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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Défonce et Révolution
{Marge}, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 5.
Article mis en ligne le 14 mars 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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C’est surtout à partir de 68 que des dizaines de milliers de mecs et de nanas ont commencé à se droguer en France. Face à un système implacable, fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme et sur un autoritarisme qu’on aurait cru d"un autre âge, nombre de jeunes se sont révoltés. Heureusement : enfin un peu de vie dans une société à moitié crevée.
Cette révolte tendait - et tend toujours - vers la libération : libération sexuelle, libération de l’oppression quotidienne dans les lycées, les universités, les casernes, les usines...
Face à cette poussée de la jeunesse libertaire, la réaction de la dictature gaulliste, du pouvoir UDH, a été brutale : matraquages, étouffements, expulsions, éliminations, répressions. Après avoir lutté pendant des années contre les différents bastions du système (armée, flics, CRS, tribunaux d’exception, ORTF : "Tous les soirs, la police vous parle", presse servile, godillots aux ordres d"un général sénile, patronat lancé dans la course au profit, etc.), une fraction de la jeunesse militante a estimé qu’il était inutile de poursuivre ce combat, tout au moins sous ses formes strictement politiques. Certains pensaient que la société actuelle, aussi pourrie soit-elle, conserverait ses structures hiérarchiques d`oppression, et qu’il était illusoire d’espérer la changer en profondeur. Même parmi les révolutionnaires, les gauchistes, les maos, les trotskystes, les situationnistes, les socialistes libertaires, les anars, ce courant de dégoût et de désillusionnement se créait.
C’est à ce moment que nombre de jeunes ont commencé à faire des expériences avec les substances appelées "drogues". En fait, dès qu’on est accroché à quelque chose d’extérieur à soi, c’est une drogue. Pour certains, c’est la télé tous les soirs, le tiercé, la course au fric ou aux "honneurs", la bagnole, etc. Pour d’autres, c’est le shilum, le trip ou le fix.
Au début, c’était cool. Le joint ou le shilum. La musique super-planante. Mais, petit à petit, les drogues dures se sont ramenées : héro, morph, coco, S.T.P. Et compagnie. Le gouvernement interdit obstinément les produits les plus mineurs, mettant ainsi dans le même sac le joint de mari’ et la shooteuse de cheval. Résultat : tout se retrouve dans le même circuit et quand le revendeur, le dealer du coin n’a plus d’herbe colomblenne ou de hash libanais, il vend de l’héro. Oh, juste un petit sniff, pour commencer, en attendant le shoot...
Ce qui, au départ, avec les produits d’expansion de la conscience, avec les substances psychédéliques (L.S.D. 25, le fameux acide ; mesca, psilo, peyotl) faisait partie du mouvement de recherche, de libération, est devenu maintenant, pour beaucoup de mecs, un esclavage plutôt pesant. Quand on voit un junkie en manque, ou un mec qui s’écrouIe après s’être fixé aux "downers", y’a pas de problème, c’est vraiment pas la liberté ! Parfois, c’est super-dur : une taule aux murs de verre, "un hanneton dans un bocal", comme le dit un copain freaks.
Alors voilà, c’est pour filer un coup de main à ceux qui`en ont ras-le·bol de ce "bocal", c’est pour aider ceux qui ont assez expérimenté les drogues vraiment dures et qui en ont assez, qu’on a créé la communauté "Lumière et Liberté". ll y a un potager, cinq chèvres, et beaucoup de nature. Ceux qui le veulent pratiquent le raja yoga (Maharaj Ji). Et parfois, à vivre comme ça entre anciens défoncés, on ressent de bonnes vibrations d’amour. Et c’est le pied. Et ça veut dire quelque chose. Et c’est vraiment une nouvelle vie. Oh, on n’a rien inventé, non. On a juste écouté Dylan :
"Love is all there is,
It makes the world go round.
Love and only love,
it can’t be denied."
Enfin, on essaie de vivre ça, quoi...

Alaln F. REVON.
GROUPE MARGE LIMOGES.




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