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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Critiques des différentes plateformes "CR"
Article mis en ligne le 17 mai 2015
dernière modification le 15 mai 2015

par ArchivesAutonomies
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La formation des CR, qui date de près d’un an, fut une formation où l’unanimité se porta beaucoup plus sur la lutte contre le trotskisme défini comme un mouvement passé au service de la bourgeoisie que sur une plateforme politique de regroupement des éléments d’avant-garde.
Ce courant, qui se place du côté du prolétariat malgré les scissions et l’absence des bases principielles, conserve une homogénéité organisationnelle mais est incapable, sans le problème important de l’heure, d’avoir une ligne politique suivie et conséquente.
Manquant d’éléments idéologiques basés, il s’est lancé, dans ses publications, vers de véritables prophéties qui ne se sont pas réalisées.
Si l’intention qui l’animait était louable du point de vue révolutionnaire, il n’apportait aucun acquis au mouvement et, le plus souvent, aidait à maintenir la confusion et, surtout, à discréditer le travail de l’avant-garde en général par ses fantaisies politiques.
En vue de remédier à ces faiblesses politiques, la Gauche Communiste de France a considéré nécessaire de provoquer des réunions publiques et contradictoires de tous les courants d’avant-garde pour permettre à chaque courant de préciser ses positions politiques et aider aussi à la clarification dans le mouvement ouvrier.
La critique, que nous nous proposons de faire ici, est celle des 2 plateformes programmatiques en discussion chez les CR ainsi que celle des positions politiques prises à la dernière réunion publique sur la question du parti par le même courant.

PROBLEME DE METHODE

Ce qui caractérise essentiellement les CR et surtout leur parrain politique, les RKD, c’est moins la méthode d’analyse que certaines positions politiques qui sont schématisées à l’extrême jusqu’à devenir, pour ces courants, un calque du mouvement ouvrier, sans vie et sans spécificité.
La méthode d’analyse, qui garantit, dans la mesure du possible, une ligne politique conséquente et révolutionnaire, leur fait défaut. Et c’est à ceci qu’est imputable, le plus souvent, leur contradiction politique.
Ainsi, considérer l’URSS, dès 1921, comme déjà un État non-prolétarien parce qu’elle fut obligée de sacrifier certaines formes pour conserver le fond (cas de la NEP) et admettre, d’autre part, la possibilité pour le parti révolutionnaire de faire un front unique avec des organisations dont on laisse dans le vague la tendance ou le camp auquel elles appartenaient, est un des caractères spécifiques de l’homogénéité de leurs positions et surtout une preuve de leur impossibilité, faute de méthode d’analyse, de coordonner et d’inter-réfléchir les divers thèmes de leurs 2 déclarations de principe.
En lisant leurs documents et en suivant leurs discussions, l’impression qui s’en dégage est celle d’un amalgame de positions disparates, plus ou moins justes, mais nullement le fruit d’un travail réfléchi et coordonné.
Si nous insistons sur ce point, c’est pour mettre en relief le propre d’une méthode.
Pour nous, une méthode d’analyse dialectique repose sur trois points essentiels :

1. Le but de la méthode : être au service de la classe ouvrière.

2. L’utilité de la méthode : étudier les possibilités historiques et les nécessités (Objectivisme).

3. L’instrument de cette méthode : chercher la forme matérielle qui donne corps à l’objet de la méthode et permet la réalisation des intérêts de la classe ouvrière.

Les CR remplissent largement les deux premiers points ; le troisième point reste dans le vague. La forme matérielle de l’instrument de la méthode, pour eux, est un empilement de principes et souvent de postulats. Aucune trame ne se décèle permettant une relation et une idée directive entre les principes.
Pour nous, l’axe, l’instrument, le point conscient de la méthode réside dans le problème du parti qui, tout en n’éliminant pas les autres facteurs du succès des luttes révolutionnaires et même en les coordonnant, constitue le critère de la nature révolutionnaire d’un mouvement ainsi que l’élément primordial pour une issue victorieuse à une période révolutionnaire.

QUESTION DU PARTI

Qu’en pensent les CR ? Ils nous renvoient au Que faire ? de Lénine et nous assistons à un défilé de propositions organisatives plutôt qu’à une synthèse de la nature du parti et de son rôle. Cette maladie de poser le problème organisatif avant le problème idéologique et qu’ils caractérisent de matérialiste parce qu’elle repose sur des éléments palpables - l’idéologie étant pour eux du spiritualisme, détruisant ainsi toute la base moniste de la dialectique matérialiste -, ils l’ont contractée chez les RKD dont "l’arme" ressemble plus à une nomenclature de catalogue, comparable à celle de la "Manufacture de Saint-Etienne" qu’à un exposé des enseignements de toute l’expérience ouvrière passée et présente.
Comment se situe le problème ?
Face à une IIème Internationale mal coordonnée dont l’unité révolutionnaire était dans un équilibre instable et où l’intransigeance finissait par être de plus en plus verbale, les bolcheviks répondent, par leur structure idéologique et par leur intransigeance sur le fond, aux nécessités d’une période qui quittait le libéralisme économique (l’âge d’or du capitalisme) pour l’impérialisme (décadence du capitalisme).
Leur structure politique conditionnera, dans la majeure partie (et encore il y eut des failles) leur solidité organisationnelle et surtout leur viabilité en tant qu’instrument le plus nécessaire de la lutte de classe.
Ce problème dépassant les nécessités immédiates de la lutte, les formes utopistes pour aller au fond des choses et poser le principe axial : la lutte révolutionnaire n’est possible qu’en fonction de la prise de conscience de classe du prolétariat. Sans elle, aucune situation révolutionnaire ne peut se résoudre en un mouvement révolutionnaire.
Comme le socialisme, expression de la conscience de classe achevée, et la lutte de classe ne sont pas deux éléments dont le premier est issu du deuxième, mais deux éléments parallèles, leur confluence ne peut être que le résultat d’une situation favorable et surtout de l’existence de la pensée socialiste.
La situation naît objectivement du fonctionnement même de l’économie capitaliste. Le socialisme, lui, demande des possibilités scientifiques d’étudier et de construire idéologiquement.
La classe ouvrière dans son ensemble, par sa dépendance économique totale du capitalisme, n’a pas les possibilités scientifiques d’étudier et de construire idéologiquement la pensée socialiste. Seule une minorité de transfuges de la petite-bourgeoisie et d’ouvriers libérés dans une certaine mesure de la contrainte sociale directe du capitalisme peuvent exprimer et consolider chaque fois la pensée socialiste, la conscience active de classe.
Pourquoi le problème est avant tout idéologique ? Parce ce que c’est par cette voie que l’homme fait l’histoire en rapport avec le processus de la lutte de classe.
Qu’on ne nous taxe pas, de façon ridicule, de spiritualistes. Nous savons que la révolution, c’est le prolétariat dans son ensemble qui la fait. Mais nous savons aussi que, s’il la fait, c’est qu’il a pris conscience de la nécessité du socialisme. Et, ce qui est primordial, c’est que, sans idéologie révolutionnaire, il ne la fait pas.
Une fois ce critère formé, l’expression de la révolution d’Octobre (et sa suite) devait être analysée en fonction du cours politique qu’elle a pris et non en fonction de certaines formes organisationnelles qu’elle a adoptées.
Les CR, toujours à l’affût de la recette révolutionnaire (soviets, tout le prolétariat en armes, démocratie, organisation...) nous répondent fort justement : "Mais les formes organisationnelles sont conditionnées par la nature des positions politiques."
Alors, pourquoi analyser ces formes en dehors de leur contexte idéologique et, surtout, pourquoi ne pas rechercher les leçons révolutionnaires dans le facteur déterminant qu’est le programme, au lieu de le chercher dans les facteurs dérivants que sont les formes organisationnelles ?
Car une forme organisationnelle n’est pas uniquement dépendante de l’idéologie. Elle résulte aussi d’un degré technique de mauvaise adaptation à une conjoncture locale ou momentanée. Ainsi, l’histoire des diverses oppositions - de gauche, du centre et de droite - dans la 3ème Internationale reflète plus, malheureusement, des oppositions secondaires souvent justes que des oppositions de principes.
Ces oppositions ont conduit, malheureusement, les divers courants de la 3ème Internationale vers des positions politiques opportunistes et contre-révolutionnaires, ou bien vers des positions infantiles, retardataires du point de vue idéologique, improprement appelées "ultra-gauchistes".
Considérer l’interdiction de fractions organisées dans le parti, ou bien la NEP, ou bien la nécessité des syndicats révolutionnaires rattachés aux Syndicats Rouges face à la Centrale syndicale d’Amsterdam, comme des éléments qui caractérisent la transformation de l’Internationale Communiste en organisme de l’impérialisme russe en 1921, conduit à des positions politiques antimarxistes et antihistoriques :

1. En donnant au mouvement de Kronstadt un caractère prolétarien avancé ;

2. En donnant à penser à la possibilité de construction économique socialiste dans un seul pays (controverse sur la NEP) ;

3. En permettant de rejeter la nécessité du parti - comme seul instrument idéologique de la lutte de classe - en faveur du syndicat, organisme qui, par sa construction et les besoins auxquels il répond, exprime un stade intermédiaire de la lutte de classe et non le stade avancé et ultime ;

4. En permettant de poser comme critère primordial, caractérisant la nature révolutionnaire d’un mouvement, une forme organisationnelle.

Et tout ceci nous ramène à Souvarine, Trotsky et Korsch pour indiquer la droite, le centre et l’extrême-gauche de ces oppositions avortées de la 3ème Internationale.
Sans besoin de publicité et pas pour vanter une marchandise, seule la fraction de gauche du Parti Communiste d’Italie a su poser le problème sur ses assises politiques.
Ce n’était pas tant la répression de Kronstadt (ou la NEP) qui importait mais le fait que le mouvement de Kronstadt indiquait un retard de la conscience de classe dans un secteur donné. Et que ce retard ne se rattrapait pas par la répression mais, au contraire, par un développement du travail politique du parti et de la propagande. Que la NEP était négligeable comme influence, si la tactique révolutionnaire avait accéléré la révolution dans le monde. Et là, le problème du front unique était analysé, critiqué et combattu. Là résidait un facteur important ayant décidé de l’échec des révolutions après 1921.
L’opposition de Trotsky en Chine, critique la dissolution des Soviets en 1926, sans avoir là une suite normale de la tactique du front unique. Le replâtrage qu’il proposait ne pouvait qu’être aléatoire et fragile, la nature même du parti comme le Quatrième Congrès de l’IC le reconnaissait fort justement étant modifié et transformé.

Nos camarades CR et RKD, jusque dans leur plateforme politique, commettent la même erreur, tentant de résoudre organisationnellement les problèmes que posent la révolution et l’État prolétarien après 1917, sans prendre en considération le cours de dégénérescence et de mort du mouvement ouvrier dans le monde, en Russie en particulier.
Ils vont jusqu’à conserver cette tactique qui détonne par rapport à leur sectarisme dans l’analyse de la 3ème Internationale.
Et, si certains de nos camarades CR rejettent maintenant le front unique, ils ne nous ont donné aucune possibilité de penser qu’ils ont saisi l’importance de ce problème.
Leur inconséquence politique va jusqu’à admettre de pair la notion du parti de Lénine du Que faire toute opposée aux positions des économistes, (...illisible « …talistes ») et spontanéistes du mouvement révolutionnaires, avec l’égalité qu’ils posent entre le parti et les organisations unitaires du prolétariat et ses organismes d’État.

La primordialité du parti sur les organismes unitaires du prolétariat et d’État de la classe détermine le dépérissement de l’État ouvrier et ouvre la voie au socialisme. Le contraire nous donnera malheureusement un renforcement de l’État et le développement du bureaucratisme tout comme le stalinisme.
En définitive, de toutes les oppositions de la 3ème Internationale, les CR et les RKD n’ont su faire qu’un mélange des divers courants sans voir les incohérences d’une telle méthode.
Nous, nous avons préféré prendre comme critère la méthode d’analyse du seul courant qui, à juste raison, a su différencier les problèmes politiques des problèmes organisationnels : la FG du PC d’Italie.
Les tribunistes et les korschistes ont fait table rase des expériences des trente dernières années ; attention aux CR et RKD qu’ils n’en fassent de même car, alors, les enseignements les plus achevés nous viendraient de la 2ème Internationale, c’est-à-dire, pour nos sectaires, de 1903.

PROBLÈMES PRÉCIS À DÉBATTRE

Parler du parti, de l’avant-garde, de son rôle, c’est avant tout parler de la classe ouvrière et de sa différence d’avec la classe bourgeoise.
La classe bourgeoise, dans sa lutte contre la féodalité, ne disposait pas, comme le prolétariat, d’un devenir historique seulement mais, il ne faut surtout pas l’oublier, d’une force économique qui allait en absorbant toutes les énergies productives de la féodalité.
Les partis de la bourgeoisie n’avaient pas à rendre conscient leur classe de la nécessité de la transformation de la société. Cette conscience, la bourgeoisie la trouvait quotidiennement dans la possession de la force économique et son besoin d’expansion.
La fonction existant, l’organe était à construire, c’est-à-dire les pouvoirs politique et juridique.

Pour le prolétariat, le problème est plus complexe. Il est autre ; du pouvoir économique il ne possède que sa force de travail qu’il est obligé de louer et, comme le salaire qu’il reçoit, il ne peut s’apercevoir de l’exploitation (de plus, sa force de travail est payée à sa valeur marchande) ; les luttes pour la revendication immédiate ne lui montre que la nécessité de marchander son travail à plus haut prix.
L’inexistence de nouvelle structure économique, structure que la bourgeoisie possédait dans la féodalité, l’empêche de sentir la nécessité d’une transformation radicale de classe de la société.

Ces luttes demeurent lacunaires et ne dépassant jamais le cadre du système d’exploitation sans le travail théorique de personnes qui posent la faillite et la mort du capitalisme, comme inhérentes aux lois de son fonctionnement, et l’impasse dans laquelle se trouve la production capitaliste ainsi que le processus pour en sortir et dépasser ce mode de production.
Ce travail théorique est une des taches du parti, son autre rôle étant d’en faire prendre conscience au prolétariat et de le conduire à créer les conditions pour un nouveau mode de production par la prise de pouvoir politique.
Ce parti devient ainsi une représentation du prolétariat dans la défense de ses intérêts, en tant que classe ; mais le prolétariat se pose comme la seule classe susceptible de donner une solution viable à la crise permanente de la société capitaliste. Il y a, entre le parti et la classe ouvrière, fusion intime par l’expression idéologique de la lutte historique de classe.
Qui parle du parti parle de la classe dans son ensemble. Il n’y a pas de séparation dans le devenir historique.
Pour la composition ainsi que dans la situation à un moment donné, la séparation entre parti et classe résulte de l’écart existant entre une réflexion avancée qui construit la théorie socialiste et les degrés de la lutte de classe.
Au moment de la confluence, le parti et le prolétariat se solidarisent dans la lutte révolutionnaire, et le facteur idéologique en est le ciment.
La dégénérescence du parti de classe n’infirme pas cette loi historique. Elle ne peut exprimer qu’un rejet de la conscience de la classe ouvrière et laisse la place au nouveau parti de classe qui, malheureusement, ne se construit pas de suite, mais est obligé d’attendre la réalisation d’un nouveau travail idéologique tendant à retrouver et enrichir la conscience de classe jusqu’à la poussée d’une crise révolutionnaire.

PROBLÈME SE RATTACHANT À LA QUESTION DU PARTI : LA DÉMOCRATIE

Les CR et les RKD n’ont pas assimilé la nature du parti parce qu’ils n’ont pas compris l’élément nouveau provenant de la condition économique de la classe ouvrière.
Ainsi se débattent-ils dans certains problèmes où le plus grand flottement existe. Ainsi le problème de la démocratie en est un, où le flottement et l’imprécision chez les CR et les RKD sont caractéristiques.
D’une part, fort justement, ils proclament que la question de la démocratie n’est pas de même importance que la question du parti. La loi de la majorité l’emportant sur la minorité n’est pas du tout le critère garantissant la victoire révolutionnaire, que ce soit dans la classe ouvrière ou dans le parti.
Ils devraient donc arriver à conclure que le décret interdisant la formation de fractions organisées dans le parti (les courants étant admis et autorisés) provient de l’application stricte de la démocratie, dans la lettre comme dans le fond. Mais là où tout se gâte c’est sur la question des Soviets.
Ils ont considéré que la dictature du prolétariat c’était le prolétariat en armes organisé dans les Soviets - organismes élus démocratiquement et n’étant conditionnés, dans leur nature révolutionnaire, non par la démocratie qui y règne mais par l’existence du parti. Ce subterfuge-là consiste à rejeter par la porte la démocratie comme facteur révolutionnaire primordial et à le réintroduire par la fenêtre.
En effet, baser le pouvoir ouvrier sur les Soviets, en donnant alors au parti le rôle de conseiller, revient 1) à garantir la révolution par l’élection démocratique, 2) à considérer une séparation idéologique entre le prolétariat révolutionnaire et le parti qui exprime cette révolutionnarité.
Et voilà notre principe démocratique assis à la place d’honneur, de même valeur sinon plus que le parti.
L’exemple des Soviets en Allemagne ainsi que le non-désaveu des CR et RKD de la tactique de Lénine à la veille d’Octobre - tactique rejetant le mot-d’ordre "tout le pouvoir aux soviets" par "tout le pouvoir aux comités d’usines" si le nouveau congrès ne se prononçait pas pour les bolcheviks - n’a pas éclairé d’une bougie leur entendement.
Pour eux, Soviet et Comité d’usine représentent la même chose. Il faut croire que Lénine était mal informé.
Seulement le soviet s’élisait sur la base de la localité, tandis que le comité d’usine sur la base de l’usine, représentant surtout le prolétariat en arme, mais la fraction la plus dynamique et la plus consciente.
Alors, est-ce parce que les soviets ont perdu leur caractère démocratique ou est-ce parce que le parti ou l’Internationale ont commis des erreurs se soldant par la défaite révolutionnaire que l’État ouvrier a dégénéré jusqu’à devenir capitaliste ? Ils nous répondent astucieusement : "c’est l’un et l’autre."
Non ! C’est la dégénérescence politique de l’Internationale qui a entraîné une transformation de la nature de classe des soviets.
Et le pouvoir ouvrier n’est nullement garanti par les soviets et la démocratie qui y règne, mais uniquement par la ligne politique que la classe a grâce à son avant-garde.
La formule du pouvoir ouvrier - exprimée par le prolétariat en arme, élisant démocratiquement et révoquant à chaque moment les soviets - est fausse.
Le pouvoir ouvrier, ce n’est pas les soviets ni le prolétariat en arme mais la dictature des intérêts de la classe ouvrière sur la classe capitaliste.
Nous ne rejetons pas les soviets et le prolétariat en arme, au contraire, mais nous précisons que les soviets révolutionnaires et le prolétariat en arme sont une résultante de la conscience de la classe, concrétisée et développée par le parti, se généralisant grâce à une situation montante et à l’action du parti dans la classe ouvrière.
Le problème des organismes de l’État ouvrier a son importance du point de vue idéologique en ce qu’il invite et forme les ouvriers à la gestion de l’État et, du point de vue technique, pour une planification. Mais il demeure secondaire face à la nécessité qu’a l’État de défendre la classe ouvrière d’un retour de flamme du capitalisme et de former le prolétariat en vue de l’organisation de la société.
Pendant toute la période de l’État ouvrier, nous sommes en pleine direction de la société et quel organisme des classes est plus préparé, plus apte que le parti à diriger ?
Si le facteur principal de l’État ouvrier n’est pas le parti, c’est-à-dire l’idéologie active, dynamique de classe de tous les organismes, supra-organisme que l’on créera le plus démocratiquement dans la classe ouvrière, ne pouvant pas donner à l’État sa caractéristique prolétarienne.
De là à dire que l’État prolétarien c’est le parti, il y a un abîme.
Les organismes soviets démocratiquement élus - parce qu’il n’y a pas d’autre moyen de trancher certains problèmes en un sens juste ou faux - expriment un contenu révolutionnaire si le parti de classe détient la majorité et dirige en fraction de la généralisation de la conscience révolutionnaire qui s’exprimera par la majorité.
Mais c’est la conscience révolutionnaire qui est l’élément primordial car, si le parti dégénère du fait de fautes politiques qui renforcent l’opportunisme en son sein, la majorité démocratique sera encore là pour aider la contre-révolution, marquant par là une baisse conséquente du prolétariat au niveau de sa conscience.
Le parti n’est pas l’État, il le dirige en tant qu’expression la plus élevée de la conscience de classe.

DICTATURE DU PROLÉTARIAT

Là encore les CR et RKD font une confusion. Pour eux, il y a ou bien dictature du parti ou bien dictature du prolétariat.
Nous leur demanderons seulement : s’il y a dictature du parti, que défend cette dictature ? Et si elle défend les intérêts du prolétariat, alors c’est la dictature du prolétariat. Quels sont les organismes qui exécutent cette dictature ? Ce n’est sûrement pas le parti mais l’État ouvrier.
Qui dirige l’exécution de la dictature ? C’est immanquablement le parti car, au fur et à mesure que le parti ne la dirige plus, c’est que nous nous acheminons vers le socialisme ou la société sans classe.
Si le parti ne défend pas les intérêts de classe du prolétariat, c’est qu’alors il n’est plus le parti de la classe.
Pour nous, il n’existe pas deux dictatures ; la dictature du prolétariat est l’expression de la fusion idéologique du parti avec la classe ouvrière.

CONCLUSION

Nous ne nous sommes, en définitive, attaqués qu’aux points centraux du problème que l’avant-garde a résolu et doit compléter.
Notre exposé a été peut-être trop théorique. Mais, concernant notre plate-forme, nous rappellerons que deux documents ont paru. L’un à la formation du noyau en 1942, La déclaration de principe (où nous reprenions, d’une manière condensée, la notion de parti et la notion de fraction) qui fera l’objet d’une critique dans un article des RKD sur la faillite des courants ouvriers et révolutionnaires issus de la 3ème Internationale. De plus, à la conférence de juillet 1945, nous avons repris les principaux points de notre Déclaration de 1942 et les avons développés et enrichis dans le document Résolution et taches de la période transitoire.
Que les CR et RKD fassent une critique de ces documents.
Concernant les points tels le front unique, les questions nationale et coloniale, les CR et RKD, bien qu’ayant défendu des positions confuses et opportunistes par moment, se sont rangés à nos positions.
Malgré leurs rectifications confuses et l’absence, chez les CR surtout, d’une unanimité et d’une homogénéité politique (ce qui nous oblige à reconnaître que les assertions gratuites des RKD sur les CR, comme étant un courant ayant des bases politiques précises et nettes, ne sont qu’un bluff), nous leur reconnaissons des points importants révolutionnaires mais surtout des intentions. On attend leur réalisation.




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