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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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De l’économie communiste
{Internationalisme} n°34, Mai 1948
Article mis en ligne le 23 septembre 2015
dernière modification le 5 août 2018

par ArchivesAutonomies
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L’article ci-dessous est d’un camarade du groupe "Communistes des Conseils" de Hollande. Ce groupe révolutionnaire s’est plus particulièrement penché sur le problème du fonctionnement de la production et de la répartition en société communiste. Il est regrettable que les travaux fort intéressants de ce groupe soient peu connus dans le mouvement international. On doit voir la cause de cette ignorance dans l’indifférence à toute recherche théorique qui est aujourd’hui le trait le plus caractéristique de la plupart des groupes et militants, préférant à l’effort fécond mais lent de l’étude et de la compréhension un activisme tapageur aux résultats immédiats mais finalement stériles.

En publiant cet article, dont nous ne partageons pas intégralement les idées et en nous réservant de les discuter ultérieurement, nous estimons contribuer au développement de la pensée révolutionnaire qui répugne au monolithisme et au monopole, et ne peut se faire que par l’information et la confrontation des idées des différents groupes.

La Rédaction.

En 1921, LE BONHEUR UNIVERSEL ou MON COMMUNISME de Seb. Faure [1]. ; une deuxième édition, vient de sortir. Le livre est une fantaisie dont l’écrivain dit :

"En exposant, sous une forme simple, claire et attrayante, la vie d’une grande nation sous régime communiste-libertaire, ce livre se propose de démontrer que les anarchistes possèdent un plan social mûrement étudié et dont l’exécution assurerait le bonheur de l’humanité" (p. 5).

Mais 1921 est bien derrière nous. Et, quand nous le lisons en 1948, ce livre ne peut guère nous satisfaire concernant les questions fondamentales économiques d’une société communiste-libertaire ("Libertaire" en opposition avec communiste d’État = capitalisme d’État). Ce n’est pas un reproche au livre de 1921 car, en ce temps-là, notre connaissance des conditions économiques du communisme était encore très restreinte. Cependant, le développement du capitalisme d’État en Russie et du capitalisme en général, dans le reste du monde ont permis de mieux discerner les problèmes du communisme. Quoiqu’il ne soit pas possible d’élaborer les principes économiques dans un ou plusieurs articles, il est possible de montrer de quels problèmes il s’agit.

Dans le livre de 1921, la fantaisie du déroulement de la révolution sociale est esquissée en quelques pages. Ce sont les syndicats qui jouent le rôle révolutionnaire et ils sont chargés de la gestion de la production et de la distribution. Pour 1948, ces idées sont très improbables parce que les syndicats sont devenus des instruments du capital d’État. Ils sont et resterons les ennemis-les plus féroces d’une révolution libertaire. Mais ce n’est pas le sujet de notre article.

Dans MON COMMUNISME, la révolution est décrite comme victorieuse et nous voyons quelles mesures ÉCONOMIQUES sont immédiatement nécessaires.

"On décida de détruire tous les titres, valeurs et billets de banque français et de constituer avec les titres étrangers et le métal monnayé le Trésor commun” (p. 51).

Alors, on se décida à l’abolition de l’argent. Mais quelles sont les conséquences de cette mesure ? L’argent a deux fonctions : il est un moyen de distribuer les marchandises dans la société et il est un moyen pour compter en général. Pour la répartition des marchandises, on peut faire des bureaux, mais n’est-il pas nécessaire de remplacer la deuxième fonction ?

À l’époque de 1921, il était généralement admis, dans le mouvement, qu’un moyen pour compter en général est superflu dans l’économie communiste. C’était l’idée des sociaux-démocrates, bolcheviks et anarchistes. En voici quelques exemples :

"La valeur de l’argent baisse chaque jour en Russie et les conséquences en sont dures à supporter… mais nous avons une issue, un espoir. Nous allons vers une suppression totale de l’argent. Nous réglons les salaires en "nature". Nous accordons l’usage gratuit du tram, l’enseignement est gratuit, de même que le repas de midi si médiocre soit-il, le logement, l’éclairage enfin sont gratuits. Nous réalisons cela dans des conditions extrêmement difficiles ; nous sommes obligés de lutter sans répit ; mais nous avons une issue, un espoir, un plan."

(Zinoviev : Douze jours en Allemagne, p. 74)

"L’économie prolétarienne a pour point de départ un système de production de marchandises, une "économie marchande primitive". Avec l’extension de la production par l’État disparaît, en premier lieu, tout échange onéreux entre les entreprises nationalisées. Les mines livrent le charbon au chemin de fer et à la sidérurgie, sans comptabiliser le prix. La sidérurgie fournit le fer aux usines de machines et celles-ci fournissent les machines aux entreprises agricoles SANS exiger d’équivalents en argent. Les ouvriers reçoivent une partie toujours plus grande de leur salaire "en nature" : logement, chauffage, pain, viande, etc… L’argent disparaît aussi en tant que moyen de circulation."

(Varga : Les problèmes économiques de la dictature prolétarienne. Édition Allemagne, p.138).

Le calcul de la vie économique ne serait pas fait en argent ou quelque autre mesure générale, mais seulement en quantités de marchandises. On voulait compter seulement avec des mètres, des kilomètres, des tonnes etc. Bref : économie "en nature". Le social-démocrate Otto Neurath caractérise l’économie communiste ainsi :

"La théorie de l’économie socialiste ne connait qu’un seul producteur-distributeur, la société. Elle organise la production conformément à un plan de production, sans calcul de profit ou de perte, sans circulation de l’argent, soit argent métallique ou argent de travail. Elle détermine les niveaux de vie conformément aux règles socialistes SANS UN SEUL DÉNOMINATEUR COMMUN."

(O. Neurath : Wirtschaftsplan und Naturalrechnung, p.83).

C’est aussi le point de vue de MON COMMUNISME. La seule différence consiste dans la vitesse de l’abolition de l’argent. Mon Communisme estime possible de retirer l’argent immédiatement, pendant que les sociaux-démocrates de droite et de gauche, eux, voulaient le faire progressivement. Mais il n’y a pas une différence à l’égard du calcul "en nature". Nous verrons que l’organisation de l’économie, qui s’édifie sur une économie sans dénominateur commun, est la même chez tous les courants politiques de la social-démocratie jusqu’à l’anarchisme. Le résultat est le capitalisme d’État.

Le "SYSTEME NEGATIF".

Le but du mouvement révolutionnaire est de remplacer le mode de production capitaliste par une production communiste. Mais, quand on voit ce que les différents (courants –NdE-) comprennent sous un mode de production communiste, on est déçu. Les caractères du système communiste sont habituellement décrits ainsi : il n’y a pas d’argent, les marchandises n’ont pas de prix, il n’y a pas un marché. C’est pourquoi les écrivains bourgeois l’appellent quelquefois "un système négatif". Or ce n’est pas juste, parce que ces caractères négatifs sont annulés (pour les révolutionnaires) dans la production sans dénominateur général : la production "en nature". Pour eux, il ne s’agit pas d’un système négatif, mais positif. Il s’agit seulement d’organiser toutes les branches de la production-distribution comme un tout. C’est ainsi que le problème économique du communisme se change en un problème d’organisation. Et il va de soi que cette construction organisationnelle est déterminée par les conceptions qu’on se fait des bases économiques.

MON COMMUNISME décrit "l’organisation de la vie communiste par la dictature et l’épanouissement de cette vie par l’entente libre et fraternelle ." (p. 6) (En italique dans l’original et ici souligné). Cet épanouissement est aussi une organisation de la vie, il ne sera pas une organisation par l’État et ses bureaux mais une organisation comme résultat de libre entente. Cependant, comme les bases économiques de MON COMMUNISME sont les mêmes que celles du communisme étatique (production en nature), la question est : dans quelle mesure, les principes d’organisation par libre entente sont compatibles avec les bases économiques. Parce que "dans une société libre comme la nôtre, il y a le principe et le fait et il y a souvent opposition entre l’un et l’autre." (p.227).

"L’INVENTAIRE DES BESOINS".

Maintenant, nous voulons voir de quelle manière la production est réglée dans MON COMMUNISME. Comme nous l’avons dit, il n’y a pas un marché. Les besoins déterminent la production. Il faut donc avant tout fixer la somme de ces besoins.

"La commune qui, prenant pour base le nombre des personnes qui l’habitent et tenant compte de certaines condition spéciales : âge, coutumes locales etc., dresse, aussi exactement que possible, l’inventaire des besoins de la commune. Cet inventaire est établi chapitre par chapitre : habitation, ameublement, vêtement, alimentation etc. (p. 203)

Ainsi, on croit avoir une vue générale des besoins de tout le pays. Maintenant, on doit avoir une vue générale des possibilités de production. Et ce sont les communes qui font connaître ce qu’elles peuvent produire.

"Les habitants de chaque commune se réunissent pour étudier la situation et fixer ce que peut être la production communale. L’état est dressé, chapitre par chapitre des ressources et des possibilités de production, en tenant compte des moyens de production que possèdent la commune et des travailleurs valides que groupe celle-ci." (p.203)

Les besoins des habitants et les possibilités de production établis, la tâche du Conseil Économique Suprême est de répartir les charges de production, les machines, les matières premières et les marchandises de consommation individuelle.

"C’est pourquoi, ayant sous les yeux l’état global des besoins de la consommation et des possibilités de la production, région par région, le Comité National fixe et fait connaître à chaque comité régional de quelle quantité de produits sa région peut disposer et quelle somme de production elle doit fournir. Muni de ces indications, chaque comité régional fait pour sa région le même travail. Chaque comité communal fait pour sa commune le même travail : il fixe et fait connaître aux habitants de la commune de quoi ils disposent et ce qu’ils ont à fournir." (p. 206)

Nous n’avons pas réussi à découvrir la différence entre ce système libertaire et le système social-démocrate ou économie d’État, défini par R. Hilferding comme ci-dessous. Il est vrai que MON COMMUNISME dit "que toute cette vaste organisation a, pour base et principe vivificateur, la libre entente" (p. 202) ; mais, pour un système économique, nous exigeons des principes économiques. Quand un principe économique manque, tout le reste n’est que bavardage. Voici les bavardages de R. Hilferding :

"Les commissaires communaux, régionaux et nationaux de la société socialiste décide de quelle manière, où, combien et avec quels moyens de conditions de production, naturelles et artificielles, seront fait de nouveaux produits. Ils organisent l’ensemble de l’activité économique selon les besoins qu’ils prévoient consciemment avec tous les moyens d’une statistique de production et de consommation."

(Das Finanzkapital p. 1)

* * * * *

Critique économique sur l’économie "en nature"

Les tentatives russes pour créer un système sans argent ou sans quelque autre unité de compatibilité ont suscité une diatribe dans la presse ouvrière. De divers côtés, on montrait qu’il est impossible d’établir un plan de production, si on ne peut ramener les actes de travail à une mesure générale. De même, il est impossible de juger la rationalité du processus de travail des diverses branches.

En général, le résultat de cette discussion après 1921 fut qu’on était convaincu de la nécessité d’une unité de comptabilité. Mais la solution était trouvée dans deux directions. Les uns se résolurent à l’impossibilité de l’abolition de l’argent. Les autres se décidèrent à la suppression de l’argent, mais ils prirent l’heure de travail comme unité de comptabilité. Ce deuxième courant est représenté par Otto Leichter (Die Wirtschaftarechung in der sozialistischen gesellschaft - Wien, 1923). Le premier courant est représenté par Karl Kautsky (Die proletarische Revolution und ihr programm - 1922).

Avant la révolution russe en 1917, il nous avait appris que :

"La valeur est une conception historique, seulement valable pour une production d’échange des marchandises." (Kautsky : Karl Marx Oekonomische Lehren - p. 10)

Mais, en 1921, il nous apprend que la valeur ne disparait pas car "la compensation des comptes" sera exécutée sur la base de l’argent. L’argent est indispensable "comme mesure de la comptabilité et pour le calcul des relations d’échanges" et aussi comme "moyens de circulation".

Il ignore la position de l’argent dans "la deuxième phase du communisme" parce que "maintenant, nous ne savons pas si celle-là ne sera plus qu’une illusion, le royaume de 1000 ans". (Kautsky : Die prol. Rév. etc… p.317…518).

La plus profonde étude sur l’économie communiste est parue en 1930 dans le livre intitulé Les principes de base de la production et de la distribution communiste, écrit par le Groupe Communiste des Conseils de Hollande et édité par le AAUD (Union générale des travailleurs) en Allemagne. Hormis une critique sur l’économie sans mesure générale, on trouve ici l’heure de travail remplaçant la fonction de l’argent et étant le pivot de toute l’économie, c’est-à-dire dans la production, la consommation, le contrôle de toute la vie économique.

Pourtant, quoique ce livre étudie les bases économiques du communisme, le point de départ est plus politique qu’économique. Pour les ouvriers, il n’est pas facile de saisir le pouvoir politique-économique mais il est encore plus difficile de le garder. Or, dans les conceptions présentes du communisme ou socialisme on tend à concentrer tout le pouvoir de gestion dans peu de bureaux étatiques on "sociaux". Dans ce cas cette nuance n’est qu’un mot, ce n’est pas réel. Le conseil économique suprême distribue les appointements du peuple de même que les moyens de production, les matières premières et les marchandises de consommation. Ce conseil dispose du pouvoir réel économique et par là du pouvoir politique dans la société. C’est aussi le cas dans Mon Communisme. Le conseil fixe et fait connaître aux habitants de quoi ils disposent et ce qu’ils ont à fournir.

Dans ces circonstances, les travailleurs deviennent politiquement et économiquement absolument impuissants, désarmés. Ce qui en résulte n’est pas une société communiste mais une concentration du pouvoir sur les travailleurs comme Le Monde n’en a jamais vu. C’est inévitable. On peut essayer de jeter un pont sur l’abîme, entre l’appareil de gestion et la population par la "démocratie", mais par là on ne fait que mettre en évidence le fait que la gestion de la société n’est pas entre les mains des travailleurs eux-mêmes. Aussi il va dans dire que cette démocratie ne peut pas “mourir”.

Le grand problème du pouvoir

C’est pourquoi la grande question réside dans le problème : QUELLES MESURES SONT NÉCESSAIRES POUR QUE LA GESTION DES MOYENS DE PRODUCTION, DES MATIÈRES PREMIÈRES ET DES PRODUITS DE CONSOMMATION NE SOIT PAS LA TACHE D’UN BUREAU AU-DESSUS DES PRODUCTEURS ET DES CONSOMMATEURS ? Autrement dit : quelles mesures économiques sont nécessaires afin que la gestion du travail et de la consommation repose dans les mains des masses travailleuses ? Autrement dit : quels sont les moyens de soumettre le pouvoir économique-politique à la population travailleuse ?

L’heure de travail comme mesure de la consommation

D’abord, nous voulons poser que nous considérons le problème en tant que travailleurs salariés. Nous voulons la suppression de l’exploitation par la suppression du travail salarié. Cela signifie que nous voulons d’abord fixer le rapport existant entre les travailleurs et le fonds de consommation de la société.

Comme connu, dans le capitalisme libre ou étatique, notre part est déterminée par les frais de la vie, c’est-à-dire par le salaire. Mais nous ne voulons plus un salaire. Il faut que nous divisions ensemble ce que nous avons produit ? Or, dans un communisme qui est encore dans "l’enfance", il n’est pas encore possible de "prendre selon ses besoins". Aussi, dans Mon Communisme, le rationnement est envisagé comme nécessaire (p.205). La solution qui prévoit que ce soit le Conseil Économique Suprême qui nous "alloue" ce que nous devons consommer est-elle satisfaisante ? Non, car, dans ce cas, la répartition des biens est laissée à la bonne volonté des dirigeants. La répartition des biens est le sujet d’une lutte pour l’occupation des postes dans l’économie dirigée étatique. Bref : nos droits de consommateurs ne sont pas assurés, le salaire ne peut pas disparaître. C’est pourquoi une mesure fixe pour la distribution de marchandises de consommation est nécessaire tant que "à chacun selon ses besoins" n’est pas encore possible.

Cette mesure fixe ne peut être que l’heure de travail. Quand nous avons donné 40 heures de travail à la société, il faut que nous recevions 40 heures de travail sous la forme de “bons de travail” (en réalité, il faut défalquer de cette somme une partie pour les services sociaux, comme l’enseignement, l’hygiène etc. Le total des frais de ces services est une somme répartie sur toute la population travailleuse.)

La signification de cette mesure

Il faut qu’on comprenne bien la signification de cette mesure. Elle n’a rien à faire avec un soi-disant "juste partage" du produit social. Il est vrai qu’une mesure d’application générale contient toujours des iniquités, pour des cas distincts. Le droit égal se change ainsi souvent en droit inégal, en injustice. Ainsi, par exemple, une famille avec des enfants a plus à consommer qu’une famille de deux personnes qui travaillent toutes deux. Ce sont là des maladies "infantiles". On ne pourra parler de justice que dans une société où toute mesure devient superflue et où la distribution se fait selon le principe "à chacun selon ses besoins".

La signification de cette mesure est située dans la relation exacte entre le producteur et le produit social. Le travailleur de la ville ou de la campagne fixe automatiquement ses droits sur le produit social. Personne n’est dépendant de ce qu’un bureau de statistique ou d’économie lui "alloue". En même temps, il signifie qu’il n’existe plus un "salaire". On retient de la société la même quantité de produits qu’on a donnés à la société par son travail. C’est pourquoi l’exploitation est en même temps supprimée.

Autrefois, nous nous sommes contentés d’un programme d’ordre tout général : suppression de l’exploitation et du travail salarié. Maintenant, nous savons que cela ne suffit plus. Nous savons le formuler avec plus de prévision et nous exigeons une relation exacte entre le travail et le produit social. Cette revendication doit devenir le début de la révolution prolétarienne.

Au demeurant cette revendication a des conséquences :

- première conséquence : si le travailleur reçoit des "bons de travail" ou des "bons de consommation" selon le temps de travail, il est nécessaire que tous les produits portent un "prix" selon leur temps de production. Par exemple, une paire de chaussure = 3 heures, un kg de sucre = 1/2 heure ;

- deuxième conséquence : pour compter le temps de production des marchandises, il est nécessaire que la mesure des moyens de production et des matières premières soit aussi exprimée en heures de travail. En un mot, l’argent a disparu et tous les comptes sont évalués en heures de travail.

La comptabilité d’une usine de chaussures, produisant annuellement 40.000 paires de chaussures, pourrait, par exemple, être présentée de la façon suivante (les chiffres sont entièrement arbitraires) :

Reçu de la société Rendu à la société
Amortissements 1.500 40.000 paires de chaussures à 3,125 heures par paire = 125.000 heures de travail
Matières premières 61.250 "
Bons de consommation 62.250 "
40.000 paires de chaussures, cad 3,125 heures par paire = 125.000 "

- Troisième conséquence : la comptabilité des temps de production est la fonction des usines-mêmes ; la gestion et la direction des usines sont la fonction des travailleurs eux-mêmes. L’État n’a rien à faire ni dans la production ni dans la consommation. L’organisation de la vie économique est une fonction qui s’exécute, dès la base, par la population laborieuse elle-même. Elle réalise la grande coopération des producteurs libres et égaux. Mais une production sur la base des heures de travail sera-t-elle possibilité ? Kautsky estime que ce n’est pas possible et dans son livre La révolution prolétarienne et son programme, il dit :

"À la place de la monnaie, ne pourrait-on pas déterminer le travail directement comme une mesure de valeur et créer ainsi une monnaie de travail qui atteste directement le travail fourni ? Cela pourrait s’imaginer de telle façon que chaque ouvrier reçoive, pour chaque heure de travail fourni, un bon ; celui-ci lui donne droit au produit d’une heure de travail. Pour chaque produit, il faudrait calculer combien d’heures de travail sa production nécessite. Avec le salaire d’une journée de travail, l’ouvrier pourrait toujours acquérir des produits dont la confection a exigé une journée de travail. Le calcul pourrait se faire de façon très simple. TOUTE EXPLOITATION SERAIT SUPRIMMÉE ET L’OUVRIER SERAIT ENTIEREMENT LIBRE D’UTILISER SON SALAIRE COMME BON LUI PLAIRAIT. On éviterait ainsi toute tutelle d’une instance quelconque chargée d’attribuer à chaque individu ses rations. Sans doute une telle monnaie pourrait s’imaginer. Mais pourrait-on de même la mettre en pratique ?" (p.318)

Kautsky est d’avis que ceci n’est pas possible. Il estime impossible le calcul des temps de production des produits parce que le processus technique ne permet pas de fixer ce temps.

Mais nous touchons ici au problème fondamental de l’économie communiste. En effet, si le temps de travail ne peut pas servir de mesure de répartition, les produits doivent être alors répartis par une instance spéciale quelconque. Ces instances reçoivent alors le droit de disposition des produits sociaux et ceci n’est possible que si elles disposent aussi des moyens de production. Autrement dit, le capitalisme d’État est alors inévitable, car le pouvoir économique et par conséquent politique passe aux mains de l’État.

On peut en conclure qu’au moment des révolutions, les ouvriers ne peuvent devenir les maîtres de la vie sociale que s’ils peuvent rendre superflues ces instances en établissant un rapport exact entre le producteur et le produit social. C’est-à-dire par la suppression immédiate de l’argent et du travail salarié, et par l’introduction de la comptabilité ouvrière dans toute l’économie. Nous ne pouvons pas développer ici ces pensées. Nous regrettons d’être obligés de renvoyer le lecteur à l’édition hollandaise ou allemande du livre Les principes de base de production et de distribution communiste. Le circuit de l’économie y est exposé et toute la circulation de la production et de la consommation y est définie dans des termes exacts, mathématiques.

G.H.

Notes :

[1NdE – Sébastien Faure, Mon Communisme, (le bonheur universel), Édition du Groupe des amis de Sébastien Faure, 1921 - 365 pages




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