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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La conférence de Moscou
Article mis en ligne le 8 juin 2015
dernière modification le 3 juin 2015

par ArchivesAutonomies
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Si l’analyse des événements comporte cette monotonie, telle une partie d’échecs qui dure jusqu’au mat : la 3ème guerre mondiale, il est ridicule de voir dans chaque manœuvre une préparation directe à la guerre.
Le soin de compter les coups, de lancer des suppositions, d’imaginer des revirements, ce soin est du ressort de tout bon ou mauvais journaliste bourgeois. Pour de tels gens, le métier les transforme en machine enregistreuse plus ou moins bonne.
Viennent ensuite les troubadours du patriotisme qui voient partout et en tout une atteinte à l’honneur de leur pays. Criant à la provocation, ils se font les propagandistes zélés d’une paix guerrière et répètent au tout venant la célèbre phrase : "Si tu veux la paix, prépare la guerre".
Puis vient cette masse tourbeuse de fabricants ou découvreurs d’atrocités et de légendes sadiques.
Couronnant tout ceci, les diplomates et l’ONU donnent un cachet de politesse aux négociations serrées et délicates, d’impartialité bien bourgeoise.
Et tous ces acteurs, au grand jour ou par l’intermédiaire d’articles de journaux prétentieux et "impartiaux", montent la grande comédie qui va se jouer à Moscou.
Le problème allemand, point culminant de la guerre qui vient de se dérouler, est-il réellement le véritable enjeu de la conférence ? Ne verra-t-on pas nos bons délégués alliés prévoir le réveil de la "bête allemande", chercher par un traité, chef-d’œuvre de dentelle diplomatique, à préserver le monde d’un retour offensif de ces "boches" ?
Personne n’est dupe de ce jeu ; personne sauf le lecteur naïf, sauf la masse des travailleurs à qui on présente une victoire qui a déjà coûté tant de sacrifices et qui réclame encore tant de sacrifices.
Moscou n’est pas le lieu où s’échafaude un véritable traité de paix comme Paris n’a pas vu la signature de véritables traités de paix. Et ceci, non en fonction des réclamations venant des pays signataires ou menant les pourparlers, mais parce que IL NE PEUT Y AVOIR DE VÉRITABLE PAIX BOURGEOISE.
Les traités signés à Paris n’ont exprimé qu’une division de zones d’influence entre les deux Grands. La conférence de Moscou planifiera l’Allemagne aux besoins impérialistes et guerriers des mêmes Grands.
La lutte serrée se jouera, non sur la part de bénéfice qui doit revenir à chacun des alliés, mais essentiellement sur le contrôle des points industriels et stratégiques importants de l’Allemagne.
Si avant 1914 un traité pouvait s’établir sur une certaine foi en les signatures, de nos jours la signature se remplace par l’occupation.
Et, après Moscou, quand l’Allemagne sera apprêtée à la sauce allié, quand les deux Grands auront joué la carte du fait accompli, alors la fin de la partie d’échecs se dessinera ; la guerre apparaîtra injuriée par ceux qui l’accepterons avec soulagement : les bourgeoisies du monde entier.

* * * * *

Pourquoi cet avant-propos ? Dans la multitude des interprétations "scientifiques et révolutionnaires" des camarades de l’avant-garde que de fois n’entend-on pas que la guerre recule parce que le prolétariat bouge ; et en avant pour la révolution ! Ou bien décriant un pessimisme défaitiste, ils déclarent, preuves et statistiques en main, que la guerre est loin et que nous entrons dans une ère de production de paix. Ou bien encore ils passent, de semaine en semaine, d’un optimisme "révolutionnaire" à un pessimisme "décevant".
Tout ceci parce qu’on a voulu interpréter séparément chaque événement politique, chaque grève, chaque mouvement financier, militaire et social. Comme par le passé, comme si les 30 dernières années n’avaient été que des pages blanches, on médite les événements un à un et l’on baptisera "vérité" ses désirs, ses déceptions.
Les désirs conduisent à l’opportunisme, à l’activisme ; les déceptions au "je-m’en-foutisme", au "sacrifice inutile" ou à la lassitude. La tâche de l’avant-garde tombe dans le sommeil ou dans le bourbier des idéologies bourgeoises.
Pendant ce temps la bourgeoisie, économiquement conduite vers la guerre, répercute, dans toutes les branches d’activités sociales, une atmosphère de préparation de guerre. Le sacrifice, la bonne volonté des masses sont mis à contribution. C’est tantôt l’inflation, tantôt le ravitaillement que l’on offre comme épouvantail et surtout comme moyen de noyer tout essai de réflexion des ouvriers. Comme nourriture spirituelle, on offre alors les brillantes polémiques d’un Koestler, d’un Courtade [1]. A remarquer que l’un et l’autre crient au danger de guerre dès qu’ils se voient réciproquement. Confusion nécessaire !
La partie s’est jouée hier sur le fascisme et l’antifascisme, elle se jouera demain sur le russisme et l’anti-russisme.
L’Europe vient de subir une des plus terrifiantes catastrophes de tous les temps. De 1939 à 1945, la guerre a porté ses ravages jusque dans le plus petit hameau. Tout le monde a subi cette calamité doublée des sacrifices les plus affreux - froid, famine, mort - et personne ne s’est encore libéré de ces visions infernales. Partout l’on se ressent encore de cette guerre malgré les discours ronflants de paix des seigneurs de la guerre.
Deux ans après cette guerre, une famine intolérable vient s’installer à demeure dans chaque logis. L’Ukraine, la Roumanie subissent une crise agricole épouvantable ; les pays de l’Europe centrale, dépossédés de leurs moyens de production par les occupations militaires successives, se voient contraints de revenir vers une certaine économie artisanale et, avec ces pauvres ressources, devoir entretenir des troupes d’occupation venues en "libératrices". Et c’est encore les masses qui voient se réduire la portion bien congrue de leur subsistance.
En Allemagne, les grèves provoquées par la fin et le froid font renaître un nationalisme de désespoir. En Italie, un gouvernement impuissant signe un traité de paix au milieu de luttes confuses de séparatisme et d’irrédentisme. Le marché noir remplace officiellement le rationnement gouvernemental ; une cuisine parlementaire défraie la chronique des amusements.
En Angleterre, le froid immobilise la production et le ravitaillement des grands centres. Encore des chômeurs et les plus grands sacrifices pour les masses travailleuses. Le besoin, pour l’État capitaliste, d’exporter, d’économiser les devises étrangères, de faire face à une situation économique sans précédent a déjà diminué, encore plus que le froid, le pouvoir d’achat des ouvriers.
En tout point de l’Europe, la faim gronde ; des faims qui nous font comprendre l’étendue de la famine en Chine et aux Indes.
Que fait-on contre ceci ? La guerre en Indochine, la guerre en Grèce, la répression en Palestine, aux Indes, la déportation en Pologne, en Russie, dans toute l’Europe centrale.
Les quatre Grands et l’ONU s’occupent plus de prédominance impérialiste que du sort des masses affamées par la guerre. La conférence de Moscou discutera plus des possibilités stratégiques des zones d’occupation en Allemagne que de solutionner la fin de la 2ème guerre mondiale. Et aux cris de famine de toutes les masses travailleuses on leur répondra, on leur demandera un surcroît de travail, non pour augmenter leur subsistance vitale mais pour qu’elles forgent encore les armes d’une nouvelle guerre mondiale, la plus grande catastrophe de tous les temps.
La guerre n’est pas sortie de l’horizon bourgeois car il n’y a pas d’économie de paix pour le capitalisme. Si pour quelques simples d’esprit l’ouverture en 1914 de la crise permanente du capitalisme était une perspective lointaine, aujourd’hui les faits sont là et nous prouvent que, loin de diminuer les antagonismes impérialistes, la deuxième guerre mondiale n’a fait que les exacerber.
Même les savants se sont mis de la partie pour nous construire des milliers de bombes atomiques, sinon des engins encore plus meurtriers, encore plus misérables.
A une atmosphère de lassitude et d’acceptation de plus grands maux chez les masses travailleuses, à une frénésie de voir une montée révolutionnaire chez quelques groupes de l’avant-garde, les révolutionnaires doivent lancer un cri de détresse devant la perspective d’une troisième guerre mondiale qui peut être le dernier signe de vie de toute société organisée.
Notre devoir, notre tâche est de dénoncer, par tous les moyens, les nouveaux préparatifs de guerre de quelque côté qu’il vienne.

AUX NOUVELLES IDÉOLOGIES BOURGEOISES QUI PRÉPARENT CETTE 3ÈME GUERRE IMPÉRIALISTE, TELS LE RUSSISME ET L’ANTI-RUSSISME, L’AVANT-GARDE DOIT LUTTER POUR EMPÊCHER UN NOUVEAU MASSACRE.
LES PROLÉTAIRES N’ONT PAS DE PATRIE ET N’ONT RIEN À GAGNER DANS UNE GUERRE IMPÉRIALISTE SI CE N’EST DE NOUVELLES CHAÎNES.

Mousso

Notes :

[1Dans le journal Action en janvier 1947, il y avait eu un article "Koestler où la Vénus du carrefour. Les saboteurs", de Pierre Courtade du PCF. Et dans La Vérité du 7 février 1947, n°161, l’article "Match Courtade-Koestler".




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