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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le Cri du Peuple (22 février 1871 - 23 mai 1871)
Article mis en ligne le 2 mai 2015
dernière modification le 4 septembre 2016

par ArchivesAutonomies
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"Journal politique quotidien". Une feuille grand format, cinq colonnes à la page. Prix : 5 centimes. Rédacteur en chef : Jules Vallès. Principaux rédacteurs : Casimir Bouis, Jean-Baptiste Clément, Pierre Denis, Charles Rochat. Articles occasionnels de Bauer, Courbet, André Léo. Le n° 1 parut le 22 février, mais le journal fut supprimé par le général Vinoy le 11 mars, au n° 18. Le 19 mars, Vallès lança un nouveau journal, Le Drapeau, préparé pour tourner l’interdiction ; mais l’insurrection de la veille rendait cette précaution inutile, aussi fit-il reparaître Le Cri du Peuple, dont le n° 19 sortit le 21 mars. Il devait paraître régulièrement durant toute la Commune, jusqu’au n° 83 daté du mardi 23 mai 1871.
Le Cri du Peuple est le journal le plus célèbre de la Commune. Il le doit à la personnalité de Vallès qui, en fait, n’y collabora qu’assez peu et cessa même d’y écrire après le 19 avril, car il donnait tout son temps à la Commune. Quatre autres journaux, sans parler du Journal Officiel, eurent autant d’audience : La Commune, le Mot d’ordre, le Père Duchêne, le Vengeur, mais Le Cri du Peuple l’emporte par une fermeté simple, une autorité sympathique, qui doivent leur force à un réalisme réfléchi et à une conviction que sa sincérité rend spontanément lyrique. Il y a là l’exemple d’un style politique, qui informe en évitant aussi bien la vulgarisation que le sentimentalisme. Cela est vrai de Vallès et de Pierre Denis, militant proudhonien qui a fourni la plupart des articles idéologiques du journal ; cela l’est infiniment moins de Bouis et de Clément, qui versent trop souvent dans l’éloquence et l’indignation faciles.
Le n° 19 pose tout de suite nettement les choses : la Révolution doit se borner à Paris, qui doit laisser le reste de la France agir à sa guise et qui, donc, doit se déclarer ville libre. Il faut prendre immédiatement les mesures suivantes : constituer un Gouvernement provisoire formé d’un conseil communal, du groupe des députés de Paris et du Comité central, élire cinq administrateurs municipaux par arrondissement, abolir la préfecture de Police, élire l’état-major de la Garde, élire un syndicat commercial qui établira un projet de loi sur les échéances, envoyer cinq délégués à Versailles pour traiter et cinq aux Allemands pour les assurer que Paris respectera les traités. Dans le numéro suivant, Vallès distingue la bourgeoisie parasite de la bourgeoisie "ouvrière", qu’il appelle à collaborer à la Commune ; Pierre Denis écrit : "Là où il n’y a pas de garanties, il ne peut y avoir de conciliation, parce qu’il n’y a pas de sécurité." Un grand effort est fait pour appeler la population à participer aux élections, et le n° 26 publie la liste des candidats et le manifeste du Comité central républicain des Vingt arrondissements – manifeste qui contient les idées essentielles du communalisme. Le calme dans lequel se sont déroulées les élections et leur succès inspirent à Vallès un bref article, très ému : "Quelle journée ! Le soleil tiède et clair qui dore la gueule des canons, cette odeur de bouquets, le frisson des drapeaux ! Le murmure de cette Révolution, qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue." (N° 27.) Dans un article signé Le Cri du Peuple, la proclamation de la Commune est décrite en termes assez pompeux : "C’est aujourd’hui la fête nuptiale de l’idée et de la Révolution", avec cette conclusion : "Après la poésie du triomphe, la prose du travail." (N° 29.)
L’ouverture des hostilités suscite évidemment la colère. Dans "Etre ou n’être pas", Bouis s’écrie : "Nous voulons vivre à la fin… Nous avons été les déshérités éternels, nous autres. Nous sommes ce peuple d’exploités, qui pendant six mille ans, a saigné sur tous les chemins, râlé sur tous les calvaires, et nous avons à prendre notre revanche – la revanche de la justice." (N° 32). Vallès écrit un bel appel à la bourgeoisie : "Décidez-vous" (n° 33), dans lequel il prédit les terribles massacres dont s’accompagnerait une victoire de la réaction. A partir du n° 34, la place des "Dernières Nouvelles", des nouvelles des combats ("La Bataille"), des actes officiels, des avis et des comptes rendus, grandit considérablement aux dépens des articles de fond, excepté dans le n° 38 où Denis publie un projet de traité entre le Gouvernement et "Paris, ville libre", qui délimite l’autonomie de la Cité, et où Vallès parle des funérailles des gardes nationaux tués au combat : "Les baïonnettes, ce soir, avaient des lueurs sombres et dures sous le ciel gris, et il y avait des éclairs de tristesse terrible, dans les yeux sans larmes !" Le n° 48 explique pourquoi, désormais, les articles proprement dits seront rares : "Les rédacteurs du Cri du Peuple sont chacun à leur poste ; celui-ci à l’Hôtel de ville, comme membre de la Commune ; celui-là dans une mairie, comme président de section ; cet autre commande un bataillon aux avant-postes. Il s’agit de sauver la République et d’affranchir pour jamais Paris. Que les lecteurs du Cri du Peuple ne s’étonnent point de ne pas voir de signature au bas d’articles que nous n’avons ni le temps ni le courage de rédiger, dans cette odeur de poudre et cette tempête de canons. Il ne faut pas peser les gouttes d’encre, quand il coule des flots de sang, et ce n’est pas avec une plume, mais une baïonnette, que doit être écrite cette histoire admirable de Paris, debout et victorieux…"
Les grands articles qui paraîtront encore sont pour la plupart de Pierre Denis, les uns définissent le programme communal : "Notre Révolution" (n° 50), "Centralisateurs" (n° 54) ; les autres analysent l’actualité : "La Province" (n° 55), "M. Thiers et la Révolution" (n° 57). Les articles de J.B Clément tiennent de la proclamation et du pamphlet : "La poignée de factieux" (n° 59), "Les Croquants de Bagnolet" (n° 63), contre les paysans des environs de Paris, qui sont trop près de leurs sous et de leur terre pour comprendre que Paris meurt pour leur liberté. En mai, Le Cri du Peuple reflète les opinions de la minorité et son hostilité au Comité de Salut public. Toutefois, dans "Silence à la politique" (n° 75), Pierre Denis demande qu’à l’heure où va s’engager l’action,, "il faut que tout se taise devant l’organisation, le travail et le combat". Le n° 78 publie un article signé Le Cri du Peuple sur la démolition de la colonne Vendôme : "Elle est tombée, cette colonne faite de canons achetés par tant de cadavres ; … monument de la dictature du sabre, du despotisme militaire… Justice est faite !" Les derniers numéros appellent à l’union : "Il n’y a plus aujourd’hui, il ne peut plus y avoir qu’un peuple prêt à vaincre ou prêt à mourir… Les discussions ? Les doutes ? – Mais ils serviraient à retourner contre nous-mêmes, contre les meilleurs peut-être, l’arme qui doit frapper l’ennemi… Au nom du salut public, soyons unis jusqu’à la victoire…" Cet appel correspond à la partie la plus générale du programme que s’était fixé le journal : "Le Cri du Peuple ne poursuit qu’un but : le triomphe de la Révolution" (n° 60).

Texte rédigé par Bernard Noël dans le livre Dictionnaire de la Commune.

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Les numéros que nous mettons en ligne sont extraits du DVD de l’association RaDar. Leur collection n’étant pas complète - elle commence à partir du n° 19 - nous l’avons complétée par la numérisation effectuée par la Bibliothèque Nationale de France pour ce qui concerne les 18 premiers numéros.

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Ainsi qu’il nous l’a été signalé, nous apportons une précision importante quant à la datation du Cri du Peuple et le fait que les numéros 8 et 9 soient publiés le même jour.
Le numéro 8 daté du mardi 1er février (erreur, mercredi 1er mars), marqué "édition du matin", contient la Déclaration de l’Internationale et des sociétés ouvrières sur les Prussiens et un extrait du procès verbal d’une réunion présidée par Vallès à la Corderie le 27 février. Il y a dans ce journal des lettres datées du 27 février. Le journal annonce une deuxième édition, paraissant ce soir à quatre heures, contenant les dernières nouvelles.
Le numéro 9 daté du 1er mars, marqué "nouvelle édition", bordé de noir. Il y a un errata sur la une, une correction à "notre édition du matin". Donc les numéros 8 et 9 sont bien parus le même jour, l’un le matin et l’autre le soir. Il semble complètement exclu que le journal soit paru à quatre heures "du soir" si les Prussiens étaient entrés dans Paris à 10 heures du matin. On peut donc tenir pour acquis le fait que les numéros 8 et 9 datés du 1er mars sont bien parus le 28 février.
Il n’y a pas de numéro daté du 2 mars [1].
Le numéro 10 est daté du samedi 4 mars. Le Vengeur (et Le Cri avec lui) a changé d’imprimeur, d’où l’absence de numéro daté du 3 mars. "Les Prussiens doivent avoir évacué Paris aujourd’hui 3 mars", lit-on en tête de la première colonne, ce qui semble confirmer que ce journal est bien paru le 3 mars (sinon, on aurait "les Prussiens ont évacué").
Le journal est donc bien daté du lendemain. Il reste à prouver qu’il paraissait bien le matin. Certainement oui pendant la Commune si l’on croit Lissagaray qui dit "C’est le premier levé ; il chante avec le coq. Si nous avons du Vallès ce matin (...)". Sans doute oui à ce moment-là aussi. Le fait que le numéro 8 soit marqué "édition du matin" est simplement dû au fait qu’une deuxième édition est prévue (et annoncée, avec son heure de sortie) ce jour-là.

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Numéros du Cri du Peuple

Annonce de la parution du Cri du Peuple

Le Cri du Peuple n°1 – 22 février 1871
Le Cri du Peuple n°2 – 23 février 1871
Le Cri du Peuple n°3 – 24 février 1871
Le Cri du Peuple n°4 – 25 février 1871
Le Cri du Peuple n°5 – 26 février 1871
Le Cri du Peuple n°6 – 27 février 1871
Le Cri du Peuple n°7 – 28 février 1871
Le Cri du Peuple n°8 – 1er mars 1871 - matin
Le Cri du Peuple n°9 – 1er mars 1871 - soir
Le Cri du Peuple n°10 – 4 mars 1871
Le Cri du Peuple n°11 – 5 mars 1871
Le Cri du Peuple n°12 – 6 mars 1871
Le Cri du Peuple n°13 – 7 mars 1871
Le Cri du Peuple n°14 – 8 mars 1871
Le Cri du Peuple n°15 – 9 mars 1871
Le Cri du Peuple n°16 – 10 mars 1871
Le Cri du Peuple n°17 – 11 mars 1871
Le Cri du Peuple n°18 – 12 mars 1871

Interruption de la parution du Cri du Peuple par décision du général Vinoy

Le Cri du Peuple n°19 – 21 mars 1871
Le Cri du Peuple n°20 – 22 mars 1871
Le Cri du Peuple n°22 – 23 mars 1871
Le Cri du Peuple n°23 – 24 mars 1871
Le Cri du Peuple n°24 – 25 mars 1871
Le Cri du Peuple n°25 – 26 mars 1871
Le Cri du Peuple n°26 – 27 mars 1871
Le Cri du Peuple n°27 – 28 mars 1871
Le Cri du Peuple n°28 – 29 mars 1871
Le Cri du Peuple n°29 – 30 mars 1871
Le Cri du Peuple n°30 – 31 mars 1871
Le Cri du Peuple n°31 – 1er avril 1871
Le Cri du Peuple n°32 – 2 avril 1871
Le Cri du Peuple n°33 – 3 avril 1871
Le Cri du Peuple n°34 – 4 avril 1871
Le Cri du Peuple n°35 – 5 avril 1871
Le Cri du Peuple n°36 – 6 avril 1871
Le Cri du Peuple n°37 – 7 avril 1871
Le Cri du Peuple n°38 – 8 avril 1871
Le Cri du Peuple n°39 – 9 avril 1871
Le Cri du Peuple n°40 – 10 avril 1871
Le Cri du Peuple n°41 – 11 avril 1871
Le Cri du Peuple n°42 – 12 avril 1871
Le Cri du Peuple n°43 – 13 avril 1871
Le Cri du Peuple n°44 – 14 avril 1871
Le Cri du Peuple n°45 – 15 avril 1871
Le Cri du Peuple n°46 – 16 avril 1871
Le Cri du Peuple n°47 – 17 avril 1871
Le Cri du Peuple n°48 – 18 avril 1871
Le Cri du Peuple n°49 – 19 avril 1871
Le Cri du Peuple n°50 – 20 avril 1871
Le Cri du Peuple n°51 – 21 avril 1871
Le Cri du Peuple n°52 – 22 avril 1871
Le Cri du Peuple n°53 – 23 avril 1871
Le Cri du Peuple n°54 – 24 avril 1871
Le Cri du Peuple n°55 – 25 avril 1871
Le Cri du Peuple n°56 – 26 avril 1871
Le Cri du Peuple n°57 – 27 avril 1871
Le Cri du Peuple n°58 – 28 avril 1871
Le Cri du Peuple n°59 – 29 avril 1871
Le Cri du Peuple n°60 – 30 avril 1871
Le Cri du Peuple n°61 – 1er mai 1871
Le Cri du Peuple n°62 – 2 mai 1871
Le Cri du Peuple n°63 – 3 mai 1871
Le Cri du Peuple n°64 – 4 mai 1871
Le Cri du Peuple n°65 – 5 mai 1871
Le Cri du Peuple n°66 – 6 mai 1871
Le Cri du Peuple n°67 – 7 mai 1871
Le Cri du Peuple n°68 – 8 mai 1871
Le Cri du Peuple n°69 – 9 mai 1871
Le Cri du Peuple n°70 – 10 mai 1871
Le Cri du Peuple n°71 – 11 mai 1871
Le Cri du Peuple n°72 - 12 mai 1871
Le Cri du Peuple n°73 - 13 mai 1871
Le Cri du Peuple n°74 - 14 mai 1871
Le Cri du Peuple n°75 - 15 mai 1871
Le Cri du Peuple n°76 - 16 mai 1871
Le Cri du Peuple n°77 - 17 mai 1871
Le Cri du Peuple n°78 - 18 mai 1871
Le Cri du Peuple n°79 - 19 mai 1871
Le Cri du Peuple n°80 – 2O mai 1871
Le Cri du Peuple n°81 - 21 mai 1871
Le Cri du Peuple n°82 - 22 mai 1871
Le Cri du Peuple n°83 - 23 mai 1871

Notes :

[1Les journaux parisiens ne parurent pas pendant l’occupation de Paris par les Prussiens.




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