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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Appel du Parti Communiste Internationaliste pour la création du Front Unique Proletarien contre la guerre
Prometeo, n°4, 1er Février 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Le profond malaise social créé par la guerre met la masse ouvrière face à des problèmes vitaux que nulle mesure démagogique n’est capable de résoudre. Comme c’était inévitable, les grèves se sont conclues dans les bureaux patronaux, en laissant un goût amer dans la bouche des ouvriers qui reprirent leur travail pour alimenter le massacre quotidien de leurs frères. Dans cette situation, le comité central de notre parti a lancé le manifeste suivant, manifeste qui montre du doigt aux ouvriers non seulement les directives mais les moyens pratiques pour ramener les agitations sociales sur un terrain sérieux de classe et en éviter la dispersion.
Il propose la constitution d’un "Front Unique Prolétarien" qui ne serait pas un front entre parti ou entre forces sociales hétérogènes, mais entre prolétaires. Il tend, contre les deux blocs bellicistes du fascisme et de la démocratie, à regrouper les énergies autour de l’unique et véritable revendication immédiate qui intéresse l’ouvrier - la cessation de la guerre - et à préparer le terrain pour la révolution prolétarienne.

OUVRIERS !

A peine terminée une phase de votre agitation d’usine, et voilà que s’impose déjà la reprise de la lutte ; on ne vous donne pas ce qui vous avait été concédé ; et même si on vous le concède, ce ne sera pas suffisant, ni aujourd’hui ni demain, pour satisfaire vos besoins et ceux de votre famille puisque les salaires versés ne vous permettent pas le luxe des achats sur le marché noir et qu’avec la carte de rationnement vous avez à peine assez pour ne pas mourir de faim.
Notre parti vous avait averti qu’une telle situation allait rapidement se produire, étant donné que le cercle vicieux dans lequel l’économie capitaliste s’est fourvoyée a jeté toutes les revendications contingentes économiques et morales de la classe ouvrière également dans un cercle vicieux.

Pourquoi tout ceci ?

La raison doit en être cherchée dans la guerre qui depuis désormais cinq années s’alimente exclusivement de votre sang sur les différents fronts du conflit et de votre sueur et de votre pain sur les postes de travail. Nous vous disons même que vos conditions de vie continueront à empirer en dépit des grèves auxquelles vous serez contraints, parce que jusqu’ici il vous a manqué la claire vision politique de vos tâches fondamentales et, surtout, il vous a manqué un guide véritablement de classe, animé de l’esprit révolutionnaire.
En effet, vous êtes restés, et vous continuez à l’être, désarmés devant vos patrons et leurs sbires policiers parce que votre terrible arme de lutte, la grève, a été pratiquement émasculée en ne posant pas au centre de votre mouvement le problème de la lutte contre la guerre et même en admettant que des forces politiques qui vous étaient étrangères, comme les six partis politiques, avec leur tête le parti communiste centriste, prennent la direction de votre mouvement pour l’entraîner sur le plan politique anti-ouvrier et contre-révolutionnaire de la guerre nationale.
Ainsi non seulement vous êtes restés tout penauds face à une "victoire" qui vous laisse le ventre aussi vide qu’avant mais, ce qui est pire, vous vous êtes prêtés, certes inconsciemment, à une manœuvre politique encore plus lamentable, conséquence d’une défaite de classe, puisqu’elle avilit et déshonore les idéaux politiques et les principes de la lutte du prolétariat. La guerre impérialiste n’est-elle pas la plus féroce, la plus inhumaine, la plus assassine des guerres conduite par la bourgeoisie contre le prolétariat ? Se placer donc sur ce terrain signifie favoriser l’œuvre destructrice de la classe ennemie aux dépens de sa propre classe.
Contre vos patrons fascistes qui, en satisfaisant en partie à vos revendications, tentent de vous soumettre une fois de plus à leur guerre ; contre ceux qui, profitant de vos conditions économiques et de votre haine naturelle contre le fascisme sanguinaire, vous incitent à la grève à répétition parce que cela rentre à merveille dans leur plan de bellicistes qui opèrent aujourd’hui comme avant-garde de l’armée alliée, soi-disant libératrice, et qui opéreront demain à son côté pour la continuation de la guerre démocratique ; contre ceux qui tentent de canaliser votre lutte dans les fronts de libération nationaux en feignant d’ignorer que la "patrie" du prolétariat, celle du travail et de la solidarité sans frontières n’a rien de commun avec la "patrie" des bourgeois ; contre tous ces gens, ouvriers, vous répondrez avec les paroles de Lénine : "La guerre est un stade inévitable du capitalisme, une forme tout aussi normale du capitalisme que la paix... Le refus du service militaire, les grèves contre la guerre et semblables choses ne sont que pures stupidités, qu’un pâle et lâche rêve de lutte désarmée contre la bourgeoisie armée, un désir sentimental d’obtenir l’anéantissement du capitalisme sans une guerre civile désespérée. Aujourd’hui, repliée sur elle-même, la lutte pour les revendications économiques immédiates perd toute signification et toute valeur. A quoi servirait une satisfaction partielle de vos revendications si l’immense massacre continue en suçant votre sang et votre sueur ?"

OUVRIERS !

L’heure présente impose la formation d’un front unique prolétarien, c’est-à-dire l’union de tous ceux qui refusent la guerre qu’elle soit fasciste ou démocratique.
Ouvriers de toutes les formations politiques et ouvriers sans parti ! unissez-vous à nos ouvriers, discutez ensemble les problèmes de classe à la lumière des événements de la guerre et formez d’un commun accord, dans chaque usine, dans chaque centre, des comités de front Unique capables de ramener la lutte du prolétariat sur son véritable terrain de classe.
Le Front Unique entre ouvriers sera une réalité vivante et opérante à la seule condition que vous soyez d’accord sur les points suivants, quel que soit par ailleurs votre position politique de parti :

Prémisses sur la guerre :

1 - La guerre impérialiste est la tentative la plus vaste et la plus violente conduite contre le prolétariat pour lui barrer la route qui le conduit à la conquête du pouvoir.

2 - Entre les deux pôles en guerre, le fasciste et le démocratique, le premier synthèse de violence et le second synthèse de corruption, le prolétariat exprime son hostilité à tous les deux comme deux aspects apparemment différents de la même réalité capitaliste.

3 - Personne ne sera plus disposé à croire la désormais vieille et risible blague de la "manœuvre tactique" selon laquelle on combat d’abord le pire des ennemis (lisez fascisme et nazisme) en s’alliant à l’ennemi le moins dangereux (lisez la dictature démocratique).

4 - Les mots d’ordre de l’insurrection armée, chère aux guérilleros de la libération nationale, n’est que verbosité révolutionnaire cachant la trahison de la révolution prolétarienne et visant à créer pour les six partis une base électorale suffisante pour la conquête du pouvoir politique.

Prémisses sur les luttes économiques :

5 - Dans la phase actuelle de la crise et quand la guerre fait rage furieusement, les revendications de nature salariale ou visant à des objectifs politiques contingents expriment d’un côté les besoins les plus pressants et les plus graves des masses et sont inévitables, comme est inévitable et insupprimable le droit du prolétariat de se servir des moyens qui lui sont propres pour la défense de ses intérêts, cependant, d’un autre côté, elles seraient pratiquement vaines et illusoires si dans le prolétariat il n’existait pas la conscience que seule l’opposition active et classiste à la guerre, seule la guerre sans pitié à l’impérialisme sous toutes ses formes et seule la lutte révolutionnaire victorieuse assureront le pouvoir au prolétariat.

6 - Il est nécessaire de distinguer entre les grèves, expressions organiques de la lutte ouvrière et moyen naturel de défense de classe, et la manie de la grève de ceux qui apportent à la direction du mouvement une mentalité de guérillero balkanique et d’organisateurs de bandes armées. Tout cela pour rendre inefficace l’arme de la grève et à la discréditer dans la conscience des masses.
Solidaires cependant avec les grèves et avec toutes les manifestations classistes d’usine, initiateurs même de leur déclenchement, à la tête de leur conduite, les ouvriers sont surtout les partisans constants et infatigables de la suprême nécessité de la lutte pour le pouvoir de la part du prolétariat ; lutte dans le climat historique de laquelle les luttes contingentes, ailleurs partielles et inutiles, s’illuminent et assument ainsi leur dimension et leur substance de classe. En bref, l’ordre du jour de l’histoire est aujourd’hui pour le prolétariat la conquête du pouvoir.

Prémisses sur l’organisation du "Front Unique Prolétarien" :

7 - Sur la base de ces prémisses, les ouvriers (l’étiquette de leur foi politique n’a pas d’importance) se feront les divulgateurs de l’appel de notre parti et, une fois débattues clairement et acceptées les idées qui en sont la justification, ils se feront eux-mêmes les initiateurs des premiers contacts et des premiers regroupements organiques sur les lieux de travail. Du reste, les ouvriers ont clairement démontré être désormais maîtres dans l’art de s’organiser à la barbe des patrons et de leurs laquais fascistes.

8 - Le front unique ouvrier regroupe et cimente les forces destinées à se battre sur les barricades de classe contre la guerre et ses forces dirigeantes politiques, tant fascistes et que démocratiques. Sa tâche la plus importante et la plus urgente à accomplir est d’empêcher que les ouvriers soient contaminés par la propagande belliciste, de démasquer les agents camouflés en révolutionnaires et d’éviter que l’esprit de lutte et de sacrifice qui anime le prolétariat soit exploité au profit de la guerre et de sa continuation ou au profit de la liberté démocratique.

VIVE LE FRONT UNIQUE OUVRIER POUR LA LUTTE CONTRE LA GUERRE !

VIVE LA REVOLUTION PROLETARIENNE !

Le Comité Central du Parti Communiste Internationaliste.




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