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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le prolétariat allemand centre de la stratégie révolutionnaire
Prometeo, n°10, 15 Août 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015
dernière modification le 9 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Alors qu’un anti-germanisme stupide règne sans partage et qu’il se répand même dans certains milieux ouvriers dans lesquels malheureusement l’esprit de classe impartial et droit a disparu au profit d’une morbide psychologie de guerre, nous, de notre côté, nous n’avons pas cessé d’analyser l’état des forces sociales et politiques du prolétariat mondial sous la dure et inhumaine pression de la guerre ; on ne doit donc pas s’étonner si notre attention est aujourd’hui tourné avec la plus grande intensité vers le prolétariat allemand.
C’est un lieu commun de la mentalité mesquinement patriotique que de rendre co-responsable de la guerre et des forces qui l’ont provoquée également le prolétariat. On entend trop souvent de révolutionnaires... d’occasion déclarer en substance : "Nous avons trop longtemps été bercés par l’illusion de considérer le prolétariat allemand comme le plus mûr du point de vue de classe et le plus proche des réalisations révolutionnaires. Mais en réalité derrière l’aspect massif et monolithique de son organisation ouvrière se cachaient un esprit mesquin de caserne, un nationalisme maquillé de rouge, un immense grégarisme qui attendait l’ordre, ou mieux, le bâton d’un chef audacieux et dépourvu de préjugés pour se mettre en marche non en défense d’une idée révolutionnaire mais la grande Allemagne. Toute l’histoire de ce prolétariat n’est pas animé d’un esprit de classe mais elle ne fait au contraire que révéler agressivité et appétit pangermaniste."
On se berçait ainsi de fables sur un prolétariat allemand infecté, sans espoir de remède, d’une espèce de complexe d’infériorité qui expliquerait en définitive son incapacité à se mouvoir autrement que poussé par des idées de supériorité raciale ou par une soif exaspérée de pouvoir.
Toutes ces authentiques bêtises élaborées par les chauvins de la dernière guerre sont aujourd’hui proférées par l’infâme milieu patriotique socialisto-centriste dont la plus haute intelligence marxiste se manifeste pleinement dans cette profonde, élaborée et sublime théorie : "Cognez sur l’Allemand !".
A cette horrible mentalité qui se fait passer pour révolutionnaire, nous opposons un examen sereinement objectif pour voir quelle tâche l’histoire et les intérêts de la vision mondiale assignent aujourd’hui au prolétariat allemand étant donné son indubitable degré de développement économique et social et surtout son potentiel de volonté révolutionnaire accumulé en ces dures années de dictature et de guerre.
Ce n’est pas la faute de ce prolétariat si, après la glorieuse tentative spartakiste, pris au piège dans les mailles de la direction bureaucratique du stalinisme, il n’a pas pu produire des chefs dignes de ce nom c’est-à-dire ayant une haute préparation, un instinct sûr et une absolue indépendance de jugement et d’action.
Ce n’est pas la faute du prolétariat allemand si durant la grande crise de l’après-guerre qui atteint plusieurs fois le point de rupture révolutionnaire il a été rejeté en arrière en essuyant défaite sur défaite à cause des erreurs énormes résultant de la stupide politique pratiquée par les hommes placés par la nouvelle classe dirigeante aux postes dirigeants de la Troisième Internationale.
Ce n’est pas la faute du prolétariat allemand si le plan stratégique, élaboré à Moscou et non à Berlin, sous-évaluant constamment les possibilités objectives de livrer le combat, devait le pousser à collaborer avec la social-démocratie et à se livrer avec elle à des expériences parlementaires, soit à collaborer avec le nazisme, rivalisant avec les mots d’ordre les plus ouvertement nationalistes de ce dernier.
La victoire de Hitler fut le résultat de cette politique de compromis à courte vue, ce fut la première étape du centrisme triomphant qui consolidait ainsi la base de son propre pouvoir avec le sang du prolétariat allemand sur les ruines de l’Internationale Communiste.
Voici la véritable et sanguinaire tragédie du prolétariat allemand qui était considéré comme l’épine dorsale de l’organisation communiste mondiale. En effet l’écroulement de cette immense, tenace et héroïque force politique, ainsi stupidement sacrifiée, marquait l’irrémédiable écroulement de l’Internationale même.
Et maintenant ?
Nous n’avons pas d’éléments suffisants et sûrs pour analyser l’état actuel de l’esprit des masses allemandes ; et il n’est pas permis à un marxiste de hasarder des prévisions au-delà des limites de la probabilité historique. Mais une chose est certaine, c’est que le prolétariat d’Allemagne a vécu à fond deux grandes expériences politiques ; d’abord celle de la social-démocratie ensuite celle du nazisme. Ces expériences d’horreurs, de sacrifices et de sang doivent l’avoir immuniser désormais contre cette pestilentielle contamination idéologique ; ce prolétariat a également expérimenté dans sa propre chair, comme aucun autre prolétariat au monde, l’originalité... tactique du centrisme qui, de victoire en victoire, a fini par l’anéantir comme force politique autonome capable de pensée et d’action révolutionnaire.
Nous pensons pour cette raison que ce prolétariat reviendra à la lutte ouverte, retour qui coïncidera certainement avec l’ouverture de la crise révolutionnaire provoquée par la guerre. Une fois liquidé le nazisme et toutes ses espérances de revanche, le prolétariat allemand ne se laissera pas entraver une seconde fois par le centrisme camouflé en révolutionnaire et il opérera sur le plan du communisme internationaliste.
Pendant ce temps, la guerre est entrée dans sa phase finale et en Allemagne on note les signes précurseurs de la grande crise. Nous, nous ne nous demandons pas comment se finira la guerre ; ce que nous savons avec certitude c’est que dans la crise allemande, le prolétariat allemand est la seule grande force sociale capable d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de son pays et peut-être du monde.
Assistera-t-on au démembrement de l’Allemagne et de son prolétariat qui est en réalité le danger numéro un de la future paix démocratique, comme il a été celui de la "paix" nazie ; ou assistera-t-on à l’insurrection du prolétariat allemand, une insurrection communiste, radicale, totalitaire, désespérée comme on n’en a jamais vu dans l’histoire ?
Les apparences indiquent que les baïonnettes alliées garantiront, au moins dans un premier temps, sur les ruines de l’Allemagne la victoire de la bourgeoisie démocratique, non plus contre le nazisme mais contre le retour offensif du prolétariat révolutionnaire mais qui peut exclure qu’il appartienne au prolétariat allemand d’ouvrir avec sa révolution la période de la révolution européenne, brisant ainsi à la racine le péril menaçant d’une seconde dictature, la dictature démocratique, non moins oppressive, anti-historique et anti-prolétarienne de celle nazi-fasciste ?

* * * * * *

Les événements d’Allemagne, quoiqu’enveloppés d’un voile mystérieux, représentent la première série de fracture advenue depuis le début de la guerre au sein de l’organisation politique nazie. L’analogie avec le 25 juin italien est évidente : dans ce cas aussi la bourgeoisie capitaliste, du sein de laquelle le national-socialisme est né, tente de transformer cette fermentation en un changement de gouvernement qui laisse intact la substance des rapports de classe. Alors que le renard capitaliste change de peau, le prolétariat est encore incapable de produire à partir de ses rangs les forces capables de renverser l’ordre social : la crise débouche dans un complot de militaires.
Qu’elle soit vaincue, comme cela a été le cas, ou qu’elle soit vainqueur, comme cela aurait pu être le cas, dans tous les cas la révolte se conclut par le maintien au pouvoir de la bourgeoisie capitaliste. Et la guerre continue plus sauvage et plus brutale que jamais alors qu’en Allemagne et dans les pays occupés la réaction anti-prolétarienne se déchaîne avec une férocité sans égale (au Piémont, la potence est à l’ordre du jour...). Le prolétariat d’Allemagne, le prolétariat d’Italie et le prolétariat de toute l’Europe - qui déjà se sont détachés politiquement de l’appareil nazi-fasciste - réussiront-ils à se dégager de la soumission à l’influence de forces qui pour être anti-nazies n’en sont pas moins bourgeoises et réussiront-ils à s’affirmer comme forces autonome de classe contre leur ennemi séculaire ? Le prolétariat réussira-t-il à briser le cercle fermé d’un vague antifascisme pour affirmer en termes précis et non équivoques le droit de la classe travailleuse au pouvoir, à tout le pouvoir ?
Dans ces questions, le destin du prolétariat du monde entier est enfermé. Ou une nouvelle solution bourgeoise à la crise bourgeoise, ou la révolution prolétarienne : dans la conscience de ce dilemme, le prolétariat italien se prépare à affronter l’ultime bataille et il est décider à vaincre.




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