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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Conférence internationale des groupes révolutionnaires
{Internationalisme}, n° 23, 15 juin 1947
Article mis en ligne le 21 août 2015
dernière modification le 20 août 2015

par ArchivesAutonomies
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Les 25 et 26 mai s’est réunie une Conférence Internationale de contact des groupements révolutionnaires. Ce ne fut pas uniquement pour des raisons de sécurité que cette Conférence ne fut pas annoncée tambour battant à la mode stalinienne et socialiste. Les participants à la Conférence avaient profondément conscience de la terrible période de réaction que traverse présentement le prolétariat, et de leur propre isolement inévitable en période de réaction sociale - aussi ne se livrèrent-ils pas aux bluffs spectaculaires tant goûtés, d’ailleurs de fort mauvais goût, de tous les groupements trotskistes.
Cette Conférence ne s’est fixé aucun objectif concret immédiat impossible à réaliser dans la situation présente, ni une formation artificielle d’Internationale, ni des proclamations incendiaires au prolétariat.
Elle n’avait uniquement pour but qu’une première prise de contact entre les groupes révolutionnaires dispersés, la confrontation de leurs idées respectives sur la situation présente et les perspectives de la lutte émancipatrice du prolétariat.
En prenant l’initiative de cette Conférence, le "Communistenbond" Spartacus de Hollande, mieux connu sous le nom de Communistes de Conseils [1], a rompu l’isolement néfaste dans lequel vivent la plupart des groupes révolutionnaires et a rendu possible la clarification d’un certain nombre de questions.

Les Participants :

Les groupes suivants furent représentés à la Conférence et ont pris part au débat :

  •  Hollande : Le Communistenbond Spartacus ;
  •  Belgique : Les groupes apparentés au "Spartacus" de Bruxelles et de Gand. — La Fraction belge de la GCI ;
  •  France : La Gauche communiste de France. Le groupe du Prolétaire [2] ;
  •  Suisse : Le groupe "Lutte de classe".

    En outre, quelques camarades révolutionnaires n’appartenant à aucun groupe, participèrent directement par leur présence ou par l’envoi d’interventions écrites, aux débats de la Conférence.
    Notons encore une longue lettre du "Parti Socialiste de Grande-Bretagne" adressée à la Conférence et dans laquelle il a expliqué longuement ses positions politiques particulières.
    La FFGC a également fait parvenir une courte lettre dans laquelle elle souhaite "bon travail" à la Conférence mais à laquelle elle s’excuse de ne pouvoir participer à cause du manque de temps, d’occupations urgentes [3].

    Le Travail de la Conférence

    L’ordre du jour suivant fut adopté comme plan de discussion à la Conférence :

  • 1) L’époque actuelle.
  • 2) Les formes nouvelles de lutte du prolétariat (des formes anciennes aux formes nouvelles).
  • 3) Tâches et organisation de l’avant-garde révolutionnaire.
  • 4) Etat-Dictature du prolétariat-Démocratie ouvrière.
  • 5) Questions concrètes et conclusions. (accord de solidarité internationale, contacts, information internationale, etc.).

    Cet ordre du jour s’est avéré bien trop chargé pour pouvoir être épuisé par cette première Conférence insuffisamment préparée et trop limitée par le temps.
    N’ont été effectivement abordés que les trois premiers points à l’ordre du jour. Chaque point à donné lieu à d’intéressants échanges de vues.
    Il serait évidemment présomptueux de prétendre que cet échange de vues a abouti à une unanimité. Les participants à la Conférence n’ont jamais émis une telle prétention. Cependant on peut affirmer que les débats parfois passionnés ont révélé une plus grande communauté d’idées qu’on aurait pu le soupçonner.
    Sur le premier point de l’ordre du jour comprenant l’analyse générale de l’époque présente du capitalisme, la majorité des interventions rejetait aussi bien les théories de Burnham sur l’éventualité d’une révolution et d’une société directoriale, que celle de la continuation de la société capitaliste par un développement possible de la production. L’époque présente fut définie comme étant celle du capitalisme décadent, de la crise permanente, trouvant dans le capitalisme d’Etat son expression structurelle et politique.
    La question de savoir si les syndicats et la participation aux campagnes électorales en tant que forme d’organisation et d’action pouvaient encore être utilisés par le prolétariat dans la période présente a donné lieu à un débat animé et fort intéressant. Il est regrettable que les tendances qui préconisent encore ces formes de la lutte de classe, sans se rendre compte que ces formes dépassées et périmées ne peuvent exprimer aujourd’hui qu’un contenu anti prolétarien et tout particulièrement le PCI d’Italie, ne fussent pas présentes à la Conférence pour défendre leur position. Il y avait bien la Fraction belge et la Fédération autonome de Turin, mais la conviction de ces groupes dans cette politique qui était leur, récemment, est à ce point ébranlée et incertaine qu’ils ont préféré garder le silence sur ce point.
    Le débat portait donc, non sur une défense possible du syndicalisme et de la participation électorale en tant qu’armes de lutte du prolétariat, mais exclusivement sur les raisons historiques, sur le pourquoi de l’impossibilité de l’utilisation de ces formes de lutte dans la période présente. Ainsi des syndicats, le débat s’est élargi et la discussion a porté non seulement sur la forme organisationnelle en général, qui, en somme, n’est qu’un aspect secondaire, mais a mis en question les objectifs qui la déterminent- la lutte pour des revendications économiques, corporatistes et partielles, dans les conditions présentes du capitalisme décadent ne peuvent être réalisées et encore moins servir de plate-forme de mobilisation de la classe.
    La question de Comités ou Conseils d’usine comme forme nouvelle d’organisation unitaire des ouvriers acquiert sa pleine signification et devient compréhensible en liaison étroite et inséparable avec les objectifs qui se posent aujourd’hui au prolétariat : les objectifs sont non de réformes économiques dans le cadre du régime capitaliste, mais de transformations sociales contre le régime capitaliste.
    Le troisième point : les tâches et l’organisation de l’avant-garde révolutionnaire qui posent les problèmes de la nécessité ou non de la constitution d’un parti politique de classe, du rôle de ce parti dans la lutte émancipatrice de la classe et des rapports entre la classe et le Parti, n’a malheureusement pas pu être approfondie comme il aurait été souhaitable.
    Une brève discussion n’a permis aux différentes tendances que d’exposer dans les grandes lignes leurs positions sur ce point. Tout le monde sentait pourtant qu’on touchait là une question décisive aussi bien pour un éventuel rapprochement des divers groupes révolutionnaires que pour l’avenir et les succès du prolétariat dans sa lutte pour la destruction de la société capitaliste et l’instauration du socialisme. Cette question, à notre avis, fondamentale n’a été qu’à peine effleurée et demandera encore des discussions pour l’approfondir et la préciser. Mais il est important de signaler que déjà à cette Conférence, il est apparu que si des divergences existaient sur l’importance du rôle d’une organisation de militants révolutionnaires conscients, les Communistes de Conseil, pas plus que les autres, ne niaient la nécessité même de l’existence d’une telle organisation qu’on l’appelle Parti ou autrement, pour le triomphe final du socialisme. C’est là un point commun qu’on ne saurait trop souligner.
    Le temps manquait à la Conférence pour aborder les autres points de l’ordre du jour. Une courte discussion très significative a eu encore lieu, vers la fin, sur la nature et la fonction du mouvement anarchiste. C’est à l’occasion de la discussion sur les groupes à inviter dans de prochaines conférences que nous avons pu mettre en évidence le rôle social-patriote du mouvement anarchiste, en dépit de sa phraséologie révolutionnaire creuse, dans la guerre 1939-45, leur participation à la lutte partisane pour la Libération "nationale et démocratique" en France, en Italie et actuellement encore en Espagne, suite logique de leur participation dans le Gouvernement bourgeois "Républicain et antifasciste", et dans la guerre impérialiste en Espagne en 1936-38
    Notre position : que le mouvement anarchiste aussi bien que les trotskistes ou toute autre tendance qui participa ou participe à la guerre impérialiste au nom de la défense d’un pays (défense de la Russie) ou d’une forme de domination bourgeoise contre une autre (défense de la République et de la démocratie contre le fascisme) n’avait pas de place dans une Conférence des groupes révolutionnaires, fut soutenue par une majorité des participants. Seul le représentant du Prolétaire se faisait l’avocat de l’invitation de certaines tendances non orthodoxes de l’anarchisme et du trotskisme.

    Conclusion

    La Conférence s’est terminée comme nous l’avons dit sans avoir épuisé l’ordre du jour, sans avoir pris aucune décision pratique, et sans avoir voté de résolution d’aucune sorte. Il ne pouvait en être autrement. Cela, non pas tant comme le disaient certains camarades pour ne pas reproduire le cérémonial religieux de toute Conférence et consistant dans le vote final obligatoire de résolutions qui ne signifient pas grand chose, mais à notre avis parce que les discussions ne furent pas suffisamment avancées pour permettre et justifier le vote de résolution quelconque.
    Alors, la Conférence ne fut qu’une réunion de discussion habituelle et ne présente pas autrement d’intérêt penseront certains malins ou sceptiques. Rien ne serait plus faux. Au contraire, nous considérons que la Conférence a eu un intérêt et que son importance ne manquera pas de se faire sentir à l’avenir sur les rapports entre les divers groupes révolutionnaires. Il faut se souvenir que depuis 20 ans, ces groupes vivent isolés, cloisonnés, repliés sur eux mêmes, ce qui a inévitablement produit chez chacune des tendances à un esprit de chapelle et de secte, que tant d’années d’isolement ont déterminé dans chaque groupe une façon de penser, de raisonner et de s’exprimer qui le rend souvent incompréhensible aux autres groupes. C’est là non la moindre des raisons de tant de malentendus et d’incompréhensions entre les groupes. C’est surtout la nécessité de se rendre soi-même perméable aux idées et arguments des autres et de soumettre ses idées propres à la critique des autres. C’est là une condition essentielle de non encroûtement dogmatique et du continuel développement de la pensée révolutionnaire vivante qui donne tout l’intérêt à ce genre de Conférence.
    Le premier pas, le moins brillant mais le plus difficile est fait. Tous les participants à la Conférence, y compris la Fraction belge qui n’a consenti à participer qu’après bien des hésitations et beaucoup de scepticisme ont exprimé leur satisfaction et se sont félicités de l’atmosphère fraternelle et de la discussion sérieuse. Tous ont également exprimé le vœu d’une convocation, prochaine pour une nouvelle conférence plus élargie et mieux préparée pour continuer le travail de clarification et de confrontation commune.
    C’est là un résultat positif qui permet d’espérer qu’en persévérant dans cette voie, les militants et groupes révolutionnaires sauront dépasser le stade actuel de la dispersion et parviendront ainsi à œuvrer plus efficacement pour l’émancipation de leur classe qui a la mission de sauver l’humanité tout entière de la terrible destruction sanglante que prépare et dans laquelle l’entraîne le capitalisme décadent.

    Marco

Notes :

[1Nous trouvons dans le Libertaire du 29 mai 1947 un article fantaisiste sur cette Conférence. L’auteur qui signe AP et qui passe dans le Libertaire pour le spécialiste en histoire du mouvement ouvrier communiste, prend vraiment trop de liberté avec l’histoire. Ainsi représente-t-il cette conférence à laquelle il n’a pas assisté et dont il ne sait absolument rien comme une Conférence des Communistes des Conseils, alors que ces derniers qui l’ont effectivement convoquée, participaient au même titre que toute autre tendance.
AP ne se contente pas seulement de prendre de la liberté avec l’histoire passée mais il se croit autorisé d’écrire, au passé, l’histoire à venir. A la manière de ces journalistes qui ont décrit à l’avance avec force détails la pendaison de Goering, sans supposer que ce dernier aurait le mauvais goût de se suicider à la dernière minute, l’historien du Libertaire AP annonce la participation à la Conférence des groupes anarchistes alors qu’il n’en est rien.
Il est exact que le Libertaire fut invité à assister, mais il s’est abstenu de venir et à notre avis avec raison. La participation des anarchistes au Gouvernement Républicain et à la guerre impérialiste en Espagne en 1936-38, la continuation de leur politique de collaboration de classe avec toues les formations politiques bourgeoises espagnoles dans l’émigration, sous prétexte de lutte contre le fascisme et contre Franco, la participation idéologique et physique des anarchistes dans la "Résistance" contre l’occupation "étrangère" font d’eux en tant que mouvement un courant absolument étranger à la lutte révolutionnaire du prolétariat. Le mouvement anarchiste n’avait donc pas sa place à cette Conférence et son invitation eut été en tout état de cause une erreur.

[2NdE - Dernière tendance des Communistes Révolutionnaire (CR) existant en France.

[3Les "occupations urgentes" de la FFGC dénotent bien son état d’esprit concernant les rapports avec les autres groupes révolutionnaires. De quoi souffre exactement la FFGC, du "manque de temps" ou du manque d’intérêt et de compréhension pour les contacts et les discussions entre les groupes révolutionnaires ? A moins que ce ne soit son manque de politique suivie (à la fois pour et contre la participation aux élections, pour et contre le travail dans les syndicats, pour et contre la participation aux comités antifascistes, etc.) qui la gène à venir confronter ses positions avec celles des autres groupes.




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