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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le centrisme à la barre
Prometeo, n°8, 15 Juin 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Alors que la chute de Rome et le début de l’offensive sur le front ouest accélèrent le sanglant déclin du bloc nazi-fasciste et que, à l’intérieur de celui-ci, l’exacerbation continuelle d’une réaction sans pitié entraîne la classe ouvrière dans une lutte tragique pour la défense de son existence physique, sur le corps vivant de l’Italie méridionale et centrale les premières expériences d’une solution internationale de la crise capitaliste se sont conclues. Et il est significatif que les gigantesques opérations militaires sur le front ouest n’ont eu lieu qu’après que, sous des pressions internationales trop évidentes, a été résolu sur le champ expérimental italien le problème politique d’un sauvetage harmonieux du régime bourgeois sous la nouvelle raison sociale de "démocratie progressiste". Sauvetage harmonieux puisqu’il s’agit de rendre possible le pacifique passage de l’énorme majorité des Etats constitutifs de la société capitaliste du lit de Procuste du fascisme au nouveau lit et aux draps propres de la démocratie ; il s’agit de le rendre possible sans qu’il s’accompagnât de violentes convulsions sociales qui ont l’habitude de précéder la révolution prolétarienne comme des oiseaux de mauvais augure. Changer la forme en laissant intacte la substance de l’exploitation capitaliste, et la changer en diffusant dans les masses ouvrières la conviction que même la substance en a changé ; voilà le problème que, en synthèse, les grands alchimistes de la crise bourgeoise ont cherché de résoudre en Italie, pour en transplanter ensuite la solution dans les autres pays d’Europe. Dans un tel but, il fallait encore une fois soumettre le prolétariat à la guerre, orienter sa lutte vers la solution démocratique en la déviant de la route maîtresse de la conquête du pouvoir et de renvoyer à l’avenir la solution des problèmes sociaux. Et ces trois étapes ne peuvent être atteintes qu’à travers l’instrument désormais expérimenté de "l’Union Sacrée" de la sainte concorde nationale, et, en d’autres mots, du plus obscène des compromis.

Il n’est pas de crise profonde de la société capitaliste dans laquelle la classe capitaliste ne trouve, pour se sauver, la main tendue et compatissante d’un parti ouvrier et dégénéré. Dans des situations similaires, si l’opportunisme des ex-révolutionnaires n’avait pas existé, il aurait fallu, pour les bourgeois, l’inventer. Mais la bourgeoisie n’a pas besoin de tant de se fatiguer : l’opportunisme offre lui-même ses services. Et puisque la guerre est la preuve du feu, tant de la vitalité révolutionnaire des partis ouvriers que de la consistance de la classe bourgeoise, il est naturel que la guerre soit le vivier de l’opportunisme prolétarien, lequel sera d’autant plus efficient qu’il croîtra sur le tronc d’un parti d’origine révolutionnaire dans lequel les masses seront portées à voir le représentant autorisé de leurs intérêts historiques. La social-démocratie, parti veule et de piètres traditions révolutionnaires, fondé sur une tradition de conquêtes syndicales et de batailles politiques à l’intérieur du cercle du progressisme bourgeois, a accompli sa tâche de conservation en temps de crises sociales aiguës. Le centrisme, parti à structure dictatoriale, soudé à un passé révolutionnaire, semble fait exprès pour une situation dans laquelle le mirage parlementaire et démocratique arrive à son déclin et dans le minimalisme réformiste n’est toléré par l’ouvrier évolué que s’il se fait passer pour un expédient "tactique" par de prétendus héritiers d’un patrimoine léniniste. Et puisque la gradation de l’opportunisme est relative à la plus grande ou plus petite gravité de la crise politique et sociale, un parti ouvrier dégénéré sera d’autant plus opportuniste qu’il a été plus révolutionnaire, et d’autant plus riche d’initiatives anti-ouvrières qu’il pourra se servir, pour les justifier, d’un bagage de démagogie et de rhétorique jacobine.

Pour cette raison, il n’est pas étrange que dans la "tactique" du centrisme on retrouve aujourd’hui les thèmes habituels de la phraséologie social-démocrate d’il y a trente ans, du refrain de la "concorde nationale" à la "guerre de libération", du socialisme transformé en démocratie progressiste à la "Constituante" élevée au rang de panacée de la crise sociale ; il faut ajouter une nouvelle et sans scrupules décision de foncer sur la voie que ce parti, en qui continuer d’agir par inertie la poussée révolutionnaire du passé, a emprunté. L’ouvrier qui a assisté il y a 25 ans à la lutte des jeunes partis communistes contre l’opportunisme social-démocrate, se retrouve ainsi face à un parti qui se proclame communiste et qui non seulement renonce à la solution révolutionnaire de la crise bourgeoise italienne et européenne, mais en plus s’allie avec les forces les plus traditionnellement réactionnaires de la vie politique et sociale, avec les représentants de cette institution monarchique qui est la plus directement responsable de la tragique expérience fasciste. Et il le voit se faire nationaliste, patriote et même catholique ; il le voit prêcher la conciliation des classes, la trêve entre partis et proclamer cette "tactique" la géniale découverte d’un communisme nouveau, nourri des expériences et des leçons sévères de histoire ; plus dénué encore de scrupules que la social-démocratie de sinistre mémoire, il le voit prendre lui-même l’initiative des décisions les plus audacieuses et indiquer à la bourgeoisie désorientée à l’intérieur et à l’extérieur la voie royale pour sortir de la crise. Il le voit enfin se faire le paladin des combinaisons les plus bâtardes justement pour que qu’on puisse faire sérieusement et avec des décisions appropriées la guerre.

Oui messieurs, aujourd’hui, alors que les régimes totalitaires s’effondrent au milieu des malédictions universelles, le centrisme passe à l’avant-garde de la conservation. Social-démocratie consciente de soi, opportunisme étranger à toute pudeur et à toute prudente lâcheté propres à son modèle de jadis, le centrisme est aujourd’hui l’arme de prédilection de la corruption bourgeoise.

La crise italienne n’est qu’un aspect d’une crise de nature internationale ; et toute solution possible n’est qu’une étape vers une solution plus vaste et plus profonde. Le prolétariat ouvre les yeux : au fur et à mesure que la crise se fera plus aiguë, l’opportunisme centriste se coloriera de rouge, il deviendra d’abord républicain puis jacobin et enfin relèvera le drapeau rouge de la révolution pour répéter l’expérience bien réussie du maximalisme italien et étranger : l’expérience de la fidélité démagogique "à l’idée" et de son enterrement dans les faits. Le prolétariat, qui voit déjà renaître le spectre de la social-démocratie sous le drapeau de feu le parti communiste, se prépare à voir renaître cet autre spectre et à le combattre en même temps.

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OUVRIERS !

La République Sociale vous promet la libération du joug du capital : elle vous offre la faim, la guerre, les persécutions et les déportations. Les Six Partis Antifascistes vous promettent la même chose : ils vous donneront la guerre et une apparence de liberté à condition que vous continuiez à servir vos patrons.
Nous vous indiquons la voie de la révolution : tout le pouvoir aux ouvriers pour l’instauration de la dictature prolétarienne, contre toutes les guerres, pour l’abolition des classes !




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