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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le congrès trotskiste
{Internationalisme}, n°29, 10 décembre 1947
Article mis en ligne le 26 août 2015
dernière modification le 19 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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"Dans la vieille salle de la Ligue des droits de l’homme, une soixantaine de délégués à la mine modeste et au visage d’intellectuels..." C’est ainsi que s’exprime Le Monde, organe du Comité des Forges, au début de son compte-rendu du congrès du PCI. Ce à quoi répond La Vérité :"Il ne suffira pas de la volonté des capitalistes pour ramener notre congrès au niveau d’une assemblée de pêcheurs à la ligne."
Laissons ici, pour quelques instants, les appréciations journalistiques pour pénétrer dans le débat politique du 4ème congrès trotskiste. Comme le congrès précédent, la majorité devient minorité et réciproquement.
La majorité, résolution de Franck, 48 mandats, reproche à l’ancienne direction - Parizot, Demazière, Beaufrère - un manque d’énergie. Elle exprime ce fait par un manque de délimitation d’une politique révolutionnaire avec la clique dirigeante des bureaucrates staliniens. Elle reproche aussi un manque de fermeté dans la préparation de la grève générale. Ainsi, elle dira que... une nouvelle étape s’ouvre avec la grève à Renault, et ceci sur fond d’un plafonnement économique, voir une accentuation de la crise du capitalisme français. De la lutte contre la guerre qu’ils font découler de l’expansion de l’impérialisme américain, la majorité proposera le mot d’ordre : États-Unis Socialistes Soviétiques.
La minorité - ancienne majorité sortante - (46 voix contre 48) présente la situation comme une stabilisation relative du capitalisme, un renforcement de ce dernier et une préparation plus intense de la guerre contre l’URSS. Elle déclare qu’il faut œuvrer pour l’unité d’action des travailleurs, front unique d’action contre le fascisme.
Majorité et minorité, malgré les divergences apparentes, sont profondément unies quant au programme transitoire : échelle mobile, contrôle ouvrier, minimum vital etc., front unique contre le fascisme. Ainsi, majorité et minorité s’intègrent dans le bloc impérialiste stalinien contre "la fascisme gaulliste".
Chez Renault, comme partout ailleurs dans les usines, là où les éléments staliniens sont suffisamment démasqués aux yeux des travailleurs prenant conscience de l’action antirévolutionnaire du stalinisme, le minimum vital des trotskistes, garanti par l’échelle mobile, apportera son appui au minimum vital des staliniens ; il concourra aussi dans sa démagogie à fomenter de bonnes grèves pour le plus grand profit du PCF.
La lutte pour "les États-Unis Socialistes Soviétiques" de la majorité rejoint, dans la plus grande des confusions, la défense de l’URSS de la minorité au travers de la campagne nationale pour le gouvernement ouvrier et paysan. Ce gouvernement ouvrier et paysan n’ayant rien de commun avec la dictature du prolétariat, cette phase transitoire du laboratoire du trotskisme permettrait, en toute éventualité, de préparer le chemin de la dite armée socialiste soviétique de Russie qui n’est autre qu’une armée au service de l’impérialisme russe.
Majorité et minorité sont d’accord pour passer sous silence le bilan de la faillite de replâtrage de l’État bourgeois baptisé, pour l’occasion : Programme constitutionnel – Rapport de Michèle Mestre, congrès du PCI – 1946 (chambre unique et souveraine élue sur la base de la représentation proportionnelle, pas de président de la république, dissolution des préfectures etc.) ; et tout ce programme réformiste sous le contrôle des syndicats CGT, lisez PCF.
Majorité et minorité omettent ainsi de dévoiler la faillite de ce programme et la diminution constante du nombre de voix à chaque consultation électorale ; programme que se propose le PCF si toutefois les mots d’ordre "gouvernement ouvrier et paysan" contribuaient à le porter au pouvoir.
Avec ces deux tendances majoritaires qui donnent le ton à la politique trotskiste en France, deux autres tendances minoritaires se font jour. Elles se séparent des tendances majoritaires sur l’appréciation de l’État russe et sur la défense de l’URSS.
La première tendance "Chaulieu" remporte 11 mandats. Elle fait ressortir la séparation des deux blocs qui concourent à la guerre. Pour elle cette guerre ne peut être évitée que par la lutte révolutionnaire. Cette tendance rejette le mot d’ordre "PS-PC-CGT au pouvoir" et propose son remplacement par le gouvernement ouvrier et paysan. Au lieu et à la place de la reconquête des organisations syndicales, la tendance Chaulieu propose des comités de lutte avec comme programme les mots d’ordre économiques du programme transitoire. Sur la nature de l’État russe, cette tendance fait ressortir son rôle contre-révolutionnaire et anticapitaliste à la fois.
Tout autre se précise la tendance Gallien (8 mandats). Cette tendance incorpore l’évolution russe de la politique russe dans le cadre du capitalisme. Elle s’inscrit contre toute position politique se mettant à la remorque du stalinisme. D’accord avec Chaulieu sur les mots d’ordre transitoires économiques ainsi que sur le contrôle ouvrier.
Quoiqu’en apparence plus à gauche que les tendances majoritaires du PCI, ces deux tendances minoritaires se trouvent bien à leur place parmi les trotskistes. La volonté apparente de ne pas être à la remorque des partis traîtres se trouve contrecarrée par la résolution du programme transitoire qu’elles adoptent : minimum vital, échelle mobile, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes etc.
Ces deux tendances ignorent le cours réactionnaire que suit la classe ouvrière aux travers des augmentations, illusoires et démagogiques, de salaire, prétexte à des grèves politiques staliniennes. Elles ignorent encore que la lutte contre le fascisme, qu’elles proposent, attache les ouvriers à un bloc contre un autre bloc ; en bref, elles ignorent que toute la politique trotskiste est fonction de son opposition au stalinisme dans le but d’une meilleure défense de la Russie capitaliste.
En ce qui concerne le regroupement révolutionnaire, il nous apparaît que toutes les tendances du PCI ont une attitude aussi confuse que la JCI faisant appel aux Jeunesses Socialistes.
En bref et pour nous faire comprendre, nous dirons que la construction du parti révolutionnaire ne peut s’effectuer en période de recul de la classe ouvrière, celle-ci suivant le cours qui se dirige vers la guerre.
Dans la conjoncture présente, les révolutionnaires doivent œuvrer, au travers d’une action de propagande, à la lutte contre la guerre. Le travail consiste donc à remonter le courant par la formation de cadres conscients. Ceci est loin d’entretenir un bluff éhonté autour d’une poignée de jeunes militants socialistes.
Si les lecteurs de la Vérité savaient que c’est sur les doigts d’une seule main que peuvent se compter les ouvriers militants trotskistes dans la plus grande des usines de la région parisienne, ils seraient d’accord avec nous pour reconnaître que, loin de sous-estimer les forces actuelles du trotskisme, le journal bourgeois Le Monde nous paraît bien modeste.

R. Goupil




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