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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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{Marge}, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 2-3.
Article mis en ligne le 14 mars 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Propos mal à propos. propos en marge d’une autocritique.

1. Quelle pratique proposa MARGE ?... Celle que propose celui qui pose cette question !

Plutôt que d’élaborer une théorie, Marge se propose de construire un discours, celui qui annonce la rumeur qui gronde.
Plutôt que de définir une pratique, Marge se propose d’adopter un comportement, celui qui annonce le réseau qui se ramifie.

Las de la caduque distinction académique "théorie" et "pratique", les "gens de Marge" ont préféré se fondre et se confondre dans leurs discours et leurs comportements qui les ramènent à leur quotidien et à leur vie et qui tissent d’ores et déjà l’immense toile d’araignée du "réseau Marge".
L’une des critiques adressées à l’encontre d’un aspect de la "praxis de Marge" a concerné la réunion hebdomadaire rituelle : le blabla comme ont dit certains. Et à ceux-là, je ne suis pas loin de leur donner raison car les réunions n’ont un sens que si elles permettent la rencontre ; or certaines de ces réunions se sont rapidement instituées en scènes de théâtre où ont évolué certains ténors, toujours les mêmes, qui, maniant bien les mots, ont, par la longueur et la fréquence de leurs interventions, censuré la parole des autres. Dans ce jeu répétitif, qui gratifie quelques-uns et frustre beaucoup d’autres. seule circule la pseudo-parole et finalement il n’en ressort qu’une pénurie au niveau relationnel et créatif. Au lieu de croupir sur son fondement et de s’écouter croasser, le groupe "Marge" peut se constituer tour à tour : groupe d’étude et de recherche (rédaction d’articles collectifs par exemple), groupe de liaison (échanges avec d’autres groupes en les recevant ou en allant les voir), groupe de diffusion (ventes collectives des journaux et pratiques d’intervention), groupe d’action (à définir par et pour chaque groupe), groupe de fête (bouffe et musique], etc. Chaque groupe, enrichi d’une expérience nouvelle, pourra en faire profiter les autres, mais ceci en se méfiant de la notion d’exemplarité car l’exemplarisant s’arroge trop vite un pouvoir sur l’exemplarisé et parce que les meilleurs enseignements sont toujours tires de ses expériences propres.
Quoi qu’il en soit, discours et comportements traduisent la manière d’exister du groupe et c’est à chacun d’entre eux de faire preuve d’imagination et d’originalité et cela au nom de la pluralité marginale.

2. L’aliénation ne passera pas.

Dissensions et conflits sont souhaitables parce que signes de vie.
Accusations et calomnies sont exécrables parce que signes d’ennui.

Pour couper court aux éventuelles tentatives de surveillance ou de commérages au sein de "Marge", il convient de rappeler que l’une des raisons d’être de ce mouvement est de hurler l’indépendance et la liberté de chaque individu. "Marge" ne doit pas reproduire le militantisme le plus étriqué et le plus contraignant et encore moins pérenniser la convoitise et le ressentiment et cela, même si l’on doit perdre en efficacité à court terme, sinon ce mouvement sera mort—né. Chacun vient avec sa personnalité et ses moyens et donne ce qu’il veut, sous la forme qu’il veut, et cela sans obligations, ni culpabilisation ou c’est à nouveau l’enfermement. Chacun peut se garder un peu de mystère si ça lui fait plaisir et cela sans que le nez sale d’un autre vienne y fouiner ; à "Marge" il n’y a pas de flics, les procédures d’exclusion ou d’excommunication sont inconnues. Je rappelle à ceux qui ont un trop-plein d’agressivité qu’il ne faut pas se tromper de cible, les priorités à abattre ne sont ni à "Marge" ni dans des groupes politiquement proches, mais ailleurs. Avant de regarder les autres, regarde-toi toi-même : il est plus facile à quelqu’un qui n’a rien à perdre de se dire révolutionnaire et si celui-là ne supporte pas la rencontre avec d’autres venant d’azimuts différents, il peut toujours se recycler dans les revendications salariales syndicales. Quant à ceux qui ont l’intention de venir à "Marge" avec une quête permanente d’assistance, avec l’intention de prendre plutôt que de donner sous prétexte qu’ils sont nécessiteux, nous leur fournirons charitablement les adresses d’organisations chrétiennes. "Marge" n’est nl un refuge, nl un asile, nl un lieu thérapeutique et n’a nullement l’intention de replâtrer les dégâts de cette société. Les "gens de Marge", parce qu’ils sont redevenus Hommes, sont tous des aristocrates : chaque individu est roi à "Marge".
Remarque remarquable : pour répondre à un marxiste qui m’avait appelé "camarade" et qui s’étonnait de mon sourire, je l’informe, qu’à "Marge", nous sommes personnalisés et que nous nous appelons comme nous voulons [nom. prénom ou surnom) et ceci non obligatoirement précédé d’un titre anonyme stéréotypé comme : "Monsieur", "mon frère" ou "camarade" ; ce genre d’attribut possède un avant-goût impératif et uniformiste ; il relève. non pas de l’appellation, mais déjà de l’interpellation et annonce la répression et ses matricules.

3. Le "centralisme de fait" est défait.

Chaque Individu est le centre de l’univers.

Un groupe provincial a sa méfiance en ce qui concernait la « centralisation de fait » auprès du groupe originel des informations, du courrier, du journal. Cela est vrai. mai il est évident qu’un groupe prenant une initiative en a pleinement le contrôle au début et tant qu’il est seul ; maintenant le temps est venu de la décentralisation : le groupe parisien a éclaté en plusieurs groupes tandis que d’autres groupes ne sont spontanément constitués à Paris, en province. a l’étranger. En ce qui concerne le journal, n’importe quel groupe peut en assurer tour à tour la prise en charge globale (rédaction, impression, financement et diffusion) : il lui suffit de le dire au groupe qui avait assumé la parution précédente.
Ceci étant, il n’est pas sain de raisonner en termes de compétition ou de surenchère inter-groupes ; mieux vaut tendre à une complémentarité. Il appartient à chaque groupe d’exister en fonction de ses originalités, de faire ses choix, d’avoir des projets et de se donner les moyens de les réaliser.

4. Redéfinir le militantisme ?

Militer, c’est se chercher.
Exister, c’est autre chose.

D’abord et pour commencer, "militant" et "militaire", ça se ressemble trop et il n’est pas question de jouer au petit soldat. Pas question non plus de reproduire le "militantis vulgarus" : le pauvre type, aliéné et contraint, à qui on amputera une grosse part de son salaire, à qui on commandera des devoirs quotidiens à accomplir et à qui on distribuera des hors ou des mauvais points. S’il est docile et obéissant, il gravira les échelons de la hiérarchie de la même façon que dans le système soi-disant combattu. Et de trompé et abusé, le militant n’aura réussi qu’à doubler ou tripler son temps de travail aliénant avec l’illusion d’avoir existé un peu, alors qu’il n’aura été que davantage manipulé. Au bout du compte, il aura travaillé plus qu’un autre pour être con et content.
Je ne parle pas des militants météores qui traversent tour à tour plusieurs organisations politique à la recherche de bénéfices primaires ou secondaires et qui n’expriment en fait qu’une quête affective jamais assouvie.
Alors que faire ?... Chacun peut accomplir les tâches de son choix selon ses désirs et ainsi le travail se partage naturellement, étant bien entendu qu’il reste toujours des tâches rebutantes qui doivent être faites, mais que, se sentant non contraints, un ou plusieurs peuvent choisir de se faire une douce violence. Ceci fonctionnant selon le schéma "j’aime le faire" ou "je me sens motivé", pourrait relever d’un "désir-militantisme", mais cette notion reste bien ambiguë. ll faut espérer que la pluralité des goûts pourra recouvrir la pluralité des choses à faire.
Ce paragraphe ne fait que poser le problème. Je crois qu’il n’y a pas de solution globale : chacun apporte sa réponse et s‘y conforme ("pluri·militantisme").
Pour ma part, Il m’est désagréable d’apporter aux autres la "bonne parole" de la même façon que le
n’aime pas la recevoir. J’ai le désir que d’autres viennent à "Marge", mais il est plus important que ces autres aient eux-mêmes le désir d‘y venir. Les organisations politiques s’accroissent en nombre par l’adhésion, terme hypocrite qui masque en fait un véritable enrôlement assuré par un matraquage idéologique ; à l’opposé, les gens viennent à "Marge" par un jeu d’attraction-séduction, ils sont attirés et conquis simplement par l’existence même de "Marge".
Il vaut mieux faire envie que pitié ("anti-militantisme").
Redéfinir le militantisme ?... Dans notre histoire s’inscrira la réponse...

5. Créons des groupes "Marge".

La recherche de la rencontra permet la rencontra de la recherche.

Le groupe "Marge" se constitue spontanément à partir de quelques individus qui e reconnaissent dans à le mouvement "Marge" et qui éprouvent le désir d’exister ensemble et de faire quelque chose ensemble ; ils se coordonnent alors horizontalement avec les autres groupes existants. Ce groupe, pleinement autonome, fait ce qu’il veut, où il le veut, quand il le veut et comme il le veut. Les individus se regroupent essentiellement par affinité en tenant plus ou moins compte des exigences géographiques ; ils sont ensemble parce qu’ils s’aiment.
Dès lors, la dynamique du groupe potentialise la dynamique propre de chaque individu qui le compose ; ce groupe-noyau possède une énergie considérable due à cette surcomplémentarité intra-nucléaire, cette énergie se libère et c’est la bombe à énergumènes.
Le groupe est partout dans l’espace : Il peut migrer, essaimer, se nomadiser. Le groupe est partout dans le temps, il a le temps, le temps sans ses trois dimensions : son passé (son résumé, son enseignement, son autocritique), son présent (ses rencontres, son plaisir, le vécu de son expérience), son avenir (sa recherche, son Imagination, sa créativité). La multiplicité des groupes et la pluralité des expériences assurent l’irrécupérabilité, l`inaliénabilité, l’inaltérabilité du mouvement.
De quelque côté que la Marge se regarde, elle est majestueuse comme Chéops... et pourtant, pas de pyramide : le groupe "Marge" c’est la base, le groupe "Marge" c’est le sommet.

6. Lutte des classes et marginalité.

La lutte des classes, c’est l’opium du peuple.

Comment parler de libération par la lutte des classes quand l’ouvrier ne cherche qu’à s’identifier au bourgeois, quand l’esclave ne cherche qu’à s’identifier au maitre et quand on nous propose encore une dictature, fut-ce celle du prolétariat ?... C’est vrai, il y a des classes, couches et catégories sociales, mais le combat doit être mené plus profondément : dans les couches de mentalité.
Pourquoi ce départ à partir de la marginalité ?... Parce que c’est dans les poubelles de cette société décadente qu’0n trouve les germes de la révolution. La grande invasion ne viendra pas de l’Est avec les fils du soleil levant, mais de tout près, de l’intérieur, de dessous nos pieds : les cohortes de marginaux, les hordes de barbares, ces ombres de nous-mêmes sales, visqueuses et grimaçantes sortiront des caves, des caniveaux et des égouts et éclabousseront de leurs miasmes la bêtise instituée ; les gens des hautes sphères ont conquis la lune, les gens des bas-fonds conquerront le soleil. Ceci, je ne l’affirme pas à partir d’une analyse sociologique précise, je le ressens viscéralement et je le visionne...
...Vive la Frange...
Mais qu’est-ce que "Marge" ?... Un monstre diabolique, une hydre à mille têtes disparates : on en coupe une et il en repousse dix, encore effrayantes, encore différentes, encore plus voraces.
Mais que veut "Marge" ?... Changer le monde...
Changer le monde ?... Et même si l’0n n’y arrive pas, on a raison d’essayer...

Daniel LADOVITCH




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