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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le marxisme et la guerre impérialiste (suite)
{Internationalisme}, n° 33, 15 avril 1948
Article mis en ligne le 23 septembre 2015
dernière modification le 22 septembre 2015

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PROPRIÉTÉ PRIVÉE-CAPITAL-TRAVAIL

Quelles sont les conceptions fondamentales de Marx sur les rapports économiques et sociaux essentiels (suite) [1]

Voici, d’autre part, différents textes de Marx-Engels, où ceux-ci définissent le plus clairement leur conception dialectique de la transformation de caractère de la propriété privée, et sur lesquels nous nous appuierons pour la suite de notre mise au point critique :

"… À quoi revient l’accumulation primitive du capital, c’est-à-dire sa genèse historique ? En tant qu’elle n’est pas la transformation directe d’esclaves et de serfs en salariés, par conséquent un simple changement de forme, elle ne signifie que l’expropriation du producteur immédiat, c’est-à-dire la dissolution de la propriété privée fondée sur le travail personnel.

La propriété privée, comme antithèse de la propriété sociale et collective, n’existe que là où les moyens de travail et les conditions extérieures du travail appartiennent à des particuliers. La propriété privée de l’ouvrier sur les moyens de production est la condition nécessaire de la petite industrie, et celle-ci est la condition nécessaire du développement de la production sociale et de la libre individualité de l’ouvrier lui-même. Il est vrai que ce mode de production existe également dans l’esclavage, le servage et d’autres états de dépendance. Mais il ne prospère, ne déploie toute son énergie et n’acquiert la forme classique adéquate que là où l’ouvrier est le libre propriétaire personnel des conditions de travail qu’il détermine lui-même, où le paysan possède le champ qu’il cultive, l’artisan l’instrument dont il se sert en virtuose. Ce mode de production présuppose le morcellement du sol et des autres moyens. En même temps que la concentration de ces moyens, il exclut la coopération, la division du travail dans le même procès de production, la domination de la nature par l’homme, le libre développement des forces productives de la société. Il n’est compatible qu’avec une production et une société étroitement et naturellement limitées. Vouloir l’éterniser, ce serait, comme Pecqueur le fait remarquer à juste titre, "décréter la médiocrité générale". Parvenu à un certain degré de développement, il produit lui-même les moyens matériels de son propre anéantissement. À partir de ce moment, il s’agite, dans le sein de la société, des forces et des passions qui se sentent enchaînées par lui. Il faut qu’il soit anéanti et il l’est effectivement. Cet anéantissement, le changement des moyens individuels et épars de la production en moyens concentrés par la société ; la transformation de la petite propriété appartenant à beaucoup d’individus en propriété énorme de quelques-uns ; l’expropriation de la grande masse populaire que l’on dépouille de ses terres, de ses moyens de subsistance et de ses instruments de travail ; cette terrible et difficile expropriation de la masse populaire forme la préhistoire du CAPITAL…"

Cette page est une des plus belles du CAPITAL. En même temps, elle exprime une vue des phénomènes historico-économiques remarquable. Marx, il y a un siècle, exprimait d’une façon claire la notion de propriété privée individuelle et de propriété privée sociale du CAPITAL. Quand Bettelheim et les trotskistes [2] parlent de "la disparition de la propriété privée sur les moyens de production en URSS", ont-ils en vue le fait, certes sans précédent dans l’histoire, d’une expropriation de certaines individualités capitalistes, plus rapidement et plus immédiatement que partout ailleurs, au profit de l’État ?

Mais qui est derrière cet État ?

Et vis-à-vis de la classe ouvrière de toutes les Russies, les moyens de production ne sont-ils pas propriété d’État ? C’est-à-dire la propriété sociale qui les contraint à livrer leur force de travail à vil prix, à peine de quoi l’entretenir ?

Qu’est-ce que la différence entre la propriété privée antérieure au capitalisme et la propriété privée capitaliste ?

C’est un non-sens de dire qu’un quelconque capitaliste possède des moyens de production INDIVIDUELLEMENT. Il les possède dans un sens de classe parce que sa situation sociale lui permet de recevoir une partie des fruits de l’exploitation de la classe ouvrière, cela soit au prorata d’un capital action, soit selon une fonction sociale d’administration ou de direction de la production du CAPITAL.

"Dès que ce procès de transformation a suffisamment décomposé, pour le fond aussi bien que pour la forme, la vieille société ; dès que les ouvriers ont été changés en prolétaires et leurs conditions de travail en CAPITAL…"

"… dès que le mode de production capitaliste se suffit a lui-même, la socialisation progressive du travail et la transformation consécutive de la terre et des autres moyens de production en moyens de production communs, parce que socialement exploités, et par suite l’expropriation des propriétaires privés, prennent une forme nouvelle. Cette expropriation s’opère par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste elle-même, par la centralisation des capitaux…"

"Le système d’appropriation capitaliste découlant du mode de production capitaliste et par suite la propriété privée capitaliste constituent la première négation de la propriété privée individuelle fondée sur le travail personnel. Mais, avec la fatalité d’un procès naturel, la production capitaliste engendre sa propre négation. C’est la négation de la négation…" (Capital – Molitor- IV-271-2-3-4-)

La propriété individuelle précapitaliste est détruite par le capitalisme montant. La grande masse du peuple est expropriée de ses moyens de travail individuels et est transformée en prolétariat qui, de par l’évolution de sa situation sociale et de par l’évolution du capitalisme, devient travail exploité socialement. C’est la propriété privée capitaliste qui oppose le CAPITAL au TRAVAIL. La propriété privée capitaliste est donc la première négation de la propriété privée individuelle sur les moyens de production. Elle devient une propriété sociale d’un ensemble d’individus et, plus généralement, d’une classe sociale détenant l’ensemble des moyens de production et lui permettant d’avoir à sa merci une autre classe sociale qui se livre obligatoirement, comme travail salarié, à l’exploitation de la classe qui possède l’ensemble des moyens de production.

Mais le procès de production capitaliste produit lui-même les conditions de sa propre disparition : la révolution politique du prolétariat qui lui permet de s’emparer des moyens de production qui sont déjà, sous la forme de propriété privée sociale capitaliste, une propriété commune et collective d’une classe. La révolution socialiste constitue la double négation de la propriété privée individuelle sur les moyens de production. Négation de la propriété privée individuelle = propriété privée sociale d’une classe.

Négation de la propriété privée capitaliste = négation de toute propriété sur les moyens de production = négation de toutes contradictions économiques entre classes sociales.

La tendance historique du socialisme est donc à la réduction révolutionnaire des contradictions économiques entre privilégiés et exploités, exactement le contraire du "socialisme d’État" de Monsieur Charles Bettelheim. Lui voit ces contradictions se renforcer et l’État "dépérir au fur à mesure qu’"ils" (les exploités - "la couche la moins privilégiée du prolétariat") prennent l’habitude de leur exploitation" ! Un tel phénomène est unique dans l’histoire et n’existe qu’a l’état d’abstraction formelle dans les "couches" hautement socialisées de l’éminentissime cerveau qu’est Mr Ch. Bettelheim, économiste–sociologue distingué.

Si Marx emploie souvent, (dans le long texte cité plus haut) - (La fin de la première partie du capital, partie rédigée entièrement par Marx lui-même et publiée de son vivant, et où il renvoie intentionnellement au Manifeste des communistes, le tout adapté au nouveau de la lutte de classe avant 1870) -, des phrases telles que : "chaque capitaliste en tue beaucoup d’autres" ou "l’expropriation de beaucoup de capitalistes par quelques-uns", c’est parce que c’est effectivement le caractère dominant du capitalisme libéral et de la libre concurrence qui fleurissait du temps où Marx écrivait son capital et auquel la lutte de classe de l’époque devait s’adapter. C’est ce qui fait que ce passage du Capital renvoie au Manifeste communiste, l’un et l’autre sont adaptés à l’un et à l’autre. Cela n’empêche pas Marx de voir beaucoup plus loin théoriquement, comme nous l’avons vu pour des écrits antérieurs même au Manifeste comme Econ. Pol. et Phil., et comme nous le verrons plus loin dans d’autres passages du CAPITAL.

La concentration capitaliste en cartels, monopoles et trusts, puis, à notre époque, le contrôle permanent de l’État et même la possession par l’État des principaux moyens de production sont les phénomènes qui ont surgi dans la société, depuis.

Ce qui est étonnant, c’est cette discussion autour de la bureaucratie "nouvelle classe", - (discussion avec variantes et du reste pas nouvelle, car ce n’est pas une invention burnhamienne mais trotskiste, mais qui a surtout aujourd’hui acquis les faveurs de ceux qui suivent "la mode littéraire" : un monde hétéroclite de lecteurs assidus de "digests", bourgeois américanophiles, certains "héros" de la gauche socialiste – tout penauds que le révérend-père Blum et consorts du MRP leur aient pris leur "3e force" – , certains trotskistes qui se doivent "d’être présent" partout et, enfin "en bloc", le dernier congrès anarchiste qui, comme tout congrès anarchiste, ne représente rien puisque tout le monde est d’accord pour dire qu’il est en désaccord…).

Ce phénomène (la bureaucratisation de la classe capitaliste) est un phénomène historique naturel et normal d’une classe et d’un mode de production qui contiennent en eux-mêmes des contradictions dont la principale est qu’ils se maintiennent contre l’état même de développement des forces productives.

Dans une mesure moindre - en faisant une comparaison historique et non absolue - la bureaucratisation de la noblesse, la concentration du pouvoir en monarchie absolue, tout en étant encore typiquement du féodalisme, sa forme la plus achevée présupposaient déjà une forme d’État bourgeois, c’est-à-dire la disparition du féodalisme. De même, l’État bourgeois-capitaliste, au point de bureaucratisation où il en est aujourd’hui, présuppose sa disparition. La bureaucratie n’est pas un phénomène historique unique, c’est une excroissance et une hypertrophie de la classe qui se maintient contre les lois historiques et économiques de son propre système et présuppose un bouleversement social proche ou en train de s’accomplir, et non une nouvelle classe. C’est la même classe atteinte d’une maladie chronique et incurable.

Jamais un seul instant, ni pour Marx ni pour Engels, le phénomène représenté par les différentes phases successives d’évolution de la centralisation de la propriété capitaliste, des mains de plusieurs dans les mains de quelques-uns, des mains de quelques-uns dans les associations de capitalistes, les cartels sous forme de monopoles ou de trusts, et enfin des cartels au capitalisme d’État, jamais ces phénomènes n’ont changé, pour eux, le caractère fondamental, prédominant, du mode de production capitaliste : opposer le CAPITAL et le TRAVAIL, être un mode de production qui produit et reproduit du capital par la reproduction et l’accumulation, et dont le but essentiel est de produire de la plus-value.

Dans le passage suivant du Capital, il est particulièrement caractéristique que, pour Marx et pour Engels, l’évolution du capitalisme pouvait très bien changer la forme organique de la classe capitaliste et de la concentration de la propriété industrielle entre les mains de grandes sociétés par actions ou de l’État, sans changer pour cela la structure économique fondamentale de la société ; cela prouve également que le capitalisme d’État n’est ni une "nouveauté" ni une invention de turbulents "gauchistes", si ce n’est une découverte de nombreux socialistes et dont les marxistes Marx et Engels ont fourni de nombreuses fois des tentatives d’interprétation scientifique.

Voici quelques grands passages de l’évolution et de la transformation du capitalisme chez Marx et Engels :

"Avant d’aller plus loin, faisons cette remarque importante au point de vue économique :

Comme le profit prend ici la forme pure de l’intérêt, ces entreprises restent possibles tant qu’elles donnent de l’intérêt. C’est même là une des raisons qui arrêtent la baisse du taux de profit général, parce que ces entreprises, où il y a un écart formidable entre le capital constant et le capital variable, ne concourent pas forcément à l’égalisation du taux de profit général…" (vient une note d’Engels dont nous parlons plus loin).

"… C’est la suppression du mode de production capitaliste dans ce mode même, donc une contradiction qui se détruit elle-même et ne paraît de prime abord que faciliter le passage vers une nouvelle forme de production. Dans la réalité nous retrouvons cette contradiction. Dans certaines sphères, c’est l’établissement du monopole et l’appel à l’intervention de l’État. Il se reconstitue une nouvelle aristocratie financière, une nouvelle catégorie de parasites, sous forme de faiseurs de projets, de fondateurs et de directeurs qui ne le sont que de nom, tout un système de tromperie et d’escroquerie dans la constitution des sociétés, l’émission et le commerce des actions. C’est la production privée sans le contrôle de la propriété privée…"

Cette belle époque des escroqueries boursières (qui marque surtout la fin du XIXème siècle et dont le début de ce siècle a vu encore de grands "scandales") est aujourd’hui devenue de l’histoire, sans que cela en ait fondamentalement modifié la structure et le fond de l’analyse de Marx.

La note d’Engels ajoute, pour donner encore plus de force a l’idée fondamentale de la différence entre la forme et la structure du Capital :

"Depuis que Marx a écrit ces lignes, il s’est, comme l’on sait, développé de nouvelles formes de l’exploitation industrielle qui représentent la seconde ou la troisième puissance des sociétés par actions…"

Dans cette note, Engels explique clairement :

1) que cette centralisation est nécessaire à cause du manque de débouchés ;

2) qu’elle existe déjà à la puissance de monopoles internationaux, et cela peut aller jusqu’à « l’appropriation par la société totale, la Nation…" (Capital, Molitor-XI-282-3)

Dans l’Anti-Dühring, Engels est encore plus précis et plus net. Dans cette partie, il entend bien montrer le rôle réel des "socialisations", il entend bien pousser jusqu’au bout les possibilités et les nécessités de l’intervention de l’État dans les affaires de la bourgeoisie et il montre très bien, et cela à la fin du XIXème siècle, la signification du réformisme, qu’il se manifeste aujourd’hui sous l’étiquette trotskiste du "Programme" ou sous celle selon laquelle la "bureaucratie" est nécessaire à la "construction du socialisme" de Bettelheim.

D’abord, il fait ressortir que les contradictions et les crises du système capitaliste le poussent sans cesse à concentrer les moyens de production…

"… poussent à cette forme de socialisation des moyens de production en masses considérables que nous rencontrons dans les diverses sortes de sociétés par actions…"

"À un certain degré de développement, cette forme même n’est plus suffisante : le représentant officiel de la société capitaliste, l’État, est obligé d’en prendre la direction (ici, note qui viendra à la suite). Cette nécessité de les transformer en propriété de l’État se manifeste, en premier lieu, par les grands organismes de communication (postes, télégraphes, chemins de fer). Si les crises ont révélé l’incapacité de la bourgeoisie à plus longtemps administrer les forces productives modernes, la transformation des grands organismes de production et de communication en sociétés par actions en propriété de l’État, montre que la bourgeoisie n’est pas indispensable pour cela. Toutes les fonctions sociales du capitaliste sont actuellement remplies par des employés salariés..."

Engels ne parle pas ici des différentes façons dont ces étatisations ont été opérées, avec ou sans indemnités, mais cela ne semble pas le tracasser beaucoup ; en effet, ces étatisations sont, certes, un progrès (au XIXème siècle) mais il s’engage malgré cela, sur le chemin de la critique du réformisme. Aujourd’hui, l’étatisation et les "socialisations" sont devenues les mots d’ordre de guerre des partis représentants du capitalisme d’État, c’est-à-dire de l’aspect actuel de conservation de la société de classes, représentants dont le trotskisme est une petite "aile gauche" (si ce terme peut encore garder une signification aujourd’hui). Voulant faire de la tactique valable il y a un siècle la tactique "de lutte de classe révolutionnaire" d’aujourd’hui, ils ne font qu’aboutir dans la pratique journalière de leurs mots d’ordre revendicatifs, quand leur formulation a par un hasard extraordinaire un écho quelconque, au capitalisme d’État.

"Toutes les fonctions sociales du capitaliste sont actuellement remplies par des employés salariés. Le capitaliste n’a plus d’activité sociale, hormis celle d’encaisser des revenus…

… si le mode de production capitaliste a commencé par éliminer les ouvriers, il élimine maintenant les capitalistes et les relègue, tout comme les travailleurs, dans la population superflue, quoique pas tout d’abord encore dans l’armée de réserve industrielle.

Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété de l’État n’enlèvent aux forces productives leur qualité de CAPITAL."

Pour Engels, il ne s’agit pas de questions secondaires ; et, si les forces extérieures des moyens de production changent, s’il y a évolution (et c’est normal qu’une société ne soit pas un schéma inflexible), ce qui compte pour déterminer si ces différentes phases de l’évolution restent dans le cadre général du mode de production capitaliste, c’est avant tout que les forces productives suivent le procès de production, d’accumulation et de répartition capitalistes, au sens le plus général que ces termes peuvent exprimer ; et que le "capital" soit toujours opposé sous cette forme au "travail". Toutes ces conditions sont indispensables à la poursuite du procès de production capitaliste.

Et qu’importe si cette propriété capitaliste est entre les mains de petits capitalistes, de grandes capitalistes, de sociétés par actions ou de l’État. Qu’importe du point, de vue "purement économique", du schéma de la reproduction capitaliste, mais non de la lutte de classe qui varie sensiblement et doit s’adapter à la nouvelle évolution de la société.

Mais revenons au développement d’Engels :

"… ni la transformation en propriété de l’État n’enlève aux forces productives leur qualité de CAPITAL. Pour les sociétés par actions, c’est chose manifeste. Et à son tour, l’État moderne n’est que l’organisation que se donne la société bourgeoise pour maintenir les conditions générales extérieures du mode de production capitaliste, en face des empiètements tant des travailleurs que des capitalistes individuels. L’État moderne, quelle qu’en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste, l’État des capitalistes, le capitaliste collectif idéal…" (Anti-During-III-42-3-4-5)

Et que l’on ne vienne pas nous dire que c’est là une boutade d’Engels. Dans la note qu’il ajoute, Engels explique pourquoi il emploie le terme "est obligé" quand il dit : "… l’État est obligé d’en prendre la direction…"

"… je dis est obligé, car c’est seulement au cas où les moyens de production ou de communication échappent réellement, par leur croissance démesurée, à la direction des sociétés par actions, c’est seulement lorsque l’étatisation est devenue économiquement inévitable, c’est seulement alors que, même réalisée par l’État actuel..." (ayons toujours présent à l’esprit qu’Engels écrit au XIXème siècle),"… elle représente un progrès économique, un stade préliminaire à la prise de possession de toutes les forces productives par la société même…"

Ce qui revient à définir la dialectique du développement de la crise du capitalisme, qui crée lui-même les conditions favorables à sa propre disparition.

"Mais, poursuit-il, on a vu dernièrement apparaître un certain faux socialisme (il n’a fait, hélas, que se renforcer) qui, dégénérant même çà et là en quelque servilité, déclaré d’emblée socialiste toute étatisation, même celle de Bismarck. Certes, si l’étatisation du tabac était une mesure socialiste, Napoléon et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme. Quand l’État belge, pour de très vulgaires raisons politiques et financières, a construit lui-même ses principales lignes de chemin de fer, quand Bismarck, sans aucune nécessité économique, a étatisé les principales lignes de Prusse, tout simplement pour être à même de mieux les organiser et les utiliser dans la guerre, pour faire des employés de chemin de fer un bétail électoral au service du gouvernement, et surtout pour se procurer une nouvelle source de revenus indépendants des décisions du parlement, ce n’était pas le moins du monde des mesures socialistes ni directes ni indirectes, ni consciemment ni inconsciemment. Sans cela, le commerce maritime royal, la manufacture de porcelaine et jusqu’au tailleur de la compagnie dans l’armée seraient des institutions socialistes…" (Anti-During-III-42)

De Bismarck à Staline, ce sont toujours les mêmes "socialistes" ; les temps ont seulement changé, dans ce sens que ce sont eux qui sont chargés, un peu partout, de "faire" la politique "réactionnaire" que des Bismarck pratiquaient hier avec l’appui de certains. On comprend qu’il y ait des Bettelheim et des Martinet qui voient dans l’État stalinien une "étape constructive vers le socialisme (transitoire)", si hier des "socialistes" ont pu appeler "socialistes" les nationalisations de Bismarck ou de l’IIIème République française. Des "socialistes" expansionnistes prussiens ou français, aux "communistes" impérialistes staliniens, la route est la même ; il s’agit de faire des ouvriers, avec une certaine démagogie, du bétail électoral et du bétail pour la boucherie impérialiste.

(1er chapitre, à suivre)

Philippe

Notes :

[1Voir les numéros 30 et 31 d’Internationalisme – janvier et février 1940.

[2Malgré la brouille momentanée et apparente de ceux-ci avec celui-là, il nous est permis d’affirmer qu’il n’y a entre eux qu’une querelle de tactique, de forme et purement verbale, Bettelheim et la "Rev. Inter. (NDE – La Revue Internationale " exprimant théoriquement, d’une façon trop crue ce qu’est le contenu et la tendance réelle du trotskisme : une gauche du stalinisme qui ne peut s’exprimer que dans les frontières de l’impérialisme russe.




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