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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le gouvernement poursuit son plan de guerre
{Internationalisme}, n° 33, 15 avril 1948
Article mis en ligne le 23 septembre 2015
dernière modification le 22 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Le gouvernement Schumann poursuit son existence et la politique qu’il s’est fixées. Cela ne se fait naturellement pas sans accrocs. De temps en temps, quelques fractions parlementaires se payent le luxe de quelques obstructions, de quelques manœuvres, provoquant débats et assauts d’éloquence à l’Assemblée nationale. Mais invariablement, cela se termine par des votes de confiance répétés et tout rentre dans l’ordre. Les discours spectaculaires de De Gaulle n’impressionnent désormais plus aucun. La soi-disant menace d’un coup d’État s’est avérée, comme nous n’avons pas cessé de le dire, un épouvantail à moineaux. Seuls les socialistes et les staliniens (et immanquablement les trotskistes) trouvaient dans De Gaulle matière à exploiter, pour se poser en "défenseurs" des libertés démocratiques et des intérêts ouvriers "menacés" par celui-ci. En vérité, De Gaulle n’a pas d’autre programme que celui appliqué par les autres partis au gouvernement depuis des années. De Gaulle au pouvoir ne serait pas plus fasciste que Depreux et Moch n’ont été des "démocrates". Dans ce jeu d’intrigues entre diverses cliques se disputant les honneurs et privilèges gouvernementaux, le prolétariat n’a rien à gagner, n’a rien à sauvegarder ; il ne fait que se perdre et disparaître en tant que force indépendante ; il cesse d’exister pour lui-même.

À quel point les clameurs sur le "danger" De Gaulle n’étaient que duperie, on peut le voir par les tractations qui ont eu lieu récemment pour élargir le gouvernement, avec les hommes du RPF. Si ces tractations n’ont pas abouti, cela n’est pas dû à une incompatibilité ou à une opposition de principe, mais simplement au fait que, pour le moment, le MRP et la SFIO suffisent amplement à la besogne. Rien n’exclut cependant, et c’est même fort probable, que le RPF trouvera tout naturellement sa place dans la prochaine combinaison ministérielle, à l’échéance du gouvernement actuel. En attendant cette échéance, le gouvernement Schumann-Mayer se porte assez bien. Sur le plan de la politique extérieure, Bidault va de succès en succès et est en passe de devenir un grand homme d’État européen sous l’égide du grand Maître, les États-Unis.

Collaboration plus étroite avec les États-Unis et l’Angleterre, pacte économique et militaire de l’Europe occidentale, accord économique et douanier avec l’Italie, ouverture de la frontière et arrangement avec l’Espagne. À part les staliniens et le point de vue russe, on ne voit pas ce qu’on pourrait souhaiter et faire mieux en fait de politique active et constructive sur le plan extérieur.

La France a définitivement abandonné la politique de la Grandeur pour une grande politique de fidèle et obéissante vassalisation aux États-Unis. Non moins active et pleine de succès est la politique économico-financière du gouvernement. Schumann a non seulement résisté à la pression stalinienne mais, en acceptant l’épreuve de force qu’étaient les grèves de novembre 1947, il a porté des coups qui ont brisé pour longtemps la force stalinienne. Du même coup, le mouvement revendicatif des ouvriers a été liquidé pour un bon bout de temps. Les salaires sont bloqués et stabilisés au niveau souhaité par le gouvernement et compatibles avec les conditions difficiles dans lesquelles végète l’économie française. Mais la situation de l’économie française est telle qu’il ne suffit pas, pour l’améliorer, de réduire au minimum le niveau de vie des ouvriers, au point que le pouvoir d’achat des salaires représente aujourd’hui environ 50 % de celui de 1938. Il ne suffit pas aussi de relever simplement le volume de la production. Certes, ce furent-là les premières mesures urgentes à entreprendre, et elles furent accomplies par les staliniens et les socialistes à la tête du gouvernement au lendemain de la "libération". Mais l’économie française et son appareil productif ont subi une telle dégradation au sortir de la guerre 1939-45 que leur relèvement, même partiel, exige des efforts bien plus considérables et qui dépassent absolument la capacité interne de l’économie française. Alors même que le niveau de vie des ouvriers français est réduit de moitié et que l’exploitation a en conséquence augmenté de 100 %, il reste encore que la différence de productivité entre les États-Unis et la France est dans un rapport de l à 3 au minimum, pour atteindre dans certaines branches l à 8. Cela est dû au développement de l’appareil productif aux États-Unis, alors que celui de la France est resté stationnaire. Pour avoir une idée complète, on doit encore ajouter que l’appareil productif français n’est pas seulement resté stationnaire, mais qu’une partie importante a été détruite tandis que la partie restée en activité a été dégradée à 80 %, exigeant par là son renouvellement dans le plus bref délai.

Tous les sacrifices imposés aux ouvriers sont insuffisants pour combler cette disproportion. Sur le marché mondial, les prix des marchandises s’établissent en fonction de la valeur des produits du pays industriellement le plus avancé. Ainsi la majeure partie de la féroce surexploitation des ouvriers d’Europe est drainée, par le truchement du marché mondial, vers les États-Unis ; une infime partie seulement restant entre les mains des bourgeoisies nationales d’Europe. Si les États-Unis peuvent se parer du titre de "philanthropes du monde" et s’occuper de l’aide à l’Europe, c’est exactement dans la mesure où les ouvriers de l’Europe sont devenus les parias des États-Unis et les bourgeoisies nationales d’Europe, des intermédiaires, des agents assurant l’extraction de la plus-value aux ouvriers et son transfert outre-mer.

Aussi, l’augmentation de la production française, approchant le niveau de 1938, est loin de signifier que l’économie française a retrouvé sa place (déjà bien médiocre) de 1938. La fraction belge de la GCI montre son incompréhension totale de la situation française quand, pour nous confondre et pour nous démontrer la reconstruction de l’économie française, elle nous cite triomphalement l’indice récent de la production. C’est précisément en s’approchant de l’indice de 1938 que la production française a montré toute sa fragilité et toutes les difficultés qu’elle rencontre pour se poursuivre. On peut réussir à augmenter la production en soumettant les ouvriers à une surexploitation intensifiée ; mais, une fois produites, ces marchandises doivent encore trouver, sur le marché mondial, la possibilité d’être vendues afin que la production puisse recommencer. Or, le marché européen est inexistant, aucun pays de l’Europe exsangue ne peut se permettre d’acheter et, sur le marché des États-Unis, les produits français ne peuvent soutenir la concurrence, quel que soit le bas niveau des salaires. Aussi, la fin de l’année 1947, où l’indice de la production approche celui de 1938, est précisément le moment critique où l’exportation tombe d’une façon catastrophique. En décembre, nous assistons à des arrêts d’usines, à des licenciements d’ouvriers, à une apparition du chômage partiel et même total [1].
L’économie française est dans une impasse. Malgré des mesures sévères prises dans le second semestre de 1947 visant à restreindre au strict minimum les importations, celles-ci s’élèvent à 258 milliards de francs pour l’année 1947 pendant que les exportations n’accusent que 132 milliards, représentant un déficit visible de 51 % de la balance commerciale. La maison sociale France dépense ainsi 2 fois plus qu’elle ne gagne. Cependant, les prix ne font qu’augmenter entraînant le stoppage de la vente des produits français ce qui devient alarmant. La statistique de janvier-février fait ressortir une baisse de 30 % de l’exportation par rapport au dernier trimestre de 1947, montrant ainsi toute la gravité de la situation.

C’est dans ce sens-là que le plan Mayer se distingue de la politique antérieure. À la place de la devise "Produire-Produire", le plan Mayer substitue celui d’"Exporter-Exporter" et toutes les mesures viseront à atteindre cet objectif. Le plan Monnet mettait l’accent sur la production, le pan Mayer le corrigera en faisant tout dépendre de l’exportation. Avant tout, on lui soumettra non seulement les importations mais aussi, et cela d’une façon radicale, la consommation intérieure.

La dévaluation qui a accompagné le prélèvement et surtout le blocage des billets de 5000 francs réalisent des coupes sombres sur le pouvoir d’achat intérieur. Ces mesures touchent à peine les masses ouvrières sur les ventres de qui on ne peut guère réaliser encore de substantielles économies mais visent et frappent directement les paysans, les commerçants et aussi les capitalistes individuels. C’est la réduction forcée de leur consommation qui doit fournir au gouvernement les moyens lui permettant d’aligner le prix des produits français aux prix mondiaux et d’assurer ainsi le minimum indispensable d’exportation, clé de voûte de toute la production.

Une telle opération n’est pas le fait des capitalistes individuels. Seul un organisme centralisé agissant avec un plan d’ensemble est en mesure d’entreprendre une telle opération. C’est là une des conditions fondamentales qui rendent nécessaire la transformation du capitalisme classique anarchique en un capitalisme dirigé, le capitalisme d’État. Et ce n’est pas le moins amusant de l’histoire que de voir Mayer, l’homme du parti radical, du parti du capitalisme classique qui ne cesse de protester contre l’étatisme et le dirigisme, de voir ce Mayer devenir l’homme des mesures pratiques les plus farouchement étatistes et autrement audacieuses que les fanfaronnades dirigistes et impuissantes du socialiste A. Phillip.

Nous avons, dans nos numéros précédents, examiné en détail les mesures du plan Mayer. Il est incontestable que, du point de vue capitaliste et dans l’immédiat, elles ont eu des résultats efficaces. Après toutes ces restrictions et épongeages (rappelons que le seul blocage des billets de 5000 a eu pour résultat de retirer de la circulation, c’est-à-dire de la consommation intérieure, 250 milliards de francs qui représentent environ le quart de toute la circulation monétaire en France) qui ont eu pour répercussion une hausse formidable du coût de la vie, le gouvernement peut se permettre aujourd’hui de parler de mesures de baisse de prix. La démagogie est de taille et vise surtout à rendre inefficace l’agitation revendicative à laquelle s’est préparé le parti stalinien et son annexe la CGT.

Est-ce à dire que la politique économique du gouvernement, Schumann-Mayer a réussi à sortir la France du marasme et à assurer un renouveau à l’économie nationale ? C’est là une question qui n’est du ressort d’aucun gouvernement mais est entièrement conditionnée par l’évolution générale du capitalisme mondial. Cette évolution n’est ni vers une reconstruction et encore moins vers un développement mais se poursuit dans un cours de guerre permanente qui est le mode de vie du capitalisme décadent. Personne chez les hommes d’État français n’est plus assez naïf pour se poser des buts chimériques de reconstruction, mais uniquement et plus réaliste de se maintenir afin de prendre une place moins mauvaise dans un cours mondial devant culbuter, dans une échéance plus ou moins proche, dans la guerre généralisée. Toute la vie politique française, comme d’ailleurs dans le monde entier, est imprégnée de cette perspective ; et le projet gouvernemental de porter le temps de service militaire d’un an à 18 mois est une indication suffisamment éloquente.

REGROUPEMENTS, RASSEMBLEMENTS ET CONFUSION

Les mouvements, regroupements et rassemblements de toutes sortes sont à nouveau à l’ordre du jour en France. Après la "libération", nous avons connu une profusion de ces groupements issus de la résistance qui, après une courte période de gloire bien éphémère, sont vite tombés en poussière et dans l’oubli. Seules subsistent les formations qui avaient derrière elles non seulement des masses mais qui possédaient également un minimum de programme et représentaient effectivement des catégories sociales : les partis politiques.

Les nouveaux rassemblements ont de commun avec les groupements de la période de la "libération", le vague, le confus, l’inconsistance de leur programme mais, en plus, ce qui les distingue en quelque sorte, c’est que les nouveaux rassemblements n’ont aucune masse derrière eux et, en fait, ne rassemblent personne hormis quelques intellectuels ou petits politiciens qui n’ont pas trouvé leur place dans la vie publique et, de ce fait, sont à la recherche d’un clou où accrocher leurs illustres noms afin de se tailler un peu de gloire.

Ce qu’il est convenu d’appeler la droite a un fond social suffisamment bien assis et, de ce fait, cette droite n’est pas trop sujette à la maladie d’un besoin perpétuel de nouveaux rassemblements. Il n’en est pas de même dans le camp de la "gauche". Là, trop d’éléments déclassés à la recherche d’une place au soleil, trop d’inquiétude et d’angoisse du lendemain pour ne pas donner naissance de temps en temps à des nouveaux rassemblements où des ambitions inassouvies cherchent leur revanche. Y-en a-t-il de ces groupements pour les États-Unis d’Europe et des États-Unis "socialistes" d’Europe, de ces congrès pour la paix et autre troisième force démocratique, anti-impérialiste et tout le reste ?

Dans notre dernier numéro, nous avons publié la réponse de Malaquais se refusant à signer L’Appel à l’opinion française de Marceau Pivert, J.P. Sartre, David Rousset et Cie. À peine notre encre séchée qu’un nouvel appel nous apprenait la naissance d’un nouveau rassemblement : le "Rassemblement Démocratique Révolutionnaire". On y trouve à nouveau, parmi les signataires, l’inévitable Sartre, décidément dans toutes les combinaisons, D. Rousset également inévitable, J. Rous [2] et Boutbien [3], enfants terribles de la Gauche socialiste et membres du Comité directeur de la SFIO.

Le "Rassemblement" affiche naturellement un programme de "lutte" contre le capitalisme, pour la transformation sociale. Il ne craint même pas de prôner, au besoin, la voie révolutionnaire mais toutefois démocratique. Son but principal est de mobiliser les esprits contre l’idée "saugrenue" de l’inévitabilité de la guerre. "La guerre n’est pas inévitable. Il suffit que les hommes de bonne volonté se mobilisent pour proclamer et imposer la paix." Voilà les sornettes que clament ces révolutionnaires démocrates rassemblés. Ils prennent en somme toute la phraséologie des socialistes dont ils ne sont que l’appendice.

Sont-ils conscients du rôle d’endormeurs qu’ils jouent, ou se chloroforment-ils eux-mêmes afin de calmer leurs angoisses ?

Cela importe peu. Toute situation trouble de veille de guerre comporte l’éclosion de mouvements au travers desquels les esprits cultivés traduisent leur trouble et leur impuissance. Quelque charlatan ou arriviste trouvera, là, l’occasion de faire carrière politique et peut-être un tremplin vers un futur mandat au parlement. En attendant de marcher dans la guerre, parce qu’on aura découvert alors l’inévitable dans les faits concrets, et que, tout de même, la démocratie vaut mieux que le totalitarisme, ces messieurs peuvent librement se livrer à leurs bavardages et à leur grandiloquence, sous l’œil amusé et le sourire encourageant de la presse bien-pensante.

Le journal Combat lance, lui, une pétition pour un "gouvernement fédératif de l’Europe occidentale", "pour un parlement interparlementaire" ; et c’est vraiment curieux de constater qu’au fur et à mesure que la guerre approche, la paix trouve des amants nombreux et passionnés. Ceci du côté "démocratique et socialiste".

Pour leur faire face, les staliniens appuient la petite équipe de La Bataille socialiste exclue, au début de l’année, de la SFIO. Cette tendance - politiciens corrompus et acharnement stalinisant - vient de fonder le MSUD (Mouvement Socialiste Unitaire Démocratique). Ils mènent une campagne violente contre le RDR, pour le soutien de la Russie "prolétarienne" et autres "républiques populaires", pour l’intégration de la France dans le bloc oriental ; il va de soi que cette équipe participe à toutes les manifestations staliniennes, établissant ainsi un Front Unique sauce stalinienne.

Plus à gauche encore, se poursuivent depuis quelque temps des tractations actives pour la fondation d’un nouveau parti révolutionnaire. Cela se fait autour de la tendance ASR [4] qui, on s’en souvient, a quitté au début de l’année la SFIO. Cette tendance, qui se réclame de la lutte de classe révolutionnaire, dénonce la politique de "compromission" et de "trahison" des chefs socialistes, mais son programme radical ne va pas au-delà de l’ancien PSOP, ... d’avant la guerre. Les trotskistes fondaient beaucoup d’espoir sur cette tendance qu’ils espéraient gagner à leur parti, avec la fédération des JS. L’ASR aurait été le triomphe de la politique de souplesse, de noyautage et de la manœuvre tactique du parti trotskiste. Mais c’est exactement le contraire qui est arrivé aux trotskistes. Au lieu d’intégrer, comme ils l’espéraient, les tendances socialistes de gauche, c’est eux même qui se font désintégrer.

Après avoir péniblement noyauté dans la jeunesse et dans le parti socialiste, après avoir aidé au détachement de quelques petits groupes, les trotskistes les appelaient à une conférence d’unification d’où devait sortir un grand parti révolutionnaire. Récemment, une conférence a unifié l’ASR et la JS, mais les trotskistes ont été écartés. Non seulement le travail "en souplesse" de tant de mois a été perdu, mais encore la formation de ces divers partis et rassemblements a été un pavé dans la mare aux grenouilles et l’organisation trotskiste a été profondément ébranlée. Tous les leaders de la tendance dite de droite du parti (qui groupait au dernier congrès 47 % de mandats) viennent d’être exclus pour avoir adhéré à un quelconque des rassemblements en vogue. Comment cela s’explique ? La Vérité a beau essayer de minimiser le fait, de parler des hommes usés et ayant perdu la foi révolutionnaire, elle ne peut diminuer sa signification politique. Bien sur qu’il y a aussi des raisons d’ordre personnel, des intrigues organisationnelles qui ont joué un rôle. Mais le fond politique l’emporte et doit représenter, pour les militants trotskistes, des enseignements graves. On trouvera une indication de ces débats dans la série d’articles publiée par la Vérité sur la question du front unique. Une fois de plus, on essaye d’expliquer cette fameuse tactique que l’IC a mis 10 ans pour ne pas parvenir à expliquer et qui jalonne les étapes de la dégénérescence opportuniste.

Critiquant la politique de l’IC de 1923 qui recherchait l’alliance et l’appui des chefs des Trade-unions anglais, ou des journaux Chinois, Trotsky lui a reproché de s’accrocher à des "planches pourries". Ce que Trotsky ne disait pas, c’est qu’on ne recherche des "planches pourries" que parce qu’on a, soi-même, une politique pourrie. Frank a beau vouloir apprendre à Craipeau la différence qu’il y a entre Front Unique et capitulation politique, qui serait l’adhésion organisationnelle – mais ce dernier pourra lui rappeler la "tradition" du trotskisme quand, sous l’instigation de Trotsky lui-même et ses adeptes avaient adhéré à la deuxième internationale, aux partis socialistes nationaux et plus tard au PSOP.

Quand on se revendique de la Résistance, quand on cite à son actif des lettres de renseignements à l’état-major de la Résistance, quand on se réclame des FFI ou des FTP, quand on acclame la libération des peuples par l’armée rouge, quand on rappelle PC, PS et CGT au pouvoir, quand on mobilise les ouvriers pour la défense de l’URSS dans la prochaine guerre, il n’y a vraiment pas à être étonné que, tout d’un coup, les "chefs" d’hier, lassés de faire de la "grande" politique dans une petite secte, lassés d’agiter les "masses" dans une arrière-salle de café, préfèrent un milieu plus large, plus adéquat à leurs ambitions et à leur politique.

Certains nouveaux dissidents caressent le secret espoir de faire carrière, tout comme l’on fait les Rous, les Rimbert, les Rousset et autre Fourrier. D’autres continueront à végéter et, après la liquidation des RDR, se regrouperont dans un nouveau groupement trotskiste. Dans un délai plus ou moins long, cela donnera une occasion à une nouvelle et périodique conférence d’unification trotskiste.

Unification, scissions, le mouvement trotskiste reste identique à lui-même. Il n’a rien perdu et il n’a rien appris dans ces quinze ans de son existence.

MARCO

Notes :

[1Le nombre des chômeurs secourus par le fond de chômage passe de 5989 en novembre à 9339 au 1er février ; les demandes d’emplois non satisfaites passent de 38000 en septembre à 74000 en février. Ces chiffres ne présentent évidemment de valeur qu’en tant qu’indication d’une tendance à l’arrêt de la production qui se fait jour.

[2NdE - Jean Rous, (1908 –1985). En 1936, il est un des principaux dirigeants du Parti ouvrier internationaliste (POI trotskiste), et membre très actif du secrétariat international, proche de Léon Trotsky, il tente de convaincre sans y parvenir le POI de rejoindre, en 1938, le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) que vient de créer Marceau Pivert. Rous et ses proches quittent alors le POI pour adhérer au PSOP, au sein duquel ils animent un courant "La Voix de Lénine". Il participe à la résistance et rejoint la SFIO en 1944. Il entre en 1946 au comité directeur du parti. En 1948, en désaccord avec la direction sur les questions coloniales, il le quitte et participe à la création du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR), dont il est le secrétaire général. De retour à la SFIO en 1956, il participe en 1959 à la création du Parti socialiste autonome (PSA), dont il est le secrétaire général adjoint, puis à celle du Parti socialiste unifié 5SU) en 1960.

[3- NdE - Léon Boutbien, (1915 - 2001) approuve les thèses de Jean Zyromski, animateur de La Bataille socialiste (gauche socialiste), ancien déporté au Struthof et à Dachau, puis député SFIO de l’Indre de 1951 à 1955 et ensuite président du mouvement Présence socialiste, proche des gaullistes.

[4NdE - L’Action Socialiste et Révolutionnaire quitte la SFIO après la décision de son comité directeur d’annuler le congrès extraordinaire prévu pour le 05/11/1947.




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