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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour une nouvelle Internationale
Prometeo, n°3, Janvier 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Ce n’est pas par hasard si l’histoire des deux dernières Internationales ouvrières est si indissolublement liée à l’histoire des deux grandes guerres impérialistes.
La II° Internationale a cessé pratiquement d’exister dès le déclenchement du premier conflit mondial, même si elle a continué à survivre jusqu’à aujourd’hui comme un fantôme. La III° Internationale, déjà vidée de tout contenu révolutionnaire dans la période d’avant la seconde guerre mondiale, a trouvé dans la phase culminante de cette dernière la consécration formelle de sa faillite. Ce n’est pas un hasard puisque la guerre mondiale - massacre réciproque des prolétaires des différents pays - n’est possible qu’à condition que l’unité internationale du prolétariat ne soit brisée et, inversement, l’Internationale prolétarienne ne remplit sa tâche que si elle sait opposer à cette suprême tentative d’écraser la révolution le bloc uni des ouvriers du monde. Ou l’Internationale ou la Guerre ; et c’est sur l’écueil de la guerre que la III° Internationale a fait naufrage.
La III° Internationale était pour nous irrémédiablement morte bien avant ce mois de juin 1943 où le maréchal Staline en signa l’acte officiel de décès ; elle était morte lorsque, en 1933, la défaite du prolétariat allemand ouvrit les portes triomphalement à l’hitlérisme. Cette victoire ne venait pas par hasard ; c’était le dernier anneau d’une chaîne d’erreurs et de défaites qui, à travers la tactique de la collaboration, avait jeté le prolétariat allemand, bulgare et chinois dans les bras assassins des partis et des gouvernements bourgeois. La parabole révolutionnaire s’achevait défait sur tous les secteurs de l’arène internationale, le prolétariat abandonnait, quasiment sans combattre, mal dirigé et mal conseillé, sa dernière position. Et de même que cette défaite était la conclusion fatale d’un processus d’éloignement des bases théoriques et pratiques dictées par le II° Congrès de Moscou (1920), pareillement elle marquait le début du détachement définitif de la Russie de ce prolétariat mondial auquel la III° Internationale n’avait pas su indiquer la voie royale du pouvoir, et le début également, de la longue crise qui devait déboucher dans la guerre.
Une fois devenue un instrument de la politique extérieure russe, l’Internationale suivit depuis lors les étapes de la progressive insertion de l’URSS dans le mécanisme de la diplomatie bourgeoise et donc de la guerre. La réponse à la victoire hitlérienne se composa du pacte franco-russe, de l’entrée de l’URSS dans la Société Des Nations - instrument typique de conservation bourgeois -, de son alignement au côté du bloc bourgeois-démocratique contre le bloc-fasciste. Sur le plan politique, la manifestation de ce tournant se trouve dans la tactique du Front Populaire lancée par le VII° Congrès de 1935, tactique bien vite mise en pratique avec l’expérience collaborationniste en France et en Espagne.
Déjà, il apparaissait que la mort de l’Internationale était tout à la fois l’effet et le prélude d’un avènement fatal : la guerre. Déjà, sa paralysie était tout à la fois la conséquence directe de la défaite du prolétariat et le point de départ d’une nouvelle scission au sein de la classe ouvrière mondiale. Ce qui est advenu depuis n’a été qu’un glissement progressif vers la co-responsabilité de l’Internationale dans le déclenchement de la guerre : du détachement momentané de l’URSS du bloc démocratique et du rapprochement du bloc fasciste, jusqu’au retour ultérieur au sein du bloc démocratique, du mot d’ordre des fronts nationaux jusqu’à la collaboration avec tous les partis bourgeois et de l’amitié "en fait et en esprit" dans les récentes résolutions de la conférence de Téhéran. Avant de se dissoudre, l’Internationale n’était plus ni un organe de direction ni le guide de la classe ouvrière mondiale contre toute forme de domination du capital, elle n’était plus qu’un de ces instruments avec lesquels le capital rivait les masses travailleuses à une guerre préparée et voulue pour détruire la vitalité révolutionnaire. Pour cette raison, l’Internationale est morte.
Nous sommes aujourd’hui, comme l’étaient durant l’autre conflit Lénine et un groupe de militants internationalistes, en présence des mêmes mots d’ordre d’escrocs avec lesquels l’opportunisme cherche à avaliser sa trahison : lutte pour la démocratie, défense de la patrie, etc. Nous crions aujourd’hui : la III° Internationale est morte, vive la IV° Internationale
La reconnaissance de la nécessité de cette Internationale coïncide pour nous avec la reconnaissance de la mort de l’autre. Mais à la différence de Trotsky, nous n’avons jamais cru qu’elle puisse naître d’un coup de baguette magique et par un acte de volonté individuel. Pour qu’une nouvelle Internationale naisse, certaines prémisses historiques que l’arbitraire individuel ne peut créer sont nécessaires. Avant tout, il est nécessaire que le processus de dégénérescence du vieil organisme soit clairement achevé sans qu’il ne reste aucun résidus. Il est ensuite nécessaire que la crise du monde bourgeois jette dans la lutte, en la détachant de la guerre, l’avant-garde du prolétariat. Il est enfin nécessaire que soit arrivé à maturation complète un processus d’inexorable clarification idéologique. Pour cette raison, à l’extérieur, notre fraction n’a pas poussé à la création de superficiels, faciles et prématurés organismes peu avant le présent conflit, elle a cependant créé un "Bureau International", organe de liaison internationale de toutes les fractions de la gauche communiste qui acceptaient la discussion sur la base d’une absolue intransigeance envers l’opportunisme centriste et envers la guerre. Aujourd’hui que la guerre a brisé ces liens et a mis encore plus en lumière la nécessité de tels liens, il ne nous est permis que de poser le problème à la conscience du prolétariat et d’espérer, quand les conditions le permettront, la convocation d’une conférence qui sera le prélude à la fondation des nouvelles assises de la classe ouvrière.
Des trois conditions que nous avons indiquées, la première est déjà réalisée dans les faits et est en train de s’imposer aux esprits ; la seconde est annoncée par la reprise de la lutte de classe en Italie et dans le monde ; la troisième mûrit dans le travail tourmenté de la conscience de la classe prolétarienne. Ces mêmes prémisses qui rendent possibles le surgissement d’une nouvelle Internationale la rendent également nécessaire. De même que sur le plan national, la victoire du prolétariat n’est possible qu’à la seule condition qu’existe un parti de classe et que, d’autre part, le développement de la lutte de classe crée les prémisses de ce parti, sur le plan international, la tempête révolutionnaire que l’évolution de la guerre annonce jette les bases et crée l’urgente nécessité d’un organisme politique qui devra être le guide, le coordonnateur et l’étendard de bataille du prolétariat de tous les pays du monde dans l’assaut à la citadelle bourgeoise. Il n’est pas de reprise révolutionnaire possible sans un organisme international dirigeant de la classe ouvrière.
Et du creuset de cette lutte surgira la nouvelle Internationale et elle ne pourra naître qu’autour des positions idéologiques du regroupement politique qui a dénoncé en son temps la dégénérescence de l’Internationale défunte et l’opportunisme socialiste et centriste, regroupement qui n’a jamais pactisé avec aucune forme de guerre. Seul ce regroupement peut offrir au prolétariat tout un corpus de positions non équivoques et tout un bagage idéologique mûri dans les douloureuses expériences de vingt années d’erreurs et de défaites. Aucun compromis de devra être possible au sein de cette nouvelle Internationale - comme cela aurait dû être également dans la III° Internationale et comme cela avait été sanctionné dans le programme et dans les très actuels statuts du second congrès - avec ces hommes et ces partis sur lesquels tombe la responsabilité du désarroi et de la défaite du prolétariat mondial.
Le centrisme, qui a enterré naguère l’organisme qu’il avait déjà tué, tentera peut-être demain de le reconstruire sur des bases démagogiques. Les masses sauront alors, illuminées par les événements, choisir entre ceux qui n’ont pas cessé un seul instant de leur indiquer la voie juste et ceux qui, sous le prétexte démagogique d’une opportunité tactique, les ont menées dans la voie sanglante de la guerre. Et la victoire sera alors à nous.




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