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Lettre de la GCF à la GCI
Article mis en ligne le 8 juin 2015
dernière modification le 3 juin 2015

par ArchivesAutonomies
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LETTRE

A la Gauche Communiste Internationale
Au Parti Communiste Internationaliste d’Italie.-
A la Fraction Belge de la GCI.-
A La F.F.G.C.

Chers camarades,

A l’occasion de la rencontre Internationale, en vue de la reconstitution du Bureau International de la G.C.I., disparu depuis début de la guerre, nous adressons cette lettre qui est à la fois une protestation, un cri d’alarme et une dénonciation.
En effet la reconstitution du BI tend à se faire en passant outre à une situation qui faisait subsister, en France deux groupes de la G. C.I., et en éliminant purement et simplement un des deux : notre groupe : la Gauche Communiste de France.

Il est nécessaire de rappeler que le B.I. fut constitué en 1938, sur la base d’une résolution de principes dont l’acceptation était la condition d’admission à la GCI. Sa disparition au début de la guerre ne fut pas un effet du hasard mais le produit d’une crise politique de la G.C.I. à la suite d’une série d’erreurs théoriques ou d’analyses de la situation et des perspectives. Depuis les tentatives de reconstitution du B.I. se sont heurtées à l’existence de divergences qui allaient en s’aggravant.

Il s’est avéré que toute reconstitution du B.I. ne pourrait se faire qu’à la suite d’une solution ou tout au moins d’une discussion approfondie des divergences.
I1 est donc impossible qu’on puisse constituer un B.I. de par la simple volonté d’une partie de la G.C.I., serait-elle la majorité écrasante, sans convoquer préalablement tous les groupes se réclamant des bases de la G.C.I., SANS EXCEPTION, à une Conférence politique Internationale.

Depuis mai I945, existent en France, deux groupes se réclamant de la GCI : la F.F.G.C. et la GCF.

La coexistence, dans un pays de deux groupes scissionnés se réclamant d’un même courant politique international est certes une situation regrettable. Mais on ne pourrait aucunement s’arrêter sur le côté formel de cette situation et vouloir la résoudre organisationnellement par des investitures et des éliminations car un tel fait à une profonde signification politique.

Cela n’est pas dû à un simple hasard, bien que souvent on tente de masquer la réalité derrière des mesquineries et des questions personnelles.
Quoi qu’il en soit il n’appartient à personne de "juger", sans examen et surtout prématurément, le différend qui oppose ces deux groupes, même si d’autres questions que des questions politiques existaient. (Ce qui n’est pas le cas ici).

Les deux groupes gardent les mêmes droits. Ils sont vis à vis du courant tout entier une situation de fait, situation et moment qui doivent trouver leur conclusion au travers d’une discussion politique du courant tout entier.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit, toute l’histoire du mouvement ouvrier , et ses moments les plus riches nous en apportent la preuve, n’a été qu’une continuelle confrontation de groupes et de tendances.

Il y a toujours eu 3 méthodes employées pour surmonter les difficultés issues de telles situations :

1) la méthode révolutionnaire honnête et loyale ;

2) la méthode opportuniste ;

3) La méthode sectaire et bureaucratique.

La méthode révolutionnaire consiste à porter le débat politique dans toute l’organisation et ouvertement devant le prolétariat. Partant des divergences entre deux groupes ou tendances, elle tend à élever le débat et à déterminer une atmosphère permettant une plus haute prise de conscience révolutionnaire de l’ensemble du mouvement et de la classe.

La deuxième méthode, celle de l’opportunisme, consiste à "oublier", "passer l’éponge", à faire des chinoiseries, à tourner en rond et à camoufler le fond des débats.

La troisième méthode consiste à "juger" d’en haut par quelques éléments des organismes "supérieurs", sans permettre la vérification par l’ensemble des militants de l’organisation. Ce sont des résolutions oubliées par les C.C. ou les C.E., résolutions prononçant "ad hoc" des mesures organisationnelles et disciplinaires, des exclusions administratives. En un mot, on tache de couper le groupe visé du reste de l’organisation et cela par tous les moyens. C’était la méthode à l’honneur dans l’IC du temps de Zinoviev et de Staline.

C’est cette méthode qu’on emploie aujourd’hui contre nous et qui semble vouloir triompher dans la GCI. Cela non plus n’est pas dû au hasard.

LES METHODES IMPLIQUENT UNE POLITIQUE. ELLES ONT LEUR CORROLAIRE ET LEUR SOURCE DANS TOUTE LA LIGNE POLITIQUE D’UNE ORGANISATION. (Voir l’annexe).

* * * * *

Il n’est peut-être pas inutile de faire ici une mise au point. Nous avons souvent dénoncé Vercesi. Nous l’avons fait avec violence et passion. C’est la raison qui a fait dire qu’il y avait des questions personnelles. Celle-là et bien d’autres encore.

Il faut dire ici, afin d’en finir une bonne fois avec ces chicaneries. Personnellement nous gardons une grande estime au camarade Vercesi dont le mérite ne peut pas être contesté d’avoir été le principal animateur de la F.I., de la G.C.I. et de la revue Bilan durant de longues années avant la guerre de 1939.

Mais nous repoussons tout fétichisme de la personne si grande soit-elle. Aussi grande estime qu’on puisse avoir pour l’homme, ses pensées et ses actions sont impersonnelles du fait qu’ils sont transformés en idées et actes exprimant un courant politique dans le mouvement. Nous avons tous estimé la grande valeur d’un Lénine à qui nous devons beaucoup. Cela ne nous a jamais empêché dès son vivant de combattre avec acharnement les positions politiques erronées qu’il défendait et où nous décelions des germes d’opportunisme.

Il en est de même pour Trotsky. Ce n’était pas la personnalité de Trotsky que la G.C.I. Mettait en cause dans ses critiques violentes, mais uniquement et essentiellement sa tendance politique. Pour Vercesi c’est la même situation qui se produit. Toute une tendance politique qui semble triompher dans la G.C.I. se rattache à ce nom et se manifeste dans un sens que nous pensons être de l’opportunisme et qui conduit à la trahison de ce qu’est réellement la G.C.I.

* * * * *

Il faut rappeler ce qu’est et comment s’est constitué la GCF.

Les camarades de la GCF sont les fondateurs du Noyau de la Fraction en France. Au début de 1942. La déclaration de Principes élaborée fut présentée et acceptée à la Conférence de la Fraction italienne en mai 1942. Cette déclaration de Principes avec la Résolution de Constitution du B.I. Constitue encore aujourd’hui un des documents programmatiques de notre organisation.

Durant toutes les années de guerre les camarades de la G.C.F. Ont participé étroitement à l’activité de la F.I. Avec qui ils ont multiplié les efforts pour le maintien de la GCI et pour la reconstitution du Bureau International contre l’opposition de la minorité de F.I. En Belgique et d’une partie de la Fraction Belge se refusant à tout travail politique pendant la guerre. Dans ce travail opiniâtre de rétablissement des liaisons internationales de la G.C.I., sous l’occupation allemande, un de nos camarades fut arrêté en Belgique au cours d’une mission de liaison. Il fut arrêté par la police allemande et jeté en prison. (janvier 1944).

Un autre camarade de la G.C.F vieux militant de la F.I. Avant-guerre, faisait partie du groupe de Marseille qui a reconstitué, au début de la guerre la F.I. Et maintenu la vie politique et les principes révolutionnaires de la G.C.I. Contre les théories révisionnistes, l’abandon et la chute dans le Comité de Coalition Antifasciste de la tendance Vercesi.

A la veille de la "Libération" et au cours de celle-ci, la G.C.F. a publié le premier numéro de L’Étincelle et a collé sur les murs de Paris des affiches dans lesquelles elle appelait les ouvriers à ne pas participer à cette guerre impérialiste aussi bien du côté fasciste que du côté démocratique "antifasciste". Elle appelait les ouvriers à se regrouper sur leur terrain de classe pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile du prolétariat contre le régime capitaliste mondial.

Depuis nous avons publié 15 numéros de notre journal : L’Étincelle et 15 numéros de notre Bulletin Théorique et de Discussions : Internationalisme et une série de Bulletins Spéciaux et de Tracts. Dans toutes ces publications la G.C.F est constamment restée fidèle aux positions Principielles de la GCI et s’est efforcée de donner des réponses théoriques et politiques à des problèmes que la GCI n’avait fait qu’aborder. (La question russe et la nature Capitaliste de l’État Russe - Le capitalisme d’État : tendance du Capitalisme Moderne – Perspectives et taches de la Période Transitoire - Analyse et perspectives du Cours présent - La question syndicale – Le Parlementarisme – la question de l’État après la Révolution Prolétarienne -).

La scission survenue contre notre volonté en mai 1945 déterminant l’existence de deux groupes en France se réclamant également de la G.C.I., avait pour fond des divergences politiques extrêmement sérieuses qui existaient alors et existent toujours au sein de toutes les autres organisations de la G.C.I. Le fait que la scission s’est effectuée dans la confusion mettant en avant des questions secondaires et personnelles, a rendu tout à fait impossible tout éclaircissement et confrontations politiques sur la base de ces divergences au sein de la G.C.I.

Il est évident que les "résolutions" du C.C. Du P.C.I. et de la F.B. Concernant la scission, et leur investiture à la F.F.G.C relèvent de leur méconnaissance totale des faits réels (manque complet d’informations) et de leur fond politique et ne pouvaient contribuer à solutionner les problèmes et les divergences valables pour toute la G.C.I. Ces résolutions sont d’autant plus singulières que par ailleurs le C.C. du P.C.I aussi bien que la F.B. se sont abstenus de répondre aux lettres politiques que nous leur avons adressé depuis un an, au sujet de ces différends et leur opposant la réunion d’une Conférence de la G.C.I.

La F.B. N’avait pas toujours eu un pareil comportement. En avril 1945 dans une situation à peu près analogue de la Fraction Italienne scissionnée en deux groupes (la F.I. en France ayant exclu le groupe de Bruxelles pour sa participation au Comité Antifasciste), la F.B. Proposait une Conférence Internationale de la G.C.I. avec la participation des deux groupes italiens, avec un ordre du jour portant sur l’ensemble des divergences existant dans la G.C.I.

Nous avons accepté alors cette proposition parce que tout en condamnant avec la plus grande intransigeance la participation au Comité Antifasciste nous estimons inconcevable de résoudre un tel problème par la voie des mesures organisationnelles uniquement. Nous n’avons cessé de réclamer la convocation de cette conférence.

On ne peut manquer d’être frappé de fait qu’aujourd’hui on refuse pour la situation des Fractions Françaises ce qu’on avait proposé pour solutionner le cas des deux groupes de la Fraction Italienne ; alors qu’hier on était très "démocrate" quand il s’agissait d’un groupe qui a trempé dans un Front Unique d’une Coalition Antifasciste avec tous les partis de la bourgeoise on élimine bureaucratiquement et sans appel aujourd’hui le courant le plus radical qui depuis des années n’a cessé de lutter contre les déviations opportunistes dans la G.C.I.

En conclusion, nous reprenons notre proposition d’une Conférence Internationale de tous les groupes de la G.C.I. dans le but de discuter ouvertement tous les problèmes où peuvent exister des divergences, et nous demandons de participer à tous les travaux préparatoires en vue d’une telle Conférence.

Considérant que la rencontre qui doit présider à la formation d’un BI ne peut être qu’une étape en vue de la réunion d’une Conférence Internationale, nous réclamons instamment le droit de participer à cette rencontre préliminaire.

Toute autre solution qui consisterait à éviter le débat sur les questions politiques et les divergences, reviendrait en fait à préparer sûrement l’éclatement de crises et de scissions à chaque tournant sérieux de la situation dans l’avenir.

On ne sauvegarde pas "l’unité" d’une organisation par des mesures organisationnelles et bureaucratiques. On ne renforce pas le fondement en couvrant d’une légère couche monolithique donnant l’apparence d’une homogénéité politique.

Profondément convaincus de la gravité de la situation dans la G.C.I. dans un cours particulièrement critique que traverse le mouvement ouvrier international, nous en appelons à la conscience des camarades militants de la Gauche Communiste Internationale pour réagir contre l’orientation opportuniste et les méthodes bureaucratiques.

Salutations révolutionnaires.

La Gauche Communiste de France
28 novembre 1946




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