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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quelques remarques sur les thèses de la Fraction Française
Article mis en ligne le 17 mai 2015
dernière modification le 15 mai 2015

par ArchivesAutonomies
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Dans le N° 1 d’Internationalisme, la fraction française de la GC a publié des thèses sur la situation internationale et française. Ces thèses marquent un progrès réel, un travail constructif, un apport substantiel dans l’œuvre de l’édification du programme communiste que la fraction considère comme la tâche principale.
Comparées aux documents de discussion d’avant la Conférence, ces thèses sont la meilleure preuve de la valeur et de la fécondité des débats de la Conférence. La Conférence n’a certes pas pu pousser la discussion et la clarification politique sur tous les problèmes qui se sont posés devant la fraction ; elle a laissé inachevées certaines questions politiques en litige mais il serait ridicule et injuste de partir de cette constatation pour en diminuer les résultats et en amoindrir la portée.
La discussion politique et théorique doit se poursuivre. C’est au travers de celle-ci que nous pourrons apprécier le degré d’assimilation des positions acquises et aussi de vérifier leur solidité. La discussion nous permettra de mettre en lumière les points faibles, les lacunes qui ont pu se glisser soit dans la formulation soit, ce qui est encore plus important, dans la pensée elle-même et de voir les corrections à apporter, les rectifications à faire. C’est à cette intention que répondent ces "quelques remarques". Elles ne portent ni sur la ligne ni sur le fond des thèses, qui paraissent être solidement échafaudées et basées sur des conceptions marxistes révolutionnaires. Par ces "quelques remarques", je voulais attirer l’attention sur quelques points qui me semblent restés obscurs ou mal traités dans les thèses ; et quoique étant de détails, ces points ont une certaine importance.

Thèses sur la situation française

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"Une autre ressource du capitalisme français, en même temps qu’un facteur relatif d’équilibre pour son industrie, était constitué par son vaste empire colonial. Ce sont ces facteurs qui expliquent la faiblesse des remous sociaux d’après-guerre en France et l’atténuation de la crise et du fléchissement de la production en 1929-30, par rapport à ceux des Etats-Unis, de l’Allemagne ou de l’Angleterre." [1]

Il me semble que les thèses contiennent ici une petite erreur qu’il faudrait corriger et compléter.
Il n’est pas tout à fait exact de dire que le fléchissement de la production était moindre en France par rapport aux autres grandes puissances capitalistes et ensuite que cela découlerait du fait que la France possédait un vaste empire colonial. D’abord parce que le marché colonial - qui a incontestablement permis d’atténuer les effets de la crise – existait aussi pour l’Angleterre et les Etats-Unis comme pour la France. Ensuite parce que la production française accuse un fléchissement sensiblement égal aux autres pays.

Tableau approximatif de la production industrielle (ind. général)

FranceItalieAngleterreAllemagneEtats-Unis
1929 122 110 108 104 108
1932 83 75 82 60 58
1935 82 104 108 98 75
1937 85 110 122 120 98

La France entrera avec plus de lenteur dans la crise et elle atteindra le fond comme les autres capitalismes en 1932-33. La baisse du commerce extérieur à la suite de la crise des puissances capitalistes nous fournira une nouvelle indication. Pour la période allant de 1930 à 1933, la baisse du commerce extérieur (exportations-importations) s’établit ainsi :

Etats-Unis 40 %
Allemagne 38 %
France 35 %
Angleterre 30 %
Italie 30 %

Ce qui est caractéristique pour la France, c’est que les autres pays - qui devront coute que coute trouver une base de reprise – atteindront et dépasseront dès 1935 le niveau de la production de 1929, alors qu’elle ne reviendra jamais à ce niveau. En plus, du fait que le capitalisme français n’est pas essentiellement un capital industriel, il y a encore le fait que l’économie française s’appuie largement sur un secteur agricole, d’une paysannerie parcellaire, aisée, ce qui lui permet d’amortir le choc de la crise industrielle mondiale.
Mais si la crise industrielle ne détermine pas de grands remous sociaux relativement aux remous provoqués dans les autres pays, il faut l’attribuer, en plus des facteurs indiqués plus haut, à deux facteurs de première importance que nous ne trouvons pas dans les thèses :
La composition du prolétariat français
Le problème démographique en France est très particulier. C’est le seul pays en Europe qui, au lendemain de la guerre 1914-18, accuse un manque constant de main d’œuvre. Tandis qu’en Allemagne, en Angleterre, en Italie, des millions d’ouvriers ne rentreront plus jamais dans la production et le chômage deviendra un fait constant, la France par contre cherchera dans tous les pays de l’Europe à embaucher de la main d’œuvre. Le nombre des ouvriers étrangers qui entreront en France après la guerre se montera à plus de 3 millions. La présence de cette immense armée de travailleurs, placés dans la position de hors-la-loi, permettra au capitalisme de l’utiliser contre les ouvriers français et d’opposer les ouvriers français à cette masse "d’étrangers".

Recensement de 1936 (Population masculine de 20 à 50 ans en France, en millions)

FrançaisEtrangers
20 à 24 ans 1384,5 117
25 à 29 ans 1319,9 150,8
30 à 34 ans 1315,9 194,5
35 à 39 ans 1381,9 189,7
40 à 44 ans 1032 146
45 à 49 ans 1025 114,2
Total 7459,2 912,2

Ces chiffres concernant les étrangers sont incomplets car un grand nombre, illégaux, échappe au recensement. En tenant compte de cette remarque et du fait qu’en 1931 et 1936 le nombre d’étrangers est passé de 2.891.000 à 2.433.000, ce qui a fait baisser leur proportion de 69,1 à 58,5, le tableau fait ressortir avec force la place qu’occupent réellement les étrangers dans la population active et tout particulièrement dans la population travailleuse.
A l’ouverture de la crise, le capitalisme français aura la possibilité de faire porter la plus grande partie du poids du chômage sur cette masse par des mesures administratives de toutes sortes : refoulements, expulsions, etc. Il camouflera et réduira le nombre des chômeurs en même temps que cela lui servira de moyen pour détourner le mécontentement des ouvriers dans la xénophobie. La présence de cette masse de main d’œuvre immigrée influencera profondément le déroulement de la lutte de classe en France et jouera un rôle d’atténuation des remous sociaux.

2 – La structure interne de l’économie française

L’économie de la France est par excellence une économie semi-agricole où la moitié de la population est paysanne. L’agriculture française n’est pas cette grande agriculture capitaliste concentrée, avec une classe nombreuse d’ouvriers agricoles, comme en Allemagne ou dans le sud de l’Italie, mais typiquement la moyenne exploitation agricole avec une nombreuse paysannerie parcellaire, aisée, telle qu’elle est sortie de la grande révolution française de 1789.
Cet état donne à l’économie française une assise, un équilibre relatif en comparaison des autres grandes puissances impérialistes ; et, compte tenu des multiples attaches entre les ouvriers des villes et la campagne, cela a grandement joué dans l’atténuation des remous sociaux en France.
Il est regrettable qu’on n’ait pas tenu compte, dans les thèses, de ces facteurs qui ont joué et joueront encore un grand rôle dans l’évolution des situations en France. Tout particulièrement, il faut souligner la lacune de l’absence du problème paysan, sur lequel nous ne trouvons pas la moindre allusion tout au long des thèses.

Page 3

"Cette absence de mouvements révolutionnaires (du prolétariat) allait permettre à son tour l’intégration d’une partie de l’industrie lourde française à l’appareil productif allemand, parant pour quelque temps le capitalisme français de la crise économique inévitable d’après-guerre."

Si on comprend bien, cette proposition signifierait que l’intégration de l’industrie française dans l’appareil productif allemand est due à l’absence de mouvements de classe du prolétariat. D’une façon générale cela est juste, comme il est juste de dire que l’absence de mouvements révolutionnaires dans n’importe quel pays permit au capitalisme de poursuivre la guerre et la production de guerre ; mais concrètement, en ce qui concerne la possibilité d’intégration de la France dans la production allemande, rechercher les fondements de cette possibilité économique dans l’absence du mouvement révolutionnaire, cela est absolument faux. La défaite de 1940, surtout la rapidité de la défaite presque sans combat, plus rapide que celle de la Pologne, est due surtout au fait de la division du capitalisme français dont une fraction, la bourgeoisie industrielle, pouvait s’accommoder de la domination économique de l’Allemagne. En 1914, toute la bourgeoisie française se trouvait unie dans son intérêt commun contre l’Allemagne, soit que les intérêts du capital financier usuraire et coloniale de la France étaient heurtés par les visées impérialistes de l’Allemagne, soit par les désirs violents de la fraction industrielle de la bourgeoisie française cherchant à s’emparer des régions riches en matières premières : l’Alsace et la Lorraine. En 1939, la situation se présente de la façon suivante : l’industrie française, pour vivre, est tributaire du charbon anglais ou allemand ; sa production d’acier, de fer, de fonte, est complémentaire de l’activité industrielle de transformation qui est celle de l’Allemagne. De ce fait, les intérêts d’une partie du capitalisme français, la partie industrielle, étant moins en opposition irréductible avec le capitalisme allemand, pouvait s’entendre avec lui.
C’est ce fait économique qui devait permettre l’intégration de l’industrie française dans l’appareil productif allemand. Et c’est cette possibilité, devenue réalité, qui a atténué et résorbé momentanément une situation de crise économique pouvant engendrer des mouvements de mécontentements des masses ouvrières.
Les sentiments contre la guerre des masses se traduisaient dans leur passivité et dans leur indifférence dans la conduite de la guerre et ont trouvé satisfaction dans la défaite et dans la rapide démobilisation. Il aurait été très épineux alors pour le capitalisme de les maintenir et de vouloir les conduire au combat. Si la défaite n’a pas provoqué des explosions de mécontentement, c’est qu’elle s’est produite avant que le prolétariat ait été exacerbé par de longs mois de souffrance et de famine, et profondément satisfait de la fin rapide de la sinistre comédie. Même l’occupation par l’Allemagne les laissera longtemps indifférents, sans provoquer un large et profond mouvement de chauvinisme. Par ailleurs, le gouvernement de Pétain devait rejeter démagogiquement la faute de la guerre sur les gouvernements précédents, "incapables et coupables", sur les magnats de l’argent, sur la fraction financière et commerciale du capitalisme. Une certaine "liberté", contrastant avec l’atmosphère étouffante vécue sous Daladier et Raynaud, servira aussi au commencement de détente psychologique. La situation matérielle ne connaît pas encore de restrictions et le gouvernement de Vichy usera de largesses surprenantes dans les allocations de chômage à l’égard des ouvriers et des populations en exode.
Tandis que le nombre des chômeurs secourus avant la guerre ne dépassera jamais, dans les années 1934-35-36, le chiffre de 500.000, il s’établit ainsi au lendemain de la défaite :

Pour l’année 1940

Septembre 724.000
Octobre 757.000
Novembre 675.000
Décembre 616.000

Pour l’année 1941

Janvier 514.000
Février 450.000
Mars 378.000
Avril 315.000

En décembre 1941, il y aura encore 115.000 chômeurs secourus qui ne disparaîtront progressivement qu’à la fin de 1942.
Satisfaits d’avoir terminé la guerre, protégés momentanément dans une sécurité contre les bombardements, préoccupés à retrouver leur foyer et leur famille et à se réinstaller, matériellement soutenus avec la réintroduction progressive des masses dans la reprise de la production, telle est la situation où se trouvent les ouvriers ; ce qui permet à la bourgeoisie française d’éviter l’apparition de remous sociaux.
Les thèses sur ce point ne donnent qu’une image renversée en renversant le problème.

Page 3

"La défaite et la collaboration avec l’Allemagne allaient diviser la bourgeoisie française en deux fractions."

Nous avons déjà souligné que ce n’est pas la défaite qui allait diviser mais que c’est cette division existante avant la guerre qui devait largement contribuer à la défaite. Quiconque a vécu les dernières années d’avant la guerre doit se rappeler la cristallisation de cette fraction s’organisant et s’opposant, du point de vue des intérêts du capitalisme français, à la guerre contre l’Allemagne. La politique de concessions, d’entente économique et politique avec l’Allemagne a trouvé sa consécration dans la politique de Munich. La fraction munichoise groupait, à un moment donné, une partie importante du capitalisme français et dominait l’opinion publique. La défaite n’a fait que creuser la division existante dans le capitalisme français et non l’engendrer comme semble le laisser croire les thèses.

Page 3

"La réaction à l’exploitation économique forcenée de la guerre, à l’oppression politique qui le prive de toutes ses organisations de classe et à la menace constante de la déportation en Allemagne, le met (le prolétariat) en opposition avec la fraction bourgeoise de Vichy, mais le rejette vers la fraction "démocratique" d’Alger et de la Résistance." [2]

Caractériser, dans ces quelques lignes, toute la période de 4 ans, c’est ou bien trop incomplet ou faux. En effet, c’est nier complètement toute lutte, même revendicative, même partielle du prolétariat durant toute cette période. En réalité, de telles luttes de classe surgissaient, existaient, traduisant le mécontentement des masses qui tendaient à s’opposer à la surexploitation s’aggravant.
En hiver 1941-42, avant que ne fût créée aucune organisation sérieuse du mouvement de la Résistance, des grèves éclatent dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais. Les revendications sont : augmentation des salaires, meilleur ravitaillement. Ces grèves sont suivies par d’autres dans le Centre et dans le Midi. De petites grèves surgissent çà et là dans des localités isolées, spontanément comme dans les chantiers navals de La Ciotat. Partiellement avec succès, ces grèves sont toujours suivies de répression, d’arrestations et de déportations.
Vers la fin de 1942 les déportations en masse des ouvriers vers l’Allemagne (qui a un grand besoin de main d’œuvre) provoque un mouvement de grèves de masse dans la région lyonnaise, nécessitant l’intervention de l’Etat et des forces massives de la police. Le fait que les ouvriers trouvent face à eux l’occupant étranger permet à la fraction capitaliste "démocratique" d’encourager ces grèves en tentant de les dévoyer d’une manifestation de classe en une manifestation chauvine. Malgré cela, les grèves des ouvriers de Lyon, s’opposant à se laisser mobiliser et déporter en Allemagne, expriment une lutte de classe et de défense des intérêts ouvriers.
Le capitalisme ne suscite pas de grèves mais il tend à utiliser les grèves et le mécontentement des ouvriers. Il s’orientera d’ailleurs à mobiliser les ouvriers hors de leur terrain de lutte, vers des formations militaires, volontaires, les maquis, les sabotages, le terrorisme. Dans les usines, les manifestations de mécontentement garderont leur caractère de classe. Nous assisterons à des grèves dans plusieurs centres notamment à Paris, aux chantiers navals de La Seyne où elle prendra des aspects violents d’échauffourées entre la police, l’armée et les ouvriers en grève. Sous la pression des ouvriers, la bourgeoisie procèdera, à plusieurs reprises, à des augmentations substantielles du salaire nominal, notamment au printemps 1944. Mais, de plus en plus, la revendication centrale des ouvriers sera un ravitaillement meilleur. Sur la base de cette revendication, les ouvriers passeront à des actions multiples jusqu’à la forme d’une grève générale spontanée qui eut lieu au mois de mai à Marseille.
Il ne s’agit pas de surestimer, de surévaluer le mouvement de classe ; mais il serait faux et pédant d’effacer toute trace de lutte de classe durant les années de l’occupation.
Faut-il voir là une trace, un reste de la fameuse théorie de "l’inexistence sociale du prolétariat" pendant la guerre et la justification à posteriori de l’inutilité et de l’impossibilité de toute activité révolutionnaire ?

Thèses sur la situation internationale

Dans le passage traitant des événements de juillet 1943 en Italie, il est justement souligné que l’absence du Parti au cours des événements révolutionnaires de juillet à septembre 1943 a permis à la bourgeoisie internationale d’intervenir avant que le prolétariat italien n’ait pu réaliser la conscience des objectifs de sa lutte et d’écraser momentanément le premier assaut de la révolution. Cela pose le problème de la responsabilité historique de la Fraction italienne de la Gauche communiste. On ne peut passer sous silence le manquement grave de la Fraction italienne qui porte en partie la responsabilité de la situation créée en Italie.
Ce n’est pas la place ici d’analyser en détail les raisons qui ont présidé à ce manquement. Elles sont d’ordre politique et également organisationnelle. Il ne s’agissait certes pas de faire l’examen de ces raisons dans les thèses mais il importait de ne pas passer sous silence le fait que les erreurs, les hésitations de l’avant-garde ont déterminé son absence au moment nécessaire, ce qui pesé lourdement dans l’évolution de la situation italienne.
Dans le 3ème chapitre parlant de la situation nouvelle créée en Europe après les événements d’Italie, les thèses la caractérisent ainsi :

"Celle-ci se caractérise par une modification du rapport de forces économiques et militaires entre l’Allemagne hégémonique et l’impérialisme allié." Et plus loin : "La généralisation des mouvements révolutionnaires contre la guerre ne s’étant pas produite, celle-ci se poursuit et se développe."

Ce schéma de la situation nouvelle qui voit la guerre se continuer et se développer n’est pas tout à fait exact. Je sais bien qu’on parlera après dans les thèses d’une menace révolutionnaire "bien qu’elle ne se soit pas encore manifestée", d’une perspective vague, mais ce n’est pas cette menace qui, selon les thèses, caractérise la situation nouvelle. Et c’est là l’erreur des thèses.
La modification des rapports de force entre l’Allemagne et le bloc allié n’est pas seulement économique et militaire, elle est aussi dans la différence entre la combustion de mécontentement des masses ouvrières en Europe, en Allemagne et dans les pays alliés. C’est cet aspect de la question qui donne la signification réelle, la caractéristique de la situation nouvelle. Il est regrettable que les thèses aient négligé cet aspect de première importance, l’escamotant en quelque sorte.
Parmi les facteurs qui déterminent une modification militaire entre les 2 blocs dans une guerre impérialiste moderne, le facteur de classe, c’est-à-dire la plus ou moins acceptation par le prolétariat de la guerre de sa bourgeoisie, est de première importance. Si l’Allemagne subit de plus en plus des défaites, cela témoigne d’une manifestation d’un mécontentement grandissant des masses ouvrières déguisées en soldats, se détachant de la guerre impérialiste de son capitalisme.
On essaie, dans les thèses, de donner les raisons de "l’absence" (!) du prolétariat allemand durant cette période. Un grand nombre de ces raisons sont valables aussi pour les autres prolétariats et notamment pour le prolétariat italien. Par contre, on n’a pas remarqué un fait qui, à mon avis, est essentiel pour comprendre la différence existant entre la situation du prolétariat allemand et celle des autres prolétariats. Tandis que le prolétariat d’Italie (comme celui des autres pays) - tout en fournissant un contingent de soldats - reste dans sa majeure partie sur place, sur le lieu de travail, dans ses villes et quartiers, dans sa position d’ouvrier, le prolétariat allemand, dans sa grande majorité sinon dans sa totalité, sera lui mobilisé sur les champs de bataille. De cette différence de situation résultera que – tandis que, dans les autres pays, le mécontentement se produira essentiellement à l’arrière et se manifestera d’une façon classique par des grèves – le prolétariat allemand, lui, sera disloqué, hors de l’Allemagne, à tous les points de l’Europe, encadré dans l’armée par une bande de SS et soumis à une discipline militaire de fer. Sa lutte à lui ne se manifestera pas par des grèves dans les usines occupées par les femmes, les enfants et les millions de prisonniers étrangers ; mais elle ne pourra se manifester que dans sa non volonté aux combats militaires.
Il est pour le moins exagéré d’affirmer que le prolétariat allemand est "absent" ou inexistant. Le thermomètre, à tort placé dans les usines en Allemagne, a marqué le point mort, mais ce sont les défaites retentissantes de l’armée allemande, là où se trouve concentré le prolétariat, qui renseigne réellement de l’existence, de la présence du prolétariat et du degré de son mécontentement.
Faute d’avoir mal brandi l’objectif, la photo que nous présentent les thèses nous donne une image un peu déformée de la réalité de la situation européenne en 1944.

20 janvier 1945

Notes :

[1NDE- Dans l’édition 2004 d’Internationalisme N° 1, cette citation se situe en bas de la page 3 et non en page 2.

[2NDE - Dans l’édition 2004 d’Internationalisme N° 1, cette citation se situe en haut de la page 4 et non en page 3.




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