Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Lénine philosophe (suite et fin)
{Internationalisme}, n°29, 10 décembre 1947
Article mis en ligne le 26 août 2015
dernière modification le 19 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

La révolution prolétarienne

La publication du livre de Lénine, d’abord en allemand puis dans une traduction anglaise, montre bien qu’on voulait lui faire jouer un rôle beaucoup plus grand que celui qui avait été le sien dans l’ancienne controverse du parti russe. On le fait lire aux jeunes générations de socialistes et de communistes pour influer sur le mouvement ouvrier international. Alors, nous posons cette question : qu’est-ce que ce livre peut apporter aux ouvriers des pays capitalistes ? Les idées philosophiques qui y sont attaquées sont complètement déformées ; et la théorie du matérialisme bourgeois nous est présentée sous le nom de marxisme. À aucun moment, on ne tente d’amener le lecteur à une compréhension et un jugement clairs et indépendants sur des problèmes philosophiques ; ce livre est destiné à lui apprendre que le Parti a toujours raison, qu’il doit lui faire confiance et suivre ses chefs. Et sur quelle voie ce chef du parti veut-il engager le prolétariat international ? Pour le savoir il n’y a qu’à lire la conception de la lutte de classe dans le monde, que Lénine expose à la fin de son livre :
« Il est impossible, en quatrième lieu, de ne pas discerner derrière la scolastique gnoséologique de l’empiriocriticisme, la lutte des partis en philosophie, lutte qui traduit en dernière analyse les tendances et l’idéologie des classes ennemies de la société contemporaine. La philosophie moderne est tout aussi imprégnée de l’esprit de parti que celle d’il y a deux mille ans. Quelles que soient les nouvelles étiquettes ou la médiocre impartialité dont usent les pédants et les charlatans pour dissimuler le fond de la question, le matérialisme et l’idéalisme sont bien des partis aux prises. L’idéalisme n’est qu’une forme subtile et raffinée du fidéisme qui, demeuré dans sa toute-puissance, dispose de très vastes organisations et, tirant profit des moindres flottements de la pensée philosophique, continue incessamment son action sur les masses. Le rôle objectif, le rôle de classe de l’empiriocriticisme se réduit entièrement à servir les fidéistes dans leur lutte contre le matérialisme en général et contre le matérialisme historique en particulier." (Matérialisme et empiriocriticisme, p. 372)
Aucune allusion ici à l’immense pouvoir de l’ennemi, la bourgeoisie, qui possède toutes les richesses du monde, et contre laquelle la classe ouvrière ne progresse que péniblement. Aucune allusion au pouvoir spirituel de la bourgeoisie sur les ouvriers qui sont encore en grande partie dominés par la culture bourgeoise, dont ils peuvent à peine se dégager dans leur lutte incessante pour le savoir. Aucune allusion à la nouvelle idéologie du nationalisme et de l’impérialisme qui menaçait d’envahir aussi la classe ouvrière et qui, peu après en effet, l’entraîna dans la guerre mondiale. Rien de tout cela : c’est l’Église, c’est le bastion du « fidéisme », qui est pour Lénine la puissance ennemie la plus dangereuse. Le combat du matérialisme contre la foi religieuse représente pour lui le combat théorique qui accompagne la lutte des classes. L’opposition théorique, en fait limitée, de l’ancienne classe dominante et de la nouvelle, voilà pour lui le grand combat d’idées à l’échelle mondiale, et il la plaque sur la lutte du prolétariat dont l’essence et les idées sont bien éloignées de ses propres conceptions. Ainsi, dans la philosophie de Lénine, le schéma valable pour la Russie est appliqué à l’Europe occidentale et à l’Amérique, et la tendance antireligieuse d’une bourgeoisie montante est attribuée au prolétariat en ascension. Tout comme les réformistes allemands de cette époque pensaient que la division devait se faire entre « réaction » et « progrès », c’est-à-dire non pas selon des critères de classes, mais en se basant sur une idéologie politique - entretenant ainsi la confusion chez les ouvriers - Lénine pense que la division se fait selon l’idéologie religieuse, entre réactionnaires et libre-penseurs. Au lieu de se voir invitée à consolider son unité de classe contre la bourgeoisie et l’État et parvenir ainsi à dominer la production, la classe prolétarienne occidentale reçoit de Lénine le conseil de livrer bataille à la religion. Si les marxistes occidentaux avaient connu ce livre et les idées de Lénine avant 1918, ils auraient, sans aucun doute, critiqué bien plus vivement sa tactique pour la révolution mondiale.
La Troisième Internationale vise à la révolution mondiale d’après le modèle de la révolution russe et avec le même but. Le système économique de la Russie est le capitalisme d’État, appelé là-bas socialisme d’État ou même parfois communisme, où la production est dirigée par une bureaucratie d’État sous les ordres de la direction du Parti communiste. Cette bureaucratie d’État - les hauts fonctionnaires qui forment la nouvelle classe dirigeante - dispose directement de la production, donc de la plus-value, alors que les ouvriers ne reçoivent que des salaires, constituant ainsi une classe exploitée. Il a été possible de cette manière, dans le temps très court de quelques dizaines d’années, de transformer une Russie primitive et barbare en un État moderne dont l’industrie se développe rapidement, utilisant la science et les techniques les plus modernes. D’après le Parti communiste, une révolution analogue est nécessaire dans les pays capitalistes avancés, la classe ouvrière étant la force active qui amènera la chute de la bourgeoisie et l’organisation de la production par une bureaucratie d’État. La Révolution russe n’a pu vaincre que parce que les masses étaient dirigées par un parti bolchevik uni et très discipliné et parce que, dans le parti, c’est la perspicacité infaillible et l’assurance inébranlable de Lénine et de ses amis qui montraient à tous la bonne voie. Il faut donc que, dans la révolution mondiale, les ouvriers suivent le Parti communiste, lui laissent la direction de la lutte et, après la victoire, le gouvernement ; les membres du parti doivent obéir à leurs chefs dans la plus stricte des disciplines. Tout dépend donc de ces chefs du parti capables et qualifiés, de ces révolutionnaires éminents et expérimentés ; il est absolument indispensable que les masses croient que le parti et ses chefs ont toujours raison.
En réalité, pour les ouvriers des pays capitalistes développés, d’Europe occidentale et d’Amérique, le problème est complètement différent. Leur tâche n’est pas de renverser une monarchie absolue et arriérée mais de vaincre une classe qui dispose de la puissance morale et spirituelle la plus gigantesque que le monde ait jamais connue. La classe ouvrière ne vise nullement à remplacer le règne des affairistes et des monopoleurs sur une production déréglée par celui de hauts fonctionnaires sur une production réglée par en haut. Son but est de gérer elle-même la production et d’organiser elle-même le travail, base de l’existence. Alors, mais alors seulement, le capitalisme aura été anéanti. Un objectif pareil ne peut cependant être atteint par une masse ignorante et par des militants convaincus d’un parti qui se présente sous l’aspect d’une direction spécialisée. Il faut pour cela que les ouvriers eux-mêmes, la classe entière, comprennent les conditions, les voies et les moyens de leur combat, que chacun d’eux sache de lui-même ce qu’il a à faire. Il faut que les ouvriers eux-mêmes, collectivement et individuellement, agissent et décident et, donc, s’éduquent et se fassent une opinion eux-mêmes. Telle est la seule manière d’édifier par en bas une véritable organisation de classe, dont la forme tient du conseil ouvrier. Que les ouvriers soient persuadés d’avoir des chefs vraiment à la hauteur, des as en matière de discussion théorique, à quoi cela sert-il ? N’est-il pas facile d’en être convaincu quand chacun ne connaît que la littérature de son parti et de lui seul ? En réalité, seule la controverse, le choc des arguments, peut permettre d’acquérir des idées claires. Il n’existe pas de vérité toute faite qu’il suffirait d’absorber telle quelle ; face à une situation nouvelle, on ne trouve la bonne voie qu’en exerçant soi-même ses capacités intellectuelles.
Bien entendu, cela ne signifie nullement que tout ouvrier devrait juger de la valeur d’arguments scientifiques dans des domaines exigeant des connaissances spécialisées. Ceci veut dire, en premier lieu, que tous les ouvriers devraient s’intéresser non seulement à leurs conditions de travail et d’existence immédiates, mais aussi aux grandes questions sociales liées à la lutte de classe et à l’organisation, et se trouver en mesure de prendre des décisions à cet égard. Mais en second lieu, ceci implique un certain niveau dans la discussion et les affrontements politiques. Quand on déforme les idées de l’adversaire parce qu’on ne peut pas les comprendre ou parce qu’on en est incapable, on a de fortes chances de l’emporter aux yeux des militants fidèles ; mais le seul résultat - celui d’ailleurs qu’on recherche dans les querelles partisanes - est de rattacher ces derniers au parti avec un fanatisme accru. Pour les ouvriers, ce qui compte pourtant n’est pas de voir augmenter la puissance d’un parti quelconque, mais bien leur capacité de prendre le pouvoir et d’instaurer leur domination sur la société. C’est uniquement par la discussion, sans vouloir à tout prix diminuer l’adversaire, lorsque les divers points de vue sérieux ont été compris à partir des rapports de classes et en comparant les arguments entre eux. C’est alors que l’auditoire participant au débat pourra acquérir cette lucidité à toute épreuve, dont la classe ouvrière ne saurait se passer pour asseoir définitivement sa liberté.
La classe ouvrière a besoin du marxisme pour s’émanciper. De même que l’acquis des sciences de la nature est indispensable à la mise en œuvre technique du système capitaliste, de même l’acquis des sciences sociales est indispensable à la mise en œuvre organisationnelle du communisme. Ce dont on eut besoin en tout premier lieu, ce fut de l’économie politique, cette partie du marxisme qui met à nu la structure du capitalisme, la nature de l’exploitation, les antagonismes de classe, les tendances du développement économique. Elle fournit immédiatement une base solide à la lutte spontanée des ouvriers contre leurs maîtres capitalistes. Puis, à une étape ultérieure de la lutte, la théorie marxiste du développement social, de l’économie primitive au communisme en passant par le capitalisme, suscita la confiance et l’enthousiasme grâce aux perspectives de victoire et de liberté qu’elle ouvrait. A l’époque où les ouvriers, pas très nombreux encore, entamèrent leur lutte ardue, et où il fallait secouer l’apathie des masses, ces perspectives se révélèrent de première nécessité.
Lorsque la classe ouvrière a grandi en nombre et en puissance, que la lutte de classe occupe une place essentielle dans la vie sociale, une autre partie du marxisme doit venir au premier plan. En effet, le grand problème pour les ouvriers n’est plus de savoir qu’ils sont exploités et doivent se défendre ; il leur faut savoir comment lutter, comment surmonter leur faiblesse, comment acquérir vigueur et unité. Leur situation économique est si facile à comprendre, leur exploitation si évidente que l’unité dans la lutte, la volonté collective de prendre la production en main devraient à première vue en résulter sur-le-champ. Ce qui leur brouille la vue et les en empêche, c’est avant tout la puissance d’idées héritées et injectées, le formidable pouvoir spirituel du monde bourgeois, lequel étouffe leur pensée sous un épais manteau de croyances et d’idéologies, les divise, les rend timorés et leur trouble l’esprit. Dissiper une fois pour toutes ces épaisses nuées, liquider ce monde des vieilles idées, ce processus d’élucidation fait partie intégrante de l’organisation du pouvoir ouvrier, elle-même processus ; il est lié au cheminement de la révolution. Sur ce plan, la partie du marxisme à mettre en valeur est celle que nous avons appelée sa philosophie, le rapport des idées à la réalité.
De toutes ces idéologies, la moins importante est la religion. Comme elle représente l’écorce desséchée d’un système d’idées reflétant les conditions d’un passé lointain, elle n’a plus qu’un semblant de pouvoir à l’abri duquel se réfugient tous ceux qui sont effrayés par le développement capitaliste. Sa base a été continuellement minée par le capitalisme lui-même. Puis la philosophie bourgeoise l’a remplacée par la croyance en ces petites idoles, ces abstractions divinisées, telles que matière, force, causalité, liberté et progrès sociaux. Mais dans la société bourgeoise moderne, ces idoles oubliées ont été abandonnées et remplacées par d’autres plus modernes et plus vénérables : l’État et la nation. Dans la lutte pour la domination mondiale entre les vieilles et les nouvelles bourgeoisies, le nationalisme, idéologie indispensable de cette lutte, est devenu si puissant qu’il a réussi à entraîner derrière lui une grande masse de travailleurs. Mais plus importantes encore sont ces puissances spirituelles comme la démocratie, l’organisation, le syndicat, le parti, parce que toutes ces conceptions prennent leurs racines dans la classe ouvrière elle-même et sont nées de sa vie pratique et de sa propre lutte. Ces conceptions sont toujours plus ou moins liées au souvenir d’efforts passionnés, de sacrifices dévoués, d’une anxiété fébrile quant à l’issue du combat, et leur valeur, qui ne fut que momentanée et fonction des circonstances particulières où elles se développèrent, cède la place à une croyance en leur efficacité absolue et illimitée. C’est ce qui rend difficile la transition vers de nouvelles formes de lutte adaptées aux nouvelles conditions de vie et de travail. Les conditions d’existence contraignent fréquemment les ouvriers à élaborer de nouvelles formes de lutte mais les vieilles traditions peuvent les gêner et les retarder considérablement dans cette tâche. Dans la lutte incessante entre l’héritage idéologique du passé et les nouvelles nécessités pratiques, il est indispensable que les ouvriers comprennent que leurs idées ne sont pas des vérités absolues mais des généralisations tirées d’expériences et de nécessités pratiques antérieures ; ils doivent aussi comprendre que l’esprit humain a toujours tendance à assigner une validité absolue à telles ou telles idées, à les considérer comme bonnes ou mauvaises d’une façon absolue, comme des objets de vénération ou de haine, rendant ainsi la classe ouvrière esclave de superstitions. Mais ils doivent se rendre compte de leurs limites et de l’influence des conditions historiques et pratiques pour vaincre ces superstitions et libérer ainsi leur pensée. Inversement, ils doivent sans cesse garder à l’esprit ce qu’ils considèrent comme leur intérêt primordial, comme la base principale de la lutte de la classe ouvrière, comme la grande ligne directrice de toutes leurs actions, mais sans en faire un objet d’adoration. Voilà le sens de la philosophie marxiste, qui - outre sa faculté d’expliquer les expériences quotidiennes et la lutte de classes - permet d’analyser les relations entre le monde et l’esprit humain, dans la voie indiquée par Marx, Engels, et Dietzgen ; voilà ce qui donne, à la classe ouvrière, la force nécessaire pour accomplir la grande œuvre de son auto-émancipation.
Le livre de Lénine, tout au contraire, a pour but d’imposer aux lecteurs les croyances de l’auteur en une réalité des notions abstraites. Il ne peut donc être d’aucune utilité aux ouvriers. Et en fait, ce n’est pas pour les aider qu’il a été publié en Europe occidentale. Les ouvriers, qui veulent la libération de leur classe par elle-même, ont largement dépassé l’horizon du Parti communiste. Le Parti communiste, lui, ne voit que son adversaire, le parti rival, la Deuxième Internationale, essayant de conserver la direction de la classe ouvrière. Comme le dit Deborin dans la préface de l’édition allemande, l’ouvrage de Lénine avait pour but de regagner au matérialisme la social-démocratie corrompue par la philosophie idéaliste bourgeoise, ou de l’intimider par la terminologie plus radicale et plus violente du matérialisme, et apporter par là une contribution théorique à la formation du « Front Rouge ». Pour le mouvement ouvrier en développement, il importe peu de savoir laquelle de ces tendances idéologiques non marxistes aura raison de l’autre.
Mais d’un autre côté, la philosophie de Lénine peut avoir une certaine importance pour la lutte des ouvriers. Le but du Parti communiste - ce qu’il appelle la révolution mondiale - est d’amener au pouvoir, en utilisant les ouvriers comme force de combat, une catégorie de chefs qui pourront ensuite mettre sur pied, au moyen du pouvoir d’État, une production planifiée ; ce but, dans son essence, coïncide avec le but final de la social-démocratie. Il ne diffère guère aussi des idées sociales qui arrivent à maturation au sein de la classe intellectuelle, maintenant qu’elle s’aperçoit de son importance toujours accrue dans le processus de production, et dont la trame est une organisation rationnelle de la production, tournant sous la direction de cadres techniques et scientifiques. Aussi le PC voit en cette classe un allié naturel et cherche à l’attirer dans son camp. Il s’efforce donc, à l’aide d’une propagande théorique appropriée, de soustraire l’intelligentsia aux influences spirituelles de la bourgeoisie et du capitalisme privé en déclin, et de la convaincre d’adhérer à une révolution destinée à lui donner sa place véritable de nouvelle classe dominante. Au niveau de la philosophie, cela veut dire la gagner au matérialisme. Une révolution ne s’accommode pas de l’idéologie douceâtre et conciliante d’un système idéaliste, il lui faut le radicalisme exaltant et audacieux du matérialisme. Le livre de Lénine fournit la base de cette action. Sur cette base un grand nombre d’articles, de revues et de livres ont déjà été publiés, d’abord en allemand et, en bien plus grand nombre, en anglais, tant en Europe qu’en Amérique, avec la collaboration d’universitaires russes et de savants occidentaux célèbres, sympathisants du Parti communiste. On remarque tout de suite, rien qu’au contenu de ces écrits, qu’ils ne sont pas destinés à la classe ouvrière mais aux intellectuels des pays occidentaux. Le léninisme leur est exposé - sous le nom de marxisme ou de "dialectique" - et on leur dit que c’est la théorie générale et fondamentale du monde et que toutes les sciences particulières n’en sont que des parties qui en découlent. Il est clair qu’avec le véritable marxisme, c’est-à-dire la théorie de la véritable révolution prolétarienne, une telle propagande n’aurait aucune chance de réussite ; mais avec le léninisme, théorie d’une révolution bourgeoise installant au pouvoir une nouvelle classe dirigeante, elle a pu et peut réussir. Seulement, il y a un hic : la classe intellectuelle n’est pas assez nombreuse, elle occupe des positions trop hétérogènes au point de vue social et, par conséquent, elle est trop faible pour être capable à elle seule de menacer vraiment la domination capitaliste. Les chefs de la II° comme de la III° internationale, eux non plus, ne sont pas de force à disputer le pouvoir à la bourgeoisie, et cela quand bien même ils réussiraient à s’affirmer grâce à une politique ferme et claire, au lieu d’être pourris par l’opportunisme. Mais si jamais le capitalisme se trouvait sur le point de sombrer dans une crise grave, économique ou politique, de nature à faire sortir les masses de leur apathie, et si la classe ouvrière reprenait le combat et réussissait, par une première victoire, à ébranler le capitalisme, alors leur heure sonnera. Ils interviendront et se pousseront au premier rang, joueront les chefs de la révolution, soi-disant pour participer à la lutte, en fait pour dévier l’action en direction des buts de leur parti. Que la bourgeoisie vaincue se rallie ou non à eux, en sorte de sauver du capitalisme ce qui peut être sauvé, c’est une question secondaire ; de toute manière, leur intervention se réduit à tromper les ouvriers, à leur faire abandonner la voie de la liberté. Et nous voyons ici l’importance que peut avoir le livre de Lénine pour le mouvement ouvrier futur. Le Parti communiste, bien qu’il puisse perdre du terrain chez les ouvriers, tente de former avec les socialistes et les intellectuels un front uni prêt, à la première crise importante du capitalisme, à prendre le pouvoir sur les ouvriers et contre eux. Le léninisme et son manuel philosophique servira alors, sous le nom de marxisme, à intimider les ouvriers et à s’imposer aux intellectuels, comme un système de pensée capable d’écraser les puissances spirituelles réactionnaires. Ainsi la classe ouvrière en lutte, s’appuyant sur le marxisme, trouvera sur son chemin cet obstacle : la philosophie léniniste, théorie d’une classe qui cherche à perpétuer l’esclavage et l’exploitation des ouvriers.

J. HARPER - Amsterdam (juillet 1938)




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53