Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Plateforme minimum commune pour une front marginal révolutionnaire
{Marge}, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 3.
Article mis en ligne le 14 mars 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

I. — Dans les luttes en cours que mènent tous les exploités contre l’impérialisme mondial, nous sommes dans le camp des opprimés. Notre démarche prend sa spécificité dans la remise en question totale du système capitaliste. Le système répressif en place, aussi bien que les forces traditionnelles de la gauche, nous rejettent dans un vécu et une théorie "marginale", autant dire nous nient. Alors que nous prétendons au contraire assumer notre situation historique pleinement et ouvertement. En effet :
1. Les idées et pratiques que nous véhiculons ne sont nullement marginales, mais centrales, et recoupent les lignes de force et de contradiction du système.
2. Si nous sommes quantitativement une minorité, nos motivations politiques et sociales sont, sous forme concentrée, celles-là même qu’on retrouve dans les formes de luttes les plus radicales, aussi bien dans le prolétariat, la paysannerie, que chez les étudiants, les lycéens, et dans tous les lieux où le système se trouve mis en cause.
3. Le concept de marginalité est directement lié à une contradiction fondamentale de cette société qui prétend possible une libération de l’individu à l’intérieur de cette société, en opposition à l’insatisfaction réelle des masses imposée par les besoins de la production et du maintien de l’ordre.
En ce sens, la marginalité met en question directement l’idée dominante de normalité.

II. - Nous reconnaissons être déterminés par la réalité capitaliste (privée ou d’État) ainsi que par l’évolution de la prise de conscience globale du prolétariat mondial et par ses luttes, de même que nous reconnaissons être déterminés culturellement par le pouvoir bourgeois et en réaction à lui.
- Nous accusons le système capitaliste de déterminer un code social répressif et aliénant, ainsi que la destruction écologique de la planète. Nous affirmons que cette évolution ne pourra se perpétuer indéfiniment.
- Nous accusons le système capitaliste de déterminer de façon cyclique pour assurer sa survie, la destruction du prolétariat et des stocks de production par la guerre, la violence quotidienne...
- Nous sommes le produit de l’histoire, nous nous devons maintenant d’assumer notre spécificité en tant que marginaux révolutionnaires.
- Nous nous démarquons des groupes gauchistes en ce que :
nous ne nous identifions pas aux luttes du prolétariat et ne prétendons pas en être l’avant-garde ;
nous refusons de séparer notre vécu quotidien d’un militantisme politique ;
nous refusons toute idéologie, ayant pour finalité la mise en place d’un pouvoir autoritaire d’une minorité ou d’une classe hiérarchisée.

III. - Notre volonté première d’échapper au maximum aux entraves du système de non-vie notre volonté première de rompre avec le sacrifice de soi, ou bien avec les mythes bourgeois (travail - famille – patrie), ou bien avec les futurs lendemains (révolutionnaires ou écologiques) qui chantent, n’échappe pas dans le présent aux nécessités inhérentes à la totalité du mouvement qui bouleverse le vieux monde.
Tous les mouvements, des plus réformistes aux plus radicaux, ont leur propre nécessité.
Au niveau de l’efficacité révolutionnaire, nous pensons que la première pratique que nous devons avoir est de s’insoumettre au maximum et cela ne veut pas dire se couper de la lutte des classes, notre ennemi est le même que celui du prolétariat.
Notre pratique immédiate se définit par notre refus et notre impossibilité de parcelliser notre vie quotidienne.
Si notre mouvement vers la marginalisation se marque surtout par notre refus d’être à l’intérieur de structures hiérarchisées, où qu’elles soient, nous nous trouvons de fait devant l’alternative communautaire.
La vie en groupe ou en village communautaire est une nécessité pour mettre en évidence, puis réduire petit à petit, nos différents blocages, compte tenu que la désaliénation ne suit pas d’autre chemin que celui de l’aliénation.
Mais l’expérience individualiste nous parait aussi indispensable pour mettre en valeur notre potentiel pour mettre en valeur notre potentiel créatif et pour s’assumer d’une façon autonome, sans projection ou appui auprès d’une "mère" ou d’un "père" responsable, Il ne s’agit pas non plus de ne poser comme objectif à atteindre un rêve inaccessible, un point de fuite permettant d’échappé et de subir une contradiction bien présente ; mais il s’agît quand même de vivre l’utopie au présent.
Nous refusons la marginalité qui se limite à la pratique de l’agriculture biologique coupée de toute réalité économique et sociale ou encore à la fuite exemplariste plus ou moins mystique.
Nous refusons la marginalité existentielle géographique (urbaine ou rurale), refuge où la communication privilégiée au sein d’un groupe implique la rupture avec la réalité du monde.
Notre plus ou moins grande aliénation au système économique capitaliste s’étend depuis notre propre capacité à créer des unités de production ou autres, jusqu’à celle de profiter, de biaiser, de se démerder, de faire d’autres circuits de distribution, de récupérer à l’intérieur de notre société d’abondance, ou d’y participer en travaillant selon des espaces-temps limités.

IV. - A partir de notre pratique nous proposons :
- La création immédiate de bases de vie non parcellisées (vie affective et créative sur le même territoire) et écologiques qui soient des terres d’accueil au présent et territoire libéré au futur.
- La mise au point technique d’un mode de production écologique (agriculture biologique, technologie douce, pas de secteur tertiaire) qui seul pourra déterminer un code social non répressif.
- Liaisons, entraide entre tous les marginaux par rapport au circuit de production et de distribution.
- Organisation de circuits parallèles.
Nous proposons aussi :
- La diffusion de nos idées en particulier par l’intermédiaire d’un journal ouvert sur les milieux ouvriers, paysans et étudiants en révolte, sans concessions ouvriéristes vis-a-vis des aliénations historiques du prolétariat.
- La création d’une organisation devant prendre en charge le financement et le fonctionnement du journal, des bases de vie et des rencontres, organisation devant être également à l’origine d’actions directes clandestines.
- L’approfondissement théorique de nos idées à partir de confrontations régulières des différentes tendances du front.
- La participation active avec nos propres formes de lutte à la lutte de classes, aux combats contre l’impérialisme, le colonialisme dans nos régions.
- La solidarité dans la lutte de tous les autres rejetés, laissés pour compte, marginaux de la société, c’est-à-dire prisonniers, psychiatrisés minorités culturelles et ethniques. `

N.-B. : On espère de nombreux contacts — écrire à F.M.R. "Les Marousses", 31610 BOULOC.
Les groupes rédacteurs de ce texte tiennent à dire qu’ils sont très insatisfaits du langage et de la forme employés et que l’évolution de cette plateforme sera déterminée par leur pratique.

FRONT MARGINAL RÉVOLUTIONNAIRE




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53