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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Zimmerwald
Article mis en ligne le 17 mai 2015
dernière modification le 15 mai 2015

par ArchivesAutonomies
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En pleine guerre impérialiste, en 1915, dans un petit village de Suisse, des révolutionnaires de tous les pays d’Europe se réunissaient en vue de lutter contre la guerre, non sur des bases pacifistes mais au nom de la classe prolétarienne.
Cet événement - qui, à l’époque, n’effraya pas la bourgeoisie – devait se conclure par la Révolution d’octobre 1917 en Russie et servir de lien entre les divers mouvements révolutionnaires jusqu’en 1919. La 3ème Internationale normalement rendait caduque et régressive l’idéologie de Zimmerwald ainsi que l’existence de son bureau, dissous d’ailleurs dès le 1er congrès de l’IC.
Ce fait politique important de la guerre 1914-18 renfermait donc en lui cette contradiction d’être un pas en avant en 1915 et déjà en retard dès 1917. Est-ce à dire que les conditions politiques étaient changées de 1915 à 1917 ? Du point de vue uniquement de la conjoncture – en raison de l’exacerbation du contraste capital-travail et de l’épuisement du fait de la guerre – oui ; mais la situation historique était changée depuis 1914, exprimant pour la société en général un tournant vers une crise permanente du régime et l’ouverture d’une ère de guerre et de révolution.
Le problème de Zimmerwald ne se présente donc pas comme un principe révolutionnaire mais, tout au contraire, comme une tactique du moment pouvant par-là avoir des effets contraires selon la conjoncture, ce qui est le fait de toute tactique.
A la faillite de la 2ème Internationale qui livrait la classe ouvrière à la bourgeoisie, se posait pour les révolutionnaires un problème de regroupement du prolétariat sur des bases de classe.
Il y avait pour Lénine deux méthodes à employer. Ou rester fidèle à la lettre au "Que faire" et décider, d’une manière orthodoxe et sur papier, la création de fractions bolchéviques dans les autres pays d’Europe, ou bien dans l’esprit de "Que faire" concentrer la lutte des avant-gardes dans chaque pays sur le problème de classe le plus important du moment, pour donner à la lutte de classe la plus large possibilité de généralisation et permettre à l’histoire de vérifier les armes de lutte du prolétariat. C’est la deuxième méthode que Lénine a choisie et c’est celle qui convenait le mieux à la situation et qui jetait les bases du nouveau regroupement des forces révolutionnaires.
Certains sectaires, au nom des inaltérables principes acquis par l’expérience ouvrière, verront là un début de politique opportuniste puisque la notion de fraction était mise à l’écart. Pour nous, Lénine avait raison de considérer que le problème n’était pas dans l’application stérile, verbale et statique de principes révolutionnaires mais que cette application ne pourrait se faire que par l’action. Car seule cette action rendait de plus en plus nécessaire, aux yeux de la classe ouvrière, la création du parti et d’une nouvelle Internationale.
Poser en 1915, comme condition indispensable pour une action commune, la rupture avec la 2ème Internationale ainsi que l’acceptation des données révolutionnaires de "Que faire", c’était d’une part laisser les mains libres à la bourgeoisie dans sa propagande pour la lutte impérialiste, ne pas admettre que le point central de délimitation des frontières de classe était la guerre ; et transformer les moyens de lutte en but de la lutte de classe d’autre part, c’était empêcher la cristallisation de l’énergie révolutionnaire et poser la réalisation du parti et de la nouvelle Internationale à priori, en dehors du contexte historique, c’est-à-dire de l’action.
Cette méthode aurait faussé non seulement le développement de la conscience ouvrière, qui ne se serait pas retrouvée dans les discussions sans discrimination d’importance de l’avant-garde, mais n’aurait nullement garanti les principes de base de l’avant-garde parce que cette dernière serait morte avant terme.
La dialectique d’un Lénine était conséquente et tangible et sa tactique reflétait plus les principes révolutionnaires au travers des mouvements de classe et leurs aspirations inconscientes mais réelles que des références verbales aux principes révolutionnaires. Ainsi, nous voyons se dessiner un des premiers aspects de la tactique. L’action révolutionnaire doit se concentrer sur le point central à l’ordre du jour et seule cette action permet à l’avant-garde de se fortifier en éliminant les éléments de hasard qui se sont introduits dans son sein et d’intervenir efficacement dans les mouvements sociaux ; jusqu’en 1914, la lutte était axée sur la politique réformiste de la 2ème Internationale.
Les bolcheviks et la gauche de la 2ème Internationale combattaient avec insistance cette politique funeste qui donnait dans le jeu de la perspective du moment : la guerre impérialiste. Le point central de la lutte tournait autour de la guerre impérialiste bien que tous les partis socialistes proclamaient jusqu’à la veille d’août 1914 leur volonté antimilitariste. L’action révolutionnaire consistait donc dans la démonstration quotidienne du caractère de guerre impérialiste de la politique réformiste.
Après 1914, le point central devint la lutte contre la guerre et la perspective de la guerre civile. Ici, l’avant-garde n’a plus un rôle défensif pour éviter la perspective bourgeoise mais un rôle offensif pour faire éclore la perspective de classe.
Une fois posée cette perspective de classe, la lutte tourne autour d’elle et, telle une centrifugeuse, elle permet la concentration révolutionnaire et la séparation d’avec les éléments non-prolétariens.
La perspective actuelle est la même que celle de 1914 ; le critère de la délimitation, en plus de la lutte contre la guerre, s’est enrichi de deux autres points : la dénonciation de l’Etat contre-révolutionnaire russe et la non-compromission avec les idéologies fascistes et antifascistes.
Un Zimmerwald aurait été possible pendant cette guerre sur la base des trois points cités plus haut mais, actuellement devant l’imminence des mouvements allemands, il semble que ce soit trop tard. La classe ouvrière part aujourd’hui dans la lutte avec une avant-garde divisée non seulement en rapport avec les principes d’action mais aussi parce qu’elle n’a pas eu les possibilités de réduire la confusion par un Zimmerwald.

Sadi [1]

Notes :

[1"Mousso" Robert Salama.




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