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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Vive la révolution prolétarienne
Septembre 1944
Article mis en ligne le 12 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Ouvriers, paysans, soldats !

Après quatre années de guerre, le bilan du massacre le plus épouvantable de l’histoire s’explique avant tout par sa dureté effrayante. Gigantesque rouleau compresseur, la guerre est passée et repassée sur chaque portion de l’Europe en détruisant ce que des générations entières de travailleurs avaient construit. Et pour l’alimenter, la bourgeoisie a mobilisé ces richesses gigantesques dont elle était si avare quand vous demandiez du pain, elle a sacrifié cette civilisation qui lui arrachait des larmes brûlantes quand le spectre de la révolution troublait ses songes, elle a sanctifié cette violence qui suscitait l’indignation hypocrite de ses moralistes quand le prolétariat menaçait de s’en servir, dans un tout autre esprit et à une toute autre échelle, pour se défendre avec les propres droits de la société entière. Elle a fait appel à tout pour conserver ses privilèges de classe : on a fait appel aux ressources les plus raffinées d’une intelligence qui semblait si peu inventive lorsqu’il s’agissait d’accomplir la tâche bien plus féconde d’assurer des conditions de vie humaines ; on a joué avec un raffinement diabolique sur les instincts les plus bestiaux, sur les haines de nation et de race les plus troubles, sur la perversion des sentiments les plus nobles ; on a invoqué la protection d’un dieu prêt à bénir les canons de toutes les armées ; on n’a pas hésité, pour légitimer le carnage, à agiter ces mêmes drapeaux qui en temps de paix remplissaient d’effroi le bourgeois honnête : liberté, justice sociale, socialisme, …
Et pendant ce temps, alors que la guerre est en train de se conclure, vous entrevoyez les traits d’une paix qui devait, on vous l’avait promis, vous libérer de tous les tripatouillages et être menée aux noms de tous vos droits. La même "paix" sanglante que vous avez expérimentée sous les drapeaux de l’Axe dans les territoires "protégés" par l’Allemagne, vous la voyez se dessiner sous une autre forme dans les pays que les armées alliées "libèrent" rapidement. Voyez les appels impérialistes pour se disputer tel ou tel petit morceau de territoire (sauf quand ils se réconcilieront plus tard contre vous). Voyez les peuples vaincus, que la gloutonnerie insatiable de la classe dominante et non leur volonté a entraînés dans le conflit, réduits au rang d’instruments des vainqueurs, voyez les armistices accumuler sur des nations déjà épuisées des tributs et des réparations ; voyez renaître encore plus enflammées ces idéologies nationalistes contre lesquelles on a prétendu combattre et les armées se transformer en gardiens de l’"ordre" - de cet ordre qui ne peut être menacé que par votre classe pour construire avec le socialisme une société plus digne.

Ouvriers, paysans, soldats !

Nombre d’entre vous ont cru que cette guerre était leur guerre. Ne vous avait-on pas promis d’un côté et de l’autre que les résultats du conflit seraient pour vous ? Aujourd’hui – après avoir éprouvé la dureté du bâton nazi et la rage féroce d’un fascisme rebaptisé république sociale – vous savez pour qui ces fruits seront. Pour vous lier à la guerre et à ses événements immédiats et lointains, deux partis ouvriers ont partagé avec l’ennemi de classe la responsabilité de la guerre elle-même et du pouvoir. « On combat unis contre le fascisme » ont-ils déclaré en mettant les forces prolétariennes au service de la démocratie bourgeoise, comme s’il pouvait y avoir, entre prolétariat et bourgeoisie, un ennemi commun et comme s’il était licite de confier à une fraction de la bourgeoisie la tâche d’extirper pour toujours un bubon qui a ses origines dans la domination de la classe bourgeoise elle-même.
Vous avez vu les partis qui se vantent d’être les héritiers des deux Internationales prêcher non pas la lutte de classe, mais la chasse à l’Allemand, l’union nationale, l’idéologie de la patrie ; vous les voyez faire des ouvriers et des paysans encadrés dans les formations partisanes non pas l’armée de la révolution, mais un instrument de la guerre, vous pousser au terrorisme individuel quand l’appareil répressif est encore en mesure de "venger ses martyrs" avec le massacre d’un nombre vingt fois plus important de vos frères ; préparer, comme à Varsovie et comme à Paris, l’insurrection prolétarienne mais pas pour vous assurer le pouvoir politique mais pour préparer la voie à l’entrée triomphale des armées, et permettre à la bête fauve nazi-fasciste d’exercer encore une fois sur l’avant-garde prolétarienne, service ultime rendu, avant de mourir, au capitalisme, le métier tant convoité de bourreau. Vous les voyez enfin, au moment où le déclin de la guerre entrouvrirait à vos énergies combatives des possibilités infinies, accepter de collaborer avec les partis bourgeois à la … restauration de la paix !

Ouvriers, paysans, soldats !

L’écroulement imminent des régimes totalitaires exécrés et la fin désormais proche de la guerre marquent le début d’une période de crise de la société bourgeoise et de grandes agitations sociales. La bourgeoisie peut, avec l’appui de l’opportunisme social-centrisme, l’emporter dans la guerre, mais l’emportera-t-elle dans la paix ? Dominera-t-elle les forces d’un après-guerre de misère et de faim, avec un appareil d’État délabré, avec des armées fatiguées de combattre et ouvertes à la contagion révolutionnaire, avec des masses populaires qui exigeront à juste raison que l’on tienne les promesses sur lesquelles s’est élevée la propagande de guerre ? Ainsi, dans la maturation rapide de conflits sociaux gigantesques, l’avant-garde ouvrière pourra entraîner dans le tourbillon de la révolution toutes les classes inférieures que la guerre a prolétarisées. Ce sera alors le dilemme : ou une ère bourgeoise nouvelle, porteuse de conflits nouveaux et encore plus épouvantables ou votre révolution, le socialisme.
Mais pour que cela advienne, pour que vos forces ne se gaspillent pas encore une fois au profit de la classe dominante, il faut que la lutte sans quartier contre la guerre, à laquelle nous n’avons pas cessé de vous convier, déferle comme un guerre civile. Il faut que, contre l’idéologie malsaine qui oppose nation à nation, la conscience de l’antithèse fondamentale qui oppose classe contre classe se lève en vous ; il faut que le prolétariat se regroupe de façon compacte sur la voie maîtresse de la conquête du pouvoir autour d’un parti qui n’ait pas peur de lui indiquer le but ; il faut enfin, par delà les frontières, que des liens de solidarité révolutionnaire se rétablissent entre les classes ouvrières de tous les pays, liens qu’une longue période d’opportunisme et de propagande belliciste ainsi que cinq années de guerre ont fatalement brisés.
Pour cette raison nous nous adressons à vous et, à travers vous, aux ouvriers qui travaillent au-delà des frontières, à ces prolétaires qui revêtent aujourd’hui, parmi vous, la casaque odieuse du militarisme nazi, et à ceux qui viendront avec vous, sous la casaque odieuse du militarisme anglo-saxon et russe, défendre l’« ordre nouveau », pour que vous ne vous prêtiez pas au jeu du capitalisme en poursuivant les fantasmes de la « guerre de libération » et de la « démocratie progressive » ou en cédant aux perspectives alléchantes de l’insurrection philodémocratique, pour que vous tendiez toutes vos forces vers ce but unique que votre conscience de classe vous indique : la conquête révolutionnaire du pouvoir. Sur cette voie ardue, solidement unis dans les organismes de masse qui naîtront de la renaissance de votre lutte, libérés de la lourde chaîne du compromis, guidés par un parti révolutionnaire auquel vous donnerez l’apport inestimable de vos énergies les plus saines, il y a tout un monde à détruire – le vieux monde de votre servitude et de votre massacre -, il y a tout un monde nouveau à construire.

Ouvriers, paysans, soldats !

L’édifice de la vieille société capitaliste chancelle. Celui qui vous invite à combattre pour une démocratie que seule la révolution prolétarienne pourra vous donner aide cette vieille société à renaître ; celui qui vous invite à combattre non seulement pour abattre le fascisme mais pour conquérir de façon révolutionnaire le pouvoir lui donne le dernier coup de pic. Choisissez !
Une lutte difficile attend le prolétariat. Il s’agit de construire les cadres idéologiques et pratiques de la révolution que quinze ans d’erreurs et de trahisons ont brisé, de reprendre la voie rouge de sang prolétarien de la Révolution d’Octobre. Mais cette lutte, le prolétariat d’Italie et du monde doit savoir l’affronter courageusement s’il veut vaincre.
La guerre impérialiste ne peut être arrêtée que par la révolution prolétarienne : seule la conquête révolutionnaire du pouvoir peut permettre de conquérir la paix véritable, la paix d’une société sans classes. Voilà votre drapeau : serrez vos rangs autour de lui !

Pour l’unité internationale du prolétariat !

Pour la destruction de la société capitaliste et la conquête révolutionnaire du pouvoir !

Contre la guerre bourgeoise, contre la paix du capitalisme, vive la révolution prolétarienne.

Le Parti Communiste Internationaliste.




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