Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Y’en a marre
{Marge}, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 7.
Article mis en ligne le 14 mars 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

L’oppression du couple classique Famille-Patrie ou de la vie maritale, ça on connaît ou on commence à connaître. Tous, de la Ligue aux Anars, ont poussé leur gueulante en la dénonçant, Elle fait partie maintenant de l’une des cibles de l’engagement "gauchiste". Mais dans la vie de tous les jours, chez ces gens qui sont à nos cotés dans la lutte, comment cela se traduit-il ?... "Libérez-vous petites camarades, on vous filera un coup de main".
Y’en a mare de "Famille-Patrie", mais y’en a marre aussi de "liberation sexuelle à tout prix" ; y’en a marre de baiser parce que ça fait "libéré" et pour vous faire plaisir, surtout. On a la pilule, alors tout est résolu. L’affection, la tendresse, de la merde tout ça, sentiment bourgeois camarade. Et si tu as le cafatd, après, si tu te sens seule et plus paumée qu’avant, c’est que tu n’es pas dans la ligne politique.
Cette ligne politique est sensée etre juste et donc avoir résolu tous tes problèmes. Au nom de l’anti-conformisme on nous i-moi-se des schémas vestimentaires, esthétiques, et si tu ne te sens pas bien dans des jeans credo et des treillis de "mecs", il te vaudra mieux les mettre quand même sinon tu auras peu de chances de te falre accepter et de trouver ta place dans le "groupe". Pour cette place, il te faudra prendre aussl le rôle des "mecs" : oppresser tes sœurs qui ne sont pas assez politisées.
Si tu as envie de tendresse et d’amour. tu te verras taxée, selon la cas, de fille matemante ou possessive, ou d’adolescente n’ayant pas passé le cap. La connaissance du corps de l’autre ?... Aucune importance, on n’est pas là pour perdre son temps. Du militant pur et dur toujours pressé qui fait ça en dix minutes à celui qui recherche les poses les plus compliquées, tu n’auras guère de chances de trouver un don réel.
C’est donc si difficile de réapprendre la tendre, de donner la main, de savoir attendre un désir mutuel, de faire l’Amour, de ne pas se jeter l’un sur l’autre pour se consommer dans un combat où le vainqueur est toujours le même. Il ne s’agit pas de retomber dans la morale bourgeoise. En dix muniutes, on peut connaître quelqu’un, mais dix minutes ne sont pas un stade limite à ne pas dépasser, et rester avec un être plus de quinze jours n’engendre pas forcément l’ennui.
Parce qu’il faudrait peut-être se foutre dans la tête une bonne fois pour toutes, qui se donner ne veut pas dire forcément se faire posséder. Et que si nous rejetons le COUPLE avec tout ce qu’il a d’oppressif, ce n’est pas pour tomber dans des rapports complètements froids et hygiéniques. S’il est vrai que le couple engendre une aliénation insupportable, qu’il est impossible de développer une quelconque activité créatrice en restant d’une manière permanente avec un être, que l’aliénation du couple est sournoise, qu’il est impossible dans des rapports établis de laisser la place à une quelconque spontanéité, il est vrai aussi que cette nouvelle forme de rapports laisse aux "mecs" un pouvoir encore plus grand d’oppression. Par le biais du libre choix, il s’avère que ce libre choix s’opère à sens unique ; que nous sommes, nous femmes, à la merci du bon vouloir de celui qui choisit ou non d’être avec nous. Il s’avère que, dans un groupe, la position de rejet qu’affichent les "mecs" qui vivent dans une situation de dépendance intenable et que cette soi-disant indépendance ressemble plus à un refus d’assumer des situations.
Combien de "mecs" profitent d’une liaison stabilisante et sûre, mais ne l’assument plus au sein d’un groupe, jouant alors le jeu de l’HOMME seul et sans attachés ; nous faisant après, à la moindre protestation, le chantage à la rupture. Cela n’est pas très loin du mari enlevant son alliance pour "draguer" plus facilement à l’extérieur du cercle familial dont il est le maître. Et en plus, dans la plupart des cas, ils nous font assister à leur petit jeu sans rien dire. Il faudrait presque les encourager. Dans ces situations, la complicité des "mecs" joue à nouveau, et quand nous refusons cette attitude, les premiers mots qui nous sont répondus sont : possession et aliénation. De quelle aliénation est-il question ? Celle qui consiste à se servir des femmes tant que cela apporte une sécurité pour les rejeter ensuite quand elles deviennent gênantes ! Celle-là n’est pas nouvelle, elle existe depuis des siècles. Et notre soi-disant possession, elle est seulement la traduction du refus d’être une fois encore considérées comme des objets sexuels. Assumer une situation n’est pas une aliénation, mais peut-être un premier pas vers une remise en cause de cette situation si elle s’avère intolérable. Ce n’est pas par la fuite et le jeu que l’on résout les problèmes.
Et vous les "mecs", ne croyez-vous pas que vous auries beaucoup à gagner si vous écoutiez un peu les autres ? Ceux qui sont en face de vous, celui-ci ou celle-là que vous désirez et qui a un autre "moi", une autre vision du monde et des choses ? Que faire l’Amour serait plus chouette s’il se passait aussi autre chose en même temps ? Si, de temps en temps, vous laissiez au vestiaire votre anticonformisme, votre ligne politique et vos préjugés ? Bien sûr, vous seriez peut-être mois sûrs de vous, votre virilité en prendrait un coup. Ne croyez-vous pas que vous auriez beaucoup à gagner à dire de temps en temps que vous êtes seuls, que vous avec peur comme nous de vous faire possdéer, que vous trimballez derrière vous des siècles d’aliénation, et que parfois un peu de tendresse, ça ne fait pas mal ? Il vous serait plus difficile après de dire que vous possédez la vérité... révolutionnaire bien entendu. Si vous reconnaissiez de temps en temps que, vous aussi, vous êtes phallocrates comme nous sommes aujourd’hui des opprimées, peut-être aurions nous plus de chances de nous en sortir ensemble.
Tant que l’on ne sera pas décidé à se remettre en question vraiment, dans l’ensemble de nos rapports et de manière individuelle, le grand soir, il n’est pas pour demain. Il serait temps de vivre selon ses désirs, mais peut-être aussi de savoir ce qui les motive.
Travail-Famille-Patrie : y’en a marre. Militantisme pur et dur, libération obligatoire et selon des schémas bien définis, baise à tout prix : y’en a marre aussi : et ce, surtout venant de gens qui sont sensés avoir eu une prise de conscience, mais qui ont oublié d’être des individus.

Elsa




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53