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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Prometeo, n°1, 1er Novembre 1943
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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A LA GUERRE IMPERIALISTE LE PROLETARIAT OPPOSE SA FERME VOLONTE D’ATTEINDRE SES OBJECTIFS HISTORIQUES.

La crise qui éclate de façon foudroyante sur la scène politique italienne après vingt ans de régime fasciste a mis en pleine lumière la gravité du mal-être social dont apparaît désormais clairement responsable non seulement tel ou tel homme politique ou tel ou tel organisme mais le système tout entier et sa classe dirigeante, ses institutions et sa structure économique et politique. Il était évident, même pour le moins expert dans l’analyse des phénomènes sociaux, que l’ossature capitaliste avait été frappée à mort, alors que ses forces politiques étaient en train de s’épuiser ignominieusement en une kyrielle de trahisons, de lâcheté et de corruption !
Le prolétariat voyait finalement autour de lui la ruine de l’échafaudage oppressif de l’organisation bourgeoise et il voyait, peut-être pour la première fois, s’effondrer ses centres nerveux comme l’armée, la magistrature et la police ! On semblait assister non seulement à la fin du fascisme, mais aussi à la fin du système économique qui l’avait rendu possible, et pourtant il ne s’agissait que du premier acte d’un drame social dans lequel le prolétariat aurait pu jouer à la fin de rôle du protagoniste puissant et victorieux. Nous avons dit "semblait" parce que le désastre qui s’est abattu sur notre pays quoique manifestant en acte le procès de décomposition et de clivage, condition première et essentielle à la reprise de la lutte des classes et du mouvement révolutionnaire, ne pouvait cependant pas en exprimer sur le plan politique la force révolutionnaire capable d’exploiter à ses propres fins une si évidente et si rare situation à elle favorable. Et elle ne pouvait l’exprimer non parce que la crise n’aurait pas été assez profonde et la situation suffisamment révolutionnaire, ni parce que faisait défaut son élément subjectif - le prolétariat avec sa force physique, son intelligence et sa volonté de lutte - mais seulement parce que les rapports de force étaient objectivement encore nettement favorable à l’adversaire de classe.
On n’a pas voulu comprendre que, semblablement à l’épisode espagnol, dans la première phase de ce heurt entre impérialismes, notre pays s’est trouvé être brusquement le banc d’essai et l’arène tragique du second acte de la même immense compétition. Pour cette raison, penser que l’élimination du fascisme serait possible avec une conjuration de palais alors que le colosse allemand resterait sur pied et chez nous n’était qu’une vaine illusion.
Toute reprise de classe, toute lutte pour la liberté et l’émancipation du prolétariat doit nécessairement tenir compte de cette dure réalité qui est constituée d’une part par les forces armées allemandes sous le drapeau du fascisme et de l’autre par les forces armées alliées sous le drapeau de la démocratie. Dans les deux cas, il s’agit de la part des classes capitalistes de tromper de toujours plus grandes masses de prolétaires avec des expédients tactiques pour les neutraliser et les conquérir. La guerre moderne a besoin de bras et de têtes comme elle a besoin de charbon et de fer.
Une conduite classique de la lutte aurait dû conduire les partis prolétariens, après une analyse approfondie de la réelle nature du présent conflit, à définir sur le plan idéologique et donc politique les deux belligérants comme les deux faces différentes d’une même réalité bourgeoise à combattre toutes deux pareillement parce qu’elles sont intimement liées, malgré les apparences, à la même loi d’airain de la conservation de la domination capitaliste et donc à la lutte radicale et à mort contre le vrai ennemi commun : le prolétariat.
Au contraire, qu’est-il advenu ? Exactement, l’inverse. Au moment même où apparaissait comme évident l’impossibilité pour notre bourgeoisie de continuer sa guerre, et au moment même où l’on manœuvrait dans les hautes sphères pour éviter que la crise ouverte poussât au premier plan le prolétariat, voici que surgissait le providentiel bloc des partis antifascistes en tant que facteur décisif et aux trois quarts conscient de la manœuvre de contournement et de narcotisation. Les champions de l’internationalisme se font les hérauts de la défense nationale (mais seulement contre les Allemands !) ; les représentants de la lutte des classes sont tout d’un coup disposés à considérer l’impérialisme anglais comme l’allié provisoire du prolétariat. Exactement comme les socialistes de 1914 que Lénine avait qualifiés de traîtres. Les masses surprises et effarées ont mordu à l’hameçon de la croisade antifasciste, obéissant en partie aux tendances ataviques de la haine contre l’oppresseur allemand, reste lointain et inconscient formé de l’âme de tant d’Italiens que les révolutionnaires doivent cependant savoir comprendre et vaincre parce que c’est justement sur ces restes lointains que tous les réactionnaires se sont appuyés pour réaliser leurs guerres de rapine et d’extermination. Nous seuls avons osé aller contre le courant. Notre parti, déjà à l’époque de la guerre civile espagnole, avait analysé ce mouvement en partant de prémisses de classe, sans se laisser influencer par le sentimentalisme et par ce faux "atavisme" rebelle toujours à la limite de la pensée marxiste ; il porte à exalter l’action en soumettant à l’opportunisme les idées et la théorie du prolétariat. Seul notre parti a reconnu alors le caractère de classe du mouvement espagnol destiné malheureusement à s’épuiser en l’absence d’un parti révolutionnaire qui aurait été à temps l’expression de la crise. Et osons dire avec rudesse que la tentative républicaine de canaliser les combattants surgis des barricades dans les rangs de l’armée républicaine opposée à l’armée nationale de Franco signifiait dénaturer le mouvement, déplacer l’axe du conflit armé de son terrain initial sur le terrain de l’impérialisme sur lequel s’étaient déjà plus ou moins placées les forces fascistes d’un côté et les forces anglo-franco-russes de l’autre. Et notre parti vit alors juste puisque la puissance de sa critique et de son comportement conséquent était garantie par la juste interprétation de la pensée marxiste.
Mais ce n’est pas par hasard que nous avons fait allusion à l’analogie existant entre la situation dans notre pays et la situation espagnole.
Nous pensons en effet que l’effondrement bourgeois de notre pays, déterminé par le cours de la guerre, n’offre aucune sérieuse possibilité à la lutte finale du prolétariat tant que resteront sur notre sol les troupes d’occupation de quelque camp que ce soit. Pour ces troupes d’occupation une éventuelle solution révolutionnaire à la crise, que de telles forces contrôlent, signifierait la renonciation à l’exploitation économique et stratégique du pays. Nous pensons d’un autre côté que notre tâche la plus urgente est de détacher les masses de l’influence idéologique et sentimentale envers tel ou tel belligérant, ce qui implique une lutte ouverte contre les partis traditionnels - socialiste et centriste – qui ont fait du sentiment antifasciste et anti-allemand un motif de collaboration avec l’impérialisme et de trahison du prolétariat.
Aujourd’hui encore nous sommes les seuls à livrer la rude et difficile bataille de classe, et fidèles à l’intransigeance de principes et à la tradition du mouvement marxiste international, nous nous préparons à la lutte très proche en apprêtant les organes et les esprits pour le triomphe du prolétariat et en laissant aux révolutionnaires... de la défense nationale la tâche bien plus facile d’attendre des Anglais la victoire sur les Allemands et sur le fascisme et la récompense tant convoitée d’un gouvernement populaire.




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