre la plus grande partie de sa clientèle. A ce sujet, cf. Arch. de la Préf. de police, B a/ 199, pièce 93.

[6Le radical, 9 mars 1877. On consultera les textes cités dans Jules Guesde, textes choisis (1867-82) présentés par Cl. Willard. Paris, 1959.

[7S. Bréolle, mécanicien ; A. Chénardet, cordonnier ; F. Fouché, scieur à la mécanique ; S. Paulard, représentant de commerce ; Manceau et J. Vaidy, employés de commerce. La plupart abandonneront plus tard le groupe de Guesde.

[8Archives de la Préfecture de Police.

[9Note, p. 252. Cet ouvrage nous a été signalé par M. Haupt. Valiani se fonde sur des lettres de Hirsch (28 juin 1884) et de Deville (12 novembre 1889) retrouvées dans les archives de Liebknecht à l’Institut d’Amsterdam. Lors du procès intenté aux collectivistes en octobre 1878, après l’interdiction du congrès international socialiste de Paris, ces faits leur seront reprochés, les papiers saisis chez Massard, secrétaire de l’Egalité, ayant fourni la preuve de versements allemands. Voir A. Préfecture de Police, B A/ 28 et 29.

[1012.000 francs, à Paris, 3.000 francs en province.

[11Darrieux s’exile pour échapper à la prison ; mais il meurt en mars 1879 en Espagne.

[12On trouve ce texte célèbre dans l’Egalité, 2’ série, n° 1 (21 janvier 1880). L’étude sociale des signataires est intéressante.

[13Arch. Nat. F 7. 12488. Rapport sur l’Egalité. Il y aurait des cor-respondants à Reims, Cherbourg, Rennes, Vienne, Béziers, Givors, Dijon, Sète, Nîmes, Limoges, Perpignan, Orléans, Brest, Troyes.

[14N° 32, 25 aoKt 1880.

[15Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers. Tome I, 1867, 1883,. Paris. Costes, 1950, p. 250.

[16Ce journal a eu une évolution compliquée. D’abord radical, il devient franchement socialiste sous l’influence de Guesde.

[17Lettre du 9 juin 1881 citée par Compère-Morel, p. 202.

[18Avant de publier l’Egalité quotidienne, Guesde avait tenté de continuer Le Citoyen sous des titres divers : Le citoyen français, Citoyen de Paris, Citoyen universel, Citoyen des deux mondes, Citoyen international, numéros attestés par des documents divers mais introuvables à la bibliothèque nationale.

[19Un dossier intitulé La presse socialiste à la Préfecture de. Police ne dit rien là-dessus ; rien non plus, dans le dossier des Arch. Nat. F 18.343, où l’on trouve quelques documents sur l’Egalité.

[20Correspondance F. Engels - Paul et Laura Lafargue. Tome I, 1868-86. Paris 1956, p. 94. Idem, p. 91 et 98.

[21Arch. Nat. F 18. 343. Dossier de l’Egalité.

[22Numéro 1, 21 janvier 1880.

[23Numéro 1, 3e série, 11 décembre 1881.

[24Cinq éditoriaux critiquent les radicaux : n° 11 (31 mars) So-cialisme parlementaire, n° 13 (14 avril) et n° 14 (21 avril) Mise en demeure (polémique de Guesde et de Clemenceau), n° 15 (28 avril) Grévistes et radicaux, n° 21 La loi de dix heures et les radicaux. Les numé¬ros 16, 17, 18, 20 critiquent l’action du gouvernement républicain dans les grèves, à propos des conflits de Bolbec.

[25Ce Most a été pourtant très vivement critiqué par Marx.

[26Numéro 1, 11 décembre 1881, Paul Lafargue : Le parti socialiste allemand.

[27Ces facteurs joueront à plein au moment du boulangisme. Les Guesdistes se trouveront très isolés. Il est significatif de voir la fraction blanquiste ralliée au Boulangisme réclamer un socialisme national. Voir Le Blanquiste, n° 1, 18 mars 1890, B.N. JO. 11 991.

[28N° 1, 18 novembre 1877, Notre politique.

[29N° 1, 18 novembre 1877,Notre politique.

[30N° 2, 25 novembre 1877.

[31N° 5, 30 décembre 1877. Lors des grèves des mineurs de Montceau-les-Mines et de Decazeville, le journal ouvre, le 17 mars 1878, une souscription, "pour suppléer à l’inqualifiable défection des syndicats, sociétés coopératives et autres groupes ouvriers de fait, mais non d’esprit". Il attribue l’échec de la grève à "la désertion d’une majorité ouvrière coopératisée jusqu’à la moelle".

[32N° du 14 avril 1878, à propos du projet de Congrès International auquel les ouvriers ne voulaient admettre que les travailleurs manuels.

[33Par exemple, la polémique avec La République française sur les lois nouvelles. Plusieurs éditoriaux sont consacrés à critiquer l’attitude du gouvernement dans les grèves.

[34N° du 21 janvier 1880.

[35N° 8 du 9 mars 1880.

[36N° 19, 23 mai : Les massacres de Mai et les radicaux.

[37N° du 9 juin, éditorial : La loi de dix heures et les radicaux.

[38Idem.

[39N° spécial du 23 mai.

[40N° du 18 décembre 1881. Voir aussi n° du 6 août 1882.

[41En particulier, dans les articles signés Maubryan.

[42N° du 2 mars 1880.

[43N° du 7 avril 1880.

[44N° du 11 décembre 1881. Voir aussi n° du 18 février 1880.

[45Ce texte avait déjà été publié dans un journal espagnol La Emancipacion (1872). Dans l’Egalité, n°s 14, 15, 16 et 17 de 1882.

[46N° du 4 juin 1882. Pour la réfutation théorique du Possibilisme, voir en particulier les articles de Lafargue sur l’autonomie, 25 décembre 1881 et suivants.

[47Cette doctrine n’est pas absolument inconnue en France à cette date. Le premier livre du Capital, Critique de l’économie politique : le développement de la production capitaliste est paru en France de 1872 à 75, chez Maurice Lachâtre, 11, rue Bertin-Poirié. La traduction avait été entièrement revue et avec beaucoup de soin par Marx, qui déclare dans un avis au lecteur précédant la dernière livraison que cette édition "possède une valeur scientifique indépendante de l’original et doit être consultée même par les lecteurs familiers avec la langue allemande". Cf. M. Rubel, Bibliographie des œuvres de Karl Marx. Paris, Rivière 1956, p. 156. L’ouvrage a suffisamment de notoriété pour qu’en 1876, La Revue des Deux Mondes en donne une critique. Les autres œuvres de Marx écrites ou traduites en français se réduisaient à peu de chose, à peu près uniquement La misère de la philosophie, réponse à la philosophie de la misère de M. Proudhon. Paris, Bruxelles, 1847. Quant au Manifeste communiste, Marx et Engels en mentionnent une première traduction française parue à Paris à la veille de l’insurrection de juin (Rubel, op. cit. p. 63), qui n’a jamais été retrouvée. La première version attestée est celle du Socialiste (1886).

[48Texte de Blanqui : numéros 12, 14, 26, 27, 29, 30, 31.

[49N° du 27 janvier 1878.

[50Article anonyme intitulé La question économique et la question politique.

[51Cet article est une des causes des procès contre l’Egalité. Reclus, interdit de séjour ne pouvait publier dans un journal français.

[52N° du 13 janvier 1878.

[53Programme élaboré en commun à Londres par Marx, Engels, Guesde et Lafargue. Cf. entre autres, la lettre de Marx à Sorge, 5 novembre 1880. Op. cit. tome I, p. 254.

[54Note anonyme, mais retrouvée dans les papiers de Marx par E. Botigelli et publiée dans Annali dell’Istituto Giangiacomo Feltrinelli, 1958, p. 294.

[55Marx à Sorge. Op. cit. p. 253.

[56N° du 2 juin 1880. "Les grèves resteront infécondes tant qu’elles seront limitées à une localité et à une industrie ; ce n’est que lorsqu’elles prendront un caractère général et soulèveront toute la masse ouvrière du pays qu’elles amèneront des résultats positifs".

[57N° 5 La production capitaliste ; N° 8 L’accumulation ; N° 10 L’accumulation primitive ; N° 21 Une prétendue compensation, étude sur les rapports du machinisme et du chômage..

[58Une nouvelle édition de La Misère de la philosophie paraît en 1886.

[59Rubel, op. cit. p. 250.

[60Ainsi Le collectivisme au Collège de France, Paris, 1883, 32 pages. C’est la réunion d’une suite d’articles de Guesde parus sous le titre Leçons à un professeur dans l’Egalité, 1881, n° 4, 5, 6 et 7.

[61N° 2 Le collectivisme et la liberté.

[62N° 3 La propriété et la production. N° 4 Collectivisme et production agricole. N° 6 Grande culture et grande propriété.

[63N° 4 : étudie la plus-value réalisée par les compagnies minières italiennes sur le travail des mineurs. Le n° 21 (Une prétendue compensation) reproduit un texte du Capital sur les effets du machinisme qui accroît l’armée industrielle de réserve. Dans le n° 9, Guesde explique la loi des salaires, d’après Lassalle, loi que Marx a critiquée.

[64N° 5 (18 février), 6 (25 février), et 7 (2 mars 1880).

[65N° 5 : "Jusqu’à Marx et à Engels, l’histoire évolutionnaire et révolutionnaire de l’humanité n’a été envisagée qu’à un point de vue idéaliste..." L’auteur prend pour exemple la religion.

[66N° 6.

[67N° 7.

[68N° du 2 juin 1880 ; "L’histoire humaine n’est que l’histoire de la lutte des classes". Cf. aussi n° du 4 août.

[69Numéros 4, 5, 6, 7.

[70Numéros 4, 5, 6, 7.

[71Janvier et février 1882.

[72N° du 19 mars 1882. De même, dans La participation, Lafargue puise ses exemples dans la vie économique contemporaine.

[73Lettre de Marx à Laura Lafargue, 14 décembre 1882, publiée par E. Botigelli, op. cit., p. 215

[74L’Egalité, n° du 18 mars 1880.

[75Id., n° du 8 décembre 1882 (série quotidienne).

[76N° du 25 février 1880.

[77N° du 10 février 1878.

[78N° 9 du 18 mars 1880.

[79N° du 9 août 1882, compte rendu d’une réunion publique. La crise économique de 1882 a joué un rôle important dans la genèse de ce messianisme révolutionnaire. Son ampleur entraînait les socialistes à penser qu’elle annonçait des temps nouveaux.

[80L’Egalité condamne tour à tour le projet de loi sur la journée de dix heures, celui sur les logements insalubres, sur les mineurs. "De milieu entre la propriété privée et la propriété sociale du sous-sol il n’y en a pas" (n° du 19 mars 1882). "Tant que le régime de la propriété capitaliste et du salariat sera conservé, la population travailleuse sera condamnée à vivre dans des bouges" (n° du 9 juin 1880).

[81N° du 26 mars 1882, article d’Emile Massard. Dans le n° suivant (1er avril-) Guesde atténuait d’ailleurs ces affirmations en montrant la portée révolutionnaire de la loi.

[82Sur cette question, voir Cl. Willard, op. cit., p. 134 et sq.

[83N° du 9 août 1882, Paul Lafargue, De Parti ouvrier et la question des loyers. Cf. aussi n° du 18 juin 1882.

[84Notre affirmation n’est pas gratuite. Nous avons entrepris cette comparaison.

[85Un exemple, entre cent autres : le n° 99, du 9 janvier 1893 du Roubaix-Socialiste donne en éditorial un article de P. Lafargue, Vénalité de la presse bourgeoise, paru dans l’Egalité, n° du 21 juillet 1880. Le retour trop fréquent aux sources ne va pas d’ailleurs sans favoriser un certain immobilisme. Les militants se sont souvent contentés de reproduire sans effort personnel d’adaptation.




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