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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le prolétariat gagnera la guerre
Prometeo, n°7, 1er Mai 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Sur le plan de la propagande à bon marché et de la consciente déformation psychologique des masses plus ou moins abruties par le patriotisme, on fait passer la guerre pour une guerre imposée à la classe dirigeante fasciste ou démocratique en tant que légitime défense contre l’agression et guerre pour défendre ou assurer un meilleur niveau de vie à la population. Mais en réalité, rien n’est plus faux et grotesque qu’une telle justification théorique qui limite l’analyse à de simples et superficielles éléments, évitant ainsi de devoir porter le regard jusqu’aux causes premières, jusqu’aux raisons véritables et essentielles qui sont à la base de toutes les guerres de la bourgeoisie et de celle-ci en particulier.
Il ne suffit pas de dire que la guerre impérialiste est le heurt d’impérialismes ; nous ajoutons que ce heurt doit être analysé en fonction d’une position de classe.
Depuis que la période des luttes de libération nationale et des guerres révolutionnaires s’est close dans l’histoire moderne des Etats européens, le conflit entre les Etats a pris la forme d’une lutte pour la conquête de positions plus avantageuses et sûres pour alimenter et conduire aisément et avec la plus grande probabilité de réussite la lutte bien plus vaste et bien plus dure contre les forces de la classe ennemie, le prolétariat, seul capable de mettre en danger leur existence faite de privilèges accumulés en un siècle et plus de spoliations et d’exploitations.
Contre les politiciens de la guerre révolutionnaire, socialistes et centristes, qui voient dans la haine de l’Allemand le sommet de leurs aspirations de classe qui proposent et pratiquent la trêve dans la lutte des classes et qui tentent enfin de cimenter sur la base de telles aberrations idéologiques l’unité des forces du prolétariat, contre tous nous affirmons que l’ultime crise du capitalisme ouverte en 1914 et son agonie accompagnée de convulsions sociales et de guerres continuelles portent dans leur sein le dilemme de fer : guerre ou révolution. Or, celui qui est pour la guerre, est sans doute aucun contre la révolution.
L’histoire de ces dernières décennies a mis en évidence que la guerre, cette criminelle saignée faite dans les chairs vivantes de générations entières, cette insensée et stupide dispersion de richesses fruit de siècles de travail humain, est une réalité inhérente au monde bourgeois à l’agonie tant que le prolétariat n’a pas conquis pour lui le pouvoir politique.
En dernière analyse, la guerre représente d’un côté l’ultime tentative de la part de la classe dominante pour se donner avec cette tragique aventure un nouveau motif idéal de vie ainsi qu’une nouvelle base d’exploitation économique et de l’autre côté elle représente l’évidente incapacité du prolétariat à devenir lui-même classe dominante.
Nous avons indiqué ainsi les termes historiques du réel conflit de classe, les deux véritables protagonistes de l’histoire présente et comment la traditionnelle lutte entre capital et travail de la période pacifique s’est déplacée aujourd’hui sur le terrain de la plus cruelle guerre de l’histoire. Mais entendons-nous. La guerre est dans tous les cas toujours un heurt entre impérialismes rivaux mais quel en est l’enjeu ? Evidemment, c’est la consolidation d’un impérialisme faite aux dépens de l’autre. Mais à quel urgent et soudain besoin vital répond une telle consolidation réalisée aux dépens d’un autre impérialisme, lui aussi capitaliste ? C’est là qu’est le nœud du problème.
Toute bourgeoisie nationale aspire d’autant plus à rompre la solidarité de classe et son équilibre international que le problème de son équilibre national se fait plus menaçant et plus obsédant, bouleversé par l’irruption des forces du travail avec ses luttes sociales et politiques.
A la bourgeoisie allemande et italienne, par exemple, le nazisme et le fascisme ont excellemment servi contre les conquêtes du prolétariat et pour l’élimination de sa force politique. Mais le conflit de classe ne s’est pour cela apaisé et encore moins résolu puisqu’il vivait dans l’organisme même du capitalisme, dans ses contradictions plus que dans les partis du prolétariat et dans les organes de défense du travail. Ce conflit de classe s’était amplifié du fait de certaines faiblesses constitutionnelles inscrites dans le développement de ces deux expériences bourgeoises riches de dynamisme et capacité d’agression mais alimenté par de trop faibles sources de matières premières et marchés de consommation.
La guerre, pour ces pays, ou mieux pour leur classe dirigeante, représente l’effort de résoudre sur le plan international les problèmes de leur existence à l’intérieur de leur pays respectifs et d’échapper à l’étau dans lequel le prolétariat les enserrait.
On pourrait facilement individualiser un semblable phénomène dans le camp adverse de l’expérience démocratique, même s’il est ici caractérisé par des forces et des idéologies apparemment différentes.
On en déduit que chaque impérialisme national cherche à s’assurer avec la guerre les moyens qui lui garantissent une supériorité et une indépendance économique et militaire indispensable pour continuer et porter à son achèvement à l’intérieur la lutte contre le prolétariat, ses conquêtes et ses aspirations de classe révolutionnaire.
Mais ceci sera-t-il possible ?
La guerre semble encore loin de sa conclusion mais il est évident que quelle que soit la façon dont elle s’achèvera et quel qu’en soit le vainqueur temporaire par les armes, il ne sera pas en mesure de se servir de cette victoire fictive comme base d’une reconstruction bourgeoise capitaliste de la société.
La guerre a mortellement frappé le système absurde qui l’a engendré et il en a épuisé toute énergie. La fatigue est là et elle est fatalement contagieuse. L’usure a déjà opéré profondément sur la machine de guerre et on en voit d’évidents signes dans tous les secteurs de la vie sociale. L’économie des Etats est en faillite et cette faillite est proche d’atteindre les limites de son développement au-delà desquelles n’est que la ruine, la désintégration, et le déclin physiologique et moral.
Aucun régime ne sera plus en mesure d’espérer le miracle de la résurrection bourgeoise. L’unique force vivante, parce que fondée sur le travail, et capable d’une véritable résurrection est celle du prolétariat poussé aujourd’hui sur la scène du monde par ce profond procès dialectique par lequel l’humanité revient et affirme son droit à la vie et à une vie supérieure et plus juste.
Il est urgent que se manifestent des forces nouvelles pour de nouvelles expériences de vie, une nouvelle organisation de la société et une exigence morale supérieure qui rapprochent les hommes et les nations dans l’œuvre commune de reconstruction dans laquelle la solidarité du travail aura finalement à tuer la guerre.




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